Cours

Cours de Première ES : 6. Les Processus de socialisation et de la construction des identités sociales

Question 8. Comment mesurer le niveau de la délinquance ?

Découverte

Document 1 - Les chiffres officiels de la délinquance en France

 

1) Calculez les taux de variation de chaque type d’infraction recensée entre 1997 et 2009.

2) Calculez la part en % des vols dans l’ensemble des infractions pour chacune des 2 années. Formulez clairement le résultat dans une phrase.

3) Complétez le texte suivant:

Entre 1997 et 2009, l’ensemble des infractions comptabilisées par le Ministère de l’intérieur a augmenté de (.....) % mais cette évolution globale cache des tendances contrastées. La majorité des types de délinquance ont progressé. C’est le cas des atteintes aux personnes qui ont progressé de (...) % et des infractions sur les stupéfiants qui ont augmenté de (...) %. Mais, d’autres formes de délinquance ont régressé; c’est le cas des (...) et des (...).

4) Comment ces données officielles sont-elles recensées ?

5) Quelle est la limite de ces données officielles pour le sociologue ?

Document 2 - Les chiffres ne parlent pas d'eux-même

Les questions de sécurité figurent parmi les plus importantes dans les discours politiques et les rhétoriques électorales en France. Dans ces débats que répercutent fortement les médias, les statistiques servent généralement d’arguments d’autorité. Elles sont convoquées pour prouver le bien-fondé de l’action d’un gouvernement, ou son échec selon ses opposants. Cela donne des « batailles de chiffres » auxquelles le citoyen ne comprend souvent pas grand-chose, qui n’éclairent guère le débat public et surtout permettent rarement d’évaluer correctement tant l’état des problèmes que l’efficacité des politiques publiques. On s’efforcera ici de clarifier les choses du point de vue de la construction et de l’usage des statistiques, en rappelant d’abord ce que nous appellerions volontiers trois « règles d’or » de l’analyse statistique en sciences humaines : 1) on ne peut rien dire d’un chiffre si l’on ignore comment il a été fabriqué ; 2) un seul chiffre ne saurait permettre de décrire ni mesurer un phénomène social complexe ; 3) les chiffres ne « parlent pas d’eux-mêmes », c’est nous qui les faisons parler.

Source: www.laurent-mucchielli.org , Les techniques et les enjeux de la mesure de la délinquance. 

 

1) Quel usage fait-on des données statistiques ? 

2) Quelles règles méthodologiques le sociologue doit-il avoir à l’esprit ?

Document 3 - Statistiques officielles et mesure de la délinquance

Les prétendus « chiffres de la délinquance » dont il est généralement question sont en réalité les statistiques de police et de gendarmerie, c’est-à-dire le produit de l’enregistrement de la part des faits de délinquance qui sont connus (signalés par les victimes ou découverts par les fonctionnaires) et de l’activité répressive (élucidation, gardes à vue, transmissions aux parquets) des policiers et des gendarmes. En d’autres termes, il est demandé à ces fonctionnaires de fournir eux-mêmes les éléments de leur évaluation et, par-là, de celle du gouvernement. (...) Nul n’accuse les fonctionnaires de police de malhonnêteté. Il s’agit plutôt de comprendre comment, lorsqu’on est mis devant un impératif de résultat, on s’organise pour y parvenir. (...) S’il faut baisser les chiffres, on peut refuser d’enregistrer des plaintes, enregistrer dans le seul registre de main courante (qui n’est pas pris en compte dans la statistique), déqualifier un délit en contravention, rassembler plusieurs faits dans un seul enregistrement, retarder la transmission au-delà de la clôture mensuelle de l’enregistrement.

source: Loraine Data, Le grand trucage, La Découverte, 2009

 

1) Quels sont les comportements qui, selon le texte, « faussent » les données officielles en matière de délinquance ?

2) Recherchez d’autres facteurs de non-enregistrement de comportements délinquants.

Document 4 - Le "chiffre noir"

Au XIXème siècle, les criminologues parlent de « délinquance cachée », ce terme désignant la différence entre la « délinquance réelle » et celle mesurée par les statistiques judiciaires. (...) On lui substituera le terme de « chiffre noir ». (...)

Sous le vocable de « chiffre noir », les criminologues désignent le nombre, inconnu par définition, d’infractions qui ne parviennent pas à la connaissance des autorités.

source: Institut des hautes études de la sécurité intérieure, Jean-Paul Grémy, Mesurer la délinquance à partir du témoignage des victimes, 2001

 

1) Qu’appelle-t-on le « chiffre noir » de la délinquance ?

2) Cherchez des exemples d’infractions entrant dans le chiffre noir.

Document 5 - Qu'est ce qu'une enquête de victimation

L'enquête de victimation désigne une technique assez simple dans son principe : interroger des gens, échantillonnés de façon à représenter la population d'un pays, d'une région, d'une ville, sur les infractions dont ils ont été victimes. (...)

L'enquête de victimation est une réponse des sciences sociales à la plus vieille des difficultés rencontrées dans l'étude du crime : sur quelles données la fonder ? Dans le premier quart du XIXème siècle, savants et administrateurs avaient commencé à s'intéresser à ce phénomène en s’appuyant sur les statistiques produites par diverses agences pénales (statistiques pénitentiaires, judiciaires, beaucoup plus récemment policières). Ces données officielles avaient bien sûr des limites inhérentes. En effet, de nombreuses infractions à la loi pénale ne parviennent jamais à la connaissance des institutions chargées de les réprimer (le fameux chiffre noir). Mais, faute de mieux, il était admis, sans davantage de preuve, que la criminalité enregistrée était un bon échantillon représentatif de la "criminalité réelle".

Source: www2.cnrs.fr

 

1) Quelle est la méthode expliquée dans ce document ?

2) Quel intérêt peut-on trouver à l’usage de cette méthode ?

Document 6 - L’utilisation du revenu disponible en France

L’Insee mène chaque année auprès d’un échantillon de 11000 personnes, représentatif de la population de plus de 15 ans, une enquête permanente sur les conditions de vie (EPCV) qui, depuis 1996, comporte un module « victimation ». Elle permet de recenser et caractériser les faits subis au cours d’une période de référence: agressions verbales ou physiques, cambriolages, vols de voitures et dans les voitures, autres vols. Par exemple, sont posées des questions telles que « Au cours des deux dernières années, avez-vous été personnellement victime d’agressions ou d’actes de violence, y compris de la part d’une personne que vous connaissiez ?» ; puis « Au total, combien de fois avez-vous été victime d’agressions ou d’actes de violence au cours des deux dernières années ?». Ou encore: « En vous déplaçant seul(e) le soir dans le quartier, vous arrive-t-il d’avoir peur ? – oui, souvent / oui de temps en temps / rarement / jamais ».

Source: INSEE, Portait social 2002/2003

 

1) A quelle méthode l’Insee a-t-il recours pour évaluer la délinquance ? 

2) Quelles limites ce type de méthode présente-t-il ?

Document 7 - Que disent les enquêtes de victimation ?

Selon l’enquête de victimation « cadre de vie et sécurité », environ une personne sur cinq estime avoir été victime d’au moins une agression au cours des deux dernières années. Seulement 24 % de ces personnes font une déclaration à la police et 16 % vont jusqu’à porter plainte. Un peu plus de la moitié de ces atteintes sont des injures, une sur cinq des menaces, autant de vols et tentatives de vols avec ou sans violence et moins d’une sur dix sont des violences physiques. Plus de neuf injures sur dix ne sont pas déclarées parce que les victimes ont jugé majoritairement l’atteinte peu grave, alors que la moitié des vols sont déclarés.

Souce: Insee.fr

Vrai-Faux ?

a) Environ 20 % des personnes interrogées disent avoir été victimes d’une agression au moins durant les 2 dernières années. 

b) Les vols sont plus souvent déclarés que les insultes. 

c) 24 % des personnes interrogées ont déclaré un acte délinquant.

d) Les agressions les plus fréquentes sont des violences physiques.

Document 8 - Les déterminants sociaux des statistiques de la délinquance des mineurs

Les sociologues Laurent Mucchielli et Véronique Le Goaziou réfutent la thèse d’une aggravation de la violence des mineurs (...). D’après eux, si les statistiques judiciaires et policières, régulièrement brandies par les médias, montrent (à tort selon eux) un accroissement de la délinquance juvénile en France depuis une quinzaine d’années, c’est principalement en raison de deux phénomènes extérieurs :

* Incrimination : depuis le début des années 1990, de plus en plus de comportements juvéniles sont incriminés par le droit français. (...)

* Judiciarisation : depuis quelques années, les acteurs du contrôle social (police, justice, ...) auraient subi une forte injonction* politique les incitant à accentuer les poursuites pénales à l’encontre des mineurs afin de lutter contre « le sentiment d’impunité ».

Source: Julien Bonnet, Délinquance, comment interpréter les chiffres ?, Sciences Humaines, n° 208, octobre 2009

*une injonction est un ordre, un commandement.

 

1) Que signifie le terme « incrimination » ?

a) augmentation des crimes

b) qualification d’un acte comme un crime

c) banalisation d’un acte délictueux

2) Que signifie le terme « judiciarisation » ?

a) tendance à se faire justice soi-même

b) amélioration de la connaissance des règles juridiques par l’ensemble des citoyens

c) tendance à considérer de plus en plus d’actes comme relevant des tribunaux

3) Quelle sont, parmi les propositions suivantes, celles qu’on retrouve dans texte ?

a) Les médias donnent une image erronée de la délinquance.

b) Il y a de plus en plus de délinquance juvénile.

c) Les statistiques de la délinquance sont influencées par les médias.

d)Les statistiques de la délinquance sont influencées par l’évolution du droit.

e) Les services de police subissent une forte pression pour afficher des résultats.  

Approfondissement

* Des données officielles incomplètes

Evaluer la délinquance pose problème: peut-on réellement mesurer la délinquance ? Quelle méthode adopter ? Comment interpréter les chiffres ?

Les chiffres officiels de la délinquance sont le résultat des plaintes auprès des services de police et de gendarmerie. Ils dépendent donc d’un certain nombre de variables liées :

- au comportement des victimes: certaines d’entre elles ne portent pas plainte, certains actes délinquants donneront lieu à des dépôts de plaintes alors que d’autres ne seront pas déclarés, les actes délinquants ne touchant pas une victime précise seront peu souvent déclarés (dégradation d’équipements urbains ...)

- au comportement des services de police: certains faits délinquants ne seront pas enregistrés, les services de police s’attarderont plus ou moins sur certains actes en fonction de l’orientation de la politique sécuritaire ce qui les amènera à des chiffres plus ou moins gonflés (par exemple: une priorité accordée à la lutte contre la vente de stupéfiants entraînera mécaniquement des opérations de police plus actives dans ce domaine et, finalement, une progression des infractions mesurées.Document 3

On appelle « chiffre noir » de la délinquance cette part de la délinquance qui n’apparaît pas dans les statistiques officielles. Document 4

* Une méthode alternative: les enquêtes de victimation

Ces enquêtes réalisées par l’INSEE évaluent, à partir d’un échantillon représentatif, le nombre de personnes qui ont été confrontées à des comportements délinquants. Documents 5 et 6

Ces données confirment l’existence d’un chiffre noir en faisant apparaître des faits non enregistrés par les statistiques officielles. Elles permettent de constater que certains actes délinquants sont plus sous-estimés que d’autres: par exemple, les vols et les violences physiques seraient 3 à 5 fois plus élevés selon les enquêtes. Document

*Une aggravation de la délinquance ?

Les enquêtes de victimation comme les statistiques policières convergent pour montrer que, contrairement aux idées reçues, les comportements délinquants n’augmentent pas de façon rapide.

Mais, quelque soit l’instrument de mesure retenu, il fait apparaître une tendance à la baisse des atteintes aux biens et à la hausse des atteintes aux personnes. Document 1

Il est également nécessaire d’avoir à l’esprit les variables qui influencent le recueil de l’information. Si le sociologue montre que certaines pratiques déterminent les statistiques officielles (Documents 2 , 3, 8<//font>), il a conscience qu’il en est de même pour les enquêtes de victimation : le discours sur l’insécurité et les médias influencent la perception que les personnes interrogées ont de la délinquance. Finalement, les enquêtes de victimation constituent un bon indicateur du sentiment d’insécurité ressenti dans une population.

 

À lire

Sites

 

www.laurent-mucchielli.org
www.insee.fr
(on y trouve l’enquête dite CVS « cadre de vie et sécurité »
www.ond.fr  (Observatoire national de la délinquance)
www.cesdip.fr  (enquêtes de victimation)
www.justice.gouv.fr
www.ladocumentationfrancaise.fr

Livres et articles

Lorraine DATA (collectif d’auteurs), Le grand trucage , La Découverte, 2009

Regards sur l’actualité, n° 336, Dix ans d’évolution de la délinquance, 2007

Julien Bonnet, Délinquance, comment interpréter les chiffres ? Sciences Humaines , n°208, octobre 2009.

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