Description:

Dossier documentaire et son corrigé

DOCUMENT N°1 :

Objectif : analyser un objet de l’économie et de la société : le TRAVAIL en cherchant à dégager quelques aspects fondamentaux et leur évolution depuis les débuts de l’industrialisation

Source : «  le capitalisme historique » I. Wallerstein ; édition « la découverte » 1985

Extraits des pages 21 à 26.

« La salarisation :

Comment les producteurs ont-ils procédé pour maximiser leur aptitude à accumuler ? La force de travail a toujours été un été un élément central, et quantitativement significatif du processus de production. Le producteur en mal d’accumulation a toujours eu deux soucis distincts à son endroit : sa disponibilité et son coût. Le problème de sa disponibilité a souvent été posé en termes de volume et de stabilité de la main d’œuvre. Dans des rapports de production déterminés (une force de travail stable pour un producteur donné), la minimisation du coût exigerait un marché stable et une force de travail de dimension optimale au moment considéré. Mais sur un marché en déclin, le fait que le volume de la force de travail soit fixe empêche le producteur de saisir les occasions de profit qui lui sont offertes.

Mais d’un autre côté, une force de travail instable présentait aussi des inconvénients pour les capitalistes. Il s’agissait par définition d’une main d’œuvre ne travaillant pas constamment pour le même producteur. Pour assurer  leurs subsistances, ces travailleurs devaient prendre en compte leur rémunération sur un intervalle de temps où s’annulaient les variations de leur revenu  réel c'est-à-dire qu’ils devaient toucher suffisamment pendant les périodes  d’embauche pour pouvoir traverser les périodes de non emploi. C’est pourquoi les forces de travail non stabilisées représentaient souvent pour les producteurs un coût horaire par tête supérieur à celui d’une force de travail stable.

Lorsqu’il surgit une contradiction, et c’est bien le cas ici, au cœur même du processus de production capitaliste, on peut être sûr qu’il en résultera un compromis difficile à maintenir(…) Dans les systèmes historiques précapitalistes, les forces de travail étaient pour la plupart stabilisées. C’était par définition le cas lorsque la force de travail du producteur se composait de la sienne propre et de celle de sa famille. (…)

La nouveauté introduite par le capitalisme historique consistait dans l’établissement d’un lien entre  la division du travail et son évaluation. Non seulement les hommes effectuaient des travaux différents de ceux des femmes, et les adultes des travaux différents de ceux des enfants et des vieillards, mais de surcroît le travail des femmes, des jeunes et des vieux s’est trouvé constamment dévalorisé  dans le capitalisme historique, tandis qu’à l’inverse le travail des hommes adultes se trouvait surévalué.(…),dans le capitalisme historique, l’homme adulte a été catalogué « nourricier » de la famille, la femme adulte, quant à elle, était affectée aux travaux domestiques et devenait «  femme au foyer ».De sorte que, lorsque des statistiques nationales ont commencé à être élaborées, du fait même du développement du capitalisme, tous les pères nourriciers ont été considérés comme relevant de la «  main d’œuvre économiquement active », mais pas les «  femmes au foyer ».(…) »

PISTES pour une ANALYSE

Montrer à partir de cet extrait, à partir des connaissances et en apportant d’autres éclairages que celui de I.Wallerstein les conséquences de l’industrialisation sur le travail et les travailleurs et dégager l’actualité de certains des éléments de cet extrait

 

DOCUMENT 2

Texte et tableaux  extraits de « Le Miracle français », J.Guyard, Seuil, 1970   pages 37 à 57.

A-Présentation  de l’ouvrage

L’objectif de cet auteur, qui est historien, est d’analyser la période qui court de la Libération à  1975 et qui recouvre donc  ce qu’on appelle communément les 30 Glorieuses. Le cadre est la France. Le texte et les  tableaux sont extraits du chapitre 3 : « Une expansion mal assurée »

Au cours de cette période, l’économie française poursuit l’expansion amorcée dès 1945-1946.Entre 1953 et 1957, l’auteur nous dit que «  la France s’est offert la plus forte expansion qu’elle ait connue depuis la Libération ». Est attaché à cette période le nom d’Edgar Faure qui relança à la fois la consommation et l’investissement. Au cours de cette période la grande majorité des Français a vu sa situation s’améliorer ; malgré la disparité dans la répartition des revenus, malgré les hausses inégales de prix, en moyenne le niveau de vie est supérieur à celui d’avant guerre.

B-texte et tableaux

B1-« En 1953,les syndicats ouvriers gardaient l’habitude, pour asseoir leurs revendications, de comparer la situation effective de leurs adhérents à ce qu’elle avait été en 1937.Cinq ans plus tard , ils adopteront comme terme de référence, le niveau de vie ouvrier de l’été 1957… En 1953, la France retrouvait approximativement son niveau de production record des années 1929/1930, mais du fait de la place plus grande prise par l’investissement, la consommation n’avait pas encore retrouvé le niveau de 1938.Comme, en outre, la population s’était accrue de presque un million, le retard demeurait manifeste pour la consommation par habitant. De 1953 à 1957, un nouveau progrès de 20% environ  sera enregistré pour le volume de la consommation par tête. « La bonne vie d’avant guerre », idéalisée par de longues années de pénurie, cessera de faire envie.

Ce tournant commença dès la fin de 1953….Lentement d’abord puis à un rythme accéléré à partir de 1955, le progrès reprit et avec lui, la transformation des habitudes de consommation. En effet, tandis que le budget du consommateur s’accroissait, ses dépenses se modifièrent. Des besoins essentiels, comme celui du logement, demeurèrent involontairement insatisfaits. D’autres, comme l’alimentation et l’habillement, ne reçurent qu’une part minime du gain supplémentaire. Celui-ci, pour une part essentielle, se tourna vers de nouveaux biens ou vers des services jusque là délaissés, faute de revenus…

A la même époque d’autres biens durables commencèrent également de se diffuser largement : réfrigérateur, aspirateur, machine à laver, télévision. La demande d’équipement ménager ne modifia pas sensiblement la structure industrielle : ces biens furent, en effet produits le plus souvent par des firmes puissantes et couvrant une gamme très vaste d’équipements mécaniques ou électriques ; elles leur donnèrent cependant une assise plus large en diversifiant leurs marchés. On vit même des usines aéronautiques se convertir partiellement  pour satisfaire cette demande nouvelle. C’est  seulement au stade de la diffusion que l’équipement ménager entraina un changement : il donna naissance à de nouveaux réseaux commerciaux.

En revanche, le bouleversement fut sensible dans l’industrie automobile. Les producteurs, face à une demande qui tripla en huit ans, de 1950 à 1958, furent conduits à d’importantes innovations. Entrainés par l’exemple de la Régie Renault, ils durent investir massivement, construire de nouvelles chaines, entreprendre d’automatiser la production et étendre leurs réseaux commerciaux et leurs services après vente .Comme en outre, les pouvoirs publics les pressaient d’exporter d’avantage, ils durent mette en place sur divers marchés extérieurs des chaines d’assemblage ou des réseaux de vente. Ainsi, l’automobile joua -sans mauvais jeu de mots- un rôle moteur dans la croissance économique…

De 1955 à 1957, cependant le rythme de la construction changea. Insuffisant au regard des besoins, l’effort fut porté à la limite des faibles capacités de production existantes. Le paysage urbain commença enfin  à se modifier. De grands chantiers apparurent, avec leurs ouvriers italiens ou nord africains importés en grand nombre…

 

B2-Tableau n°1 d’après la page 41

PROGRES RAPIDES DE LA CONSOMMATION

                                        Consommation totale par tête

Augmentation de la consommation totale : 23%

Augmentation de la consommation par tète : 19%

 

 

B3- Tableaux n° 2 d’après la page 43

                                                       a-LES FRANÇAIS  SEDUITS PAR L’AUTOMOBILE                                                         

(En 1949, il s’agit d’une estimation)

 

                                                                     b-L’EQUIPEMENT DU FOYER

B4-tableau n° 3

B5- Tableau n°4

 (1) indices extraits des comptes de la nation. Tous les %indiquent des variations par rapport à l’année précédente.

 

C- PISTES  POUR UNE ANALYSE

C1-Comment peut- on faire une analyse économique et sociale de la période 1953/1957 ?

C2-Comment peut- on justifier le titre de ce chapitre : « une expansion mal assurée »

 

DOCUMENT 3

La nouvelle économie, mythes et paradoxes

Source :

Le nouveau capitalisme, D.Plihon, édition « la découverte »

Extrait du chapitre 3.

A la fin des années 1990, l’expression « nouvelle économie »devenue  très à la mode, est employée pour désigner les mutations économiques récentes, que celles-ci  relèvent des nouvelles technologies ou des nouvelles formes de la finance. Comme toute formule un peu galvaudée, elle recouvre diverses acceptions. Dans certains cas on l’emploie pour caractériser la montée des activités de services faisant appel aux NTIC, dont la part augmente progressivement aux dépens de la production de biens matériels. En ce sens, l’existence de «  la nouvelle économie » ne fait aucun doute, même s’il est difficile d’en prendre la mesure exacte tant elle se diffuse progressivement dans tous les secteurs et sous des formes parfois originales.

Mais le terme de «  nouvelle économie »a également été utilisé dans un deuxième sens, pour décrire la situation économique des pays industrialisés dans les années 1990, l’hypothèse  étant qu’on serait en présence d’un nouveau paradigme économique .C’ est autour de cette seconde interprétation de l’expression « nouvelle économie » qu’il y a eu débat. Certains considèrent que les Etats-Unis, en avance sur le reste du monde, seraient déjà entrés dans cette nouvelle économie. La preuve en serait la performance exceptionnelle de l’économie américaine au cours des années 1990.D’autres regardent les évolutions récentes avec prudence et émettent des doutes quant à l’avènement d’un new age .Le ralentissement de la croissance et  le e-krach enregistrés à partir des années 2000 donnent quelques crédits à cette interprétation. Pour autant, on ne doit pas minimiser l ampleur des transformations qui ont sous-tendu l’épisode de la nouvelle économie pendant la seconde moitié des années 1990.

L’épisode de la nouvelle économie » aux Etats –Unis.

Au cours de la dernière décennie du millénaire, l’évolution de l’économie américaine est, à plusieurs égards, remarquable. Elle se caractérise tout d’abord par le maintien d’un cycle long d’expansion, sans inflation, avec une croissance supérieure à 4% en moyenne pendant 9 ans,  de 1992 à 2000.Les précédentes  phases d’expansion durable de 1960 à 1968 puis de 1983 à 1989, s’étaient achevés par des pics d’inflation de l’ordre de 5%.Cette accélération des prix avait conduit à un durcissement des politiques monétaires qui avait cassé la croissance. Rien de tel dans ce nouveau cycle d’expansion, puisque les hausses de prix des biens et des services demeurent faibles au début des années 2000.

Une deuxième particularité des la période récente concerne l’accélération des gains de productivité du travail aux Etas Unis, ce qui n’est pas le cas dans la zone euro.ces gains de productivité avaient été faibles, en moyenne jusqu’en 1994.A la différence des précédents cycles de croissance, ils accélèrent à partir de 1995 pour atteindre presque  4% en rythme annuel à la mi -2000, ce qui est beaucoup. Cette évolution atypique doit être mise en rapport avec une autre caractéristique remarquable de la décennie 1990 : le taux d’investissement productif a fortement augmenté, alors qu’il était resté stable dans le cycle des années 1960 et qu’il avait même baissé au cours du cycle 1983-1989.Le taux de croissance moyen de capital productif, de l’ordre de  3% par an à prix constants dans les années 1980, passe à 6% dans la seconde moitié des années 1990.Cet effort  d’accumulation est facilité par la baisse des prix relatifs des ordinateurs et des nouvelles technologies. Le prix des NTIC baissant continuellement, leur part dans l’investissement ne cesse d’augmenter ; celle-ci est passée de 15,2% de l’investissement total des entreprises en 1980 à 22,5 % en 1990 et à 29,5 en 2000…..

Le « paradoxe de la productivité »

Certains économistes se sont interrogés sur l’impact réel des NTIC sur l’économie : c’est le «  paradoxe de la productivité », formulé en 1987 par l’économiste américain Robert Solow, prix Nobel d’économie : on voit des ordinateurs partout sauf dans les statistiques. » En effet d’après les données disponibles, les gains de productivité concernaient les secteurs producteurs de NTIC, beaucoup moins les secteurs utilisateurs des NTIC, dont le poids dans l’économie est beaucoup moins important.

Ce paradoxe s’explique assez bien. Tout d’abord, on peut penser qu’on ne dispose pas des instruments d’analyse et des données permettant d’évaluer correctement l’impact, souvent qualitatif, des innovations technologiques. On sous-estimerait donc l’impact des NTIC. En second lieu, les ordinateurs n’offrent des gains de productivité que dans les entreprises qui ont su se réorganiser pour mettre à profit l’informatique ;ils peuvent au contraire être source d’inefficacité dans les autres entreprises(Askénazy et Gianella,2000).Enfin la diffusion des NTIC prend du temps, en raison de phénomènes d’inertie inévitables. Lors des précédentes révolutions industrielles, les historiens ont constaté d’importants décalages entre l’apparition des innovations technologiques et le moment où elles profitent à l’économie. Ainsi l’invention de la machine à vapeur, au milieu du XVIII °  siècle, n’a donné naissance aux chemins de fer que cinquante ans plus tard…

 

ANALYSE : objectifs de ce document : mettre en évidence que les faits de croissance ne peuvent pas être compris sans références à un contexte  global fait de techniques, de politiques économiques, de  comportements des acteurs notamment consommateurs. A ce titre la croissance est le résultat d éléments qui s’interpénètrent.

QUESTIONS :

1- Comment peut on caractériser la période de la Nouvelle économie par rapport à celle des « 30 Glorieuses » ?

2-Comment comment peut-on expliquer le paradoxe de la productivité ?

 

CORRIGE

CORRIGE document  1-Analyse de la question du TRAVAIL à partir du texte de  de Wallerstein et prolongements.

Avant le décollage économique, le travail est déterminé par le « domestic  system ».la division du travail apparait au sein de la famille avec une spécialisation des tâches. Ainsi de manière traditionnelle les femmes filent-elles tandis que les hommes tissent. Le produit du travail est vendu à un marchand qui l’écoule à la foire. La quantité de capital utilisé est faible.

Les transformations économiques que l’on repère d’abord en Angleterre et qui vont se diffuser dans l’espace au cours du temps ont des conséquences profondes sur  ce qu’on peut appeler de manière très globale  LE TRAVAIL. Ce sont la façon de travailler, les lieux de travail, les relations CAPITAL/TRAVAIL  qui sont structurellement modifiées.

 A-la transformation des façons de travailler peut-être ramenée à la modification de la combinaison capital/travail qui est analysée dans la théorie microéconomique. Le poids du capital dans la combinaison productive augmente assez lentement en début de période puis de puis en plus vite, ce qui va donner une grande importance à l’investissement défini comme l’opération qui aboutit à l’augmentation de la quantité des biens d’équipement dans l’entreprise(on parle de substitution capital/travail)… mais aussi à l’innovation  qui peut-être analysée comme l’introduction d’éléments nouveaux dans les processus de production, ce qu’on appelle innovation de procédé. On peut ajouter que les innovations de produits c’est à dire la mise sur le marché de nouveaux produits a aussi des conséquences en amont sur la combinaison productive. Il faut utiliser les biens de production adéquats et  orienter les travailleurs vers ces nouvelles productions. On assiste alors à un mouvement plus ou moins lent, plus ou moins rapide mais irréversible depuis le XIXième siècle de spécialisation du travail ( mais cette fois hors de la sphère domestique) ce qui est analysé dès 1776 par A.SMITH qui met l’accent sur la nécessité de la division du travail (« dans une économie ou règne la division du travail et ou chacun est spécialisé dans un type particulier d’activité, chaque producteur doit rivaliser avec tous les autres  pour retenir l’attention des consommateurs »,cité par «  Problèmes éc onomiques » n°3069, p.45) et est développé par TAYLOR  au début du XXième siècle, qui s’intéresse à la question de la standardisation comme moyen d’augmenter les productions et la productivité.

 Cette division du travail a d’abord une dimension technique. Mais elle a aussi une dimension  sociale qui est mise en évidence par le texte de Wallerstein et sur laquelle nous allons revenir dans les § suivants.

Par ailleurs cette question est encore tout à fait d’actualité. Si l’on peut dire que la volonté de gagner en productivité a alimenté les stratégies de gestion de la main d’œuvre depuis les débuts de l’industrialisation, cela  apparait aujourd’hui par exemple dans les discours sur la nécessité d’être plus compétitif. Cela a en amont des conséquences par exemple sur les qualifications qu’il faut chercher à développer : quelle qualification pour quel emploi ?... pour un pays comme la France ceci est une préoccupation notamment du ministère de l’enseignement supérieur : combien et quels types d’ingénieurs faut-il former pour assurer la compétitivité industrielle ?...  On peut donc se dire qu’A.Smith était vraiment un grand homme puisque il a envisagé en 1776 une question qui continue à être centrale !                                                                                                                                          

B-il y a aussi une transformation des lieux de travail

Qu’est ce que le lieu de travail ? Cette question entraine d’amples développements. Le lieu de travail c’est d’abord le rapport de l’individu à l’espace de travail. Avant le décollage, cet espace est  l’espace domestique. Mais  cet espace débouche sur celui de la communauté villageoise au sein de laquelle il y a déjà une division du travail (travail des métaux, travail agricole) et qui est le lieu de l’échange.

L’espace masculin est donc peu séparé de l’espace féminin : on trouve les hommes et les femmes travaillant ensemble dans la maison ou dans les champs et on les retrouve au sein de la communauté même si les rôles sont diversifiés.

Mais l’espace de l’industrialisation c’est l’usine qui remplace l’atelier et la maison. Là sont installés les hommes en grand nombre  et les machines en grande quantité. Et l’usine, si elle est implantée souvent en ville peut-aussi se développer dans l’espace rural : alors s’agglomèrent autour d’elle les habitations. Les changements dans l’espace du travail ont des conséquences sur la vie de travail : si l’usine est en ville elle déracine le travailleur de son milieu familial, elle l’oblige à une servitude par rapport à la machine dont il faut suivre le rythme ce qui transforme le rapport du travailleur au temps. Dans la société rurale le rapport au temps est dicté par la nature et guidé par le clocher….dans la société industrielle nouvelle c’est l’entreprise qui impose « le temps »mais ceci a une dimension sociale forte : en étant soumis au temps de l’usine le travailleur est contrôlé : dans l’ouvrage de J.P.Rioux sont évoqués les pointages, cloches  d’entrée et de sortie, et chronométrage des étapes de la fabrication. Par ailleurs  la fin du « domestic system » a fait perde à l’époux une partie du contrôle qu’il avait lui même sur son épouse si celle-ci est embauchée à l’usine ou à la mine !

Aujourd’hui encore l’entreprise est le lieu essentiel de l’activité productive, elle est l’intermédiaire entre le  consommateur et le marché, comme le montre COASE, économiste américain dont les travaux furent à l’origine de la théorie des COUTS de TRANSACTION. Mais la nature de l’entreprise a évolué : augmentation de la taille avec de grandes différences d’un secteur à l’autre, d’un pays à l’autre aussi ; augmentation du nombre et de la taille des entreprises de services par rapport aux entreprises du secteur industriel, en parallèle à la tertiarisation, ceci à partir des années 1970, mais aussi et en sens contraire augmentation du nombre de travailleurs concernés par le télétravail : cela est encore peu développé mais dans le cas inverse cela signifierait la fin de la concentration des travailleurs en un même espace. Du même coup  l’organisation des travailleurs,  possible parce que installés en un même lieu,  est remise en cause : ce pourrait être la fin du danger que représentaient pour le patronat les classes laborieuses (voir à ce sujet les analyses de CHEVALLIER : classes laborieuses, clases dangereuses).

 

C-l’industrialisation a transformé les rapports capital/Travail

Cette question est centrale, à la fois dans l’histoire et encore aujourd’hui. Selon le paradigme marxiste, le développement du capitalisme se fonde sur l’opposition entre le capital et le travail. Les capitalistes qui détiennent les moyens de production cherchent à maximiser le profit. Pour cela, ils ont besoin d’une main-d’œuvre disponible et dont le coût soit minimal.

Il y a donc 2 aspects : un aspect « coût » du travail et un aspect «  disponibilité » : ces deux aspects sont développés par Wallerstein.

1-minimiser le cout de la main d’œuvre c’est maximiser la PLUS VALUE c'est-à-dire la différence entre la valeur créée par le travail et qui cristallisée dans le prix de marché et le salaire qui est effectivement payé au  travailleur. Si l’objectif des capitalistes est d’augmenter la plus value et le taux de plus value  c'est-à-dire le rapport entre la plus value et le capital variable (somme d’argent destinée au paiement des salaires), cet objectif est néanmoins borné par le fait que au-delà d’un certain seuil la reproduction de la force de travail n’est plus assurée. Dans le même temps le taux de profit défini comme le rapport entre la plus value et la somme du capital variable et du capital constant doit être maximisé mais le dénominateur de ce rapport augmente bien plus fortement que le numérateur ce qui entraine à terme une diminution de la fonction : c’est la loi de la baisse tendancielle du taux de profit qui est au centre des contradictions du capitalisme.

On peut remarquer que la question de la rémunération du travail demeure centrale dans les sociétés contemporaines : par exemple un  article rapporté dans problèmes économiques (n°  3072 « A quel niveau fixer des salaires minima ») pose la question des salaires minima : comment les fixer ? En effet les salaires minima, si ils représentent un coût pour l’entreprise sont aussi  un pouvoir d’achat. Mais aussi comment envisager le rapport entre ces salaires minima et les autres salaires ? Le problème n’est pas réglé après plus de 2 siècles d’industrialisation puis de tertiarisation qui ont été aussi 2 siècles de salarisation. Des enquêtes  récentes ont montré qu’il y avait plus d’inégalités dans les pays dotés d’un salaire minimum institutionnalisé.

2- Si Wallerstein évoque la question du coût du travail, il évoque aussi la question de sa disponibilité. Pou une technique donnée  et pour un niveau de production lui même déterminé, la quantité de main d’œuvre nécessaire à la production est fixée. Les variations des débouchés vont donc avoir des conséquences sur le nombre de travailleurs ou sur la durée du travail. Sur un marché du travail non réglementé ce qui caractérise le marché du travail au XIX ième siècle, les fluctuations de l’activité se traduisent par le fait que les capitalistes puisent  ou au contraire rejettent les travailleurs puisque ils ont à leur disposition ce que Marx appelle l’armée de réserve industrielle. Mais Wallerstein ajoute un élément : il dit que une force de travail instable  présente aussi un inconvénient pour les producteurs, c’est justement l’instabilité c'est-à-dire le fait qu’on contrôle moins facilement des travailleurs attachés depuis longtemps à un poste. On peut alors développer en con sidérant que les politiques paternalistes d’entreprises telles Michelin ont eu comme objectif de stabiliser la main d’œuvre. Aujourd’hui encore la question demeure d’actualité : en effet les travailleurs qui sont dans la précarité et dont la carrière est faite d’une succession de missions d’intérim ne peuvent développer ce qu’on appelle « un esprit maison », et si il apparait que cela représente un avantage en terme de coût pour les firmes à court terme, cela entraine aussi des coûts à long terme comme un manque à gagner en productivité en raison d’une moindre implication des travailleurs.

Mais on peut aussi envisager les rapports entre le capital et le travail autrement :

Tout d’abord la théorie microéconomique analyse l’entreprise comme le lieu de la combinaison des deux facteurs  de production que sont le travail et le capital. Dans un cadre de concurrence parfaite le producteur rationnel cherche à utiliser une quantité plus grande du facteur de production dont le PRIX RELATIF diminue : ainsi il utilise une quantité plus grande de travail si  le coût du travail augmente moins vite que le coût du capital toutes choses égales par ailleurs c'est-à-dire pour une technique de production donnée. L’équilibre est atteint quand les facteurs de production sont rémunérés à la PRODUCTIVITE MARGINALE. Cela nécessiterait d’amples développements : on invite les étudiants à approfondir dans le cadre du cours de microéconomie. Mais il faut bien voir que les rapports capital travail peuvent être envisagés au moins de 3 façons différentes et ceci depuis les débuts de l’industrialisation :

a-opposition de classe entre les travailleurs et les capitalistes qui prélèvent la plus value

b- rémunération des facteurs de production à la productivité marginale dans le cadre de l’équilibre de concurrence parfaite

c-si le salaire est un coût pour le producteur, il est aussi un revenu pour le travailleur et de ce fait alimente la consommation, moteur de l’économie : c’est l’analyse que fait Keynes à partir des années 1930 et qui a une portée à partir du moment où  la consommation est considérée comme facteur de croissance et de crise.

Aujourd’hui, le débat sur ces questions prend une nouvelle ampleur et impose de nouvelles réflexions.

La crise qui démarre en 2008 cristallise les oppositions

Compte tenu  du chômage important, de l’évolution faible, voire de la stagnation, ou pis de la diminution dans certains pays des salaires, mais compte tenu aussi de l’augmentation des inégalités (salaires, revenus, patrimoines), on peut considérer que l’on est plus que jamais dans une opposition de classe ente les salariés et le capitalistes. Mais le paysage social est beaucoup plus complique que par le passé.

Parmi les salariés les différences de rémunération entre salariés peu qualifiés et salariés très qualifiés sont importantes. Certains grands patrons sont salariés. Leur rémunération peut être extrêmement importante : donc parler d’opposition entre le capital et le travail ne permet de comprendre ce qui se passe.  Thomas Piketty montre par ailleurs qu’il peut aussi exister de grandes inégalités de salaires n’ayant rien à voir avec des écarts de qualification : par exemple l’âge, la couleur de la peau, le sexe.(les inégalités de revenus)                                  

 

 

CORRIGE document  2 : LE MIRACLE  FRANÇAIS de J.GUYARD

A-L’objectf de la question posée n’est pas tant de décrire ce qui se passe entre 1953 et 1957 que de dégager les éléments moteurs de la croissance, leur imbrication et leurs conséquences. Nous donnons quelques pistes.

a-les faits

a1- les statistiques : tableau relatif à l’évolution de la production, investissement, les importations, la consommation des ménages, les exportations.

a2- dans les représentations collectives l’année 1957 est la référence : voir le début du texte.

b-les analyses

La croissance très forte qui caractérise cette période peut s’expliquer par des facteurs d’offre et de demande et leur imbrication et elle met en évidence les relations qui existent entre économie et société. E.Faure sut mener une politique de relance à la fois de l’investissement et de la consommation. On voit donc l’investissement augmenter très fortement sur la période. Il s’agit à la fois d’investissement de capacité portant sur le cœur même des firmes qui diversifient leurs marchés et étendent leurs réseaux commerciaux .Dans l’industrie automobile on construit des chaines  d’assemblage sur les marchés extérieurs. Mais il s’agit aussi d’innovations. Ar exemple les producteurs automobiles entreprirent d’automatiser les productions…

Mais ces facteurs de croissance qui sont du coté de l’offre ne peuvent déboucher que si la demande suit. Or les revenus augmentent, on peut dire que la logique keynésienne du multiplicateur fonctionne à plein régime. (On renvoie donc l’étudiant au cours de théorie économique….)La contrainte budgétaire se relâchant cela permet l’expression d’une demande grandissante, d’autant que la période de guerre s’est traduite par de longues années de pénurie. Cette  dernière remarque permet de réintroduire l’histoire dans l’analyse : ces années ne sont pas n’importe lesquelles : ce sont des années qui suivent la reconstruction : on est en train d’installer la France sur un sentier de croissance.

Par ailleurs apparait très clairement le fait que l’analyse doit être systémique : en effet il faut prendre aussi en compte le champ de la démographie : la consommation par tète augmente  moins vite que la consommation globale du fait du dynamisme démographique. Par ailleurs la demande qui nourrit la croissance se transforme : voir le tableau sur l’évolution des postes de consommation. Et ces transformations structurelles rejaillissent sur les productions qui vont devoir se modifier à leur tour. Les aspects institutionnels doivent aussi être pris en compte : ainsi le retard dans le domaine du logement entraina que ce besoin essentiel fut longtemps insatisfait ce qui eut en retour des conséquences sur l’utilisation de leur budget par les ménages.

B- Mais cette expansion est mal assurée

On peut justifier cela à partir de deux éléments qui apparaissent dans les documents :

1-dans le tableau sur l’évolution des importations il apparait que celles-ci croissent très fortement notamment en 1955 et 1956 ce qui témoigne d’une tendance à la surchauffe. Ce risque de surchauffe est aussi révélé par les chiffres de l’augmentation de la consommation et de l’investissement en 1956 qui « s’emballent » par rapport à l’évolution de la production.

2-on voit aussi une forte augmentation des prix  sur toute la période. Voir à ce sujet le tableau. Cette inflation peut s’expliquer par des facteurs de demande  quand l’offre demeure insuffisante mais là encore il faut faire intervenir l’histoire : la guerre d’Algérie a nourri l’inflation.

 

CORRIGE document  3

« Le nouveau capitalisme »

A-des points de différence ente les années des 30 Glorieuses et les années de la « nouvelle économie » :

-technologie (poids des NTIC)

-Organisation économique différente, notamment poids des marchés financiers dans le financement de l économie et dérégulation

-Productions différentes, ce qui est le résultat de facteurs d’offre eux-mêmes liés aux technologies et de facteurs de demande liés à de nouveaux besoins ; (en fait il est difficile d’isoler les uns et les autres)

-modèle de croissance différent caractérisée par de très forts gains de productivité aux Etats-Unis à partir des années 1995 alors même que la croissance américaine pendant les 30 Glorieuses a été caractérisée par des gains de productivité inférieurs à ceux des pays européens

-la croissance des années 1990 est non inflationniste : ceci est une différence majeure par rapport aux années 1960, en général pour un grand nombre de pays occidentaux. (En France notamment l’inflation a été importante tout au long de la période).la faible inflation est liée aux gains de productivité eux-mêmes liés aux NTIC .On assiste à un cercle vertueux : le développement des NTIC se traduit par des gains de productivité qui permettent de dégager un surplus qui, va être utilisé pour de nouveaux investissements qui vont permettre de dégager à nouveau un surplus, etc…Cela permet d’atteindre des taux de croissance plus forts ce qui signifie une augmentation de la croissance potentielle.

Deux remarques :

1-il faut relativiser le poids des NTIC dans l’explication de la croissance pendant cette période. Les autorités américaines ont pu notamment grâce à des taux d’intérêt bas mener des politiques économiques favorables à la croissance, tant ai niveau de l’investissement qu’au niveau de la consommation. On peut ajouter que les américains ont le privilège d’émettre la monnaie internationale, ce qui leur permet de s’endetter sans limite auprès des pays étrangers. La phase cde croissance forte s’est arrêtée en 2000, contredisant cette idée que la « fibre optique » (support de l’INTERNET) était devenue le cœur des technologies et de la croissance « ad vitam aeternam » !

2-différences importantes entre les Etats-Unis et les pays européens qu’il faudrait chercher à analyser. On a imputé cet écart à l’incapacité des économies européennes à intégrer les nouvelles technologies. Par exemple les difficultés notamment en France de faire collaborer privé et public dans le domaine de la recherche ont nui à l’efficacité. Mais on peut souligner aussi le maintien de politiques restrictives dictées par le souci d’éviter coute que coute l’inflation et la volonté d’atteindre les objectifs du pacte de stabilité et de croissance.

 

B-le paradoxe de la productivité qui désigne la fait que malgré la présence des ordinateurs dans les entreprises utilisatrices, on ne voit pas de gains de productivité jusqu’à, environ 1995, peut être expliqué en faisant référence à la question de la diffusion des innovations. Cette diffusion se fait de deux façons :

Toutes les entreprises n’ont pas un accès égal à l’innovation. On sait bien que l’information n’est pas transparente contrairement à ce qu’enseigne le modèle économique traditionnel. Du coup les gains moyens de productivité sont inferieurs à ce qu’on obtiendrait si toutes les entreprises utilisaient aussitôt l’innovation. Il faut donc du TEMPS. (La question du traitement du temps est d’ailleurs extrêmement complexe en économie).

Les innovations dans le domaine des NTIC concernent aussi le consommateur final. Plus la demande d’ordinateurs croit rapidement plus les entreprises productrices réalisent des profits et des gains de productivité. Moins le consommateur est réactif moins les profits qui sont en partie liés investissements futurs et donc à la productivité future croissent. A ce sujet on peut d’ailleurs trouver une autre explication au décalage entre les Etats –Unis et les pays européens : le consommateur américain est traditionnellement considéré comme adoptant les innovations plus rapidement que le consommateur européen. On trouve là une explication de l’écart des gains de productivité entre l’Europe et les Etats-Unis dans les années 1995.

 

Au total ce document permet de mettre en évidence la multitude des facteurs explicatifs de la croissance et les liens qui existent entre eux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                           

 

 

 

 

 

 

 

 

Étude de l’institut de l’entreprise

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