Marché à terme

Définition :

Un marché à terme est un engagement d’acheter ou de vendre un actif à un prix fixé au moment de la transaction, mais pour une livraison ou un règlement à une date ultérieure.

L'essentiel :

Les contrats à terme furent créés pour répondre aux problèmes posés par le commerce des marchandises, qui peuvent concerner la qualité de celles-ci, et surtout les fluctuations de leurs prix. Avec une livraison à terme selon un prix et des conditions fixées à l’avance, acheteurs et vendeurs réduisent le risque de la transaction, et sont donc en mesure de planifier leurs opérations de manière plus efficace.

Pour faire comprendre cela, imaginons un producteur de blé. Sue le marché au comptant, le blé se négocie à 1000 euros la tonne. Le producteur qui vendra sa récolte dans 3 mois, est incertain du prix futur du blé, mais craint tout de même une baisse des cours, qui peut résulter d’une offre trop abondante ou d’une spéculation à la baisse. Pour éviter de vendre à un prix inférieur à 1000 euros, le producteur a intérêt à s’entendre avec un acheteur sur un prix fixé dès maintenant (1000 euros si les deux acteurs se basent sur le marché au comptant). L’acheteur, qui de son côté a une stratégie inverse du vendeur, anticipe plutôt une hausse de cours du blé, et cela d’autant plus que le prix des matières premières agricoles fluctue beaucoup en fonction des événements climatiques relativement imprévisibles. Son intérêt est donc d’acheter à 1000 euros pour réaliser une plus-value qui sera d’autant plus importante que le cours du blé aura augmenté à échéance du contrat.

Les marchés à terme apparurent dans des grands centres comme Anvers, Brême, Le Havre, Alexandrie, Osaka, entre le XVIIème et le milieu du XIXème siècle, et ceci pour les céréales, le café, le coton, les oléagineux. Par exemple, en Angleterre, les importateurs de coton de Liverpool passaient au milieu du XIXème siècle des contrats avec les exportateurs des Etats-Unis. L’introduction de ces contrats « à la livraison » permettait aux vendeurs d’avoir un prix stabilisé pour leurs produits, et aux acheteurs d’éviter de prendre des risques importants de cours (si on laisse de côté les achats qui obéissent à une logique purement spéculative). Au fur et à mesure, les clauses de qualité et de livraison ont été standardisées, en tenant compte des ajustements de qualité au cas où le produit livré serait quelque peu altéré. Peu à peu, ce commerce prit de l’ampleur, et pour essayer de faire face au risque de cours, industriels et marchands se rassemblèrent pour former des marchés où ils pouvaient commercialiser leurs produits et garantir les stocks toute l’année.

Le premier marché de contrats à terme fut créé à Chicago durant les années 1860, quand le Chicago Board of Trade (CBOT), l’une des premières bourses de commerce fondée à l’origine comme un marché au comptant, commença à négocier des contrats à terme partout dans le monde. Depuis, ces marchés à terme se sont développés un peu partout dans le monde.

En 2006, le CBOT a fusionné avec le CME (Chicago Mercantile Exchange) et le NYMEX (New York Mercantile Exchange) pour créer CME Group, la première bourse mondiale de produits dérivés (un produit dérivé est un instrument financier dont le prix dépend de plusieurs actifs sous-jacents, qui peuvent être des actions, des obligations, …). A New-York, un autre marché de produits dérivés existe : le NYBOT (New-York Board of Trade), renommé ICE Futures US en 2007. En Europe, il y a aussi 2 grands groupes, qui sont le LIFFE (London International Financial Futures Exchange), créé en 1982, appartenant depuis 2001 à Euronext qui l’a fusionné avec les marchés à terme français, le MONEP et le MATIF, et le Deutsche Termin-Börse (DTB), crée en 1989, rebaptisé Eurex en 1997 suite à sa fusion avec la banque de dérivés suisse. En Asie, les principaux marchés à terme sont le Hong-Kong Exchange and Clearing Limited (HKEx) en Chine, le Tokyo Stock Exchange (TSE) au Japon, le Singapore Exchange SGX) à Singapour, et le Korean Futures Exchange KFE) en Corée du Sud.

Le fonctionnement d’un marché à terme exige plusieurs conditions : des marchandises de qualité uniforme, un stock stable et régulier permettant une faible « élasticité de l’offre », l’absence de situation de monopole qui pourrait empêcher des variations de cours. Toutes ces conditions font que les contrats à terme sont négociables. Dans la plupart des cas, le vendeur d’un contrat à terme n’a pas l’intention de livrer les marchandises elles-mêmes, pas plus que l’acheteur d’accepter la livraison. Puisque ces marchés à terme obéissent aux 5 conditions de la concurrence pure et parfaite, à savoir l’atomaticité du marché (pas de position de contrôle), l’homogénéité du produit (les marchandises sont standardisées), l’entrée libre sur le marché (vendeurs et acheteurs s’y confrontent sans entraves), la transparence du marché (les acteurs ont connaissance de l’offre et de la demande disponibles pour leurs produits), et la libre circulation des facteurs de production, on peut dire que les marchés à terme sont ceux qui se rapprochent le plus de l’idéal-type du marché parfaitement concurrentiel.

Les marchés de contrats à terme permettent de procéder à des opérations d’arbitrage ou de couverture des risques (hedging). L’arbitrage est l’action qui consiste à tirer un profit sans risque de différences de prix ou de cours sur le même titre, la même devise ou le même produit de base, en intervenant sur 2 ou plusieurs marchés différents. Il consiste alors à acheter et à vendre simultanément sur un autre marché. Il prend des formes multiples, mais le plus classique est l’arbitrage comptant-terme. C’est l’achat d’un titre au comptant avec des fonds généralement empruntés et la vente de contrats de futures sur ce titre de façon à fixer le prix de revente. Dans ce cas, l’arbitragiste compare le taux de rendement de l’opération d’achat de titres au comptant couvert par une vente à terme avec le taux de rendement d’un placement de même durée et effectue l’arbitrage si le taux de rendement de la première opération est supérieur au taux de rendement de la seconde.

Le but du marché à terme est, comme on l’a présenté jusqu’à présent, de garantir le prix d’achat ou de vente d’un bien, donc de couvrir le risque économique. Mais les marchés à terme sont également des marchés spéculatifs, dans lesquels l’objectif est de réaliser un gain en capital en pariant sur la variation des cours. D’une manière générale, la spéculation est une opération consistant à faire des choix qui engagent le futur, en anticipant certaines évolutions, ce qui implique de prendre le risque que ces anticipations ne se produisent pas. C’est précisément ce risque qui justifie la rentabilité importante de l’engagement de certains spéculateurs, rémunération d’autant plus élevée que le risque est lui-même important. Si la spéculation concerne énormément d’actifs (les monnaies, les matières premières, les immeubles, les valeurs boursières…), elle est amplifiée sur les marchés à terme, compte-tenu du décalage temporel entre le moment de la conclusion du contrat et celui de son exécution.

La spéculation déstabilise parfois les marchés, en amplifiant les déséquilibres, et en produisant des processus cumulatifs. Avant que la correction de marché ne puisse s’exercer, de nombreux auteurs ont pu observer que sur les marchés spéculatifs, à la différence des autres marchés, « la hausse appelle la hausse », ou que « la baisse appelle la baisse ». Les phénomènes mimétiques y sont en effet très présents, indépendamment de toute analyse rationnelle des situations (sauf à évoquer une « rationalité mimétique »). Pourtant, dans la plupart des cas, la spéculation améliore le fonctionnement des marchés. Le spéculateur achète des marchandises quand le prix de marché lui semble inférieur à ce qu’il devrait être (alors que le consommateur agit en sens inverse), et vend quand les prix sont trop élevés (ce qui va bien sûr à l’encontre de l’intérêt des producteurs). La spéculation accompagne donc bien souvent le fonctionnement de l’économie dans la mesure où elle détecte les tendances du marché, et dans la mesure également où seuls en profitent ceux dont les anticipations sont récompensées par l’évolution de la réalité.