La dette publique, mal nécessaire ou menace pour le futur ?

L’état des lieux

Si les situations nationales sont diverses, la tendance est identique dans tous les pays développés. La dette publique « explose» à la suite des plans d’intervention d’urgence pour sauver certaines institutions financières et la mise en oeuvre des plans de relance de l’activité économique. L’accroissement des engagements publics va de pair avec une contraction des recettes fiscales des Etats, consécutive au ralentissement de l’activité. Le Trésor américain émet, depuis la fin de 2008, des milliards de dollars d’emprunts d’Etat, destinés à soutenir les banques et à sauver de grandes entreprises, notamment dans le secteur automobile. Ces emprunts obligataires sont, pour une large part, souscrits par la Réserve fédérale qui les finance par des émissions de liquidités. La plupart des grands pays européens ont suivi les mêmes recettes, dans des proportions jusqu’alors inconnues. Ainsi le déficit public en France devrait avoisiner, selon les prévisions officielles, les 105 milliards d’euros, soit un doublement sur un an, atteignant entre 5 et 7 % du PIB en 2009. La dette publique globale française, qui représentait 68 % du PIB en 2008, devrait atteindre 75 % en 2009 et s’approcher des 80 % en 2010–2011. Tous les pays développés sont, à des degrés divers, confrontés à la même situation : ainsi, le déficit 2009 dépassera 10 % du PIB aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Irlande, et le ratio dette publique/PIB s’approche tendanciellement des 100 %, certains pays comme le Japon, la Grèce et l’Italie ayant depuis plusieurs années dépassé ce seuil.

 

Source : Eurostat

Plus que jamais une économie d'endettement

L’endettement public prend le relais de l’endettement privé. Les défaillances des ménages américains face à leurs engagements immobiliers, souvent contractés de manière inconsidérée, expliquent pour une part ces interventions d’urgence de la puissance publique. Mais derrière la crise conjoncturelle du subprime, c’est plus fondamentalement l’endettement chronique des acteurs privés qui est en cause. Ainsi, en France, fin 2008, l’endettement moyen des ménages atteignait 75 % de leur revenu disponible. Mais les ménages américains sont aujourd’hui endettés dans des proportions beaucoup plus importantes : la dette privée moyenne atteint 118 000 dollars par ménage, l’équivalent de 85 000 euros. Le ratio dette/épargne de ces ménages est de l’ordre de 300 contre 1 en 2008 (38 contre 1 en 2000). Si l’on cumule la dette privée et la dette publique, la dette globale des États-Unis est évaluée à 53 000 milliards de dollars, de l’ordre de 700 000 dollars par ménage.

Les risques pour l'avenir

Les jugements portés aujourd’hui sur les conséquences de cette fuite en avant vont du pessimisme le plus sombre à une relative sérénité. Du côté des analystes sévères ou sceptiques, on met en exergue les menaces de cessation de paiements qui pèseraient sur certains pays (Islande, Lettonie...), les craintes sur la « soutenabilité » de la dette américaine, les avertissements des agences de notation sur la dette britannique, la nécessité de concessions à la Chine, aujourd’hui premier créancier des Etats-Unis. Des craintes s’expriment aussi sur les stratégies de sortie de l’endettement : en l’absence de retour à une croissance forte, le déversement de liquidités supplémentaires fait courir le risque d’un retour à terme de tensions inflationnistes. Enfin, certains économistes ou hommes politiques prédisent à moyen terme une inéluctable hausse des prélèvements obligatoires. Certains, pourtant, modèrent ces jugements en insistant sur le fait que les gouvernements n’avaient pas d’autre choix pour éviter la catastrophe financière en chaîne. Ils réfutent l’argument du « fardeau de la dette » pour les générations futures en mettant en avant la valeur du patrimoine public accumulé en contrepartie, à la disposition de ces générations. Enfin, ils mettent en cause la rigidité des critères de Maastricht sur l’endettement public, rigidité responsable, selon ces analystes, de la faible croissance des vingt dernières années.