Graphique

Marché du travail : que nous dit la courbe de Beveridge ?

Résumé

Le repérage des dysfonctionnements du marché du travail se fait, le plus couramment, par le biais du taux de chômage et de la part des chômeurs de longue durée dans le total du chômage. Spontanément, l’opinion commune considère qu'un taux de chômage élevé est corrélé à un faible nombre de postes vacants, c’est-à-dire à une insuffisance de la demande de travail de la part des entreprises et des administrations. Or, les études empiriques montrent que l'efficacité du processus d'ajustement qualitatif entre offreurs et demandeurs sur le marché du travail pose également problème : un niveau élevé de chômage peut coexister avec un nombre élevé de postes non pourvus. C'est ce que permet de montrer la courbe de Beveridge.

Source : Natixis

Note : MMB 4T signifie que le graphique présente les données en moyenne mobile brute par trimestre. Le graphique commence au 1er trimestre 2006 (T1-06) et se termine au 3ème trimestre 2014 (T3-14).

La courbe de Beveridge fait référence aux travaux empiriques de William Henry Beveridge, connu notamment pour son action en faveur de l'Etat-providence. Cette courbe met en relation le taux de chômage en abscisse et le taux d'emplois vacants en ordonnée (pourcentage d’emplois non pourvus). On pourrait s’attendre à ce que cette courbe soit décroissante : plus le taux de chômage est élevé, plus les entreprises disposent d'un réservoir de main-d'oeuvre abondant, plus les places à prendre sont recherchées par les offreurs de travail et moins il y a d'emplois non occupés. Dans la réalité, la relation est plus complexe. Le graphique ci-dessus relie le pourcentage d'emplois vacants et le taux de chômage du 1er trimestre de 2006 (indiqué T1-06) au 3ème trimestre 2014 (T3-14). Entre 2009 et 2010, la relation attendue entre vacances d'emploi et chômage est vérifiée : le taux de chômage augmente et le taux de vacances d'emploi diminue parallèlement. En revanche, au-delà d'un taux de chômage de 9 % environ, le taux d'emplois vacants progresse, la courbe devenant presque verticale : malgré le réservoir de main d'oeuvre, les entreprises ne parviennent pas à satisfaire tous leurs besoins de recrutement. De ce fait, à la fin de l'année 2014, se conjuguent un taux de chômage élevé et un taux d'emplois vacants élevé lui aussi. Comment expliquer cette situation ? Ces difficultés d’appariement entre offre et demande de travail sont-elles de nature structurelle ? Certaines analyses y voient le signe d'une inadaptation des qualifications d'une partie de la main d'oeuvre aux emplois proposés, d'autres analyses mettant l’accent sur une insuffisante attractivité des niveaux de rémunération proposés.