Document 20. Natifs du numérique (digital natives) ?

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TO CODE OR NOT TO CODE II : ENTRETIEN AVEC ELISABETH SCHNEIDER

2 juin 2015 | Cahier 2, Dossiers

 

Vous êtes spécialiste de l’usage du numérique chez les adolescents et les jeunes adultes. A ce titre, vous avez beaucoup travaillé sur les modes d’apprentissage et de socialisation via internet. Quels sont les grands constats que vous faites aujourd’hui ?

Elisabeth Schneider. Le premier constat est que l’expression digital natives ne rime à rien. C’est surtout un argument marketing, que les jeunes eux-mêmes ne connaissent pas. Dire que les jeunes sont à l’aise avec le numérique ne signifie pas grand-chose en soi car ils ont des rapports complexes et différents de ceux des adultes aux outils numériques. Par exemple, des usages que l’on pourrait estimer comme étant sans intérêt, comme ce qu’on juge être des pertes de temps sur les réseaux sociaux, doivent être pris au sérieux.

Cet usage des réseaux sociaux suffit à faire d’eux des internautes compétents ?

La notion de compétence est extrêmement plurielle : publier sur des réseaux sociaux requiert de nombreuses compétences, de lecture/écriture, de compréhension de la plateforme… qui ne sont pas innées. On le voit, par exemple, lors d’un changement d’interface. Pour certains, le coût cognitif d’utilisation de ladite interface est trop grand et ils vont abandonner. D’autres vont échanger entre pairs pour apprendre à s’en servir. On observe donc que les jeunes ne sont pas du tout experts dans leurs usages des réseaux sociaux. Plus généralement, une des illusions qui dominent le numérique est qu’il n’est plus nécessaire d’apprendre à utiliser l’outil. L’outil ferait l’usage et rendrait autonome, c’est faux.

(…)

Est-ce que vous pensez que les jeunes ont conscience de leurs difficultés ?

Ils sont bien conscients qu’ils ne sont pas performants, mais en même temps, s’ils n’ont pas les ressources pour développer des compétences, ils préfèrent taire leurs difficultés. Ils vont se dire « je ne sais pas faire ce truc-là, donc j’ai tout intérêt à ne pas en avoir besoin », ou nier leurs lacunes en déclarant « de toute façon, il est pourri ce site ».

Et le code dans tout ça ? Est-ce déconnecté des besoins des jeunes ?

Je ne pense pas, il y a un certain nombre de jeux plébiscités par les jeunes, comme Minecraft, y compris des jeunes qui sont en difficulté scolaire, qui leur demandent d’utiliser du code. Sur des sites comme Jeuvidéo.com, vous les verrez échanger des lignes de code pour débloquer tel ou tel niveau du jeu, sur Youtube vous pouvez visionner les tutoriels qu’ils consacrent à cette activité… Agir, fabriquer et modifier le jeu dans son architecture commence à intégrer leur culture. C’est en partie pour cette raison que la question du code dans les programmes scolaires n’est pas complètement déconnectée de leurs besoins. D’une manière plus générale, si nous souhaitons, à l’avenir, ne pas être complètement asservis à des systèmes marchands, comprendre et avoir la maîtrise technique de ce qu’on laisse en ligne, il faudra posséder les compétences techniques qui nous permettront de pouvoir agir sur nos outils.

Les Cahiers Connexion solidaire

https://www.inclusion-numerique.fr/pratiques-numeriques-des-jeunes-entretien-avec-elisabeth-schneider/

 

Question 1 : Qu’est-ce que la socialisation ? La socialisation au numérique est-elle un processus inné ?

Question 2 : Que veux dire l’expression « coût cognitif » ?

Question 3 : L’apprentissage du code est-il nécessaire à la socialisation numérique ?

Question 4 : Selon vous, le concept de « natifs du numérique » (digital natives) est-il pertinent ?