cours de Classe Préparatoire

5. Les transformations des structures économiques, sociales et démographiques depuis le XIXème

Description:

Dossier documentaire et son corrigé

Documents 1- L’explosion démographique

A La croissance de la population mondiale depuis 1700 (en millions d’habitants)

B La croissance démographique annuelle moyenne depuis la révolution industrielle

Questions :

  1. Etudiez l’évolution du poids démographique de l’Europe dans la population mondiale depuis 1700
  2. Comment expliquez-vous la plus forte progression démographique de l’Amérique par rapport à l’Europe ?
  3. Avec une population mondiale qui pourrait être d’environ 10 milliards en 2050, à combien s’élèverait-elle alors en 2100 avec un TCAM de 0,2 % ?

 

Document 2- La transition démographique

Consulter la vidéo en ligne suivante réalisée par Gilles Pison de l’Institut Nationale d’Etudes Démographiques (Ined) concernant la transition démographique : http://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/videos/la-transition-demogr...

Remarque : les statistiques prévisionnelles évoquées dans cette vidéo datent de 2005.

Questions :

  1. Rappelez brièvement les principales étapes de la transition démographique.
  2. Comparez la transition démographique des pays avancés avec celle des pays en développement

 

Documents 3- La hausse de la production par habitant

A La croissance de la production par habitant depuis la Révolution industrielle

B La répartition de la production mondiale depuis 1700

Questions :

  1. Document A. En partant d’un indice base 100 en 1700, calculez les indices de chaque continent en 2012 à partir des taux de croissance annuels moyens entre 1700 et 1950 puis 2012. Commentez les résultats.
  2. Document B. Décrivez la répartition de la production mondiale entre les quatre continents représentés depuis 1700.

 

Document 4- L’évolution du niveau et des modes de vie

Le contraste entre Madère et Cessac éclate si l'on écrit les prix des mêmes objets à Cessac. Pour le pain, ce qui coûte 24 mn de travail à Madère n'en coûte que 10 à Cessac. Mais la plupart des prix diffèrent plus encore : pour le sucre, l'écart est de 45 mn à 13 ; pour le beurre, de 7 h à 1 h 25 ; pour le poulet, de 8 h à 45 mn ; pour la radio, de 300 à 20...

Ainsi le paysan moyen doit travailler une journée entière de 8 h à Madère pour gagner l'équivalent du prix d'un poulet, que le Cessacois moyen gagne en 11 fois moins de temps ! L'écart est encore plus fantastique pour certains produits manufacturés...

C'est dire que Cessac appartient à un pays hautement développé, où le niveau de vie moyen est de 4 à 5 fois plus élevé qu'à Madère. (…) Les autres traits majeurs de la situation économique de Cessac sont à l'avenant. Sur les 243 foyers de Cessac plus de 230 ont le « confort moderne » ; allant de la cuisine parfaitement équipée (210 réfrigérateurs, 50 congélateurs, 180 machines à laver le linge, etc.), aux W. C. intérieurs à chasse d'eau, aux lavabos, à la salle de bain à eau courante chaude et froide; 110 téléphones pour 670 habitants à Cessac, contre 5 pour 534 à Madère; 280 automobiles à Cessac, contre 5 à Madère...

(…) Ces deux villages que j'ai appelés Madère et Cessac sont le seul et même village de Douelle en Quercy, saisi à deux dates différant de trente années et décrit à l'aide des recensements de ces deux dates: 1946 et 1975.

Douelle est situé sur la rivière Lot à 11 km en aval de Cahors. Madère, c'est Douelle en 1946. Cessac, c'est Douelle en 1975. Et c'est Douelle qui est passé en trente ans, d'un état que l'on appelle aujourd'hui « sous-développé » ou « en voie de développement », à la situation, aujourd'hui normale en France, d'économie industrielle et tertiaire. (…)

Ne doit-on pas dire glorieuses les trente années qui séparent Madère de Cessac, et ont fait passer et Douelle et la France de la pauvreté millénaire, de la vie végétative traditionnelle, aux niveaux de vie et aux genres de vie contemporains ? - À meilleur titre certainement que « les trois glorieuses » de 1830 qui, comme la plupart des révolutions, ou bien substituent un despotisme à un autre, ou bien, et ce sont de meilleurs cas, ne sont qu'un épisode entre deux médiocrités...

Libre à quelques adolescents sympathiques mais mal informés, bénéficiant du niveau de vie et du genre de vie actuels de la France, de l'hygiène, de la santé, de la Sécurité sociale, et de tous les moyens modernes de transport, d'information, de communication... de critiquer, voire de détester la «société de consommation». Après les descriptions qu'on vient de lire, leurs opinions et leurs sentiments paraissent hâtifs. En fait, les peuples ont toujours ardemment désiré échapper aux pauvretés, aux duretés, aux misères traditionnelles; aucun n'a pu le faire plus rapidement et plus nettement que la France en ce troisième quart du XXe siècle, poursuivant et complétant brillamment un mouvement engagé dès le XVIIIe siècle. (…) Comprenons que le développement économique n'a été voulu et réalisé par l'homme que pour le développement de la vie. Et l'écart qui sépare Cessac de Madère, et plus encore, du Douelle de 1830 et de 1750, l'élévation de l'espérance de vie, la réduction de la morbidité et des souffrances physiques, la possibilité matérielle pour l'homme moyen d'accéder aux formes naguère inaccessibles de l'information, de l'art, de la culture, suffit, même si cet homme moyen s'avère souvent indigne de ces bienfaits, à nous faire penser que la réalisation au XXe siècle du Grand Espoir de l'humanité est une époque glorieuse dans l'histoire des hommes. (…)

Ces trente années sont glorieuses. Elles ont résolu des problèmes tragiques et millénaires - quoiqu'elles soient loin d'avoir résolu tous les problèmes tragiques et millénaires de l'humanité; quoique même elles en aient fait naître de nouveaux, qui ne se posaient pas dans un monde où les hommes étaient pauvres et impuissants.

Source : Jean Fourastié, Les trente glorieuses, Editions Fayard, réédition 2004 (collection Pluriel), Paris. Extrait disponible en ligne : http://www.fourastie-sauvy.org/reference/textesjean/tradition/11-30glori...

Questions :

  1. Pourquoi Jean Fourastié exprime-t-il l’évolution des prix des biens et services en minutes ou en heures de travail pour illustrer l’augmentation du niveau de vie ?
  2. Quelle différence y a t-il entre la hausse de la productivité du travail, la production par habitant et la consommation par habitant ?

 

Documents 5- Les inégalités de niveaux de vie entre pays

A Les écarts mondiaux de PIB par habitant (en % de la moyenne mondiale)

B  Le rattrapage économique de la Chine et de l’Inde (1300-2030)

 Questions :

  1. Faites une étude succincte des documents.
  2. Comment expliquez-vous la divergence puis la convergence des niveaux de vie entre les différentes régions du monde ?

 

Document 6- La révolution industrielle

La thèse d’une « première révolution industrielle » remontant au XVIème siècle est aujourd’hui abandonnée. Mais le capitalisme moderne ne s’annonce-t-il pas dès le XVIème siècle, avec l’essor intense des courants commerciaux, accompagné du développement d’activités financières hautement évoluées, et parfois même de quelques industries travaillant pour des marchés lointains ? Rien ne permet pourtant de voir là un phénomène unique dans l’histoire : l’Antiquité, le Moyen Age offrent bien d’autres exemples de prospérité commerciale et financière, depuis celui d’Athènes au Vème siècle av. J.-C., jusqu’à celui des grandes cités du Nord de l’Italie, à partir du XIIème siècle. Toutes ces formes anciennes d’essor économique, si brillantes soient-elles, demeurent précaires et de portée restreinte, dans la mesure où elles excluent l’immense masse des populations paysannes et n’exercent aucun effet direct sur la productivité agricole, qui reste en dernier ressort la variable déterminante. (…)

Ce que nous appellerons, à la suite de Kuznets, la « croissance économique moderne » présente un ensemble de traits opposés à tous égards. Elle se définit d’abord par son caractère global et cumulatif. Si la percée décisive s’opère au départ dans un petit nombre d’industries modernes avec l’introduction du machinisme, la croissance économique moderne requiert une progression appréciable (antérieure ou parallèle) de la productivité agricole, et elle s’étend progressivement à tous les secteurs d’activité économique. Il s’agit d’une croissance soutenue impliquant une augmentation de longue période non seulement de la population et de la production totale, mais de la productivité par actif et du revenu par habitant. Les rythmes de croissance, il est vrai, demeurent au XIXème extrêmement faibles par rapport à ceux que nous avons connus après la seconde guerre mondiale (…), mais il suffit à creuser à long terme un écart cumulatif de plus en plus impressionnant par rapport au niveau de revenu des économies traditionnelles. Le fait majeur est que les économies engagées dans la croissance économique moderne ont acquis l’aptitude à engendrer un flux continu d’innovations techniques. Les innovations s’enchaînent et s’entraînent réciproquement, repoussant indéfiniment la perspective de l’épuisement ultime des occasions d’investissement et infligeant des démentis successifs aux thèses « stagnationnistes » qui ressurgissent en période de ralentissement temporaire. Les « révolutions industrielles » en fait se succèdent – première révolution  industrielle des textiles et de la machine à vapeur, seconde révolution industrielle du chemin de fer et de l’acier, troisième révolution industrielle de l’électricité et de l’automobile… – et s’interpénètrent, à tel point que les découpages traditionnels peuvent paraître assez artificiels[1].

La croissance moderne des économies nationales s’accompagne toujours d’intenses transformations de structures, à commencer par les structures sectorielles (répartition par secteur de la population active et du produit national) : le clivage dominant est, bien entendu, celui qui oppose l’agriculture – où les gains de productivité vont de pair avec une réduction relative, puis absolue du nombre des actifs – aux deux autres secteurs, industrie et services. On voit mal au demeurant quel aspect des structures sociales (répartition des revenus, éducation, santé…) pourrait demeurer invariant au cours de la croissance économique. De sorte que la distinction entre la croissance (définie en termes d’accroissement quantitatif global) et le développement (défini en termes d’évolutions structurelles « progressives »), distinction chargée de connotations morales implicites, peut paraître assez faible au regard du concept de « croissance économique moderne », qui implique bel et bien l’ensemble des transformations de structures associées à la notion de « développement ». L’usage dominant, du reste, n’hésite pas à identifier « économies industrialisées » et « économies développées »(…).

Source : Jean-Charles Asselain, Histoire économique de la révolution industrielle à la première guerre mondiale, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques et Dalloz, 1985, Paris.

 Questions :

  1. Explicitez quelques traits distinctifs importants entre une économie traditionnelle et une économie industrialisée.
  2. Donnez un exemple historique d’innovations qui « s’enchaînent et s’entraînent réciproquement ».

[1] Jean-Charles Asselain appelle « seconde révolution industrielle » le développement du chemin de fer et de l’acier et « troisième révolution industrielle » celle de l’électricité  de l’automobile, tandis que certains historiens comme Paul Bairoch estiment que le chemin de fer apparaît entre la 1ère révolution industrielle fin 18ème -début 19ème (textile, métallurgie) et la 2nde révolution industrielle fin 19ème –début 20ème (électricité, acier, chimie, automobile…). C’est ce dernier point de vue que nous avons retenu dans notre Eléments de cours.

 

Document 7- L’évolution sectorielle de la population active

Répartition par grands secteurs de la population active des pays développés économie de marché, Japon non compris

  Questions :

  1. Quelles sont les principales phases du déclin relatif de la population active dans le secteur primaire ?
  2. Quels phénomènes économiques et sociaux accompagnent ce déclin en valeur relative puis en valeur absolue de la population active dans le secteur primaire ? Quels sont les points communs et les différences avec le même mouvement constaté ces 50 à 60 dernières années dans la plupart des pays en développement ?

 

Document 8- Développement et généralisation des systèmes éducatifs

Taux d’analphabétisme et taux de scolarisation dans l’enseignement primaire en 1910

  Question :

  1. Quels liens peut-on faire entre le niveau de développement des pays et leur niveau d’éducation ?

 

Document 9- L’importance du commerce international

Question :

  1. Faites une analyse du tableau.

 

Document 10- Instabilité monétaire et inflation

                      Taux d’inflation depuis la Révolution industrielle (indice des prix à la consommation)

Questions :

  1. Quelles sont les grandes phases que l’on peut mettre en évidence concernant l’évolution des taux d’inflation depuis trois siècles ?
  2. Comment expliquez-vous les principaux changements dans l’évolution des taux d’inflation ?

Corrigé

Documents 1- L’explosion démographique

1 ) Etudiez l’évolution du poids démographique de l’Europe dans la population mondiale depuis 1700

Dès le début de la révolution industrielle puis tout au long du 19ème siècle, la population en Europe va progresser plus vite que la moyenne mondiale et en particulier plus vite qu’en Asie et en Afrique. La croissance annuelle moyenne de la population entre 1820 et 1913 a été de 0,8 % en Europe, contre 0,6% en Afrique et 0,4 % en Asie. La différence peut paraître faible, mais étalée sur un siècle cela permet à l’Europe de voir son poids démographique augmenter légèrement dans le monde. Alors qu’elle ne pesait qu’1/5ème de la population au 18ème siècle, sa population représentera près du ¼ de la population mondiale à la veille de la 1ère guerre mondiale et cela alors même que de nombreux européens émigraient vers d’autres continents, en particulier en direction du continent américain. Depuis la 1ère guerre mondiale, la population européenne croît beaucoup moins vite que celle des autres continents et l’Europe représente aujourd’hui moins de 10 % de la population mondiale. 

2 ) Comment expliquez-vous la plus forte progression démographique de l’Amérique par rapport à l’Europe ?

Aux 18 et 19ème siècles, c’est principalement l’émigration européenne qui explique cette différence. Entre 1851 et 1915 près de 41 millions d’Européens quitteront le vieux continent pour s’établir sur d’autres continents et plus de 90 % d’entre eux choisiront l’Amérique comme destination. Au 20ème siècle, outre un solde migratoire positif plus important qu’en Europe, surtout jusque dans les années 1950, c’est également la forte croissance démographique en Amérique latine qui explique la différence avec l’Europe.

3) Avec une population mondiale qui pourrait être d’environ 10 milliards en 2050, à combien s’élèverait-elle alors en 2100 avec un TCAM de 0,2 % ?

Le calcul est le suivant : (10x109)x(1+0,2/100)50 ≈ 11 milliards d’habitants. Ainsi avec une faible croissance annuelle de 0,2 % la population augmenterait tout de même de 10 % en 50 ans. De faibles variations répétées au cours d’une longue période ont des effets importants.

Document 2- La transition démographique

1 ) Rappelez brièvement les principales étapes de la transition démographique.

On peut résumer la transition démographique en 2 étapes auxquelles il convient d’ajouter une étape antérieure puis une autre postérieure à celle-ci :

a) Régime démographique traditionnel avant la transition : taux de natalité et de mortalité élevés avec un faible accroissement naturel (naissances – décès).
b) Première étape de la transition démographique : chute du taux de mortalité liée à la disparition des famines, une meilleure alimentation, des progrès médicaux et en termes d’hygiène, d’accès à l’eau potable… qui ne s’accompagne pas d’une baisse du taux de natalité. La population augmente alors à un rythme élevé (accroissement naturel largement positif).
c) Seconde étape de la transition démographique : les comportements des individus changent et se traduisent notamment par un contrôle volontaire des naissances (pendant longtemps la contraception est restée limitée au coitus interruptus). Le taux de natalité diminue et rejoint le niveau désormais bas de la mortalité.
d) Régime démographique moderne après la transition : taux de mortalité et de natalité bas avec un faible accroissement naturel (naissances – décès).

2) Comparez la transition démographique des pays avancés avec celle des pays en développement

Dans les pays avancés, l’augmentation de la population a été permise par l’augmentation des ressources alimentaires qui était la conséquence d’une croissance de la productivité agricole. Le développement économique mais aussi médical qui suivît cet accroissement de la production agricole par habitant a entraîné une baisse de la mortalité importante mais progressive. La population a augmenté à un rythme sans précédent historique jusqu’alors mais, au plus fort de sa croissance démographique vers la fin du 19ème siècle, la population des pays avancés n’a mis que 90 ans à doubler.

Dans les pays en développement, le contexte a été bien différent. Certains progrès de l’hygiène et de la médecine ont été introduits presque immédiatement après leurs découvertes dans les pays développés. La baisse de la mortalité infantile des pays nord occidentaux de 190 à 120 pour 1000 qui avait pris plus d’un siècle de 1800 à 1914 se fera en moins de 35 ans dans les PED, des années 1930 aux années 1970. Ainsi, dès 1920, la population de ces pays progresse à un taux d’environ 1,2 % par an, puis à 1,5 % par an entre 1930 et 1950 jusqu’à atteindre plus de 2,5% au début des années 70, soit à un rythme de progression trois fois plus élevé qu’en Europe au cours du 19ème siècle. A ce taux, une population double en moins de 30 ans.

Tandis que la population mondiale progressait de presque 2 % par an entre 1950 et 1970, la croissance annuelle moyenne n’est plus que de 1,3 % aujourd’hui. L’indice de fécondité qui était de 6,1 au début des années 1950 dans les PED (hors Chine) a presque été divisé par 2 depuis, mais à cause de la structure actuelle de la pyramide des âges, la population jeune en âge d’avoir des enfants est plus nombreuse qu’auparavant et cela explique que le taux de natalité baisse lentement.

Documents 3- La hausse de la production par habitant

1) Document A. En partant d’un indice base 100 en 1700, calculez les indices de chaque continent en 2012 à partir des taux de croissance annuels moyens entre 1700 et 1950 puis 1950 et 2012. Commentez les résultats.

En appliquant la formule des intérêts composés « Indice x (1 +taux de variation)nombre d’années », nous obtenons les résultats suivants en partant des TCAM de 1700 à 1820, de 1820 à 1913, de 1913 à 1950, de 1950 à 1970, de 1970 à 1990 et de 1990 à 2012. A cause des arrondis, le résultat pour 2012 est sensiblement différent de celui obtenu à partir du TCAM entre 1700 et 2012.

Indice de la production par habitant

Au cours de la révolution industrielle au 19ème siècle (1ère et 2nde révolution industrielle), la croissance de la production par habitant dans le monde a été multipliée par 2,3, c’est légèrement plus en Europe (Russie comprise) avec 2,5, mais le coefficient multiplicateur est de 4 en Amérique (principalement en raison de la forte croissance aux Etats-Unis). Sur cette même période, la production par habitant a progressé 2 fois moins vite en Afrique et seulement de 20 % en Asie. En Europe, le rythme de croissance va être beaucoup plus soutenu après la 2nde guerre mondiale et la production par habitant est multipliée par 2,1 en seulement 20 ans entre 1950 et 1970. Ainsi entre 1700 et 2012, le PIB/hab en Europe a été multiplié par plus de 18 (davantage en Europe de l’ouest) et par 30 en Amérique (davantage aux Etats-Unis), l’écart entre les deux continents s’étant réduit depuis le milieu du 20ème siècle. En Afrique et en Asie, le phénomène de rattrapage commence dès les années 1950 (hormis la période de quasi-stagnation en Afrique au cours des années 1980). Le PIB/hab est plus de 4 fois plus élevé en Afrique en 2012 qu’en 1700 et près de 9 fois plus élevé en Asie.

Attention : d’une part, il est délicat d’interpréter des coefficients multiplicateurs de la production par habitant sur de longues périodes, mais d’autre part les comparaisons entre continents sont encore plus problématiques car les niveaux de production par habitant étaient différents en 1700, même si les écarts étaient beaucoup moins prononcés qu’aujourd’hui.

2) Document B. Décrivez la répartition de la production mondiale entre les quatre continents représentés depuis 1700.

Jusqu’au début du 19ème siècle, l’Europe et l’Amérique du nord représentent 1/3  de la production mondiale alors que, nous l’avons vu, ces pays pèsent un peu plus de 20 % de la population mondiale. Le niveau de vie y est donc déjà plus élevé que la moyenne mondiale. Avec la révolution industrielle, la part de l’Europe et de l’Amérique (essentiellement les Etats-Unis) ne va cesser de croître. Au moment de son apogée, avant la 1ère guerre mondiale, la production de l’Europe est l’équivalent de près de 45 % de la production mondiale alors que le continent ne correspond qu’à ¼ de la population mondiale. De même, au sommet de sa puissance économique, l’Amérique (encore une fois, principalement les Etats-Unis) pèse environ 35 % de la production mondiale pour un nombre d’habitants qui constitue moins de 15 % de la population mondiale. A cette époque, l’Europe et l’Amérique du nord produisent 70 % de la production mondiale et l’Asie à peine plus de 20%. Grâce à une plus forte croissance en moyenne que dans les pays avancés, les PED voient leurs poids augmenter et ainsi en 2012 la production mondiale était réalisée pour plus de la moitié dans les PED (l’Asie pèse environ 40 % sans le Japon, l’Afrique 4 % et l’Amérique latine 9 %) avec une population dépassant 83 % des habitants de la planète.  

Document 4- L’évolution du niveau et des modes de vie

1) Pourquoi Jean Fourastié exprime-t-il l’évolution des prix des biens et services en minutes ou en heures de travail pour illustrer l’augmentation du niveau de vie ?

Parce que entre-temps les prix n’ont pas forcément baissé en valeur nominale et que c’est le meilleur moyen de montrer l’évolution en valeur réelle (en termes de pouvoir d’achat). Exprimée ainsi, en minutes ou en heures de travail, la valeur des biens et services met en évidence ce qui est à l’origine de cette progression du niveau de vie : l’augmentation de la productivité du travail.

2) Quelle différence y a t-il entre la hausse de la productivité du travail, la production par habitant et la consommation par habitant ?

Comme tout le monde ne travaille pas (au sens économique du terme), il y a évidemment une différence entre la production par travailleur et la production par habitant. Par ailleurs, si les gains de productivité sont bien à l’origine de l’augmentation de la production par habitant, la variation des deux n’est pas nécessairement proportionnelle. Historiquement, une partie des gains de productivité a été absorbée par une baisse du temps de travail. En France par exemple, la durée annuelle moyenne de travail par actif occupé a ainsi été divisée par 2 au cours du 20ème siècle.

Sur une longue période, il faut manier avec précaution les notions de productivité du travail, production par habitant et consommation par habitant. En Europe, la productivité par heure travaillée a été multipliée par 12 environ entre 1913 et 2012 (T. Piketty, 2013), la production et la consommation par habitant par 6, mais comparer quantitativement la production ou la consommation moyenne à un siècle de distance ne peut qu’offrir une représentation étroite et abstraite des changements effectivement réalisés : quel rapport y a t-il entre ce que consommaient les européens il y a cent ans avec ce que nous consommons aujourd’hui ? La très grande majorité des biens et services n’existait pas, tandis que les autres produits étaient bien différents qualitativement de ce qu’ils sont aujourd’hui. Pour cette raison, il est souvent difficile historiquement de dissocier une étude de l’augmentation des niveaux de vie d’une étude sur l’évolution des modes de vie.

Enfin, il peut exister un décalage notable entre la production et la consommation par habitant en raison du commerce international et de la possibilité, au moins pendant une certaine période, d’avoir un excédent ou un déficit de la balance des transactions courantes.

Documents 5- Les inégalités de niveaux de vie entre pays

1) Faites l’étude rapide des documents.

A partir de la révolution industrielle, le niveau de vie des européens et des américains a cru à un rythme beaucoup plus soutenu que dans le reste du monde (Japon, Australie et Nouvelle-Zélande mis à part). L’écart de niveau de vie entre les pays avancés et les pays en développement n’a cessé de se creuser jusque dans les années 1990. A cette époque, le PIB/habitant des européens et des américains réunis était 2,5 fois plus élevé que la moyenne mondiale tandis qu’il était 2 fois moins important que cette moyenne en Asie et Afrique. La forte croissance de certains pays, notamment en Asie, ces dernières décennies a permis de réduire les écarts. Pour la première fois depuis le 18ème siècle, un mouvement de convergence des niveaux de vie semble progressivement s’amorcer même s’il faut rester prudent quant à ce qui se passera dans l’avenir.

La forte croissance du PIB en Chine depuis les années 1980 joue à cet égard un rôle important dans cette évolution étant donné le poids démographique de ce pays (21 % de la population mondiale). Le rattrapage de la Chine est devenu rapide : le PIB/habitant des chinois était au niveau d’1/5ème de la moyenne mondiale jusqu’à la fin des années 1970, il était à 68 % de cette moyenne (qui a progressé pendant ce temps) en 2003 et il est à près de 80 % aujourd’hui. Le même phénomène peut être constaté en Inde dont le nombre d’habitants est aujourd’hui d’environ 1,3 milliards. Le PIB/habitant des indiens était proche de celui des chinois dans les années 1970 à environ 1/5ème de la moyenne mondiale tandis qu’aujourd’hui il est à 1/3 de cette moyenne.

2) Comment expliquez-vous la divergence puis la convergence des niveaux de vie entre les différentes régions du monde ?

Les gains de productivité dans l’agriculture et la révolution industrielle ont entraîné un bouleversement sans précédent de la production par habitant en Europe et en Amérique du Nord notamment. Les autres régions du monde sont globalement restées à l’écart de cette croissance de la production, notamment industrielle. Les techniques et productions industrielles nouvelles ont mis du temps à se diffuser aux autres pays. Les raisons sont multiples : le protectionnisme des pays avancés, les moyens de transport et de communication bien différents d’aujourd’hui, des blocages locaux économiques et sociaux (manque d’infrastructures, taux d’analphabétisation élevé, économie essentiellement rurale et paysanne…) ou encore culturels, institutionnels et politiques (le poids des traditions et des habitudes qui peut être un frein au changement, l’absence d’indépendance politique des colonies et la concurrence déloyale imposée par les métropoles…)… En plus de ces freins, l’explosion démographique des pays en développement à partir de l’entre-deux guerres notamment a limité l’impact de la hausse de la production sur le quotidien des habitants.

A partir des années 1950 puis surtout des années 1990, le développement des échanges internationaux (commerce, capitaux, connaissances…) grâce à une plus grande ouverture des pays et à l’amélioration des moyens de transport et de communication ont permis une diffusion plus rapide des techniques de production des pays avancés pendant qu’en même temps un grand nombre d’obstacles à la croissance économique tombaient ou se réduisaient dans de nombreux pays (hausse du niveau d’éducation, décolonisation, disparition ou assouplissement de certaines dictatures…).

Il est important de souligner le fait que les différences économiques sont plus importantes si, au lieu de comparer les 4 continents du document 1, l’on compare les pays les plus avancés (Amérique du nord, Europe occidentale, Japon, Australie et Nouvelle-Zélande) avec les pays les moins avancés (PMA). Mais de même qu’il est difficile de comparer la production par habitant d’un même pays sur une trop longue période, il est délicat de mettre en parallèle les PIB par habitant de pays aux structures économiques et sociales très différentes.

Document 6- La révolution industrielle

1) Explicitez quelques traits distinctifs importants entre une économie traditionnelle et une économie industrialisée.

La comparaison entre l’économie des pays européens avant la révolution industrielle et aujourd’hui offre une possibilité de catégorisation.

 

2)Donnez un exemple historique d’innovations qui « s’enchaînent et s’entraînent réciproquement ».

Nous pouvons pour cela relever la description que fait Jean-Charles Asselain de la manière dont les premières innovations dans le textile au niveau du filage à la fin du 18ème siècle en Grande-Bretagne vont entraîner d’autres innovations en amont (pour le cardage par exemple) et en aval (le tissage) :

« A plusieurs reprises, dans les industries textiles et la métallurgie notamment, les gains de productivité réalisés à un stade donné de la production provoquent un « goulet d’étranglement » en amont et en aval, qui suscite de nouvelles recherches. Ainsi, dans le textile, les tous premiers progrès introduits au stade du tissage (la « navette volante » de Kay, 1733) ont d’abord été à l’origine d’une pénurie de filés. Puis, la mécanisation de la filature incite à concentrer les efforts sur le stade antérieur (Arkwright lui-même prend un brevet pour une machine à carder), mais c’est surtout le tissage qui pose alors problème : le travail des tisserands devient d’un seul coup déficitaire, et leur salaire s’élève brusquement (…). Les recherches entreprises presque immédiatement pour surmonter cette pénurie relative aboutissent à l’invention du premier métier à tisser mécanique par Cartwright, dès 1785 (…) ».

Quelques autres exemples : l’électricité avec toutes les inventions qui en découlent (ampoules électriques, la radiophonie, les produits électroménagers électriques, aspirateurs…) ou encore le moteur à explosion (automobiles, motos, avions…).

 Document 7- L’évolution sectorielle de la population active

1) Quelles sont les principales phases du déclin relatif de la population active dans le secteur primaire ?

Au 19ème siècle, notamment au cours de la seconde moitié de ce siècle, la productivité agricole et le développement de l’industrie va marquer une première baisse importante de la part de l’agriculture dans la population active en Europe et aux Etats-Unis. Le secteur primaire qui représentait, comme au milieu du 18ème siècle et dans les sociétés traditionnelles, 3 actifs sur 4, n’emploie plus que 40 % d’entre eux à la veille de la 1ère guerre mondiale. Cette proportion a été presque divisée par 2. Pendant l’entre-deux guerres le phénomène va s’accélérer tant et si bien que peu de temps après la fin de la deuxième guerre mondiale en 1950, cette part a encore été divisée par presque 2. Depuis les années 1930, le nombre d’agriculteurs commence à baisser en valeur absolue et non plus seulement en valeur relative et ce déclin va se poursuivre jusqu’à nos jours. Les importants gains de productivité après-guerre vont encore entraîner une division par deux (et même plus) de la part des agriculteurs dans la population active, mais cette fois en 20 ans à peine. En 1970, les agriculteurs ne représentent plus que 10 % des actifs et ce taux est aujourd’hui inférieur à 4 % dans les pays avancés. 

2) Quels phénomènes économiques et sociaux accompagnent ce déclin en valeur relative puis en valeur absolue de la population active dans le secteur primaire ? Quels sont les points communs et les différences avec le même mouvement constaté ces 50 à 60 dernières années dans la plupart des pays en développement ?

Les gains de productivité dans l’agriculture et le développement de l’industrie vont être à l’origine d’un exode rural de la fin du 19ème siècle jusque dans les années 1970 en Europe et aux Etats-Unis. Cet exode est d’autant plus important fin 19ème-début 20ème que la population de ces pays augmente en raison de la transition démographique. Ce déplacement de population va entraîner un développement des villes et des infrastructures urbaines (ex : transports urbains). Ce bouleversement marque aussi le passage d’une société de petits paysans dont nombre d’entre eux sont propriétaires (cela dépend des pays) à une société de salariés.

Les gains de productivité dans l’agriculture des PED n’ont pas cru à un rythme aussi élevé que dans les pays avancés, par conséquent la part des actifs dans le secteur primaire demeure important en particulier dans les pays les moins avancés. Du fait de l’augmentation de la population, les actifs agricoles ont fortement augmenté en valeur absolu jusqu’à aujourd’hui. Cela pose d’ailleurs un problème d’accès à la terre et constitue un obstacle à l’augmentation de la productivité agricole (main d’œuvre pas chère et disponible). La croissance démographique à partir des années 1920 puis des années 1940-50 a été tellement importante qu’une partie sans cesse croissante de la population rurale a rejoint les grandes villes. A la différence des pays avancés, le développement des emplois industriels dans les PED n’a pas permis d’absorber ce surplus de population active rurale. Paul Bairoch estime que le « taux d’épongeage » de ce surplus de population a été inférieur à 10 % de 1920 à 1950 et n’a pas dépassé 10 % jusque dans les années 1970. En comparaison, ce taux avait été de 80 % dans les pays européens vers 1890. Cette différence s’explique surtout par le niveau élevé des taux d’accroissement naturel des PED à partir des années 1920 par rapport à ceux des pays avancés.  

Document 8- Développement et généralisation des systèmes éducatifs

Quels liens peut-on faire entre le niveau de développement des pays et leur niveau d’éducation ?

En 1910, presque tous les pays industrialisés s’étaient dotés d’un système d’enseignement obligatoire. Pourtant, on le voit dans le tableau, le taux de scolarisation des enfants était loin d’approcher les 100 % dans certains pays.  En fait, les pays les plus en avance au début du 20ème siècle sont ceux qui avaient développé le plus tôt un système scolaire au 19ème voire au 18ème siècle. Il en est ainsi des régions protestantes (Allemagne, Royaume-Uni, Suisse, pays scandinaves…) mais aussi des pays de colonisation européenne (Etats-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande). Les pays les plus en retard sont la Russie, les pays d’Europe du sud et d’Europe centrale et de l’est.

On peut voir que ces performances ne sont pas parfaitement corrélées avec la précocité de l’entrée des pays dans la modernisation. Ainsi les pays scandinaves ou les pays non européens (Australie…) ont de meilleurs résultats ou des résultats similaires (hormis la Finlande) à certains pays qui ont commencé tôt à s’industrialiser comme le Royaume-Uni, la Belgique ou la France. Pour autant, nous savons depuis les théories de la croissance endogène que les investissements dans l’éducation sont facteur de croissance. Et il est vrai qu’en 1910, les pays qui ont les meilleures performances en termes de taux d’alphabétisation et de taux de scolarisation sont aussi ceux qui ont eu par la suite les niveaux de PIB/habitant les plus élevés.

Document 9- L’importance du commerce international

Faites une analyse du tableau.

En 1970, les économies des pays avancées commerçaient relativement à leur RNB moins qu’au début du 20ème siècle lors de la 1ère mondialisation. C’est seulement à partir des années 1980 que le degré de mondialisation d’un point de vue du commerce de marchandises dépassera celui de 1910. On peut cependant remarquer que ce phénomène va surtout être flagrant pour les pays européens en raison du développement du commerce intra-européen au sein de la CEE à partir de 1957 avec la disparition totale des droits de douane à la fin des années 1960. Les choses vont ensuite peu changer sauf pour l’Allemagne qui a fait le choix depuis le début des années 2000 de miser sur l’exportation de produits industriels. 

Document 10- Instabilité monétaire et inflation

1) Quelles sont les grandes phases que l’on peut mettre en évidence concernant l’évolution des taux d’inflation depuis trois siècles ?

Avant 1914, il n’y avait quasiment pas d’inflation, elle n’aurait été que de 0,2 à 0,3% par an entre 1700 et 1913 selon Thomas Piketty. L’inflation est ainsi selon l’auteur « dans une large mesure une invention du XXème siècle » puisque ce n’est qu’à partir de la 1ère guerre mondiale que les prix vont croître régulièrement à un rythme significatif. De la 1ère guerre mondiale à la fin de la 2nde guerre mondiale les taux d’inflation vont être élevés en particulier en Allemagne et en France. Les années 1950-1970 marque une certaine convergence des taux d’inflation entre les pays à un niveau compris entre 2 et 6 %, puis l’inflation va de nouveau s’accélérer en partie en raison de la montée du prix du baril de pétrole et de la spirale inflation-salaire. Les politiques monétaristes visant à lutter puis à contenir l’inflation et, enfin, la récente période de déflation en 2009 contribuent à resserrer les taux d’inflation des pays aux alentours de 2 %. A noter que depuis l’après-guerre, l’Allemagne se distingue par une inflation en moyenne plus basse que les autres pays.

2)Comment expliquez-vous les principaux changements dans l’évolution des taux d’inflation ?

Jusqu’à la 1ère guerre mondiale, le système de l’étalon-or et des politiques monétaires assez rigides expliquent la faiblesse de l’inflation et la stabilité des taux de change. Le financement de la 1ère guerre mondiale par la création de monnaie et le recours à la planche à billets après-guerre pour résorber les importants niveaux d’endettement vont changer la donne : l’augmentation de la masse monétaire puis la fin de l’étalon-or provoquent une inflation régulière qui se traduira même par une période d’hyperinflation en Allemagne en 1923. Les tentatives de réintroduction de l’étalon-or après la 1ère guerre-mondiale puis après la 2nde guerre mondiale échoueront. Le Royaume-Uni quitte l’étalon-or en 1931, les Etats-Unis en 1933 et la France en 1936. Après 1945, le système de l’étalon-dollar-or institué lors des accords de Bretton Woods en juillet 1944 sera enterré en août 1971. Avec le développement des idées keynésiennes, l’inflation n’est plus perçue comme un mal absolu, dès lors qu’elle reste à un niveau raisonnable. Ainsi la tolérance à l’égard de l’inflation est-elle plus forte qu’au 19ème siècle et la politique monétaire menée par les gouvernements ou les banques centrales s’avèrent alors plus pragmatiques et moins rigides sur ce point. Avec la stagflation des années 1970, les idées monétaristes vont modifier la politique économique à l’égard de l’inflation, mais sans jamais avoir pour objectif de viser un taux d’inflation nul ou presque comme au 19ème siècle.

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