Capitalisme (et économie de marché)

Définition :

Les caractéristiques que l’on attribue généralement au capitalisme l’identifient avec l’économie de marché.

L'essentiel :

Les caractéristiques que l’on attribue généralement au capitalisme l’identifient avec l’économie de marché. Ces caractéristiques sont les suivantes :

  • La propriété des moyens de production est privée ;
  • La production ne sert pas à l’autoconsommation, mais à l’échange marchand.
  • Sur le marché, qu’il s’agisse du marché des biens et des services, ou du marché du travail, chaque individu, guidé par son intérêt personnel, est libre d’acheter ou de vendre.
  • Le profit est un des objectifs centraux de l’entrepreneur et permet de réguler l’activité de celui-ci.
  • Sur le marché particulier qu’est le marché du travail, les offreurs de travail que sont les salariés offrent leur force de travail en échange d’un prix, le salaire.

Le sens moderne du mot « capitalisme » apparaît au XIXème siècle avec la diffusion de la révolution industrielle et la contestation de ce mode de production par des socialistes comme Leroux et Blanqui, et de manière plus générale l’ensemble des auteurs qui se rattachent plus ou moins au marxisme. Dès son apparition, le capitalisme est donc comme le dit François Perroux, « un mot de combat ». Néanmoins, in ne faut pas réduire le capitalisme à la conception critique marxiste, et il est d’usage de distinguer au moins trois approches du capitalisme, dont les divergences portent essentiellement sur la place accordée au marché.

Voir le chapitre de classes préparatoires Les fondements de l’économie

Pour les libéraux, le capitalisme est assimilé à l’économie de marché. En effet, c’est le marché qui permet la régulation du système capitaliste. C’est Adam Smith, en 1776, qui par sa métaphore de la « main invisible », développe l’idée que si le comportement des individus est guidé par « l’aiguillon de l’intérêt », alors ceux-ci contribuent par l’agrégation de leurs comportements égoïstes à la réalisation de l’intérêt général. Ce qui permet la main invisible pour les libéraux, c’est le marché.  Bien plus tard au XXème siècle, Hayek décrira le marché comme la seule institution capable de coordonner l’activité de très nombreux acteurs grâce à l’information donnée par le prix. La liberté et la propriété privée, sans lesquelles il n’y a pas de véritable marché, sont également des caractéristiques essentielles du capitalisme.

Pour Marx, le capitalisme est différent d’une économie de marché. Dans l’échange marchand, la monnaie n’est qu’un moyen d’échanger des marchandises : c’est le circuit M-A-M. Le capitalisme, lui, repose sur l’accumulation de capital (« Accumulez, accumulez, C’est la loi et les prophètes » écrit Marx), les marchandises n’étant qu’un moyen d’accumuler ce captal, d’où le circuit A-M-A’ (A’ étant plus grand que A). Cette accumulation n’est possible que grâce à une autre spécificité du capitalisme : le salariat généralisé à une grande partie de la population active. En effet, le travail transformé en marchandise permet aux détenteurs des moyens de production, c’est-à-dire les capitalistes, d’exploiter les salariés en les payant moins que la valeur créée par leur travail : cette plus-value permet donc que A’ soit supérieur à A. Les analyses de Marx seront prolongées au XXème siècle par des auteurs plus ou moins proches de l’« école de la régulation » qui décriront les métamorphoses d’un capitalisme qui s’éloigne toujours plus de l’économie de marché. Dans une analyse comme celle de Paul Boccara par exemple, le rôle croissant de l’Etat dans le capitalisme est la seule façon d’empêcher la baisse tendancielle du taux de profit due, selon Marx, aux contradictions internes du capitalisme. Pour décrire cette métamorphose du capitalisme, ces auteurs parleront de « capitalisme monopoliste d’Etat ».

La troisième approche du capitalisme, celle de Fernand Braudel dans Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVème-XVIIIème siècles (1979), va plus loin dans la distinction entre économie de marché et capitalisme. Le capitalisme est en effet, selon lui, un « contre-marché ». Les capitalistes, dans le but d’augmenter leur profit, cherchent à s’affranchir des contraintes de la concurrence en limitant la transparence, en cherchant à établir des monopoles, etc. Le capitalisme ne peut donc se développer qu’avec la complicité de l’Etat. Comme l’écrit Braudel, « le capitalisme ne triomphe que lorsqu’il s’identifie avec l’Etat, qu’il est l’Etat ». En effet, l’Etat doit assurer le respect de la propriété privée et joue un rôle dans les tentatives des marchands pour contourner la concurrence (en accordant des monopoles par exemple).

Le capitalisme selon Braudel correspond donc au troisième niveau de l’activité économique. Le premier correspond à l’autoconsommation. Ce qui prime alors dans la décision de produire des biens, c’est leur valeur d’usage. Le deuxième correspond au marché : une partie de plus en plus grande de la production est échangée contre d’autres biens, et la valeur d’échange des biens devient de plus en plus importante. Enfin, le troisième niveau correspond au capitalisme, qui émerge bien avant la révolution industrielle avec l’apparition de marchands disposant de capitaux importants et pratiquant le commerce au long cours. Ces négociants, grâce à l’éloignement entre producteurs et consommateurs, vont pouvoir s’affranchir des règles et des contrôles qui encadrent normalement les échanges marchands.

3 questions à : (à venir)

1) Chez Weber, le capitalisme repose-t-il comme chez Marx sur l’accumulation de capital ?

2) Le capitalisme existe-t-il avant la révolution industrielle ?

3) Dans l’analyse de Schumpeter, peut-on opposer le capitalisme et le marché ?

Voir le chapitre de première : Comment les marchés imparfaitement concurrentiels fonctionnent-t-ils ?