Atelier 7 du 30 août 2017 de 10 h à 11h15  Nouvelle organisation du travail dans l’entreprise : une innovation managériale ?

Présentation courte :

La question de l'organisation du travail a, dès la fin du XIXème siècle, pris la forme d'une recherche de gains d'efficacité fondés sur une division technique du travail la plus aboutie possible. Frederick Winslow Taylor (1856-1915) visait ainsi un rendement maximum du travail par une organisation scientifique du travail (OST) assise sur des normes précises et contraignantes (« The one best way »). Taylor ne laissait aucune place à l'initiative individuelle aussi modeste soit elle ; il s'agissait avant tout de casser les comportements au travail hérités du monde de l'artisanat. Cette rationalisation du travail ignore l'humain en prônant des tâches répétitives et une double division du travail, à la fois verticale et horizontale.

Le système fordiste prolonge cette rationalisation et installe plus profondément une conception du travail insérée dans une logique hiérarchique dont les ressorts sont la contrainte, l'encadrement et le contrôle.

Le rapport interpersonnel sur lequel se fonde, par exemple, la confiance est donc complètement étranger à cette vision techniciste du travail parce qu'il est perçu comme aléatoire et non maîtrisable par la hiérarchie.

Cet univers professionnel hyper-hiérarchisé contribue, de ce fait, à construire un univers de défiance ainsi que l'ont décrit Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg dans leur ouvrage La fabrique de la défiance... et comment s'en sortir, en 2012. Le manque de confiance, expliquent-ils, façonne les relations de travail et débouche sur une insuffisante concertation et valorisation de l'initiative individuelle.

Peut-on fonder l'organisation des tâches dans l'entreprise sur la confiance ? Telle est la question que soulèvent aujourd'hui les tenants de l'innovation managériale. Peut-on continuer à fonder l'entreprise sur des valeurs dans lesquelles ne se reconnaissent plus les nouveaux arrivants sur le marché du travail, ceux qu'on nomme parfois la génération Y ? Le besoin d'accomplissement de soi n'est-il pas devenu plus fort que le besoin de sécurité ?

Le questionnement sur l'innovation managériale renvoie donc à la question de la démocratisation de l'entreprise. Transformer le modèle de « gouvernance » de l'entreprise suppose d'abord de faire évoluer la notion même de pouvoir pour des formes de leadership privilégiant les fonctions de manageur-facilitateur ou catalyseur. Par ailleurs, cela suppose des procédures de concertation nouvelles. Introduire une démocratie participative ou concertative est aujourd'hui le mot d'ordre dans certaines entreprises. Déléguer davantage le pouvoir, développer l'autocontrôle pourraient devenir le cœur d'un management innovant.

L'intégration des questions de bien-être au travail dans la réflexion est aujourd'hui une piste majeure dans la recherche de l'efficacité globale du collectif de travail.

Les nouvelles organisations du travail doivent aujourd'hui ne plus être pensées sous le seul angle technique mais en intégrant, de manière constante, la dimension de l'humain.

 

Questions :

1- Dans quelle mesure l'innovation managériale s'intègre-t-elle dans l'ambition de « libérer l'entreprise » ?

2- L'objectif de l' « entreprise libérée » doit-il obéir à un modèle uniforme ?

3- De quels acteurs les résistances à l'innovation managériale peuvent-elles venir ?

4- Quelles sont les limites de « l'ubérisation » du travail ?

5- Quels peuvent être concrètement les « instruments du dialogue » dans l'entreprise ?

 

Quelques ressources utiles :

Barthélémy Jacques et Cette Gilbert, Travailler au XXIème siècle : l'ubérisation de l'économie ?. Odile Jacob, 2017.

Deluzet Marc, Changer le travail pour changer la société, Fondation Jean Jaurès, 2017.

Getz Isaac, La liberté, ça marche ! L'entreprise libérée, Flammarion, 2016.

 

Liens Melchior :

→ fiches de lecture :

J. Barthélémy et G. Cette, Travailler au XXIème siècle : l'ubérisation de l'économie ?, 2017, Odile Jacob

Yann Algan, Pierre Cahuc, La fabrique de la défiance, André Zylberberg, 2012, Albin Michel

Marc Ferracci et Florian Guyot, Dialogue social et performance économique, 2015, Presses de Science Po

Philippe Bernoux, Sociologie du changement dans les entreprises et les organisations, Philippe Bernoux, 2004, Le Seuil

Jean-Christian Fauvet et Marc Smia, Le manager joueur de go, 2006, Editions d' Organisation et Kea & Partners

 

→ Graphiques

Mesurer la confiance : quelle approche ?

 

→ vidéos

Yann Algan : Le rôle de la confiance dans la société

François de Saint Pierre : Comment développer l'esprit d'entreprendre à l'école ?

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