Description:

Dossier documentaire et son corrigé

Document 1 : PNB dans le tiers-monde et les pays développés 1750-1990 (Prix et dollars américains de 1960)

Question :

comment expliquez-vous l’écart d’accroissement du niveau de vie entre pays du Tiers Monde et pays développés ?

 

Document 2 : Méthode de calcul de l’IDH

L’indice de développement humain (IDH) est une mesure synthétique du développement humain. Il mesure le niveau moyen de développement humain atteint dans un pays donné, sous trois aspects essentiels : sante et longévité, accès a l’instruction et niveau de vie décent. L’IDH représente la moyenne géométrique des indices normalisés utilisés pour mesurer les niveaux atteints dans chaque dimension. [...]

Le calcul de l’IDH se décompose en deux étapes.

1ère étape : création des indices dimensionnels

Des valeurs minimales et maximales sont définies pour permettre de convertir les indicateurs en indices compris entre 0 et 1. Les valeurs maximales sont les valeurs les plus élevées observées au cours de la période considérée (1980-2011). Les valeurs minimales sont celles que l’on est en droit de considérer comme des valeurs de subsistance. Nous avons défini les valeurs minimales suivantes : 20 ans pour l’espérance de vie, zéro pour les deux variables relatives à l’éducation, et 100 $ pour le revenu national brut (RNB) par habitant. La faible valeur du revenu peut s’expliquer par le volume considérable de subsistance non mesurée et de production hors marché dans les économies avoisinant les valeurs minimales, volume qui n’apparait pas dans les données officielles.

Une fois définies les valeurs minimales et maximales, nous calculons les sous-indices de la manière suivante :

Pour l’éducation, nous utilisons l’équation pour chacune des deux composantes, puis nous calculons la moyenne géométrique des indices résultants, et finalement nous appliquons de nouveau l’équation à la moyenne géométrique des indices, en utilisant 0 comme valeur minimale et, comme valeur maximale, la valeur la plus élevée des moyennes géométriques des indices obtenus pour la période considérée. Cette méthode revient à appliquer directement l’équation à la moyenne géométrique des deux composantes.

Chaque indice dimensionnel servant d’indicateur des capacités dans la dimension correspondante, la fonction permettant de convertir le revenu en capacités est susceptible d’avoir une forme concave (Anand et Sen 2000). Dans le cas du revenu, nous utilisons donc le logarithme népérien des valeurs minimales et maximales utilisées.

2ème étape : cumul des sous-indices pour obtenir l’indice de développement humain

L’IDH représente la moyenne géométrique des trois indices [...].

                                 Source : Rapport sur le développement humain 2011, PNUD

Questions : 

1 : montrez que l’IDH est un indicateur relatif et synthétique :

2  : repérez une limite de l’IDH comme indicateur dans le texte :

 

Document 3 : IDH et composantes pour les régions et groupes de l’IDH, 2012

Questions :

1 : donnez la signification des valeurs pour la ligne « Afrique subsaharienne » :

 2 : caractérisez les inégalités de développement humain :

 

Document 4 : Exportations mondiales de marchandises, par région et par certaines économies

Question :

caractérisez les principales évolutions du commerce international depuis 1948.

 

Document 5 :

Dans une économie mondiale qui s’efforce toujours de renouer avec une croissance soutenue et durable, les PMA font face depuis cinq ans à un environnement extérieur moins favorable qu’auparavant. Le ralentissement du commerce mondial, aujourd’hui au quasi point mort, a affaibli la demande d’importations des PMA, surtout de la part des pays développés mais aussi de la part des pays émergents. Les PMA ont également été confrontés à l’instabilité croissante des prix des produits de base et des flux de capitaux.

C’est pourquoi, la croissance économique de ces pays dans les cinq dernières années (2009-2013) a été inférieure de 2 points de pourcentage au taux atteint dans la période d’expansion qui a précédé (2002-2008). Elle a également été inférieure au taux annuel de 7 % établi comme cible dans le Programme d’action d’Istanbul en faveur des pays les moins avancés pour la décennie 2011-2020.

Il reste que, malgré la lente reprise de l’économie mondiale, la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel des PMA s’est un peu redressée, passant de 4,5 % en 2011 à 5,3 % en 2012. Selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), le taux pour 2013 devrait conserver des valeurs similaires − entre 5 % et 6 %. Le taux de croissance du PIB réel des différents groupes de PMA est demeuré conforme aux tendances de 2012, les PMA d’Afrique conservant leur retard par rapport à leurs homologues d’Asie et aux PMA insulaires. Le taux de croissance du PIB réel par habitant non plus n’a pas affiché la même progression dans les PMA africains où la population augmente plus rapidement. (…)

Pour les PMA, le commerce international est le principal vecteur des forces récessionnistes à l’œuvre dans les pays développés depuis le début de la crise. Le récent ralentissement du commerce international aura donc, une fois encore, des incidences négatives sur les perspectives des PMA. Malgré une demande de biens importés par les pays développés qui, dans le meilleur des cas, a été faible, les PMA ont réussi à éviter une trop forte décélération de leur croissance en se recentrant sur la demande intérieure et sur le commerce Sud-Sud. Ces deux pôles demeureront incontournables à l’avenir, mais ce recentrage sera considérablement limité par le ralentissement de la croissance économique observée récemment dans les grands pays émergents. (…)

Les changements démographiques influent sur le développement socioéconomique et environnemental de tous les pays, mais surtout des PMA les plus vulnérables. Dans ces pays, si le pourcentage de ceux qui vivent avec moins de 1,25 dollar par jour (niveau d’extrême pauvreté) a baissé, leur nombre a continué d’augmenter du fait de la croissance démographique.

La population des PMA, dont 60 % est aujourd’hui âgée de moins de 25 ans, étant censée doubler pour atteindre 1,7 milliard d’habitants d’ici à 2050, ces pays sont face à un immense défi démographique. Le nombre de jeunes (15-24 ans) devrait passer de 168 millions en 2010 à près de 300 millions en 2050 (+131,7 millions). D’ici à 2050, un jeune sur quatre vivra dans un PMA.

En ce qui concerne la population en âge de travailler, elle augmentera en moyenne de 15,7 millions de personnes par an entre 2010 et 2050, et, dans 11 PMA, d’au moins un demi-million par an. Selon les projections, c’est dans les PMA d’Afrique − Éthiopie, Ouganda, République démocratique du Congo et République-Unie de Tanzanie −, où la population progressera de plus de 1 million d’habitants par an, que l’accroissement sera le plus fort. Si, comme cela est prévu, 630 millions de personnes supplémentaires (équivalant à 37 % de la population des PMA en 2050) arrivent sur le marché du travail d’ici à 2050, le défi lancé aux PMA en matière d’emploi et de développement sera immense.

Le taux de croissance démographique des PMA dépasse aussi largement celui de tous les autres groupes de pays. Avec une hausse annuelle de 2,2 % en 2011, il représentait près du double de celui des autres pays en développement (1,2 %), et plus de cinq fois celui des pays développés (0,4 %).

De surcroît, les PMA affichent les taux de fécondité les plus élevés au monde, avec 4,4 enfants en moyenne par femme dans la période 2005-2010, contre 2,4 dans les autres pays en développement et 1,7 dans les pays développés. (…)

Dans les PMA, la priorité en matière d’emploi est la création d’emplois productifs et de moyens de subsistance pour les millions de personnes qui arrivent sur le marché du travail chaque année. Compte tenu de l’évolution démographique présentée plus haut, la tâche va devenir plus compliquée dans les années qui viennent. Pour se faire une idée de l’enjeu, il convient de considérer le nombre estimé de nouveaux venus sur le marché du travail dans quelques pays. En Éthiopie, par exemple, ce nombre qui était de 1,4 million en 2005, passera à 3,2 millions d’ici à 2050. De même, Haïti, qui comptait environ 204 000 nouveaux entrants en 2005, en dénombrera 229 000 en 2035. Au Bangladesh, 2,9 millions de personnes sont entrées sur le marché du travail en 2005; le pic de 3,1 millions sera atteint en 2020, puis le nombre de nouveaux arrivants baissera. Voilà combien d’emplois et de moyens de subsistance productifs et décents il faudra créer dans ces pays chaque année, faute de quoi les taux de pauvreté et d’émigration risquent fort d’augmenter.

La relative sous-utilisation des ressources humaines dans les PMA explique en grande partie pourquoi, dans la période d’expansion de 2002-2008, la pauvreté n’a pas reculé davantage. Si l’incidence de l’extrême pauvreté a baissé de 59 % à 53 % entre 2000 et 2007, période durant laquelle le PIB a progressé de près de 7 % en moyenne par an, les effets de la croissance sur la pauvreté ont été plus lents que dans les autres régions en développement. Les résultats relativement médiocres du secteur agricole dans la plupart des PMA ont été particulièrement préjudiciables car l’élasticité de la pauvreté par rapport à la croissance de l’agriculture est généralement beaucoup plus forte que par rapport à celle d’autres secteurs de l’économie.

Dans la plupart des PMA, la principale source d’emploi pour une main-d’œuvre de plus en plus nombreuse reste l’agriculture, en général à travers la mise en culture de nouvelles terres. Or, dans ces pays, le développement agricole est bridé, notamment par la baisse des investissements dans la recherche-développement, l’absence et l’imperfection des marchés de facteurs, l’accès limité aux outils d’atténuation des risques pour les producteurs, et la médiocrité des infrastructures. Avec l’augmentation de la population, la diminution des superficies des exploitations et la faible productivité, l’agriculture est un moyen de subsistance de moins en moins viable pour les pauvres des zones rurales. En outre, rares sont les agriculteurs des PMA qui ont les moyens de pratiquer une agriculture à la fois plus intensive et durable. De plus en plus de jeunes cherchent donc du travail ailleurs, et les centres urbains deviennent le principal pôle d’attraction.

Source :Rapport sur les pays les moins avancés 2013 , CNUCED 

Question :

quels sont les handicaps socio-économiques des PMA ?

 

Document 6 : La stratégie de développement du Brésil :
l’industrialisation par substitution d’importations (ISI)

Colonie portugaise depuis le début du XVIème siècle, le Brésil a connu, pendant plus de quatre siècles, une dynamique économique rythmée par une succession de cycles de spéculation commerciale tels que celui du « bois brésil » [...], du sucre, de l'or, du café, du cacao, du caoutchouc, du coton, du tabac. Avec l'indépendance politique (acquise en 1822), la spécialisation primaire n'est pas remise en cause, avec une affirmation de l'économie caféière qui, dans les années 1830-1840, acquiert la première place du commerce extérieur avec plus de 40% de la valeur des exportations, dépassant celles du sucre et du coton notamment. C'est la grande crise des années 1930 qui va précipiter l'effondrement de ce modèle d'économie primaire exportatrice. La crise de 1929 se manifeste en effet par une chute générale des cours des matières premières. Le cours de la livre de café chute de 22,5 cents en septembre 1929 à 8 cents en 1931 soit une diminution du prix de 64%. Cette chute des cours durable n'est pas compensée par une augmentation des volumes exportés, l'économie caféière connaissant depuis plusieurs années déjà une surcapacité productive. Il s'en suit une dégradation générale des recettes d'exportation en devises (accentuée par la fuite des capitaux étrangers) et donc une baisse considérable des capacités d'importation. Entre 1929 et 1932, la capacité d'importation se contracte de plus de 60% au Brésil. Une part importante de la demande d'importation peut de la sorte se déplacer sur le marché intérieur. La réaction va être précisément de produire à l'intérieur du pays ce qui ne peut plus être acheté à l'extérieur déclenchant ainsi un processus d'industrialisation par substitution d'importation (ISI). [...] L'industrialisation par voie substitutive d'importation qui marque pendant plus d’une trentaine d’années l'économie du Brésil, peut être appréhendée selon deux phases.

-  La première phase concerne la substitution d’importations légères. Cette étape qui nécessite peu de capital et de main-d’œuvre qualifiée est d'autant plus aisée à franchir qu’elle s’appuie sur des capacités industrielles et des infrastructures préexistantes, générées par l’économie exportatrice. [...] Les difficultés d'approvisionnement dues à la première Guerre mondiale vont permettre d’augmenter la substitution de la production nationale aux importations. Dans certains secteurs comme le textile par exemple la satisfaction de la demande est réalisée grâce à la pleine utilisation des capacités de production existantes. Pour d'autres segments de la demande (alimentation, cuirs et peaux, ameublement, biens intermédiaires comme le ciment, biens d’équipement techniquement simples) l'augmentation de la production locale est obtenue par des investissements neufs assurés de perspectives de profit supérieures à celles du secteur exportateur en crise. Au cours des années 1940, la substitution aux importations est très avancée dans le secteur des biens de consommation non durables avec un coefficient d'importation pour ce secteur inférieur à 10%. La part de ces industries traditionnelles (textile, produits alimentaires, boisson, tabac, imprimerie, mobilier, bois, cuir...) domine avec 69,7% de la valeur ajoutée industrielle tout en relevant une tendance déclinante puisqu'elle dépassait les 80% au début des années 1930. Plus globalement, entre 1939 et 1937 le taux d’importation (soit le rapport IMP/PIB) baisse de 11,3% à 6,9% parallèlement à un accroissement de la production industrielle de plus de 42%. Sur la décennie 1930-1939, la production industrielle enregistre une croissance annuelle de 8,7% (contre 4,5% pour le PIB). Et contre 5,4% lors des deux décennies précédentes. [...] Au total, en recentrant la croissance économique sur le marché intérieur par la voie de la substitution aux importations, le Brésil accède au cours de cette étape à une quasi autosuffisance pour l'industrie légère de transformation avec une forte prééminence des industries traditionnelles de biens de consommation simples. Il s'agit néanmoins d'une industrialisation encore fortement « restreinte ».

-  La deuxième phase de la substitution aux importations concerne des secteurs plus lourds (cimenterie, acier commun, chimie, biens d'équipement pour les industries textiles, métallurgie.. ) pour toucher plus tardivement d'autres secteurs plus complexes (équipement industriel, construction navale, matériel électrique, aciers spéciaux, pétrochimie...) et des biens de consommation durables (appareils ménagers, automobiles, radio, télévision...) ce qui nécessite plus de capital et une main d’œuvre mieux formée, plus différenciée. [...] L'Etat définit le cadre juridique de l'industrialisation (institution du Code minier en 1934 du Conseil national du pétrole en 1938"..); il crée un Institut national de statistique, un Conseil fédéral du commerce extérieur ouvrant la voie à une ébauche de planification ; il poursuit également l'effort pour les infrastructures et met en place une législation sociale relativement avancée. Il intervient aussi directement dans la production quand il crée (en 1941) l'usine de Volta Redonda (Compagnie sidérurgique nationale) après que des grandes sociétés sidérurgiques étrangères eurent refusé de construire une aciérie. D'autres mesures [...] comme la création de la Banque Nationale de Développement économique (1952), de Pétrobas (1954) augmentent les instruments de l'Etat qui élargit par ailleurs ses interventions en faveur d'une diversification industrielle. C'est cependant le Plan Metas du gouvernement Kubitschek (1955-1961) qui donne l'impulsion décisive à la substitution d'importations lourdes dans le cadre d'une stratégie délibérée d'industrialisation intense symbolisée par le mot d'ordre : « 50 ans d'industrialisation en 5 ans ». Les investissements sont concentrés surtout dans les secteurs de l'énergie (43,2%, des transports (29,6%) et des industries de base (20,4%). Parmi ces dernières, relevons l'augmentation des capacités de production d'acier, d’'aluminium, de ciment, de caoutchouc..., biens intermédiaires qui servent à l'implantation d'industries de l'automobile, de la construction navale et de l'armement. Entre 1955 et 1962, les industries de biens de capital, de biens de consommation durable et de biens intermédiaires ont des taux de croissance annuels moyens très élevés, [...] En conséquence, la prépondérance des industries traditionnelles est sensiblement atténuée [...]. Sur la période 1955-1961, l'économie croît de 8,1% par an tandis que la part de l'industrie dans le PIB passe de 21,9% en 1949 à 30,5% en 1960. [...]

Ces « 50 ans d'industrialisation en 5 ans » sont autant de transformations accélérées qui ont exacerbé les contradictions au sein de la société brésilienne. [...]
Finalement, si la politique d'ISI a impulsé une forte croissance au Brésil -avec de 1950 à 1980 une progression annuelle du PIB qui atteint 7% en moyenne et une augmentation du produit par tête de 4% en dépit d'une pression démographique - elle n'en est pas moins aussi à l'origine de graves déséquilibres. En particulier, l'approfondissement de l'ISI par le passage de la substitution des biens de consommation courante à celle des biens d'investissement et celle des biens de consommation durables réclame des importations d’inputs et de technologies relativement sophistiquées, non disponibles localement, difficiles à produire, nécessaires à la production de ces biens. Face à cette pression sur les importations, les exportations brésiliennes ont plutôt tendance à stagner, leur croissance annuelle ne dépassant pas 1,3% de 1947 à 1963 et une structure dominée encore en 1964 à 95% par les produits primaires. Il en résulte une tendance au déficit de la balance commerciale qui se résout par un recours à l'endettement extérieur. [...] À cette contrainte externe s'ajoute un autre déséquilibre, interne celui-là, lié à la distribution inégalitaire des revenus, généré par la politique d'industrialisation. La caractéristique principale d'ISI tient en effet à cette tendance à produire des biens selon un modèle de consommation adressé aux groupes sociaux relativement restreints et privilégiés et la croissance en vient ainsi à dépendre de plus en plus de l’inégalité des revenus qui ne cesse de s’accentuer au fur et à mesure que s’approfondit ce type d'industrialisation plus lourd et de plus en plus sophistiqué. L’ISI aboutit à l'exclusion des bénéfices de la croissance de la grande majorité de la population ce qui se traduit par une dégradation des conditions d'existence dans les grandes villes, l'extension des favellas, un fort taux de mortalité infantile (110 pour mille en 1970) et d'analphabétisme (un tiers de la population) et un niveau de vie très bas des populations rurales (petits propriétaires, ouvriers saisonniers ou journaliers) qui cumulent tous les handicaps en l'absence d'une réforme agraire sans cesse ajournée. Ces déséquilibres tant externe qu'interne constituent finalement autant de limites à cette voie de développement réalisée avec un degré d'inégalité parmi les plus élevés du monde.

Source : A. Merad-Boudia, Economie du développement. Une perspective historique, L’Harmattan, 2012

Questions :

1 : pourquoi le Brésil se lance-t-il dans une stratégie de substitution aux importations ?

2 : quel rôle joue l’Etat dans cette stratégie ?

3 : quelles limites rencontre cette stratégie ?

 

Document 7 : Stratégie de développement en Algérie :
la stratégie d’ « industries industrialisantes »

Au lendemain d'une conquête longue et douloureuse de l'indépendance, les aspirations à une amélioration des conditions d'existence par la modernisation de la société sont très fortes en Algérie. Les premières mesures adoptées donnent à l'État les moyens de cette ambition nationale de développement. Les principales étapes en sont : la récupération de la souveraineté monétaire par la création [...] de la Banque Centrale d'Algérie, l'émission d'une unité monétaire nationale, le « dinar algérien »[...], l'édification d'un système bancaire, avec la mise en place de nouveaux instruments - comme la Caisse algérienne de développement [...] et la Caisse nationale d'épargne et de prévoyance[...], complétée par la création de trois grandes banques nationales [...] issues de la nationalisation des banques privées étrangères ; la création fin 1963, de la Société nationale de transport et de commercialisation des hydrocarbures (Sonatrach) [...] suivie de la création de la Société nationale de sidérurgie (SNS) ; le contrôle des ressources naturelles avec la nationalisation des richesses minières en 1966, le transfert des compétences, de 1967 à 1970, des sociétés anglo-américaines essentiellement (BP, Esso, Mobil, Shell...) au profit de la Sonatrach, et surtout la nationalisation, le 24 févier 1971, des participations françaises dans la production d'hydrocarbures qui passent sous le contrôle de l'Etat algérien à concurrence de 51% pour le pétrole et 100% pour le gaz ; l'État impose aussi un contrôle des changes, du commerce intérieur de gros et du commerce extérieur. Au total, avec cet ensemble de mesures, l'Etat a désormais les moyens pour mener une politique de développement d'envergure. [...]
C'est en 1966 qu'est définie « une Stratégie de développement global à long terme (1966-1980 » - avec comme objectif la création de 100 000 nouveaux emplois par an hors agriculture, à l'horizon de l'année 1980 - d'où dérivent les « Perspectives septennales » qui précisent les premières étapes de moyen terme pour 1967-1973 avec la première élaboration de la planification, appuyée par des experts polonais et du Gosplan soviétique. [...] Le taux d'investissement programmé est particulièrement élevé : il est de 23,3% en 1967, de 39% au cours du premier quadriennal , de 48,3% au cours du second et il atteint plus de 55% en 1978, le taux au cours de la période 1967-78 dépassant en moyenne 35%.
Cet effort d'investissement est orienté surtout vers l'industrie (hydrocarbures compris) dont le pourcentage augmente d'un plan à l'autre et qui s'accapare la plus grande part de l'investissement total réalisé [...], le reste étant la part allouée aux infrastructures sociales (éducation et formation, habitat, transport, infrastructures, tourisme, équipements sociaux...). À l'intérieur du secteur industriel, la concentration de l'investissement sur les hydrocarbures ainsi que dans les industries sidérurgiques, métallurgiques, mécaniques, électriques et électroniques et dans les matériaux de construction, révèle un « pari sur structures nouvelles ».
La démarche procède ainsi par déséquilibres censés engendrer une puissante dynamique visant à construire, par étapes, un appareil productif diversifié, par anticipation de la demande effective future d'investissement et de consommation finale et en mobilisant à cette fin les ressources en devises procurées par la valorisation internationale du pétrole et du gaz (le slogan courant à l'époque était : « semer le pétrole pour récolter le développement »). [...] La stratégie algérienne de développement est en correspondance avec le modèle des « industries industrialisantes » élaboré par G. Destanne de Bernis (qui a été, avec son équipe de l'Institut de Recherche Economique et de Planification de Grenoble, un conseiller privilégié des responsables économiques algériens) et utilisé pour déterminer les conditions de l'amorce et de l'entretien du processus de développement. Pour de Bernis, l'économie de l'Algérie héritée de la colonisation se caractérise, à l'instar de tous les pays ayant subi la domination coloniale, par son « extraversion » et par sa « désarticulation interne » avec des régions mal reliées entre elles et des secteurs dépendants de l'extérieur pour leurs inputs importés ou leur output exporté d'où une matrice des échanges interindustriels blanche ou quasiment vide. Une stratégie d'intraversion est dès lors indispensable et la démarche de développement à mettre en œuvre après l'indépendance doit ainsi viser à construire des articulations internes en mettant en place une « structure industrielle cohérente » [...]. Cela implique la présence de branches produisant des biens d'équipement et des biens intermédiaires destinés à une consommation productive interne. La mise en place d'une telle structure industrielle ne peut donc se faire qu'à partir d'un certain type d'industries susceptibles d'impulser un processus général d'industrialisation [...]. Ces industries qui contribuent plus que d'autres à l'industrialisation, peuvent être qualifiées « d'industrialisantes » [...] Outre qu'elles soient de « grande dimension » et « hautement capitalistiques », ces industries -qui par leurs effets d'entraînement renforcent le degré d'intégration de l'ensemble de l'économie, élèvent la productivité du travail et permettent l'apprentissage de l'environnement industriel- sont les industries productrices de biens d'équipement (pour l'agriculture ou pour l'ensemble de l'industrie), mais aussi, au stade d'amorce du processus de développement, les industries de biens intermédiaires (sidérurgie, métallurgie, cimenterie, matériaux de construction, chimie et pétrochimie...) ainsi que les industries productrices d'énergie (pétrole, gaz, électricité...). [...]

Au terme de cette première étape de développement [...], l'appareil productif qui est mis en place diffère de la structure d'investissement initialement programmée. Le secteur industriel (y compris hydrocarbures) bénéficie en effet d'une proportion d'investissements effectivement réalisés plus importante que celle prévue par le planificateur [...] ceci au détriment de l'agriculture [...] et des infrastructures sociales (habitat, santé, transports...). Au sein du secteur industriel, ce détournement de la FBCF joue principalement au profit de la branche des hydrocarbures (46,80% du total des investissements publics industriels réalisés au lieu de 40,6% prévus pour le second quadriennal) et des industries de biens intermédiaires dans une moindre mesure (sidérurgie, matériaux de construction [...], au détriment des biens d'équipement industriel ... et des moyens de consommation [...]. Ces déformations imprimées à la formation de capital fixe font que le système productif algérien peut être caractérisé comme une juxtaposition d'un secteur de valorisation des hydrocarbures comprenant plusieurs filières (raffinage, traitement du GPL, liquéfaction du gaz naturel, pétrochimie, transformation des matières plastiques...) et d'un secteur de biens intermédiaires (sidérurgie, cimenteries et matériaux de construction, énergie), ce qui pose la cohérence de ces deux sous-ensembles pour impulser une section des moyens de production et une section des moyens de consommation » [...].

L'intensité du processus d'accumulation engendre cependant de fortes contradictions qui affectent l'efficacité globale de l'appareil de production mis en place. Ainsi, bien que la valeur ajoutée industrielle (hors hydrocarbures et BTP) ait été multipliée par 2,8 entre 1967 et 1978, cette performance semble insuffisante eu égard à l'ampleur de la formation de capital fixe engagé dans le secteur industriel. [...] L'efficacité du capital a tendu à régresser, le produit industriel représentant 41% du stock de capital fixe en 1966 et 21% seulement en 1977. La productivité du travail se situe aussi à un niveau relativement faible comme l'indique l'évolution défavorable du produit industriel par travailleur, tendance qui est encore plus marquée dans les activités du bâtiment et des travaux publics. Un autre indicateur significatif est le taux d'utilisation des capacités de production. [...] En 1978, le taux d'utilisation des capacités est seulement de 10% pour le complexe de machinisme agricole, de 25% pour celui des machines-outils, 31%a pour l'éthylène, de 36% en ce qui concerne les cimenteries et les engrais azotés, 45 à 50% pour les plastiques et les engrais phosphatés. [...] D'une manière assez paradoxale, cette sous-production coexiste avec un volume important de stocks invendus que les entreprises n'arrivent pas à écouler ce qui manifeste la mauvaise coordination des relations interentreprises. Du fait que chaque entreprise ou société nationale est placée sous la tutelle d'un ministère, ce sont plutôt des liens verticaux, marqués par une subordination hiérarchique des gestionnaires d'entreprises vis-à-vis de leur administration de tutelle, qui vont prévaloir tandis que les liens interentreprises, intrasectoriels et intersectoriels ne peuvent s'établir sans l'intermédiaire obligé des organes centraux des administrations impliquées. [...].
Au cours des trois plans, la propension à importer de l'économie algérienne ne cesse d'augmenter. Elle s'élève à 25% à l'époque du plan triennal, 33% pendant le premier quadriennal et 40% durant le second. L'explosion de la demande provoquée par l'ampleur de l'investissement mais aussi les médiocres performances de l'appareil industriel installé et les insuffisances de la politique d'intensification de la production agricole sont à l'origine de cet accroissement de la part relative des importations par rapport à la production intérieure brute.

Source : A. Merad-Boudia, Economie du développement. Une perspective historique, L’Harmattan, 2012

Question :

caractérisez la stratégie algérienne d’ « industries industrialisantes » :

 

Document 8 :

Leçon inaugurale au Collège de France d’Esther Duflo dans le cadre de la Chaire « Savoirs contre la pauvreté » du 8 janvier 2009. Disponible sur le site web du Collège de France : http://www.college-de-france.fr/site/esther-duflo/inaugural-lecture-2009...

 

Document 9 :

Nous pouvons surmonter ces problèmes importants liés à la mesure du bien-être. La Commission sur la Mesure de la Performance Économique et du Progrès Social a identifié un certain nombre de réformes nécessaires dans cette optique. Certaines pourraient mener à une meilleure mesure du PIB – de sorte que même si le PIB n'est pas une mesure du bien-être, il soit une meilleure mesure de ce qu'il tente de mesurer. En effet, les besoins de nos systèmes statistiques sont multiples, et une métrique qui est adaptée à un but donné peut être mal adaptée à un autre. On ajoute à la confusion quand une mesure adaptée à un objectif statistique précis est utilisée pour mettre en évidence un autre phénomène économique. Par exemple, le PIB n'est ni une mesure du revenu, ni une mesure du bien-être. Ce que nous voulons mesurer est donc la question clé. On peut vouloir mesurer avec le PIB, par exemple, les niveaux d'activité des marchés, un des objectifs initiaux de la mesure du revenu national.

Mais de plus en plus se fait sentir une demande d’aller au-delà des mesures de l'activité des marchés vers de véritables mesures du bien-être. Et même avant la crise, on s'inquiétait de la question de la soutenabilité et du fait que nos mesures ne nous disaient rien quant à cet enjeu.

C'est pourquoi certains réclament non pas d’améliorer la mesure du PIB, mais de mettre davantage l'accent sur d'autres indicateurs. Considérer le revenu (réel) de l'individu médian et non le PIB par habitant nous donnerait ainsi une meilleure image de ce qui arrive à l'individu typique dans une société. Avant la crise, beaucoup pensaient que les États-Unis avaient eu de bons résultats économiques. Mais s'ils avaient prêté attention au revenu médian, ils auraient vu que les revenus étaient stagnants ou en déclin – et ces mesures ne prennent même pas en compte la plus grande insécurité sociale liée à la réduction de la couverture de l'assurance maladie et des retraites qui ont résulté des réformes régressives des prestations sociales dans les dernières décennies.

Si nous tournons à présent le regard vers l’avenir, notre préoccupation est que le niveau de vie dont nous jouissons aujourd'hui soit au moins celui des générations futures. Nos systèmes statistiques devraient nous dire si oui ou non ce que nous faisons est soutenable, économiquement, écologiquement, politiquement ou socialement. Il y a toute raison de croire que, au moins dans certaines dimensions, ce que nous faisons n'est pas soutenable, mais les statistiques actuelles ne reflètent pas ce fait, exactement comme elles ont donné peu d'indications sur le caractère insoutenable de la croissance économique américaine dans les années précédant la crise.

Et pourtant il est capital pour toute société de former un jugement, si imparfait soit-il, sur le caractère soutenable de sa consommation ou de son bien-être actuels, si les deux sont acquis au détriment des générations futures. Nous pouvons savoir dans une certaine mesure si la richesse d'une société est croissante ou décroissante (par habitant). Si cette richesse, convenablement mesurée, est en augmentation, on peut présumer que la société pourra faire à l'avenir ce qu’elle fait aujourd'hui, c'est-à-dire qu’elle pourra maintenir son revenu par habitant. Mais nous avons besoin d'une mesure globale de la richesse, et nous devons être sûrs que les valorisations qu’elle implique sont correctes. Une telle mesure complète comprend évidemment des mesures de capital physique, de capital humain et social et de capital naturel. Des changements dans ce stock de capital découlent de l'investissement en usines et matériel, dans l'éducation et les institutions, et de l'épuisement des ressources naturelles, de la dépréciation du capital physique et de la dégradation de l'environnement.

Parce que nous savons par exemple que ces prix ne reflètent pas les véritables coûts sociaux liés aux émissions de carbone et l’effet potentiel d'un changement majeur du prix du carbone sur celui de tous les autres actifs, nous sommes réticents à utiliser les prix du marché pour évaluer la soutenabilité environnementale, suggérant plutôt l'utilisation simultanée de mesures physiques de l’état des écosystèmes terrestres.

Mais ce concept de soutenabilité a été utilisé de façon abusive dans la foulée de la crise financière. L'absence d'un indicateur de soutenabilité peut certainement nous conduire à un développement insoutenable, mais une mesure partielle peut nous conduire aussi sûrement à des politiques erronées qui finiraient par mettre en péril la pérennité d'une économie. Prenons l’exemple de l'Europe. Partageant une monnaie commune dans une crise mondiale, les pays de la zone euro sont actuellement à la recherche d'indicateurs de soutenabilité afin d'évaluer leur viabilité financière – par laquelle ils signifient essentiellement la viabilité de la dette publique de chaque pays membre. Ces pays tentent donc de définir des objectifs de soutenabilité, de mettre en œuvre des politiques économiques favorables à celle-ci et de diffuser ces informations aux marchés financiers afin de réduire la pression sur les emprunts des secteurs public et privé. Le problème est que les pays européens fondent leur démarche sur une vision très partielle de la soutenabilité, à savoir celle de la dette publique, qui les conduit à imposer aux pays périphériques de la zone euro des programmes d'austérité, c'est-à-dire dans les faits des politiques macroéconomiques pro-cycliques, qui vont très certainement conduire à un taux beaucoup plus faible de la croissance économique et peuvent éventuellement aboutir à la non-soutenabilité financière tant du secteur public que privé. Autrement dit, quelle que soit la mesure de soutenabilité que nous concevons, nous devons reconnaître qu’elle sera fondée sur notre imparfaite connaissance présente de l'avenir.

Source : Fitoussi Jean-Paul et Stiglitz Joseph E., « Nouvelles réflexions sur la mesure du progrès social et du bien-être », Revue de l'OFCE, 2012/1 n° 120, p. 311-328. DOI : 10.3917/reof.120.031

Questions :

1 : pourquoi le PIB n’est-il pas un bon indicateur du bien-être et du développement ?

2 : est-il possible de construire un indicateur économique de la soutenabilité ?

 

Document 10 :

Comment autant de pays du Sud ont-ils pu réussir à transformer leurs perspectives de développement humain ? Dans la plupart de ces pays, le développement a été soutenu par trois moteurs principaux : un État proactif en matière de développement, des marchés mondiaux accessibles et une innovation déterminée en matière de politique sociale. Ces moteurs ne dérivent pas de conceptions abstraites relatives à ce que doit être le développement. Ils ont plutôt été éprouvés par les expériences de développement transformationnel menées dans de nombreux pays. En outre, ils constituent un défi pour les approches préconçues et normatives : d’une part, ils remettent en cause un nombre de préceptes collectivistes et de gestion centralisée, d’autre part, ils divergent de la libéralisation sans limites défendue par le consensus de Washington.

Moteur 1 : un état proactif en matière de développement

Un État fort, dynamique et responsable élabore des politiques pour les secteurs public et privé, fondées sur une vision et un leadership à long terme, des normes et des valeurs partagées et des lois et des institutions qui favorisent la confiance et la cohésion. Pour parvenir à une transformation durable, les nations doivent adopter une approche du développement cohérente et équilibrée. Celles qui ont réussi à stimuler et à soutenir leur croissance, en termes de revenu et de développement humain, n’ont pourtant pas suivi une recette unique. Confrontées à différents défis, elles ont adopté des politiques diverses relatives à la réglementation du marché, la promotion des exportations, le développement industriel et les progrès technologiques. Les priorités doivent être axées sur les personnes et favoriser les opportunités tout en protégeant ces mêmes personnes contre les risques potentiels. Les gouvernements peuvent soutenir des industries qui, à cause de marchés incomplets, n’auraient aucune chance d’émerger autrement. Cette situation risque de favoriser la recherche de rente et le « copinage », mais elle a néanmoins permis à plusieurs pays du Sud de transformer des industries inefficaces en premiers moteurs d’exportations, alors que leurs économies devenaient plus ouvertes.

Dans des sociétés complexes et de grande taille, les résultats d’une politique quelle qu’elle soit sont toujours incertains. Les États favorisant le développement doivent donc être avant tout pragmatiques et tester un large éventail d’approches différentes. Certains traits dominants se dégagent : les États en faveur du développement ont notamment étendu les services sociaux de base. Investir dans les capacités des personnes – à travers la santé, l’éducation et autres services publics – n’est pas un élément parmi d’autres du processus de croissance, il en fait partie intégrante. Le déploiement rapide d’emplois de qualité constitue un élément critique de la croissance qui favorise le développement humain.

Moteur 2 : l’accès aux marchés mondiaux

Les marchés mondiaux ont joué un rôle important dans les progrès réalisés. Tous les pays nouvellement industrialisés ont établi une stratégie visant à « importer ce que le reste du monde connaît et à exporter ce qu’il veut ». Mais, encore plus importantes ont été les « conditions d’engagement » avec ces marchés. Sans un investissement dans les personnes, les avantages offerts par les marchés mondiaux tendent à être limités. Le succès ne semble pas découler d’une ouverture soudaine, mais d’une intégration graduelle et par étapes à l’économie mondiale, en fonction des circonstances nationales, et accompagnée d’un investissement dans les personnes, les institutions et les infrastructures. Les petites économies se sont orientées avec succès vers les produits de niche. Ce succès est souvent le fruit d’aides d’État sur le long terme apportées aux compétences existantes ou à la création de nouvelles.

Moteur 3 : innovation en matière de politique sociale

Rares sont les pays qui ont maintenu une croissance rapide sans avoir investi massivement dans le secteur public, non seulement dans les infrastructures, mais également dans l’éducation et la santé. L’objectif est de créer des cercles vertueux destinés au renforcement réciproque des politiques sociales et de la croissance. Dans les pays où les inégalités de revenus sont faibles, la croissance réduit de manière plus efficace la pauvreté que dans ceux où ces inégalités sont élevées. La promotion de l’égalité, surtout entre les différentes religions, groupes ethniques ou raciaux, permet également de réduire les conflits sociaux.

L’éducation, la santé, la protection sociale, l’autonomisation juridique et l’organisation sociale permettent aux personnes pauvres de participer à la croissance. L’équilibre entre les secteurs, avec une attention toute particulière portée au secteur rural, ainsi que la nature et le rythme de l’expansion de l’emploi sont des facteurs clés pour déterminer jusqu’à quel point la croissance augmente les revenus. Cependant, ces instruments politiques simples ne sont pas toujours capables de démarginaliser les laissés- pour-compte. Les marges pauvres de la société luttent pour faire entendre leurs problèmes et les gouvernements ne veillent pas toujours à ce que tout le monde bénéficie de leurs services. La politique sociale doit promouvoir l’inclusion, la garantie de non-discrimination et d’un traitement équitable constituant les piliers d’une stabilité sociale et politique. Elle doit également offrir des services sociaux de base capables de soutenir une croissance économique à long terme en aidant à la création d’une main d’œuvre éduquée et en bonne santé. De tels services ne doivent pas nécessairement être prêtés par le secteur public. Mais l’État doit s’assurer que tous les citoyens disposent d’un accès sûr aux besoins fondamentaux propres au développement humain.

Par conséquent, un programme de transformation du développement doit posséder plusieurs facettes. Il améliore les ressources des personnes pauvres par l’augmentation des dépenses publiques consacrées aux services de base. Il améliore le fonctionnement de l’État et des institutions sociales afin d’encourager la croissance et l’équité. Il diminue les contraintes bureaucratiques et sociales qui pèsent sur l’action économique et la mobilité sociale. Il exige des responsabilités aux dirigeants. Il implique les communautés dans l’élaboration des priorités budgétaires et exige des responsabilités aux dirigeants.

Source : Rapport sur le développement Humain 2013, PNUD

Questions :

1 : caractérisez les facteurs du développement des pays émergents.

 2 : pourquoi parler de « troisième voie » concernant ces stratégies de développement » ?

 

Document 11 : Le lien IDH et empreinte écologique

Questions :

1 : caractérisez les notions de « biocapacité moyenne par individu » et d’ « empreinte écologique ».

 2 : pouvez-vous établir une corrélation entre empreinte écologique et niveau de développement ?

 

Document 12 :

               Les institutions sont les contraintes humaines qui structurent les interactions politiques, économiques et sociales. Elles consistent à la fois en des contraintes informelles (sanctions, tabous, coutumes, traditions et codes de conduite), et de règles formelles (constitutions, lois, droits de propriété). A travers l’histoire, les institutions ont été conçues par les êtres humains pour créer un ordre et réduire l’incertitude dans les échanges. Avec les contraintes habituelles de l’économie, elles définissent l’ensemble des choix possibles et, ainsi, elles déterminent les coûts de transaction et de production, donc la profitabilité et la faisabilité de l’entrée dans l’activité économique. Elles évoluent par incrémentation, reliant le passé avec le présent et le futur. En conséquence, l’histoire est largement une histoire de l’évolution institutionnelle dans laquelle les performances historiques des économies ne peuvent être comprises que comme parties d’une histoire séquentielle. Les institutions fournissent la structure des incitations d’une économie. Au fur et à mesure que cette structure évolue, elle détermine l’orientation du changement économique : vers la croissance, la stagnation ou le déclin. Dans cet essai, je veux étudier le rôle des institutions dans la performance des économies (…).

Pourquoi est-il nécessaire de contraindre les interactions humaines par les institutions ? Ce problème peut être succinctement résumé dans le cadre de la théorie des jeux. Des individus qui maximisent leur richesse trouveront, habituellement, que cela vaut la peine de coopérer avec les autres joueurs quand le jeu est répété, quand ils possèdent une information complète sur les performances passées des autres joueurs, et quand il y a un petit nombre de joueurs. Mais renversons le jeu. La coopération est difficile à soutenir quand la partie n’est pas répétée (ou s’il y a une fin au jeu), quand l’information sur les autres joueurs manque, et quand il y a un grand nombre de joueurs.

Ces extrêmes reflètent le contraste existant entre les configurations économiques de la vie réelle. Il y a beaucoup d’exemples d’institutions simples d’échange qui permettent des bas coûts de transaction sous les premières conditions. Cependant des institutions qui permettent de bas coûts de transaction et de production dans un monde de spécialisation et de division du travail requièrent la résolution des problèmes de coopération humaine sous les secondes conditions. (…)

La littérature sur les institutions et les coûts de transaction a principalement développé l’idée des institutions comme des solutions efficaces aux problèmes d’organisation dans un environnement concurrentiel (Williamson, 1975, 1985). (…) Aussi riches que ces travaux aient été, une telle approche présuppose ce qui est la question centrale de cet essai : expliquer les diverses performances des économies tant au cours du temps que dans le monde actuel.

Comment une économie réalise-t-elle ces marchés efficaces et compétitifs, supposés par l’approche susdite ? Les contraintes formelles ou les droits de propriété sont spécifiés et appliqués par des institutions politiques, et cette littérature les prend simplement pour donnés. Pourtant l’histoire économique, dans son écrasante majorité, est une histoire d’économies qui n’ont pas réussi à produire un ensemble de règles économiques du jeu  (et leur application) qui induisent une croissance économique soutenue. Le problème central de l’histoire économique et du développement économique est de rendre compte de l’évolution des institutions politiques et économiques qui créent un environnement économique induisant une croissance de la productivité.

North D. C., 1991, « Institutions », Journal of Economic Perspectives, vol.5, 1. Traduction Thomas Vendryes in Bacache-Beauvallet M. et Montoussé M., Textes fondamentaux en sciences économiques depuis 1970, 2003, Bréal

Questions :

1 : quel rôle jouent les institutions dans le développement économique ?

2 : quel doit être le programme de l’économie du développement ?

 

CORRIGE

Document 1

Question : comment expliquez-vous l’écart d’accroissement du niveau de vie entre pays du Tiers Monde et pays développés ?

L’écart d’accroissement du niveau de vie (colonne PIB/habitant) apparaît à partir des années 1860-1900 puis s’accélère dans les années 1953-1973. Ce sont donc les deux révolutions industrielles qu’ont connu les pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord qui ont favorisé leur processus de développement, révolutions que n’ont pas connu ou avec retard les pays du Tiers Monde.

Document 2

Question 1 : montrez que l’IDH est un indicateur relatif et synthétique :

Relatif : les valeurs maximales sont celles atteintes dans la réalité par les pays. Elles sont donc amenées à être révisées chaque année

Synthétique : synthèse de plusieurs indicateurs révélant la pluralité des dimensions du développement :

- santé et longévité,

- éducation,

- niveau de vie.

Question 2 : repérez une limite de l’IDH comme indicateur dans le texte :

Dans la prise en compte du PIB/habitant, ne sont retenues que les productions officiellles de richesses, et non pas l’économie souterraine par exemple, qui assure pourtant la survie d’une partie de la population des PED. L’IDH sous-estime donc le niveau de vie réel des PED.

Document 3

Question 1 : donnez la signification des valeurs pour la ligne « Afrique subsaharienne » :

Les pays d’Afrique subsaharienne ont un niveau de développement très faible, leur IDH moyen étant de 0,475 sur 1. Ce faible niveau s’explique par une espérance de vie moyenne à la naissance de 54,9 ans, une durée moyenne de scolarisation de 4,7 ans et attendue de 9,3 ans, ainsi qu’un revenu national brut de 2 010 $ par habitant.

Question 2 : caractérisez les inégalités de développement humain :

  • Inégalités géographiques :

- les pays d’Europe, d’Asie centrale et d’Amérique latine ont des niveaux de développement largement supérieurs à ceux d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud,

- ces inégalités se révèlent par un RNB/habitant entre 4 et 6 fois supérieur, une espérance de vie à la naissance de 5 à 16 ans supérieure ou encore une durée moyenne de scolarisation deux fois supérieure.

 

  • Inégalités de niveau de développement :

- les pays à développement très élevé ont une espérance de vie à la naissance en moyenne de 21 ans supérieure à celle des pays à développement faible,

- les pays à développement très élevé ont une durée de scolarisation moyenne de 7 ans supérieure à celle des pays à développement faible,

- les pays à développement très élevé ont un RNB/habitant en moyenne 20 fois supérieur à celle des pays à développement faible.

Document 4

Question : caractérisez les principales évolutions du commerce international depuis 1948.

Très forte augmentation du commerce international = « seconde mondialisation ». les exportations ont été multipliées par 300, à la faveur des accords commerciaux signés sous l’égide du GATT puis de l’OMC dont les pays membres assurent en 2012 97% des exportations mondiales, une part en constante augmentation depuis 1948.

Maintien de l’Europe et en particulier l’UE comme principale zone commerciale du monde = 35% des exportations mondiales.

Affaiblissement de l’Amérique du Nord et en particulier les Etats-Unis dans le commerce international qui perd sa deuxième place : sa part dans les exportations mondiales diminue de moitié.

Cet affaiblissement se réalise au profit de  l’Asie qui passe de la 3ème à la 2ème place mondiale dont la part dans les exportations mondiales fait plus que doubler. C’est tout d’abord le Japon qui en est à l’origine dans les années 1960-1970, puis les NPIA dans les années 1980-1990 et enfin la Chine dans les années 1990 – 2000.

Si le Moyen Orient voit sa part fluctuer au gré des variations de la demande et surtout du prix du pétrole, l’Amérique latine et surtout l’Afrique voient leur participation au commerce internationale se marginaliser. La part de l’Amérique latine dans les exportations mondiales a été divisée par 3 et celle de l’Afrique par 2 sur la période.

Document 5

Question : quels sont les handicaps socio-économiques des PMA ?

Dépendance et marginalité commerciale : dépendance des fluctuations de la demande extérieure or la crise mondiale a provoqué une réduction importante des prévisions de croissance des PMA et marginalité car le commerce Sud-Sud, s’il est une perspective d’avenir incontournable, demeure extrêmement faible.

Croissance démographique : celle-ci favorise le sous-emploi du fait de la trop faible création d’emplois productifs en comparaison des flux d’entrée sur le marché du travail ainsi que le maintien d’une très forte proportion de la population dans la situation de pauvreté.

Spécialisation sectorielle handicapante : poids encore important du secteur agricole mais dont les capacités à dégager des gains de productivité sont faibles (absence de progrès technique).

Document 6

Question 1 : pourquoi le Brésil se lance-t-il dans une stratégie de substitution aux importations ?

XIXème : le Brésil s’est spécialisé dans l’exportation de produits primaires avec un relatif succès mais la dépendance au commerce extérieur que cette stratégie entraîne va en révéler la faiblesse avec la Grande dépression des années 1930 qui réduit fortement la demande internationale pour les produits brésiliens, poussant le Brésil à se recentrer sur son marché intérieur et à chercher à substituer sa production nationale aux importations :

d’abord les produits de consommation courante,
puis les produits de l’industrie lourde.

Question 2 : quel rôle joue l’Etat dans cette stratégie ?

Rôle très important :

définition d’un cadre légal de soutien à l’industrie,
financement d’infrastructures publiques favorisant l’industrialisation,
planification des objectifs d’industrialisation et d’orientation des investissements.

Question 3 : quelles limites rencontre cette stratégie ?

Déséquilibre commercial du fait de la nécessité d’importer des produits industriels de pointe pour mettre en œuvre l’industrialisation.

Déséquilibre interne lié aux inégalités économiques et sociales croissantes du fait que le processus d’industrialisation profite à une minorité privilégiée (classes supérieures qualifiées employées dans l’industrie lourde…)et ne s’accompagne pas d’investissements publics dans les infrastructures sanitaires et éducatives.

Document 7

Question : caractérisez la stratégie algérienne d’ « industries industrialisantes » :

Place centrale de l’Etat :

  • nationalisations,
  • planifications,
  • financement des investissements.

Effets d’entraînement : investissements dans l’industrie lourde (en particulier la production d’hydrocarbures) pour dégager des gains de productivité profitant à l’ensemble des secteurs économiques

Document 9

Question 1 : pourquoi le PIB n’est-il pas un bon indicateur du bien-être et du développement ?

Ce n’est pas un indicateur du niveau de vie réel de la population qui est mieux représenté par le revenu médian. C’est un indicateur de production et non de revenu.

Ce n’est pas un indicateur de la soutenabilité de notre mode de production et de développement économique car il mesure des flux économiques monétaires et non l’évolution du stock de capitaux transmissibles aux générations futures.

Question 2 : est-il possible de construire un indicateur économique de la soutenabilité ?

Non pour les auteurs, aucun indicateur unique de soutenabilité ne peut être retenue comme par exemple la dette publique en % du PIB car aucun ne peut traduire dans le présent avec une fiabilité totale l’état des préférences futures. Ils plaident pour retenir une pluralité d’indicateurs, en particulier de mesure du stock global de capital (dont le capital naturel).

Document 10

Question 1 : caractérisez les facteurs du développement des pays émergents.

Les pays émergents se sont développés en se reposant sur trois facteurs :

- la présence d’un Etat moteur de leur développement : investissement dans les « capabilités » (A. Sen) des personnes pour leur permettre de s’intégrer dans le processus de développement (éducation, santé…), soutien aux exportations, à l’innovation (rôle des institutions publiques dans la protection des innovations)…,

- une insertion réussie sur le marché international : les pays émergents ont su tirer partie de leur participation au commerce international via une spécialisation adéquate qui n’exclut pas des mesures protectionnistes le cas échéant (protectionnisme éducateur),

- la mise en œuvre de politiques sociales : politiques de lutte contre les inégalités en soutien de la croissance économique (redistribution publique des revenus primaires), protection des revenus des personnes employées dans les secteurs économiques souffrant de la concurrence internationale ou ne bénéficiant pas ou peu des gains de productivité.), soutien à la mobilité sociale ascendante. Cela permet aussi d’offrir un contexte social et politique favorisant l’accueil des IDE ainsi que le progrès social.

Question 2 : pourquoi parler de « troisième voie » concernant ces stratégies de développement » ?

Les pays émergents se sont développés en suivant des principes pragmatiques tirés de l’expérience, donc non idéologiques. Ils se sont alors éloignés des modèles de développement théorisés par :

- le courant étatiste et collectiviste qui faisait la promotion d’un planification publique se substituant à la régulation marchande,

- le courant libéral représenté par le Consensus de Washington qui faisait lui la promotion de la dérégulation au profit du modèle marchand.

Il s’agit donc d’une troisième voie pragmatique qui a été couronnée de succès.

Document 11

Question 1 : caractérisez les notions de « biocapacité moyenne par individu » et d’ « empreinte écologique ».

La biocapacité moyenne par individu représente le stock de capital naturel que l’environnement fournit par individu pour satisfaire ses besoins. Au-delà, ce stock de capital est surexploité et s’épuise.

L’empreinte écologique représente l’impact sur le capital naturel de l’activité humaine. Par individu, elle correspond à la surface globale de biocapacité exprimée en hectare qu’un individu utilise chaque année. Si elle est supérieure à la biocapacité moyenne par individu il y a donc surexploitation et le mode de développement de cet individu peut être considéré comme non soutenable.

Question 2 : pouvez-vous établir une corrélation entre empreinte écologique et niveau de développement ?

La corrélation n’existe pas pour les pays à IDH faible et moyen car les différents pays s’étalent de manière horizontale offrant un nuage de points non significatif (la pente de sa droite représentative est quasi nulle).

Par contre, à partir des niveaux d’IDH élevé et très élevé, la corrélation s’observe et devient de plus en plus forte (le nuage de points prend une forme dont la pente est de plus en plus croissante). Ainsi, tous les pays à IDH très élevé ont une empreinte écologique supérieure à la biocapacité moyenne.

Document 12 :

Question :1  quel rôle jouent les institutions dans le développement économique ?

Détermination des coûts de transaction : des institutions absentes ou inadéquates obligent les individus à réaliser des dépenses de recherche d’information, de transport, de conclusion d’accords qui nuisent au développement économique.

Elles sont également source d’incitations et de coopération : en cas de jeux non répétés, l’incitation à la coopération des agents économiques est nulle alors qu’elle est plus optimale que la concurrence (voir les équilibres sous-optimaux de Nash en microéconomie). Les institutions permettent d’inciter les agents économiques à coopérer via des modalités d’organisation.

Finalement, les institutions sont la condition initiale à la régulation marchande afin de la rendre optimale.

Question 2 : quel doit être le programme de l’économie du développement ?

Mettre à jour le rôle des institutions dans le processus de développement économique et social. Cela permet ainsi de révéler les différentes institutions formelles ou bien les différentes règles du jeu qui assurent le lancement et le maintien du processus de développement. C’est donc un programme institutionnaliste.

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