Atelier 2 du 29 août 2017 de 14h30 à 15h30 :

La Responsabilité Sociale de l’Entreprise avec un temps d’avance ?

 

Présentation plus détaillée :

Si on simplifie un peu les choses, on distingue deux approches de la RSE. Dans l’approche contractuelle, la responsabilité de l’entreprise se limite aux actions destinées à améliorer la rentabilité pour ses propriétaires, à savoir ses actionnaires. Cette approche est qualifiée d’approche « anglo-saxonne » de la RSE dans laquelle l’entreprise demeure une aventure individuelle et originale, destinée à générer du profit. Pour Milton Friedman, l’entreprise n’est responsable que devant ses shareholders. Dans l’approche substantialiste, l’entreprise vise l’ensemble de ses partenaires qui sont intéressés par ses prises de décision. On parle alors de « parties prenantes » dont les contours sont variables selon que l’on considère les parties prenantes primaires et secondaires, les parties prenantes volontaires et involontaires, les parties prenantes légitimes et celles qui sont estimées comme l’étant moins…. Dans ce cas, la RSE s’étend à tous les acteurs ayant un intérêt dans l’entreprise. La théorie des stakeholders remet ainsi en cause la primauté des actionnaires dans la gouvernance de l’entreprise : celle-ci est alors insérée dans un ensemble avec des partenaires qui ne sont plus seulement des adversaires, mais plutôt des acteurs concernés par ses activités. Cette deuxième conception de la RSE est parfois qualifiée de « conception européenne », en accord avec la définition donnée par la Commission européenne (Livre vert, 2001) qui énonce que « être socialement responsable signifie non seulement satisfaire aux obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir davantage dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes ».

L’approche européenne de la RSE s’incarne dans les écrits de John Elkington (Cannibal with Forks) qui définit trois bottom lines entre lesquelles il existe de nombreux points de passage.

La bottom line économique a pour enjeu de mesurer une performance économique durable et soutenable (sustainable). Pour cela, il est nécessaire de repenser le concept d’actif économique en y impliquant le capital humain, correspondant à une mesure de l’expérience, des compétences et des connaissances des individus composant une entreprise. Il est aussi nécessaire de mesurer la performance de l’entreprise (donc son profit) en se demandant si l’activité est soutenable à long terme : les prix pratiqués vont-ils rester compétitifs ?; la demande de produits ou de services est-elle durable?; le taux d’innovation suffit-il à garantir la compétitivité dans le futur ?

La bottom line sociale est résumée par l’expression de « capital social », défini par la capacité des individus au sein d’un groupe à travailler ensemble dans un objectif commun. Ce capital dépend de vertus telles que la loyauté, l’honnêteté et la fiabilité. Il s’étend aussi aux parties prenantes. La bottom line sociale s’appréhende à travers un certain nombre d’indicateurs comme le nombre d’activités éducatives, de sponsoring, de donations aux organismes de charité, de taux d’emploi dans l’entreprise de personnes issues de groupes défavorisés, de l’état des relations avec les gouvernements autoritaires, etc. Elle intègre aussi les questions du rapport Nord/Sud, ou encore du rapport entre les générations actuelles et les générations futures.

Quant à la bottom line environnementale, elle repose sur l’appréhension du capital naturel de l’entreprise, qui se définit de manière restreinte comme le capital nécessaire au maintien de l’intégrité d’un écosystème, et de manière plus étendue comme la possibilité pour ce capital d’être renouvelé, réparé, substitué, ou même étendu. Dès maintenant, la « comptabilité environnementale » est appliquée par des entreprises soucieuses de l’impact de leur action environnementale sur la réputation, et les rapports environnementaux publiés par les entreprises utilisent déjà des indicateurs de performance divers et nombreux.

 

Questions :

1- Comment peut-on définir la notion de « parties prenantes » ?

2- Jusqu’où la responsabilité de l’entreprise s’exerce-t-elle ?

3- La RSE est-elle un nouveau mode de gouvernance des entreprises ?

4- Faut-il s’en remettre aux grandes entreprises pour gérer les « biens publics mondiaux » ?

5- Qu’est-ce qu’un « investissement socialement responsable » ?

 

Quelques ressources utiles :

Fait d’actualité « La responsabilité sociale de l’entreprise », Melchior, 2016.

Capron Michel, Quairel-Lanoizelée Françoise, La Responsabilité sociale d’entreprise, La Découverte/Repères, 2007.

Elkington John, Cannibal With Forks : The Triple Bottom Line of 21 st Century Business, A Capstone Paperback, 1997.

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