L'implantation du groupe Total en Indonésie

Le rôle de Total dans le développement des ressources en hydrocarbures

En 1967, le général Mohamed Suharto prend le pouvoir en Indonésie à la suite d'un coup d'Etat militaire. Le nouveau régime décide rapidement de relancer l'exploration pétrolière.

La Compagnie Française des Pétroles (CFP), à la recherche de nouveaux domaines miniers, engage des contacts avec le gouvernement indonésien. Elle se voit octroyer en 1968, après un appel d'offres, un permis d'exploration dans le sud de Sumatra dans le cadre d'un contrat de partage de production. Total Indonésie est alors créée. Le premier permis est finalement rendu en 1976 après le forage de 14 puits sans résultats commerciaux.

En 1970, Total Indonésie s'associe avec la compagnie japonaise Japex sur un permis d'exploration offshore près du delta de la Mahakam, dans la région de Kalimantan Est (île de Bornéo). Elle obtient le rôle d'opérateur, chargé de diriger tous les travaux d'exploration avec la perspective, en cas de succès, d'assurer les travaux de développement et l'exploitation. Après deux ans de recherches, un premier champ de pétrole offshore est découvert. Le gisement de Bekapai, qui recèle environ 30 millions de tonnes de réserves, est mis en production deux ans plus tard et produit encore aujourd'hui. Ce premier succès permet à Total Indonésie d'envisager une implantation durable dans le pays. Toujours sur le permis de la Makaham, les travaux d'exploration mettent à jour en 1974 le champ de pétrole d'Handil. L'importance de ce gisement (100 millions de tonnes) permet rapidement à Total Indonésie de devenir l'un des principaux producteurs de pétrole du pays : la production atteint un pic de 11,5 millions de tonnes en 1977.

La société peut alors étendre et développer ses activités d'exploration. Des recherches sismiques et des forages sont réalisés dans diverses régions de l'archipel indonésien et en pleine mer. Mais c'est le permis de la Mahakam qui se révèle une nouvelle fois prolifique avec la découverte d'importants champs de gaz naturel au début des années 1980. La mise en exploitation de ces gisements est grandement facilitée par la proximité de l'usine de liquéfaction de gaz de Bontang, construite en 1977 à la suite de la découverte de réserves de gaz sur un permis adjacent à celui de la Mahakam. La présence de cette usine rend effet possible l'exportation du gaz sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL) vers des lieux de consommation lointains comme le Japon. Elle permet aussi à Total d'exploiter le gaz dit "associé" de ses productions pétrolières, c'est à dire le gaz qui constitue la composante la plus volatile du coktail d'hydrocarbures qui constitue le pétrole.

La collaboration avec Total a permis d'augmenter considérablement la capacité de l'usine de Bontang dans les années 1990 : celle-ci est aujourd'hui la plus importante au monde, avec 22 millions de tonnes de GNL produits par an. Total Indonésie continue de fournir environ 60% du gaz liquéfié à Bontang et est devenu le principal associé de Pertamina, la compagnie pétrolière nationale, pour la commercialisation du GNL. La filiale indonésienne de Total emploie aujourd'hui environ 2000 personnes, dont 1700 pour le site du delta de la Mahakam. Depuis son arrivée à Indonésie, elle a produit 165 millions de tonnes de pétrole et 1500 milliards de m3 de gaz.

 

Les objectifs de la filiale

 

Le premier objectif de la filiale lors de sa création était de rechercher et trouver du pétrole et donc d'étendre son domaine d'exploration selon les opportunités et la qualité du domaine minier qui seraient offerts par le pays hôte. A cet objectif s'est ajouté celui de valoriser au mieux les découvertes par une mise en production rapide et une exploitation optimisée des gisements, puis de maintenir et prolonger ses droits à exploiter ces champs en production.

Le permis de la Mahakam, accordé à l'origine pour trente ans, arrivait à échéance en 1997. En s'appuyant sur ses compétences, la qualité de ses travaux et les résultats obtenus sur les champs opérés, Total Indonésie a obtenu une prolongation de la période de validité du contrat jusqu'en 2009, puis jusqu'en 2017.

Aujourd'hui, la priorité de la filiale est de découvrir de nouvelles réserves dans le pays. C'est pourquoi elle a acquis le domaine minier de Donggala, une zone maritime adjacente à la Mahakam et destinée au forage en grande profondeur (offshore profond). Total Indonésie prend part à ce projet aux côtés d'Inpex (ex Japex), de la compagnie américaine Unocal et de Pertamina.

 

Total Indonésie dans le Groupe Total

 

Total Indonésie était, avant la fusion entre TotalFina et Elf, la plus importante implantation de la branche Exploration-Production de Total à l'étranger, représentant environ 1/3 des effectifs de cette branche. Une large part du savoir-faire du groupe s'est constituée en Indonésie : plus de 1500 expatriés ont travaillé dans le pays. Aujourd'hui, la filiale représente 14% des effectifs de la branche Exploration-Production, 6,4% de la production d'hydrocarbures et 7,6% des réserves du groupe.

 

Investissements réalisés par Total Indonésie

 

En qualité d'opérateur, Total a conduit les chantiers d'exploration et de production pour son compte et celui de son associé Inpex. Ces investissements se composent de travaux d'exploration (études géologiques, géophysiques et sismique, forages d'exploration et d'appréciation) et de travaux de développement (études, construction de plates-formes, forages pour la production, oléoducs et gazoducs, terminaux de chargement pour le pétrole brut).

Au total, ces investissements représentent pour Total Indonésie et son associé Inpex 6 milliards de $ pour le permis de la Mahakam. Les dépenses prises en charge par Total se décomposent en 2,4 milliards de $ de dépenses de développement et 550 millions de $ de dépenses d'exploration. Les dépenses d'exploration ont bien entendu été financées sur fonds propres car le risque d'échec dans cette activité reste très élevé : aujourd'hui, seul un puits d'exploration dans le monde sur trois débouche en moyenne sur l'exploitation commerciale d'un gisement. En cas d'échec de l'exploration, les frais d'investissements sont passées en charges et ne font l'objet d'aucune compensation financière de la part de l'Etat hôte. A ces dépenses s'ajoutent un peu plus de 200 millions de $ que Total Indonésie a investi en exploration depuis 1968 en dehors du permis de la Mahakam, ce qui montre l'ampleur des efforts réalisés dans les autres régions de l'Indonésie.

 

Impact économique de l'activité de Total Indonésie

 

L'impact économique de Total Indonésie se mesure d'abord par le montant perçu par l'Indonésie pour le permis de la Mahakam : 21 milliards de $ sur toute la période, soit environ 32 milliards de dollar en valeur actualisée.

Les revenus des hydrocarbures représentent chaque année depuis 1975 entre 4 et 12 % du PIB de l'Indonésie et en moyenne 30% des recettes budgétaires de l'Etat. La contribution de Total a été d'environ 20 à 25% de ces chiffres. On peut noter que la dépendance budgétaire de l'Indonésie aux revenus pétroliers a fortement diminué depuis les années 1980.

Depuis le début de l'activité pétrolière à Kalimantan Est dans les années 1970, le développement de la province a été très important. La population est passée de 700 000 habitants en 1971 à plus de 2,5 millions aujourd'hui. La ville de Balikpapan, qui ne comptait que 110 000 habitants en 1968 ; est devenue aujourd'hui une métropole de presque 500 000 habitants dotée d'un aéroport international, d'universités et d'hôtels de luxe. C'est principalement l'activité de trois opérateurs pétroliers, Total Indonésie, Vico et Unocal, qui a entraîné le développement de l'industrie locale.

Pendant longtemps, en raison de la faiblesse du tissu industriel local, les opérateurs pétroliers ont dû recourir aux sociétés javanaises et étrangères pour réaliser leurs travaux, ce qui a favorisé une immigration importante. De nombreuses sociétés de service se développées dans Kalimantan Est, la plupart venues de Java. La société indonésienne PT Apexindo Pratama Duta, créée en 1984, a ainsi commencé son activité en louant des équipements de forage. Elle a construit depuis 1991 cinq appareils de forage pour le compte Total Indonésie, un marché qui a représenté près de 200 millions de $ sur 10 ans.

Depuis quelques années, les opérateurs pétroliers, encouragés par Pertamina, cherchent à favoriser le recours aux industries et sociétés de services locales : leurs sous-traitants doivent dans tous les appels d'offres mentionner le contenu local (c'est-à-dire la part de fournitures ou de services provenant de Kalimantan Est) de leur offre et s'engager à le respecter sous peine d'être écartés des marchés futurs. Dans ce sens, les trois opérateurs ont organisé un séminaire avec 300 fournisseurs locaux pour leur exposer le suivi des contrats, la qualité des services et les règles de comportement qu'ils attendent d'eux. De plus, les compagnies pétrolières ont désormais la possibilité de morceler certaines de leurs commandes afin de favoriser une fourniture locale. Aujourd'hui, le contenu local des travaux pétroliers réalisés dans Kalimantan Est représente de 30 à 50% des travaux.

Depuis la loi de décentralisation de 1999, les provinces reçoivent de l'Etat 30% des revenus gaziers et 15% des revenus pétroliers qui sont générés sur leur territoire. Pour l'année 2001, on estime que, sur les 1,3 milliards de $ de revenus pétroliers et gaziers générés dans Kalimantan Est, 960 millions sont revenus au Gouvernement central, lequel a reversé 350 millions à la province et ses districts, qui bénéficient ainsi d'une situation tout à fait privilégiée par rapport au reste du pays.

Conclusion

Après 35 ans de présence en Indonésie, le bilan des activités de Total apparaît largement positif, aussi bien pour l'Etat hôte et la province de Kalimantan Est que pour le groupe pétrolier lui-même. Quatre facteurs principaux peuvent être mis en avant pour expliquer ce succès

  • D'abord, Total a su prendre des risques en décidant d'investir en Indonésie dès 1968, lors de l'ouverture du pays aux compagnies pétrolières internationales. Le groupe a démontré par la suite sa persévérance en dépit des difficultés rencontrées. Cette prise de risque s'est traduite part l'exploration d'un grand nombre de territoires miniers dans les années 1970 et par le développement de la filière du gaz naturel liquéfié à une époque où peu de compagnies pétrolières osaient se lancer dans l'aventure gazière.
  • Total a réussi à développer un partenariat stratégique de long terme avec les autorités indonésiennes et la compagnie nationale Pertamina en s'adaptant aux évolutions politiques, sociales et économiques qu'a connu l'Indonésie durant ces 35 ans. La qualité de ce partenariat a permis de disposer des horizons de temps indispensables à travers les prorogations de contrats. Elle a en outre contribué à faire de l'Indonésie le premier exportateur mondial de GNL et permettre ainsi à ce pays de maintenir ses recettes d'hydrocarbures malgré les limites rencontrées dans les exportations de pétrole.
  • Total s'est attachée à diffuser en Indonésie, et plus spécifiquement dans la province de Kalimantan Est, son savoir-faire et ses technologies. Ce transfert de compétences s'est opéré principalement par la formation des personnels opérationnels, des techniciens et d'encadrement. Il a en outre été renforcé par une augmentation régulière de la part du contenu local des équipements utilisés, concourant ainsi au développement du tissu industriel indonésien.
  • Enfin, une réelle considération a été apportée aux sites d'intervention afin de protéger la biodiversité du delta de la Mahakam, y compris à l'encontre d'activités sans rapport avec l'industrie pétrolière. Total s'est également efforcé de répondre, dans une optique de développement durable, aux besoins des populations locales en matière d'éducation, de santé et d'amélioration économique.