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Cours de Formation et emploi : 2. Le chômage : des coûts salariaux trop élevés ou une insuffisance de la demande?

Question 2 : Le chômage : une question de demande insuffisante ou de coûts trop élevés ?

Découverte

Document 1 : notion de coût salarial.

1. Relier les mots suivants à leur définition :

Document 2 : exercices d'application

M. Jean Aidupèze est cadre, salarié d'une entreprise ; pour l'employé cette dernière doit faire face aux dépenses suivantes :

  • Salaire brut : 5550 €
  • Prime mensuelle 250 €
  • Loyer de l'appartement de fonction : 1650 €
  • Tickets restaurant : 300 €
  • Cotisations sociales salariales : 1000 €
  • Cotisations sociales patronales : 800 €
  • Nombre total d'heures mensuelles réalisées à M. Jean Aidupèze : 130 heures.

 

  1. Calculez le salaire net M. Jean Aidupèze.
  2. Calculer le coût salarial total que supporte l'employeur de M. Jean Aidupèze.
  3. Combien pèsent les cotisations sociales dans le coût du travail ?
  4. Calculez le coût horaire du travail.
  5. A quoi servent les cotisations sociales ?
Document 3 : niveau du coût de l’heure de travail, en € (industrie et services marchands)

Source : Eurostat, données disponibles au 17/06/2014

  1. A combien s'élève le coût d'une heure de travail au sein de la zone euro en 2014 ?
  2. Au sein de cette zone euro, comment le niveau de coût d'une heure de travail peut-elle permettre de constituer trois groupes géographiques ?
  3. Quelle caractéristique peut-on donc déceler, plus largement au sein de l'Europe, à propos du coût d'une heure de travail ?
  4. Compléter la phrase suivante : Au 1er trimestre 2014, dans l'ensemble de l'industrie et des services marchands, le coût horaire de la main-d'oeuvre pour l'ensemble de la zone euro est estimé à…. euros en moyenne. Il a progressé de …% depuis 2000. Pour la France, le coût de l'heure de travail ressort à … euros, en hausse de …% depuis 2000. Avec un coût à 33,2 euros, la hausse pour l'Allemagne, depuis 2000, est de …%. Le coût du travail, dans l'ensemble de l'industrie et des services marchands,  ayant donc augmenté beaucoup … vite en France qu'en Allemagne, il y a eu une dégradation de la compétitivité-… des produits français par rapport aux produits allemands.
Document 4 : taux de chômage dans la zone Euro et dans l’UE à 28

  1. Complétez la phrase suivante : Dans la zone euro (ZE18), le taux de chômage s’est établi à … % en février 2014, stable depuis octobre 2013. Il se situait à 12,0% en février 2013. Dans l’UE28, le taux de chômage s’est établi à … % en février 2014. Eurostat estime qu’en février 2014, 25,920 millions d’hommes et de femmes étaient au chômage dans l’UE28, dont 18,965 millions dans la zone euro. Par rapport à janvier 2014, le nombre de chômeurs a diminué de 65000 dans l’UE28 et de 35000 dans la zone euro. Parmi les États membres, les taux de chômage les plus faibles ont été enregistrés en …(4,8%), en … (5,1%) ainsi qu’au Luxembourg (6,1%), et les plus élevés en …  (27,5%, en décembre 2013) et en … (25,6%).Sur un an, le taux de chômage a augmenté dans onze États membres,a baissé dans quinze autres et est resté stable en Roumanie et en Suède.
Document 5 : évolution du taux de chômage.

  1. En quoi le cas de l’Allemagne est-il singulier depuis une dizaine d’années ? (Vous répondrez à cette question en utilisant les statistiques du graphique)
Document 6 : Les réformes structurelles de l’emploi adoptées en Allemagne depuis 2003.

Entre 2003 et 2005 ont été mises en place par l’ancien directeur des ressources humaines de Volkswagen, Peter Hartz. Elles incluent des mesures visant à une plus grande incitation au retour à l’emploi, en abaissant la durée et les montants des allocations, mais aussi une refonte des structures existantes en créant des agences de placement jugées sur leur efficacité. De plus, l’auto-entreprenariat et différentes formes précaires d’emploi se sont développées pour résorber au maximum le chômage structurel allemand. La création des «jobs à un euro», dont le principe est de rémunérer les participants à un euro de plus que l’allocation chômage par heure travaillée, correspond à l’idée qu’il vaut toujours mieux travailler à un très bas salaire, plutôt que d’être au chômage. Les«mini-jobs», qui correspondent à des emplois à faible rémunération (450€ au maximum) sans restriction sur le nombre d’heures, et non soumis,ni aux cotisations sociales, ni à l’impôt, ont été très utilisés. Une autre forme d’emplois, appelés «midi-jobs» proposent une rémunération légèrement plus élevée (entre450€ et 800€ par mois) mais sont soumis à un barème progressif des cotisations sociales. Ces réformes ont été une puissante incitation à une politique de modération salariale, qui s’est avérée déterminante dans la course à la compétitivité coût.

Source : Focus : l’analyse des études économiques du groupe crédit agricole, 27 janvier 2014.

 

  1. Qui est M. Hartz ?
  2. Que se passe-t-il en Allemagne au milieu des années 2000 ?
  3. Illustrez vos propos.
  4. Montrez par un enchaînement que la réduction des coûts peut permettre de dynamiser l'emploi.
Document 7

En premier lieu, il faut noter l'extrême violence de la crise actuelle. Dans les trois premiers pays industriels du monde, les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, 10 millions de travailleurs sont sans travail. Il n'y a presque nulle part d'industrie importante qui réalise assez de bénéfices pour pouvoir se développer, ce qui est bien le critère décisif du progrès… Engagés dans cette impasse, des producteurs individuels attachent des espoirs trompeurs à telle ou telle ligne de conduite qui serait profitable à un producteur isolé ou à une classe de producteurs si personne d'autre ne l'adoptait, mais cesse d'être avantageuse des que chacun la  fait sienne. Par exemple…si un producteur déterminé ou à certains pays diminue les salaires, ce producteur ou ce pays sera en mesure de se tailler une meilleure part de la demande globale temps que les autres ne limiteront pas. Mais si on diminue les salaires partout à la fois, le pouvoir d'achat de la communauté dans son ensemble sera réduit du même montant que les coûts, et ici non plus, personne n'y gagnera. Ainsi, ni la réduction de la production ni la diminution des salaires de permettre, à appliquer isolément, de rétablir l'équilibre.

Source : John Maynard Keynes, « la grande crise de 1930 », politique étrangère, 1992, volume 57.

 

  1. Cherchez dans un dictionnaire économique et social, qui est J.M. Keynes ?
  2. Comment appelle-t-on les biens que les ménages utilisent pour satisfaire immédiatement leurs besoins (produits alimentaires, produits durables, produits semi durables) ?
  3. Comment appelle-t-on les biens que les entreprises utilisent pour produire des biens et des services ?
  4. Comment appelle-t-on les biens et services vendus par les agents résident sur le territoire français à des agents non-résidents sur le territoire français ?
  5. Si l’on ajoute à ces 3 éléments ci-dessus les achats de Biens et services de l’Etat (avions militaire achetés à Dassault pour défense nationale par exemple), quel ensemble obtient-on ?
  6. commentez la phrase soulignée.
  7. Que se passera-t-il si tous les producteurs procèdent de la même façon ?
  8. Que peut-on en déduire de la baisse des salaires pour résorber le chômage ?
Document 8 : Les plan de relance français.

  1. Parmi les mesures annoncées pour soutenir la demande globale, quelles ont celles qui sont destinées à soutenir la consommation des ménages et l’investissement des entreprises ?
Document 9 : Bilan... Le plan a-t-il relancé l'économie française ?

Le verdict semble sans appel : l'impact sur la croissance du plan de relance serait d'environ 0,5 point de PIB sur 2009 et 2010, selon la Cour des comptes, très en deçà de son coût pour les finances publiques (1,4% du PIB). Toutefois, a tenu à souligner l'institution de la rue Cambon, cet écart s'explique par le fait que ce plan était essentiellement centré le soutien à la trésorerie des agents économiques - ce qu'avait critiqué la gauche qui plaidait pour un soutien plus massif à la consommation. Ses effets "sont donc diffus", note Didier Migaud. "Mais il a sans conteste permis d'atténuer les effets de la crise", conclut le premier président de la Cour des comptes.

Source : L’expansion 14 / 09 / 2010 
  1. Quel bilan la cours des comptes fait-elle de cette relance ?
Document 10 : Austérité salariale : ils n’ont donc rien appris de la crise !

Totalement aphones après l’explosion de 2007, les adeptes de l’austérité salariale pérorent ainsi à nouveau. Si d’aventure leur politique était appliquée en France (à l’heure où sont écrites ces lignes, c’est malheureusement la pente que semble prendre le gouvernement Ayrault), qu’adviendrait-il ? Exactement ce qui se passe là où cette politique d’austérité salariale et budgétaire est déjà massivement appliquée. Le résultat est accablant : en Grèce, au Portugal et en Espagne, la récession se transforme en dépression et le chômage explose ; la chute de la consommation intérieure entraîne celle de l’investissement, ce qui accroît la chute de la demande et compromet la compétitivité à long terme de ces pays. P. Artus, économiste pourtant traditionnellement favorable au choc d’offre, lui-même le reconnaît : dans ces pays, « il y a recul à la fois de l’offre et de la demande de biens et services, il y a perte de substance économique, et la baisse des salaires réels est très contreproductive ».

Source : Christophe Ramaux (Centre d’économie de la Sorbonne - Université Paris I) , article publié dans la Revue de Droit du Travail, n°12, Dalloz, décembre 2012 (pp. 674-676)
  1. Que signifie « l'explosion de 2007 »
  2. Choisir le bon terme : l'austérité salariale consiste à (encourager/limiter) la progression des salaires.
  3. Que s'est-il passé dans les pays où ce choix s'est effectué ?
  4. Ce texte donne-t-il plutôt (raison/tort) à Keynes ?

Approfondissement

Faisons le point

La montée d'un chômage de masse dans les années 70, dans les pays de l'OCDE et notamment en France, incite à s'interroger sur les causes de ce chômage. Parmi les multiples explications, deux peuvent être dégagées : le chômage s'explique-t-il par un coût du travail trop élevé qui découragerait les embauches ou ne serait ce pas plutôt la faiblesse des salaires et de la demande qui freinent la production et donc les créations d'emplois ?

 

Le chômage serait lié à des coûts salariaux trop élevés.

Certains économistes, qualifiés de ‘libéraux’, estiment que le coût du travail en France est trop élevé, ce qui freinerait les embauches. Le salaire est ici envisagé comme un coût qu'il faut minorer pour comprimer le coût du travail, et au final, le coût de production. Le coût salarial se compose principalement du salaire net et des cotisations sociales patronales et salariales. En minorant ces dernières ces dernières, le coût salarial peut diminuer et l'entreprise peut garder davantage de ressources disponibles pour les profits. Elle pourra ainsi les utiliser pour réaliser des investissements débouchant sur des innovations de produits ou des innovations de procédés, lui permettant ainsi de gagner de la clientèle, de vendre autant plus, et donc d'embaucher. Depuis le milieu des années 2000, le taux de chômage en Allemagne ne cesse de diminuer sous l'impact de réformes destinées à limiter la progression des salaires, à rendre les chômeurs actifs occupés,  et à rendre plus adéquate l'offre d'emploi à la demande d'emploi. La comparaison entre les coûts du travail en France et en Allemagne révèle que l'écart de compétitivité est surtout dû au poids plus important des cotisations sociales en France. Cependant la relation entre faibles coûts du travail et faible chômage est loin d'être systématique : ainsi le Portugal et la Grèce sont de pays à faible coût du travail… et à chômage élevé ! L'Allemagne et l'Autriche sont des pays où le coût du travail est parmi les plus élevés d'Europe… et aussi ceux ou les taux de chômage sont parmi les plus faibles d'Europe !

 

Une demande insuffisante peut aussi constituer une explication du chômage.

 

Dans les années 30, l’économiste britannique, John Maynard Keynes, estime que la volonté de baisser le coût salarial pour sortir de la crise est un leurre. Pour lui, le salaire n'est pas qu'un coût, c'est aussi un revenu. Il est en grande partie consommé et donne lieu, par les ménages, à une demande de biens de consommation ; celle-ci peut être appréhendée par les entreprises qui, si elle augmente, pour y répondre, seront incitées à produire : il faudra donc embaucher…et le chômage diminuera ; Keynes insiste sur le fait que l'augmentation des salaires doit porter sur les ménages dont les salaires sont les plus faibles : en effet, ce sont les plus pauvres qui consomment d'autant plus le surplus de revenus qu'il leur est distribué ; les plus riches, eux, auront tendance à l'épargner et il ne sera pas consommé !  Keynes met en garde contre la baisse généralisée des salaires dans l'économie qui ne fera qu'aggraver la crise. Pour lui, l'intervention des pouvoirs publics est importante et doit permettre de « réamorcer la pompe » ; ainsi, à l'occasion de la crise des ‘subprimes’ de 2007-2008, dans l'ensemble des pays développés, aux États-Unis, en France, en Allemagne… ont été mis en place des plans de relance de la demande. Leur efficacité a été mitigée et s'est accompagnée d'effets pervers (endettement)  légitimant le retour à une austérité, notamment salariale. L'Allemagne qui a fait ce choix, enregistre certes une baisse de son chômage, au détriment de l'augmentation du taux de pauvreté.

 

À lire

Lecture sur ce thème.

  • Florence Aubenas, Le quai du Ouistreham, points, 2010
  • Jérôme Gauthier, Coût du travail et emploi, la découverte
  • Champsaur P. (2012), « Augmenter le Smic détruit des emplois », Le Monde.fr, 22 juin.
  • Daniel Pennac, Jacques Tardy, la débauche, folio, 2012
  • Le site du CNDP : www.CNDP.fr/entrepôt/themadoc/formation-et-emploi.

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