La croissance et les inégalités dans les pays de l'OCDE

L'Organisation pour la Coopération et le Développement Économique (OCDE) a publié une étude ambitieuse sur la distribution des revenus et la pauvreté pour l'ensemble des 30 pays membres de l'institution. Le rapport "Croissance et inégalités" innove en proposant une mesure des inégalités dans divers domaines (patrimoine, modes de consommation, services publics en nature) qui sont souvent exclues des analyses qui se concentrent sur l'étude des revenus. En France, comme dans les autres pays européens, la mesure de la pauvreté privilégie une approche monétaire et relative alors que d'autres pays, comme les Etats-Unis ou le Canada, adoptent une approche absolue de la pauvreté.
Le taux de pauvreté est la proportion d'individus dont le revenu disponible par unité de consommation est inférieur à un seuil du revenu médian de l'ensemble de la population. En France, on calcule le taux de pauvreté avec un seuil de 50% du revenu médian, Eurostat et les autres pays européens retiennent le seuil de 60%, et certains pays celui de 40%.

Plus de richesses et plus d'inégalités

Selon l'OCDE, les deux dernières décennies ont été marquées par une augmentation des revenus mais aussi des inégalités et du nombre de pauvres : les pauvres ne s'enrichissent pas aussi vite que les riches ! Les inégalités de revenu ayant augmenté dans les 3/4 des pays de l'OCDE, les phénomènes de pauvreté se sont renforcés. L'étude "Croissance et inégalités" explique le creusement de l'écart entre les ménages riches et les ménages pauvres essentiellement par les changements dans la structure de la population et par les transformations sur le marché du travail au cours des 20 dernières années. Les facteurs liés aux transformations du marché du travail sont les plus importants. Dans un contexte où la mondialisation, les changements technologiques … ainsi que les institutions et les politiques d'accès au marché du travail favorisent les compétences, le taux d'emploi des personnes ayant un faible niveau d'instruction a baissé. Si la hausse des salaires a concerné toutes les catégories d'actifs, elle s'est concentrée sur les actifs qui avaient déjà une forte rémunération. Soulignons ici que l'OCDE défend que l'intensification des inégalités n'a pas le caractère spectaculaire avancé par les médias. Ce décalage entre les données empiriques et les perceptions de l'opinion est nommé "l'effet Gala", en référence au magazine qui expose la vie des personnes très riches. Cet "effet" pourrait trouver son origine dans les inégalités de revenu qui se sont accentuées, depuis 2000, entre les riches et la classe moyenne, notamment au Canada, aux Etats-Unis ou en l'Italie et, de manière plus surprenante, dans les pays comme l'Allemagne, la Finlande et la Norvège.
Les actifs peu qualifiés rencontrent des difficultés croissantes pour trouver un emploi et, lorsqu'ils en occupent un, connaissent une forte précarité. Pour eux, l'accès à l'emploi reste déterminant pour réduire le risque de pauvreté mais n'est pas toujours suffisant. C'est le phénomène du "travailleur pauvre" (actif occupé percevant moins de 50% ou 60% du revenu médian). Plus de la moitié des personnes pauvres au sein des pays de l'OCDE appartient à un ménage qui perçoit de faibles revenus d'activité, soit à cause d'un faible volume d'heures travaillées durant l'année, soit d'un faible salaire horaire. Par ailleurs, l'OCDE note que les entrées dans la pauvreté doivent beaucoup aux changements dans la structure des ménages avec la multiplication des personnes qui vivent seules et la hausse du nombre des familles monoparentales. La rupture familiale ou la naissance d'un enfant jouent un rôle très important dans l'entrée dans la pauvreté. La probabilité d'entrée dans la pauvreté pour les ménages monoparentaux est trois fois plus élevée que pour la moyenne de la population. Invitant à différencier la pauvreté temporaire de la pauvreté persistante, l'étude met en exergue que c'est la pauvreté temporaire (moins de trois ans) qui se développe rapidement dans les pays de l'OCDE. Contrairement aux périodes passées, ce n'est plus le vieillissement de la population qui se traduit par la hausse de la pauvreté. Au contraire, les personnes autour de l'âge de la retraite (55 - 75 ans) ont vu leur revenu et leur patrimoine augmenter au cours des 20 dernières années. Ainsi, si la pauvreté chez les personnes âgées a reculé dans les pays de l'OCDE, elle a progressé chez les jeunes adultes.

Modèle français ou exception nordique ?

À l'heure où les politiques de l'emploi opposent une "exception française" à un "modèle danois", le rapport offre aux lecteurs hexagonaux un constat qui devrait alimenter les débats : c'est en France et au Danemark que les inégalités ont le plus baissé! Pour la France, les experts de l'OCDE expliquent cette tendance par trois causes. Tout d'abord, l'existence d'un salaire minimum qui concerne près de 17% des salariés, ensuite la création d'emplois qualifiés qui permet une hausse de la masse salariale et, enfin, l'existence d'un système redistributif important.
Au Danemark l'écart entre les ménages les plus riches et les plus pauvres est le plus faible. Il est de 1 à 5, contre 1 à 16 pour les Etats-Unis. Le Danemark n'est pas une société égalitaire mais une société d'égalité des chances, et contrairement aux États-Unis, à l'Italie ou au Royaume-Uni, la mobilité sociale joue à plein. En effet, l'étude rappelle que l'"ascenseur social" monte plus haut et plus vite dans les pays où les inégalités de revenu sont relativement faibles. Publié à la fin de l'année 2008, de nombreux constats et recommandations effectués dans ce rapport seront à lire avec le prisme des effets économiques et sociaux attendus de la crise financière. Dans ce contexte, l'optimisme des experts du château de la Muette ne sera pas de trop puisque pour eux "la tendance à plus d'inégalités n'est pas inévitable : les gouvernements peuvent réduire la fracture en prenant des mesures efficaces qui, très souvent, ne nécessiteront pas d'alourdir les dépenses sociales".

Définitions

Pauvreté monétaire:

Selon l'Insee, un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté.
Dans l'approche en termes relatifs, le seuil de pauvreté est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. Eurostat et les pays européens utilisent en général un seuil à 60 % de la médiane des niveaux de vie. La France privilégie également ce seuil, mais utilise aussi très largement un seuil à 50 %, seuil de référence jusque récemment.

Niveau de vie:

Selon l'Insee, le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d'unités de consommation (uc). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d'un même ménage.
Les unités de consommation sont généralement calculées selon l'échelle d'équivalence dite de l'OCDE modifiée qui attribue 1 uc au premier adulte du ménage, 0,5 uc aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 uc aux enfants de moins de 14 ans.
 

Source : OECD.

* Taux de pauvreté relative aux seuils de 40 %, 50 % et 60 % du revenu médian