Cours

Cours de Individus et cultures : 1. Comment devenons-nous des acteurs sociaux?

Question 3. La socialisation est-elle différenciée selon le genre et le milieu social ?

Découverte

Document 1 – Les filles aussi …

Repérer et lire

1. Pourquoi le slogan de cette affiche insiste-t-il sur le mot « aussi » ?

Expliquer

2. Est-il nécessaire de préciser que les filles aiment « aussi » les livres d’aventures ?

Comprendre

3. Recherchez sur Internet l'objet de l'association Lab-elle et expliquez les raisons de sa création

Document 2 – La socialisation au quotidien

« La construction de l’identité sexuée des enfants se ferait encore très largement au sein d’un processus de ségrégation sexuelle très intériorisé, et d’abord par les parents et l’entourage. Le critère du sexe de l’enfant semble le déterminant le plus essentiel de sa personnalité. Les adultes ont une attitude différente avec les enfants en fonction de leur sexe et leur proposent par exemple des jouets en fonction du sexe annoncé (et non pas des comportements). Dès l’âge de 1 an, garçons et filles évoluent dans un milieu physique différencié (jeux, habitat, environnement). Autrement dit, avant qu’ils aient l’âge d’avoir des préférences, leur environnement les conduit à adopter les attitudes, les comportements, les goûts que l’on attend d’eux en raison de leur sexe, alors même que dans d’autres domaines, les parents sont beaucoup plus ouverts. C’est à nuancer évidemment en fonction du niveau d’études des parents, etc. et ce serait plus vrai pour les pères traditionnels vis-à-vis de leurs garçons. (…)

L’école est une des instances de la socialisation primaire, encore plus aujourd’hui où 100% des enfants sont scolarisés à 3 ans. Le terme même d’école « maternelle » ou l’expression « heure des mamans » contribue là encore à la construction de l’identité sexuée des enfants – particulièrement à l’intériorisation du rôle maternel exclusif de la femme. »

Jeanne Méjias, Intervention au stage de formation continue des professeurs de SES

de l’académie de Lyon, janvier 2007

 

Repérer et lire

1. Quels sont les lieux de transmission des normes et des valeurs qui sont présentés dans ce texte ?

Expliquer

2. Expliquez l’expression « ségrégation sexuelle » ? Est-elle une expression imagée ou un constat ?

Expliquer

3. Comment les catalogues de jouets pour enfants sont-ils construits ? Partagez-vous vos jouets avec les personnes de sexe différents ? Pourquoi ?

Comprendre

4. Quels liens peut-on faire entre ce texte et les documents précédents ?

Document 3 – Filles et garçons sont-ils élevés de la même manière par les parents ?

"Cela nous ennuie que les petites filles apprennent à siffler, mais cela nous semble naturel chez un garçon. On sursaute d’horreur si une fillette dit des gros mots et on la punit, alors qu’on a envie de rire si c’est un garçon qui les dit. Si un garçon ne dit pas « merci » et « s’il vous plaît », nous nous excusons pour lui ; s’il s’agit d’une petite fille, nous sommes contrariés. Si un garçon refuse d’aller chercher un objet, il nous semble que c’est son droit et nous allons le chercher nous mêmes ; si c’est une petite fille qui refuse, cela nous paraît être une rébellion ouverte.

Nous tournons en ridicule un garçon qui a peur, cela nous semble normal chez une petite fille.. Si celle-ci pleure, on lui dit qu’elle est ennuyeuse, mais on lui prête attention ; si c’est un garçon, on le traite de fillette. Nous incitons un petit garçon à jouer à la guerre, à grimper aux arbres, à s’endurcir physiquement, mais nous nous opposons à ce qu’une fillette fasse la même chose.

Plus fondamentalement, les pères notamment, adorent faire sauter en l’air leur petit garçon et jouent plus délicatement avec leurs filles. Ainsi s’amorce, en fonction du sexe de l’enfant, un jeu d’attentes et de présupposés…"

E.G.Belotti, Du côté des petites filles, Edition des femmes, 1974.

 

Repérer et lire

1. Repérer les différences de traitement entre filles et garçons présentées dans ce texte

Repérer

2. Pensez-vous que les professeurs, comme les parents, s'adressent différemment aux filles et aux garçons ?

Expliquer

3. E.G.Belotti écrit au milieu des années 1970 ; ses remarques sont-elles toujours pertinentes dans les années 2010  ? Donnez des exemples contemporains

Expliquer

4. Expliquez la phrase soulignée en utilisant le terme de "socialisation"

Document 4 – Fille et garçon : le choix des filières

Repérer et lire

1. Présentez la filière ES pour la rentrée 2008

Repérer

2. Quelles sont les baccalauréats qui accueillent la plus forte et la plus faible proportion de filles ou garçons ?

Expliquer

3. Quelles sont les différentes personnes qui interviennent dans l'orientation d'un lycéen ?

Comprendre

4. Quels liens peut-on faire entre choix d'une filière et socialisation ?

Comprendre

5. Selon vous, quels sont les effets de l'orientation en terminale sur les métiers occupés plus tard ?

Document 5 – L'origine sociale des étudiants

Repérer et lire

1. Faites une phrase avec la ligne "Professions libérales, cadres supérieurs"

Expliquer

2. La majorité des actifs appartiennent aux groupes socioprofessionnels "employés" et "ouvriers" ; est-ce le cas pour les étudiants de l'Université ?

Comprendre

3. Cette socialisation différenciée selon l'origine des parents a-t-elle des effets sur l'égalité des chances ?

 

Approfondissement

FAISONS LE POINT`

Les enjeux d'une réflexion sur la socialisation

 

La socialisation est un processus d'apprentissage et d'intériorisation. Les membres d'une société apprennent les normes et les valeurs dominantes de la société et les intègrent à leur personnalité. Ces processus de transmission et d'apprentissage sont souvent différenciés selon l'âge, le sexe, l'origine, le groupe socioprofessionnel des parents, la religion,  etc.

 

Ainsi, penser les relations entre l’individu et la société revient à se poser la question du poids de l’influence de la société, des autres, sur le comportement des individus. Sommes-nous des êtres totalement « programmés » par notre milieu social de naissance ? Peut-on affirmer une totale « liberté » des individus dans leurs choix sociaux ? Nos « habitudes » seront-elles différentes selon que l’on soit né dans une famille bourgeoise ou ouvrière, que l’on soit une fille ou un garçon, que l’on est suivi des études longues ou courtes ?

 

Fille et garçon : une socialisation différenciée

 

Dans notre société, l'affirmation d'une égalité civile et politique entre hommes et femmes n'exclut pas l'existence des processus de socialisation différenciée selon les sexes.

Ainsi, la socialisation des enfants est le moment privilégié de la transmission et de l'apprentissage de stéréotypes (positifs ou négatifs). En famille, à l'école, entre amis des stéréotypes descriptifs ("les filles/garçons sont comme cela …") ou  prescriptifs ("les filles/garçons doivent faire cela …") exercent des "pressions normatives". Ces injonctions incitent les bébés, puis les enfants et les adolescents à se conformer, c'est-à-dire appliquer les normes exigées d’eux. Elles vont renforcer l’écart entre les genres, accentuer les différences, inculquer à chacun un rôle spécifique.

 

L’apprentissage de ces stéréotypes se déroule donc dès la socialisation primaire, notamment lorsque les parents traitent leurs enfants différemment selon qu’ils sont garçons ou filles (couleurs et formes des habits, choix des jouets, inscription dans les clubs de loisirs, etc.). Cette éducation différenciée des parents est alimentée et renforcée, par la multiplicité des canaux de socialisation. Les émissions de télévision, les films, les jeux vidéo, la littérature, la publicité, véhiculent des images et des prescriptions normatives, tout comme les attitudes des pairs ou celles des spécialistes de la petite enfance comme les personnels des crèches, les assistant(e)s maternel(le)s ou les enseignants à l’école.

 

La socialisation différenciée des garçons et des filles est souvent dénoncée car elle peut limiter les opportunités (de formation, de profession, de carrière) pour les enfants de chaque sexe, et elle favorise aussi une reproduction des inégalités sociales.

Cet apprentissage et ces processus d'intériorisation se traduisent souvent par de fortes inégalités, dans la famille, à l'école, notamment dans le choix des filières, et plus tard, dans la vie professionnelle (accès aux emplois de direction) et familiale (partage des tâches domestiques).

La socialisation sexuée entrave les choix des enfants, tant des filles que des garçons. Ainsi, si les pressions normatives imposent souvent aux filles des rôles domestiques, elle enferment aussi les garçons dans des normes de virilité et une valorisation de la violence qui peuvent avoir un "coût" élevé (échec scolaire, délinquance, mauvaise orientation, etc.).

 

Le concept de genre

 

Le concept de genre permet de souligner les multiples processus de construction sociale de la différence des sexes. Il permet ainsi de se demander pourquoi et comment une différence biologique (sexes différents) se transforme en différence sociale (rôle et statut sociaux différents). Il permet enfin de questionner les rapports sociaux de pouvoir ou de domination dans la société.

Cependant, alors que certains sociologues questionnent la pertinence des notions de "féminin" et de "masculin" en soulignant l'importance de la construction sociale de ces catégories, on observe néanmoins une permanence de la socialisation sexuée.