Christian de Perthuis : La protection de la biodiversité, volet sous-estimé de l’action climatique

Christian de Perthuis : La protection de la biodiversité, volet sous-estimé de l’action climatique

Dans son dernier ouvrage Covid-19 et réchauffement climatique :  pour une économie de la résilience, Christian de Perthuis analyse la fin du capitalisme basé sur les énergies fossiles et la montée en puissance du capitalisme numérique. Il nous explique pourquoi nos sociétés doivent investir dans des systèmes de production et de consommation respectueux de la diversité du vivant.

SOCIÉTAL.- Suffit-il d’abandonner les énergies fossiles ( charbon, gaz, pétrole) pour stopper le réchauffement climatique ? 

Christian de PERTHUIS.- Le CO2 d’origine fossile est la première source des rejets anthropiques de gaz à effet de serre. Il représente un peu plus des deux tiers des émissions mondiales. La transition énergétique consiste à basculer d’un système d’empilement qui fait cohabiter énergies fossiles et énergies nouvelles vers un modèle de substitution où on abandonne les sources fossiles. C’est la priorité de toute politique climatique. 

C’est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour atteindre la neutralité carbone. 

Quelles autres actions faut-il alors mettre en œuvre pour atteindre la neutralité carbone ?

Le moteur du réchauffement climatique est le stock de gaz à effet de serre présent dans l’atmosphère, pas le flux de nos émissions. L’objectif de la neutralité carbone est de stabiliser ce stock. En faisant baisser les émissions brutes de CO2, la transition énergétique agit sur le flux d’entrée dans le stock. Pour viser la neutralité carbone, il faut également agir sur le flux de sortie : la capacité d’absorption des puits de carbone qui retirent le CO2 de l’atmosphère.

Il y a deux grands puits de carbone qui absorbent le CO2 atmosphérique : les océans et les écosystèmes terrestres. Les deux reposent sur la biodiversité. Chaque fois que l’on détruit cette biodiversité, on affecte la capacité de ces puits à retirer le CO2 de l’atmosphère. Voilà pourquoi l’équilibre du milieu naturel, l’agroécologie, la biodiversité des milieux marins et terrestres sont absolument essentiels. 

Il est en particulier important d’avoir cette dimension en tête quand on veut substituer de l’énergie fossile par de la biomasse qui s’inscrit dans le cycle court du carbone et n’émet donc pas de CO2 si elle est d’origine renouvelable.

C’est une limite forte au développement des biocarburants. Voyez le débat autour de la raffinerie de La Mède qui, après sa reconversion, est devenue l’un des premiers importateurs d’huile de palme dont le développement s’effectue encore en détruisant la forêt tropicale.

Est-il plus efficace d’investir dans des puits artificiels de carbone conçus grâce à la technologie ? 

Il y a plusieurs voies pour ces investissements. On peut coupler des installations de capture et stockage de CO2 à des usines produisant de l’électricité ou de la chaleur à partir de la biomasse. Un pilote est en cours de montage au Royaume Uni dans la centrale thermique de Drax. Mais si ce type d’opération était répliqué à grande échelle, on risquerait vite d’exercer une pression trop forte sur les écosystèmes où est prélevé la matière première en affaiblissant leur capacité d’absorber le CO2.

Une autre voie est celle d’apports de produits chimiques comme le sulfate de fer pour accroître la capacité d’absorption du CO2 par l’océan. Ces techniques de géo-ingénierie sont coûteuse et pas rentables. Si on les mettait en œuvre à grande échelle, on s’engagerait dans des voies à haut risque pour l’équilibre du milieu naturel.

La technologie ne nous dispensera pas de réorganiser nos modes de production pour mieux respecter le milieu naturel et sa capacité à absorber le CO2 de l’atmosphère.

Quelles sont les causes de l’extinction de la biodiversité ? 

La littérature la plus pertinente sur ce sujet est produite par l’IPBES, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, « le GIEC de la biodiversité ». 

Pour les océans, la première cause de perte de biodiversité est leur surexploitation du fait de la surpêche. À cela s’ajoutent les pollutions chimiques qui y sont déversées par les fleuves.

Pour le milieu terrestre, le premier moteur est le changement d’usage des sols résultant de l’agriculture et de l’élevage. L’artificialisation des sols joue également un rôle, ainsi que les prélèvements de ressources non agricoles sur le milieu naturel (bois d’œuvre et d’énergie en particulier).

Viennent s’y ajouter les pollutions, comme par exemple les oxydes de soufre à l’origine des pluies acides, ou les produits phytosanitaires qui peuvent faire pas mal de dégâts dans les écosystèmes.

Dans les deux cas, le réchauffement climatique est un accélérateur de perte de biodiversité, mais pas sa cause principale.

Les forêts tropicales doivent-elles être protégées ? 

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L'auteur : Christian de Perthuis

Professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, Christian de Perthuis a fondé la chaire Économie du Climat à l’université Paris-Dauphine. Son ouvrage Le Tic-Tac de l’horloge climatiqueUne course contre la montre pour le climat paru aux éditions DeBoeck, est préfacé par Jean Jouzel, climatologue, expert auprès du GIEC depuis 1994, membre de plusieurs Académies des sciences, médaille d’or du CNRS en 2002. 

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