1.Il faut d’abord accepter l’idée que les financements risqués sont décisifs pour l’économie. L’innovation est intrinsèquement risquée. Elle adresse en effet des produits et des services à des marchés qui ne les attendent pas. Il faut donc accepter le risque. La terminologie anglaise est d’ailleurs plus positive : venture capital vs capital-risque. La Renaissance et les grandes découvertes furent des aventures, la révolution industrielle fut une aventure, l’économie de la connaissance est une aventure.

2.Les grands pays industriels sont les héritiers de ces aventures risquées. Si le Royaume-Uni, la France, L’Allemagne, l’Italie puis les USA sont des grandes économies c’est parce que ces pays ont su allier au cours de leur histoire science, innovation et entrepreneuriat à un cadre philosophique progressiste. Il ne s’agit pas d’un heureux hasard. Ces grands pays n’ont pas un droit éternel à la domination scientifique, technologique et économique. La Chine entend bien le leur rappeler. Les positions occidentales ne seront pas maintenues sans un effort continu. L’innovation est aussi un facteur de souveraineté politique.

3.L’Europe prend pourtant un grand retard. Ses positions de recherche scientifique ne sont pas en cause. La France est par exemple la sixième puissance en la matière. La difficulté européenne est la transformation de l’invention en innovation, c’est à dire la rencontre de l’invention et d’un marché. Pour y parvenir, il faut des capitaux, du capital plus précisément. Les Etats y ont pourvu au 20ème siècle. Ils n ‘en ont plus la capacité aujourd’hui, faute d’avoir veillé à l’équilibre de leurs finances publiques. L’ouverture de l’économie mondiale accentue nos déficiences car le succès est partagé selon une logique de « winner-takes-all ».

4.L’innovation est aujourd’hui financée par le capital-risque. Les Etats-Unis et la Chine dominent largement cette scène. Près de 85% de ce financement va aux entreprises américaines et chinoises. 12% aux européennes, dont 2% aux françaises. Il est symbolique que la valeur des cinq plus grandes firmes technologiques américaines (Apple, Google, Microsoft, Amazon et Facebook) soit le double de celle du CAC 40.

5.Sans réaction volontariste et déterminée, l’Europe perdra son statut de grande économie mondiale. La France possède de nombreux atouts dans cette compétition : universités, talents, tradition entrepreneuriale, scientifique et industrielle, ferments d’un capital-risque efficace. Il faut accélérer et au moins doubler les capitaux alloués au capital-risque tout en se dotant des meilleures compétences, par exemple en invitant les meilleurs opérateurs mondiaux. Le succès reposera sur une subtile alliance entre le marché et l’Etat. Au marché de sélectionner et de donner une valeur aux meilleurs projets. A l’Etat d’apporter des capitaux, de réallouer l’épargne privée vers le risque (grâce au rétablissement d’une fiscalité « normale ») et d’établir des règles de gouvernance récompensant le risque et le talent aux dépens de la rente. Pour l’avoir compris au milieu des années 90, Israël est aujourd’hui devenue une référence mondiale de l’innovation. Le succès n’est pas un monopole réservé aux très grands pays…