Activité - jeu n° 3

La simulation d’une vente aux enchères dans un contexte d’information imparfaite sur la qualité des œuvres d’art

 

Vous participez à une vente aux enchères organisée par une maison de vente aux enchères qui vient d’ouvrir ses portes.

Trois œuvres font l’objet d’une vente aux enchères, seul le prix de départ proposé par le vendeur sur son œuvre est connu. L’acheteur n’a aucun élément objectif a priori sur la qualité de l’œuvre qu’il achète au vendeur.

 

But du jeu :

 

- Pas de modification du but du vendeur par rapport au jeu numéro 2 : le vendeur doit réaliser une vente avec une plus-value. Il attend de cette vente aux enchères que la différence entre le prix de vente aux enchères et son prix de mise en vente soit la plus élevée possible. Son rôle est passif, il se contente de suivre le déroulement des enchères et de calculer le gain réalisé lors de la vente.

- Modification du but de l’acheteur par rapport au jeu numéro 2 : Le but du jeu pour l’acheteur est d’acquérir l’œuvre qui est la plus appréciée de tous, ne connaissant pas lui-même la valeur artistique des œuvres vendues. Ainsi doit-il supposer que les autres acheteurs sont mieux informés que lui.

 

Le gagnant est celui qui a acquis l’œuvre la mieux cotée du marché, ceux qui ont acheté les œuvres les moins appréciées ou n’ont rien acheté ont perdu.

 

Répartition des rôles dans la classe et règles du jeu :

 

- l’enseignant est le commissaire-priseur qui annonce les ventes, le prix de départ et adjuge le bien au plus offrant.

- 18 élèves sont de potentiels acheteurs. Leur budget maximal pour cette vente est fixé par une carte distribuée de manière aléatoire au début de la partie (cf. annexe 1). Chaque acheteur a pour rôle de faire monter les enchères sur les œuvres qu’il souhaite acquérir dans la limite de son budget. Si un acheteur est intéressé par une œuvre, il doit proposer un prix plus élevé d’une unité monétaire (+ 1UM) par rapport au prix de départ ou au prix proposé par un autre acheteur potentiel du bien qu’il l’intéresse. L’acheteur qui fait la meilleure offre acquiert l’œuvre.

Exemple : Si le prix de départ proposé par le vendeur est de 6 UM, une première proposition fait monter le prix à 7 UM (6 UM +1), une seconde offre peut être faite à 8UM (7UM +1) dans la limite de son budget etc.

- un élève est vendeur de trois œuvres d’art reçues en héritage d’un lointain parent, il souhaite tirer le meilleur prix de la vente de ses œuvres d’art dont il ne connait pas vraiment la valeur artistique et se tourne vers une maison de vente qui vient d’ouvrir dans sa ville. La maison de vente lui propose de mettre en vente chacune de ses œuvres à un prix de départ de 6 unités monétaires.

- le reste de la classe fait partie des observateurs qui analysent le déroulement et les résultats de cette expérience des enchères.

 

Phase 1 du jeu : Début des enchères pour chaque œuvre.

 

Phase 2 (on ne dévoile pas la phase 2 du jeu avant que la phase 1 n’ait eu lieu, ainsi on peut observer en principe que les enchères montent sur l’œuvre de Banksy, les acheteurs peu informés (ou peu compétents) privilégiant l’information médiatique (document 3 (vidéo) traité au début du chapitre).

 

Consigne pour la phase 2 : La vente aux enchères doit être annulée pour vice de procédures (de faux acheteurs ont fait grimper les prix artificiellement). Une seconde vente sur les mêmes œuvres a lieu.

 

Questions :

1. Quelle stratégie l’acheteur devait-il mettre en place pour gagner ?

2. Tous les acheteurs avaient-ils les mêmes chances de gagner le jeu ?

3. Quelle peut être la conséquence de la stratégie adoptée par les acheteurs sur le prix d’une œuvre donné par le marché relativement à sa « vraie valeur »?

4. La hiérarchie des valeurs artistiques est-elle similaire à la hiérarchie des prix de ventes réalisés aux enchères ?

5. Dans quels autres marchés observe-t-on aussi ce type de comportement ? Sont-ils rationnels ?

 

Quand l’information sur la qualité des œuvres est imparfaite, les agents économiques n’ont pas confiance en leurs propres évaluations sur la qualité de l’œuvre qui est incertaine. Leurs comportements d’achat deviennent des comportements mimétiques : pour gagner, il faut imiter les autres.

Les plus riches ont plus de chances de gagner car ils peuvent davantage faire monter les enchères sur l’œuvre appréciée de tous.

Si les comportements mimétiques se développement, la demande d’une œuvre peut augmenter et faire monter son prix indépendamment de sa « vraie valeur » (valeur artistique). Des informations médiatiques peuvent introduire un bruit sur le marché qui cristallise les acheteurs sur l’acquisition d’une œuvre sans pour autant savoir apprécier objectivement sa valeur artistique. Ces comportements mimétiques peuvent générer des bulles spéculatives (= niveau de prix sur un marché excessif par rapport à la valeur intrinsèque du bien échangé).

Ces comportements mimétiques s’observent sur les marchés potentiellement spéculatifs comme par exemple les marchés boursiers. Est-il rationnel d’adopter un comportement mimétique ? Selon l’économiste keynésien A. Orléan, l’imitation est une réponse rationnelle à un manque d’information. En situation d’incertitude (radicale ou pas), un agent a intérêt à imiter un autre agent (appelé « modèle »), car il augmente ses performances individuelles. Les comportements mimétiques font monter les cours comme anticipés. On dit que ces anticipations sont des prophéties autoréalisatrices. Donc les comportements mimétiques ne sont pas irrationnels individuellement.

Manque d’information => anticipation d’une hausse du prix => comportements mimétiques => achats massifs du bien => hausse effective des prix => revente avec plus-value

Le prix attribué aux enchères ne reflète pas la valeur artistique des œuvres, dans le sens où on observe que la hiérarchie de la valeur artistique et celle des prix ne sont pas similaires. -> marché inefficient.

 

Dévoiler le rôle des informations médiatiques :

 

On connaît à présent la valeur des œuvres données par le marché.

L’œuvre numéro 1 de Chris Ofili a été vendue aux enchères à 4,6 millions de dollars en 2015 chez Christie’s.

L’œuvre numéro 2 de Banksy a été vendue à 1,185 millions d’euros en 2018 chez Sotheby’s, soit environ 1, 34 millions de dollars.

L’œuvre numéro 3 de J. Michel Basquiat a été vendu 110,5 millions de dollars chez Sotheby’s.

On fera remarquer que les enchères ont pu monter sur l’œuvre la moins cotée à cause d’une information médiatique (document 3 du cours) que les élèves ont retenue faute de connaissance des œuvres d’art vendues. Ils se sont fiers à un « bruit » introduit sur le marché.

 

Pour aller plus loin : Deux documents complémentaires

 

Document 1 : Ce jeu s’inspire de la « métaphore du concours de beauté » de J. M. Keynes, celui-ci cherchant à expliquer comment se forment les bulles spéculatives sur les marchés financiers

 

« La technique du placement peut être comparée à ces concours organisés par les journaux où les participants ont à choisir les six plus jolis visages parmi une centaine de photographies, le prix étant attribué à celui dont les préférences s’approchent le plus de la sélection moyenne opérée par l’ensemble des concurrents. Chaque concurrent doit donc choisir non les visages qu’il juge lui-même les plus jolis, mais ceux qu’il estime les plus propres à obtenir le suffrage des autres concurrents, lesquels examinent tous le problème sous le même angle. Il ne s’agit pas pour chacun de choisir les visages qui, autant qu’il en peut juger, sont réellement les plus jolis ni même ceux que l’opinion moyenne considérera réellement comme tels. Au troisième degré où nous sommes déjà rendus, on emploie ses facultés à découvrir l’idée que l’opinion moyenne se fera à l’avance de son propre jugement. Et il y a des personnes, croyons-nous, qui vont jusqu’au quatrième ou au cinquième degré ou plus loin encore ».

Source : J. M. Keynes, 1936, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (chapitre XII)

 

Document 2 : Les marchés sont considérés efficients si la valeur de marché reflète la « vraie valeur » d’un actif. A quoi correspond la « vraie valeur » d’une action ?

 

Eugène Fama1 (1965) est le premier à donner une définition précise d’un marché financier efficient : « Sur un marché efficient, la concurrence que se livre un grand nombre d’opérateurs avisés, crée une situation dans laquelle, à chaque instant, les prix des [différents titres] reflètent les effets de l’information basée d’une part, sur des évènements qui se sont déjà produits et, d’autre part, sur des évènements que le marché s’attend à voir dans le futur. En d’autres termes le prix pratiqué est, à tout moment, une bonne estimation de la valeur intrinsèque du titre ». La valeur intrinsèque d’un titre pouvant se définir comme le flux de revenus qu'il va générer. Dans le cas des actions, ces revenus prendront la forme de dividendes versés par l’entreprise. La valeur fondamentale d’une action est donc égale à la valeur actualisée2 des flux des dividendes distribués par l’entreprise.

Notes :

1. Eugène Fama, économiste américain (1939 - …), auteur de travaux précurseurs sur l’efficience des marchés financiers.

2. Elle correspond à la « valeur actuelle » des dividendes futurs, compte tenu de l’inflation ou du rendement de placements sans risque.

Source : « Eléments de Finance comportementale », Cours de Christophe Barraud (Dexia Securities) à l’Université Paris Dauphine

 

Annexe 1 : Cartes « acheteurs » (pour un groupe de 18 élèves, imprimez les cartes 7UM à 13UM en double exemplaire,

les cartes 14UM, 15UM, 16UM et 17UM en exemplaire unique)