Les relations école-entreprise entre partage des tâches et co-construction

Les relations école-entreprise entre partage des tâches et co-construction

« Les relations école-entreprise entre partage des tâches et co-construction », Damien Brochier, Cereq Bref n°436, 2023.

La relation formation-emploi peut s’inscrire soit dans un modèle séquentiel, soit dans un modèle partenarial. Dans le modèle séquentiel, les acteurs économiques sont des prescripteurs du contenu des formations, pour que soient mieux prises en compte les exigences productives dans les diplômes. Dans le modèle partenarial, les acteurs de l’économie et les structures éducatives sont en interaction constante, et sont de fait des partenaires engagés dans un processus de professionnalisation des formations. 

 

Mots-clés : Compétences, Formation-emploi, modèles séquentiel et partenarial d’enseignement

Il y a deux formes d’articulation entre structures éducatives et entreprises : celles qui se fondent sur un partage des rôles, et celles qui s’appuient sur le développement d’une dynamique partenariale.

Le modèle « séquentiel » repose sur un partage des rôles entre les acteurs publics de l’éducation et les représentants du monde professionnel. Dans ce modèle, les professionnels doivent d’abord formaliser leurs besoins en compétences. Les acteurs du système éducatif s’appuient ensuite sur l’expression de ces besoins pour bâtir leurs filières de formation. Ils doivent alors disposer du temps nécessaire pour former des formateurs à la maîtrise des nouvelles compétences attendues. Enfin, vient le temps de formation des premiers élèves et étudiants, qui précède leur recrutement dans les entreprises. Ce modèle séquentiel est bien illustré par la création du baccalauréat professionnel en 1985, qui répond à un besoin exprimé par l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) de jeunes de formation technique initiale de niveau 4. Pour le mettre en œuvre, trois conditions sont requises : il faut d’abord que les partenaires adhèrent à une même norme de qualification (la détention du baccalauréat comme norme acceptée par les entreprises pour accéder à la plupart des emplois qualifiés) ; il faut ensuite que le système éducatif dispose d’un délai pour sortir les premières cohortes de diplômés ; il faut enfin que la répartition des rôles entre le système éducatif et les professionnels soit clairement établie (le cadre pédagogique et la formation aux enseignants, l’intégration sur les postes de travail aux professionnels).

Le modèle « partenarial » s’inscrit dans une autre filiation qui est celle des mesures visant à rapprocher l’école de l’entreprise, et qui a connu plusieurs temps forts depuis les années 1960 comme la création des Instituts universitaires de technologie en 1966, les Ingénieurs pour l’école en 1994, le label « Lycée des métiers » en 2000, ou encore la création du Campus des métiers et des qualifications (CMQ) en 2013. Ce modèle se structure aussi autour de trois dimensions fondamentales : en premier lieu, les acteurs de l’école et les professionnels de l’entreprise doivent se reconnaître un enjeu majeur commun qui est celui de la construction d’un parcours de professionnalisation (et pas seulement l’acquisition d’un diplôme) ; en second lieu, ces dispositifs de formation doivent avoir une grande réactivité par rapport aux problématiques d’évolution des métiers (évolution souvent liée à des enjeux territoriaux : c’est ainsi que les Campus des métiers et des qualifications sont constitués par des réseaux d’acteurs économiques et éducatifs, réunis autour d’une filière économique sur un territoire donné) ; en troisième lieu, ce modèle « partenarial » suppose un dialogue durable entre acteurs de la formation et professionnels de l’entreprise, pour inscrire la relation formation-emploi dans une logique de co-construction (dans le monde professionnel, la figure de référence est celle du « maître de stage », qui saisit les situations de travail comme autant d’opportunités d’éducation, et dans le monde de l’éducation, les enseignants référents des jeunes qui font des séjours en milieu professionnel acquièrent une capacité de dialogue avec le monde de l’entreprise pour que ces périodes soient valorisées dans leur parcours de formation).

Principales caractéristiques des deux modèles

Source : Céreq Bref, n°436

Si les modèles « séquentiel » et « partenarial » peuvent être décrits comme deux types idéaux antagonistes, ils sont en réalité complémentaires. D’un côté, le modèle séquentiel garde toute sa pertinence pour permettre aux instances éducatives, en lien avec des professionnels, de définir les contenus des diplômes et leur place comme repères collectifs nationaux des acquis d’apprentissage. De l’autre côté, le modèle partenarial tire sa force de sa capacité à gérer des filières « professionnalisantes », c’est-à-dire qui ouvrent la voie à la maîtrise d’un métier ou d’une profession. Mais il est vrai que le modèle partenarial, à la différence de ce qui se passe en Allemagne, a longtemps buté sur la difficulté de la société française à admettre que l’école puisse « co-éduquer » avec l’entreprise.

Quiz : Les relations école-entreprise entre partage des tâches et co-construction

Source : Les relations école-entreprise entre partage des tâches et co-construction , Damien Brochier, Cereq Bref n°436, 2023.

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