Document 5 – Sodexo, ses statuts juridiques

Modéré

Document 5-a : 

Entrepreneur et chef de clan, Pierre Bellon a autant à cœur, lorsqu’il crée Sodexo le 9 mars 1966, de se doter de la structure qui lui permettra de conduire ses activités dans les meilleures conditions que de garder la famille unie. […]

Il prend soin de régler, au travers d’une charte familiale, les relations avec son frère et ses sœurs. Il accepte, à la demande de son père, de les faire entrer au capital de Sodexo mais à 2 conditions : que lui-même contrôle la majorité du capital et qu’ils se limitent au rôle d’actionnaires. Pas questions qu’ils se mêlent du management de l’entreprise. La charte impose au dirigeant de rémunérer le capital et fixe les minima de dividendes à distribuer aux actionnaires. Si cette règle n’est pas tenue, les actionnaires peuvent demander que leurs parts soient rachetées par le dirigeant, à dire d’experts. Par contre, si cela est respecté – ce qui a été le cas depuis toujours – les actionnaires ne peuvent s’immiscer dans la gestion ou la direction de l’affaire. Ainsi est posé un principe qui, 40 ans plus tard, reste toujours valable : « Ne pas confondre l’organigramme de l’entreprise et l’arbre généalogique. »

Source : « Je me suis bien amusé ! », Pierre Bellon, 2006

Document 5-b : Actionnariat et performance boursière

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La première cotation a eu lieu le 2 mars 1983 au cours ajusté de 1,55 euros. Au 31 aout 2018 (dernière séance de l’exercice 2018), l’action cotait 89,72 euros en clôture. Depuis sa première cotation, la valeur de l’action Sodexo a été multipliée par 58 alors que, sur la même période, le CAC40 n’a été multiplié que par 14,5. La progression de Sodexo est donc largement supérieure à celle du CAC40. Depuis son introduction en bourse en 1983, le titre Sodexo a connu une croissance annuelle moyenne, hors dividende, de +12,3%.

Source : Sodexo, Document de référence 2017-2018

 

Question 1 – Définir les termes suivants : capital social, actionnaires, dividendes.

Question 2 – En 2012, le journal économique Challenges titrait un de ses articles : « Pourquoi le capitalisme familial est le meilleur ». Justifier cette phrase à l’aide du document 5, et des documents précédents.

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Question 1 – Définir les termes suivants : capital social, actionnaires, dividendes.

  • Le capital social désigne toutes les ressources en numéraire et en nature définitivement apportées à une société (SARL /SA) par ses actionnaires (ou associés) au moment de sa création (ou d'une augmentation de capital). En contrepartie, ces derniers reçoivent certains droits sociaux. Le capital social correspond à la valeur nominale de l'ensemble des actions. Le capital social figure généralement sur l'ensemble des documents commerciaux d'une entreprise. Le capital social est une des composantes des capitaux propres d'une entreprise au même titre que les réserves et le résultat de l'exercice. En cas de liquidation judiciaire, il est restitué aux apporteurs de capitaux après remboursement des créanciers.
  • Les actionnaires sont donc les détenteurs des parts sociales du capital social : être actionnaire signifie devenir propriétaire de l’entreprise, et de ce fait prendre les décisions stratégiques concernant l’entreprise. Dans les grandes entreprises, le conseil des actionnaires est le Conseil d’administration.
  • Le dividende est la part des bénéfices d'une société distribuée à un associé/actionnaire : c’est donc la rémunération des propriétaires pour avoir « sacrifié » leurs ressources financières pour apporter des ressources à une entreprise. Cette distribution a lieu à la fin d'un exercice après une décision de l'assemblée générale annuelle. Les dividendes perçus par un associé sont imposés fiscalement.

Question 2 – En 2012, le journal économique Challenges titrait un de ses articles : « Pourquoi le capitalisme familial est le meilleur ». Justifier cette phrase à l’aide du document 5, et des documents précédents.

Le capitalisme est un mode de régulation économique, qui s’appuie sur la propriété privée des moyens de production. Il repose sur trois critères principaux : le salariat, la propriété privée des moyens de production, et un modèle de régulation décentralisée par le marché ou par les prix. Le régime capitaliste est gouverné par la recherche de profit et la liberté de circulation des capitaux.

Pour l’European Family Businesses (association promouvant le capitalisme familial en Europe), la définition adoptée par le groupe d’experts de l’Union européenne est la suivante : une entreprise, de toute taille, est familiale si : la majorité des droits de vote sont en possession de la personne physique qui a créé ou acheté l’entreprise, ou de son conjoint, ses parents, enfants ou descendants directs ; la majorité des droits de vote sont détenus directement ou indirectement ; au moins un représentant de la famille est formellement impliqué dans la gouvernance de l’entreprise ; pour une société cotée en Bourse, la personne qui a créé ou acheté l’entreprise ou sa famille ou ses descendants possède au moins 25 % des droits de vote. (Blondel Christine, « Investissement à long terme et capitalisme familial », Revue d'économie financière, 2012/4 (N° 108), p. 57-68. DOI : 10.3917/ecofi.108.0057) 

« Il prend soin de régler, au travers d’une charte familiale, les relations avec son frère et ses sœurs. Il accepte, à la demande de son père, de les faire entrer au capital de Sodexo mais à 2 conditions : que lui-même contrôle la majorité du capital et qu’ils se limitent au rôle d’actionnaires. Pas question qu’ils se mêlent du management de l’entreprise. » (Document 5-a-)

À la création, Pierre Bellon s’assure la stabilité de son capital (il fait de ses frères et sœurs ses associés) par la confiance qu’il peut avoir dans ses associés qui est aussi sa fratrie. De plus, par la charte, il s’assure de pourvoir diriger seul l’entreprise qu’il vient de créer. Et enfin, il va pouvoir inscrire dans le long terme le développement de l’entreprise : il y a ici souhait de pérennité et de transmis mission intergénérationnelle. D’ailleurs, c’est aujourd’hui Sophie Bellon, fille de Pierre Bellon (Document 4) qui préside aux destinées de Sodexo.

Sodexo est donc l’illustration d’un « capitalisme familial » car il a les caractéristiques suivantes :

  • « capital financier patient » i.e. une vision à long terme et un horizon de temps générationnel. L’entreprise existe depuis 1966 (53 ans de durée de vie à ce jour – Document 3), avec un actionnariat familial pérenne (en 2018, 42,2% des actions du capital social de Sodexo est détenu par la famille Bellon, soit la majorité relative de blocage et la famille Bellon dispose de 57, 2% des droits vote exerçables, ce qui lui permet de présider encore seule aux décisions de l’entreprise – Document 5-b-)
  • « gestion de son propre argent », i.e. l’actionnaire familial (famille Bellon – Document 5-b-) est identifiable et actif dans la gouvernance de l’entreprise (Sophie Bellon, Présidente du Conseil d’administration) et use des dividendes avec rigueur et parcimonie afin de favoriser au plus l’autofinancement.
  • « ancrage dans une communauté, une région et une politique humaine des relations avec les employés » i.e. les relations sociales sont durables (cf Fiche Métier – Philippe TRAISSAC, 25 ans d’ancienneté et de promotion chez Sodexo) et les salariés sont aussi amenés à devenir partie prenante du capitalisme actionnarial (en 2018,  les 1,2% des actions de Sodexo sont détenues par les salariés).
  • « importance d’éléments non financiers », i.e. l’actionnaire familial contribue, non seulement au capital social financier, mais aussi au capital humain et social par son engagement personnel  et les liens qu’il entretient avec ses employés et les autres acteurs : une référence aux « valeurs » de l’entreprise est souvent faite.(« Notre mission, améliorer la qualité de vie de nos collaborateurs et de tous ceux que nous servons ; Nos valeurs, l’esprit de service, l’esprit d’équipe, l’esprit de progrès ; Nos principes éthiques, la loyauté, le respect de la personne et l’égalité des chances, la transparence, le refus de la corruption et de la concurrence déloyale »)

Pourquoi donc le capitalisme familial serait-il le meilleur ?

Car il offre pérennité et donc aussi une rentabilité économique indéniable et régulière : ainsi, le cours de l’action Sodexo, passant de 1,55 euros en 1983 date de son introduction en Bourse à 89,72 euros, a été multiplié par 58 alors que l’indice CAC40 n’a été multiplié que de 14,5 (Document 5-b). Quand on observe la courbe formée par l’évolution du cours de l’action Sodexo, on remarque une tendance nette à l’augmentation, malgré les fluctuations.