Holisme méthodologique

Définition :

Définition : principe de méthode selon lequel l’analyse doit partir de la totalité, de l’ensemble, du collectif, qui est plus que la somme des parties

L'essentiel :

La notion de holisme a été introduite dans les années 1920 par Jan Smuts, qui a été premier ministre de l’Afrique du sud. Par cette notion, il défend la conception selon laquelle la totalité peut être plus grande que la somme des parties. Cette notion de holisme a notamment été reprise par Louis Dumont qui compare les sociétés holistes aux sociétés individualistes, on en retrouve aussi des applications dans les sciences de la nature à travers les travaux de Pierre Duhem et la notion de holisme épistémologique. Parler de holisme méthodologique, c’est considérer que l’analyse en sciences sociales doit étudier en priorité ces totalités qui dépassent les manifestations individuelles.

 

Cette conception de la méthode scientifique fait écho à la manière dont Émile Durkheim formalise les règles de la méthode sociologique et la façon d’aborder les faits sociaux. Comme le préconise le sociologue français, le holisme méthodologique invite à aborder la société par sa totalité plutôt qu’en partant des comportements individuels. Le holisme méthodologique est donc l’opposé de l’individualisme méthodologique car il part du principe que la société dépasse les individus et les contraint. Il faut donc étudier la totalité et cette approche holiste va dans le sens d’une méthode explicative, par laquelle les sociologues recherchent des relations causales. Ainsi, dans son ouvrage sur le suicide, Durkheim indique que selon lui il serait inutile de se concentrer sur des cas individuels qui ne pourraient pas nous renseigner sur le caractère sociologique de ce phénomène : il ne suffirait pas d’accumuler des récits de suicides ou de tentatives de suicides pour l’expliquer et c’est la méthode statistique qui doit permettre cette explication.

 

Cependant, le holisme méthodologique ne signifie pas nécessairement une approche statistique. Les sociologues fonctionnalistes, tels que Talcott Parsons, qui s’inspirent fortement de la sociologie durkheimienne, ont une approche holiste de la société en se concentrant sur les fonctions que remplissent les différentes institutions au sein de la société. Par exemple, Talcott Parsons étudie le développement de la famille nucléaire aux États-Unis en montrant comment elle est liée à la mobilité géographique des travailleurs et à une division du travail entre hommes et femmes. Les anthropologues culturalistes, tels que Margaret Mead ont également une approche qui peut être qualifiée de holiste car ils analysent les sociétés sous l’angle du « pattern culturel », personnalité de base qui permet de comprendre que les individus sont fortement influencés par la socialisation qu’ils reçoivent dans la société à laquelle ils appartiennent.

 

Pourtant, aucun des auteurs précédemment cités ne se revendique comme holiste. Le « holisme méthodologique » est davantage une appellation utilisée pour disqualifier des approches qui seraient trop globalisantes, laisseraient trop de côté les variations individuelles des comportements. Raymond Boudon, par exemple, utilise cette notion pour défendre son individualisme méthodologique. Pour lui, le holisme méthodologique passe à côté de la compréhension du fonctionnement réel de la société en ayant une vision qui serait trop surplombante. Pour lui, plutôt que de se concentrer sur les institutions sociales, il faut partir du comportement individuel et des « bonnes raisons » qu’ont les individus de se comporter comme ils le font. Ça lui permet notamment de se démarquer des approches de Pierre Bourdieu en termes d’habitus et de reproduction sociale.

 

 

 

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Pourtant, Pierre Bourdieu rejette le qualificatif de holiste et vise à dépasser la distinction entre individualisme méthodologique et holisme. Son approche en termes d’habitus est d’ailleurs centrée sur ce projet : l’habitus est marqué par des régularités sociales (il y a des habitus de classe), mais connaît aussi des variations individuelles, fruits de l’histoire toujours singulière des individus. Bernard Lahire a d’ailleurs creusé cette piste en se concentrant sur les dissonances culturelles par exemple. La tentative de dépassement de l’opposition individualisme/holisme est au coeur du projet de nombreux sociologues contemporains. Parmi ceux-ci on peut citer le sociologue britannique Anthony Giddens qui montre que si la société influe bien sur les individus, ceux-ci en retour peuvent la modifier par leurs comportements, leurs pratiques.

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Voir le chapitre de Seconde : Question 1. Comment les économistes, les sociologues et les politistes raisonnent-ils et travaillent-ils ?