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Sortie de crise au FMI

Le Fonds monétaire international poursuit une transformation qui s'est accélérée avec la crise économique. Fortement critiqué ces dernières années, le FMI est devenu l'un des pivots de la réponse du G20 à la crise mondiale. En effet, grâce à sa capacité à devenir un guichet de prêts pour la grande majorité des pays de la planète et à son aptitude à devenir un "prêteur en dernier ressort" pour les pays pauvres, l'institution est devenue un interlocuteur incontournable dans un environnement mondial marqué par une contraction des échanges et une accentuation des déséquilibres commerciaux.

Les statuts du Fonds monétaire international (FMI ou Fonds) ont été adoptés le 22 juillet 1944, à la suite de la Conférence monétaire et financière des Nations unies à Bretton Woods (New Hampshire, Etats-Unis) et sont entrés en vigueur le 27 décembre 1945 après la ratification des statuts par 29 pays. Pour fonctionner, le FMI reçoit des ressources de ses pays membres, essentiellement par le biais du paiement de leurs quotes-parts , dont les versements dépendent de la taille de leur économie. Le montant total des quotes-parts détermine une grande part de la capacité de prêt du Fonds. Les dépenses annuelles de fonctionnement du FMI sont elles financées par la différence entre les recettes d'intérêts (la rémunération sur l'encours des prêts) et les versements d'intérêts (la rémunération des dépôts de quotes-parts). Au 30 septembre 2008, le total des quotes-parts s'élève à 338 milliards de dollars. En mai 2009, la gouvernance du FMI est assurée par 185 États membres ayant un représentant au Conseil des gouverneurs. Les gouverneurs se réunissent une fois par an, à l'occasion de l'Assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale. Un Comité monétaire et financier international (CMFI), réunis 24 gouverneurs, deux fois par an. Il guide le conseil d'administration, composé aussi de 24 membres, qui assure la gestion courante du Fonds. Le directeur général dirige les services du FMI et préside le conseil d'administration. Il est assisté de trois directeurs généraux adjoints. Depuis, le 1er novembre 2007, l'institution est dirigée par Dominique Strauss-Kahn , dixième directeur général du Fonds (et le quatrième Français à occuper ce poste après Pierre-Paul Schweitzer de 1963 à 1973, Jacques de Larosière de 1978 à 1987, Michel Camdessus de 1987 à 2000).

Trois fonctions

Le Fonds monétaire international exerce trois grandes fonctions : une fonction de surveillance, une fonction d'assistance technique et une fonction de prêts. La fonction de surveillance vise à offrir des conseils de politique économique aux Etats membres. Pour cela, le FMI évalue la situation économique de chaque pays dans des rapports qui font généralement l'objet d'une publicité. Ces informations nationales permettent à l'institution de proposer, deux fois par an, ses "Perspectives de l'économie mondiale" et son "Rapport sur la stabilité financière dans le monde." L' assistance technique vise à aider les pays membres à concevoir et appliquer des politiques économiques (politique monétaire, politique de change, politique budgétaire, etc.) considérées comme efficaces. Elle comprend aussi les actions de formation des fonctionnaires nationaux ou internationaux. La fonction de prêt vise essentiellement à aider les membres du Fonds ayant des difficultés de balance des paiements. Les concours financiers du Fonds sont généralement liés au respect de certaines conditions. Ces " critères de réalisation " peuvent être quantitatifs (niveau minimum de réserves internationales, évolution des agrégats de monnaie, plafond pour les emprunts de l’Etat, etc.) ou structurels. Les critères de réalisation structurels sont des engagements de politique économiques que prend le pays ayant besoin des concours du Fonds dans une "lettre d’intention". Les réformes doivent résoudre les difficultés de balance des paiements du pays demandeur et lui permettre de rembourser le FMI. Ces politiques d'ajustement structurel se traduisent donc par une transformation des structures économiques (libéralisation du commerce extérieur, élimination du contrôle des prix, privatisation des monopoles publics, déréglementation des systèmes financiers, etc.). L’échelonnement des décaissements des montants prêtés permet au FMI de vérifier, à chaque décaissement, le respect par le pays de ses engagements. En 2008, les encours des prêts s'élèvent à près de 20 milliards de dollars. Ces prêts sont contractés auprès de 70 pays, dont environ 6 milliards de dollars concernent une soixantaine de pays qui les ont obtenus dans des conditions concessionnelles.

La crise, une chance

Créé pour réguler un système monétaire international organisé autour de taux de change fixe, le Fonds s'est transformé, à partir de 1973, en institution de régulation financière. Aujourd'hui, il est devenu un des principaux acteurs dans la gestion de la dette des pays du Sud. Le FMI est parfois qualifié de " gendarme " des finances internationales puisque qu'une partie de ses prêts sont concessionnels ; il est aussi qualifié de " pompier " lorsqu'il intervient financièrement pour aider des Etats touchés par une crise temporaire de la balance des paiements. Depuis sa création en 1944, le FMI a dû s'adapter aux crises et aux transformations des relations économiques internationales. Les crises pétrolières des années 1970, la crise de la dette des années 1980, l'effondrement du mur de Berlin et des économies planifiées ainsi que les crises financières dans les marchés émergents dans les années 1990, la persistance des difficultés de paiements pour les pays pauvres très endettés ont accentué les pressions sur l'institution et les critiques, nombreuses et étayées, ont été jusqu'à poser, même hors des cercles altermondialistes, la question de son utilité. Cependant, en quelques mois, le FMI est devenu l'un des pivots la réponse du G20 à la crise mondiale. Grâce à sa capacité à devenir un guichet de prêts pour la grande majorité des pays de la planète et à son aptitude à devenir un "prêteur en dernier ressort" pour les pays pauvres, l'institution s'avère un interlocuteur important dans un environnement mondial marqué par une contraction des échanges mondiaux et une accentuation des déséquilibres commerciaux. La Bulgarie, la Hongrie, l’Islande, la Lettonie, le Pakistan, la Roumanie, la Turquie, l’Ukraine… tous ces pays ont sollicité le FMI ce dernier semestre. L'Estonie, la Lituanie sans oublier la Russie, la Corée du Sud ou l’Inde devraient faire appel au Fonds pour assurer leurs besoins de financement liés aux aux rapatriements rapides et massifs des capitaux par les banques américaines et européennes en manque de liquidités ; rapatriements qui se sont traduits par une forte contraction des flux de capitaux privés accentuant les difficultés pour financer les déficits de la balance des transactions courantes. Réunis à Londres en avril 2009, les dirigeants du G20 ont décidé de mettre à la disposition du FMI des ressources de prêts supplémentaires (250 milliards de dollars) qui seront incorporées au programme des Nouveaux Accords d’Emprunt (NAE). Ils ont aussi acté le doublement de la capacité de prêt du Fonds aux pays à faible revenu et l’émission de droits de tirage spéciaux (DTS) à concurrence de la contre-valeur de 250 milliards de dollars. Connaissant un renouveau dans sa fonction de prêteur, l'institution devient aussi le symbole d'un nouveau multilatéralisme. En effet, le FMI doit renforcer l'insertion des BRIC dans la gouvernance mondiale . Ainsi, la prochaine révision des quotes-parts doit entraîner une augmentation de la contribution des pays en développement, notamment de la Chine, du Brésil et de l'Inde. La représentation des BRIC doit être renforcée dans les instances de direction, les modèles économiques du FMI devront intégrer les contraintes des pays émergents, notamment le taux de change du yuan chinois et du réal brésilien, et les nouveaux modes de financement du FMI seront davantage ouverts aux réserves de changes des banques centrales chinoises et brésiliennes. Selon une règle tacite issue de la diplomatie de l'après-guerre, le directeur du FMI est un européen alors que le président de la Banque mondiale est un américain. L'échec de la candidature patronnée par les Russes pour la direction du Fonds lors des dernières élections ne doit pas occulter une réalité : le renouveau du FMI est possible parce-que les pays développés doivent partager une part de leurs prérogatives avec les BRIC .