Notion

Indice de développement humain (IDH)

Définition

L'indice de développement humain est un instrument de mesure qui ambitionne de déterminer l'état réel des pays de façon plus fine que le PIB ou le PIB en PPA (parité de pouvoir d'achat). Mis au point par le PNUD (programme des Nations Unies pour le Développement) et popularisé par des auteurs proches de cette institution, comme Amartya Sen, l'indice de développement humain a une dimension à la fois économique et sociale. Il prend en compte plusieurs critères pour déterminer le niveau de vie dans un pays donné, aussi bien le PIB par tête (la dimension économique) que le niveau d'instruction et l'espérance de vie (dimension "sociale"). Ces deux dimensions vont généralement de pair mais il peut y avoir dans certains pays ou à certaines périodes des déconnexions et ce sont ces dernières qu'une comparaison des PIB et des IDH peut traquer ; par exemple, les pays du Golfe, exportateurs de pétrole, enregistrent souvent un PIB par tête très élevé, mais des IDH plutôt décevants.

Analyse

Comment construire une "bonne" mesure de la richesse ou du bien-être d'une société et de son progrès ? des chercheurs tentent de construire des mesures qui visent à mieux évaluer la richesse ou le progrès sur la base d'indicateurs synthétiques "alternatifs" au PIB. On sait depuis longtemps que ce dernier souffre de nombreuses lacunes, ne peut-on pas le dépasser ? Deux grands économistes américains ont ouvert la boîte de Pandore des mesures alternatives au PIB au début des années 1970 : William Nordhaus et James Tobin (1972). Depuis, les projets ont proliféré. L'Indice de développement humain a pour lui d'avoir être mis au point par le PNUD et d'être calculé annuellement par la Banque Mondiale

Comment calculer l'IDH ?

On prend ces trois données (espérance de vie, niveau scolaire avec prise en compte à la fois du taux d'alphabétisation des adultes et du taux de scolarité chez les enfants, et PIB par tête)… et on construit des indices dimensionnels autonomes avant de les combiner. Le calcul commun est :

1. L'espérance de vie à la naissance est une variable approximative des standards de santé

Elle "raconte" quelque chose de différent par rapport au PIB. En effet, les recherches en démographie ont montré que les améliorations en matière d'espérance de vie, en tant qu'elles dépendaient des progrès de la science médicale et des mesures de santé publique, ont été en partie indépendantes des changements de revenu réel, au moins en dehors des pays industrialisés. Pour calculer l'indice dimensionnel, les valeurs extrêmes sont de 25 ans (minimum) et de 85 ans (maximum).

2. Le niveau scolaire.

Cet indice dimensionnel se divise en deux : le niveau d'alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation des enfants (les deux indices varient entre 0 et 100%). Le rôle respectif de ces deux indicateurs est pondéré à raison de deux tiers pour le niveau d'alphabétisation et de un tiers pour le taux de scolarisation sans que ces pondérations soient explicitées.

3. Le niveau de revenu

On prend uniquement en compte le PIB par tête, puisque c'est le niveau de vie à l'échelle individuelle que l'on cherche à déterminer. Celui-ci a pour extrêmes 40 000 USD par an (Etats-Unis, Luxembourg…) en son maximum et 150 USD par an en son minimum (Libéria, Sierra Leone…).

Il ne reste plus alors qu'à combiner les trois indices, pondérés de la même façon. Simple !

IDH = 1/3 PIB + 1/3 Scolarisation + 1/3 Espérance de vie

L'égalité des coefficients signifie que les trois dimensions du développement humain (longévité, savoir et niveau de vie) sont supposées de même importance. Le développement humain est considéré comme un processus d'expansion des choix ou, si l'on préfère, des opportunités des gens. On retrouve bien là l'enseignement de Sen. Le revenu impacte principalement aux plus bas niveau du bien-être matériel et au-delà d'un certain niveau sa contribution au développement humain tend à s'essouffler progressivement pour bientôt atteindre zéro (techniquement, la formule utilise les logarithmes du revenu). Au contraire, l'espérance de vie et l'éducation deviennent de plus en plus importantes pour l'essor des capacités – on reconnaît en filigrane la logique de la pyramide de Maslow et de la loi d'Engel – et ils ne dépendent pas systématiquement du revenu, compte tenu du rôle joué par le secteur public dans leur provision.

Les chiffres obtenus grâce à cette méthode de calcul sont manifestement contestables. De nombreuses critiques s'élèvent pour rappeler le caractère rudimentaire de l'IDH. Mais sa diffusion mondiale depuis le milieu des années 1990 a constitué un succès assez net auprès d'une grande diversité d'acteurs (institutionnels, politiques, civils). Et l'idée des concepteurs est qu'il s'agit d'une mesure approximative pour déterminer le niveau de vie, pays par pays, surtout utile pour voir où se situent les urgences. Selon eux, un pays sort de la pauvreté lorsque son IDH dépasse 0,5. Au moins, c'est simple.

Quelques éléments critiques…

1. Le calcul de l'IDH nous permet-il d'obtenir une information nouvelle ?

A la lecture du graphique ci-dessous (FMI, 2000), on peut en douter ! Mis à part quelques cas aberrants, comme les pays pétroliers précédemment évoqués, on observe que le PIB par tête et l'IDH coïncident très fortement. Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement dans la mesure où :

  • a. Le PIB lui-même rentre pour un tiers dans la composition de l'IDH
  • b. Le savoir est l'une des clés de la croissance (flux), donc du PIB (stock), les économistes le savent depuis longtemps…
  • c. Il faut un certain niveau de richesse (PIB) pour accorder à la santé de l'importance et des moyens.

PIB par tête relatif et IDH par pays, 1997

Source : United Nations Development Program, Human Development Report, (1999)

2. Quand l'IDH nous fournit des résultats sensiblement différents du PIB par tête (cela arrive), on peut légitimement se poser des questions sur leur pertinence : examinons le tableau ci-dessous

En se limitant aux deux premières colonnes, on observe que le Canada est mieux classé que les Etats-Unis, la France mieux classée que le Luxembourg, la Belgique mieux classée que la Suisse… Pour qui connaît un peu ces pays, cela ne fait pas très sérieux. A tout le moins une justification précise de ces résultats s'impose…

3. Un examen attentif de l'évolution des IDH sur longue période s'avère très instructif.

En effet, à l'opposé du PIB réel par habitant, les scores d'IDH des PVD pauvres sont aujourd'hui nettement supérieurs à ceux enregistrés par les pays les plus développés en 1870 : l'Australie, avec son score IDH de 0,539 en 1870, serait classée 134e dans le monde de 1997 ; par contre, le score du Mozambique en 1997 (0,341, soit la 169e place mondiale) est supérieur à ceux de nombreux pays européens de 1870 (Espagne, Italie…). Si l'on considère que l'IDH de l'Inde en 1913 (0,055) est le plus faible niveau jamais enregistré dans l'histoire, alors on trouve que l'écart absolu d'IDH de 0,650, en 1997, entre l'IDH le plus haut et celui le plus bas dans le monde est bien plus faible qu'en 1913 ; de plus, il y a eu une réduction substantielle, depuis 1950, de l'écart entre l'IDH moyen en Afrique et l'IDH moyen des zones occidentales (Europe de l'Ouest, Amérique du Nord, Océanie) : de plus de 0,6, on est passé à moins de 0,4.

IDH régionaux moyens, pondérés par la population

Autrement dit, alors que les PIB par tête des pays ne convergent pas dans le monde (du moins pas sur l'ensemble du siècle et pour le monde dans son ensemble), les IDH, eux, montrent une convergence. C'est d'ailleurs logique, en droite ligne avec la façon dont est conçu l'indice : tout indicateur des niveaux de vie qui accorde un poids important à l'espérance de vie aboutit au fait que les conditions de vie actuelles des PVD apparaissent meilleures que celles du passé et meilleures que celles enregistrées dans le passé par les pays industrialisés. C'est un point important : il se pourrait que la mesure par le seul PIB per capita minimise les progrès des PVD. De fait, tous les PVD pour qui une estimation de l'IDH est possible pour l'année 1950 ont réduit le gap avec les pays leaders, à la fois proportionnellement et en absolu, entre 1950 et 1997. Les 16 pays dans un état de faible IDH en 1870 (moins de 0,500) ont enregistré un gain d'IDH moyen de 0,212 entre 1870 et 1913 (la "Belle époque") ; mais un échantillon plus large de 48 pays avec un IDH sous la barre des 0,500 en 1950 a réussi à atteindre un gain moyen d'IDH de 0,350 sur la période 1950-1995 On obtient ainsi la conclusion qui n'est pas partagée par tous ceux qui n'observent que la croissance du PIB par tête que non seulement il y a convergence, mais que le processus de développement se fait de plus en plus rapidement.

Tout cela est très stimulant mais on s'écarte nettement du discours que le PNUD cherche traditionnellement à faire passer sur l'accroissement du "fossé Nord-Sud" ! Ce n'est pas le moindre des paradoxes que les économistes libéraux, qui croient à la convergence, utilisent le PIB, qui ne montre pas clairement une convergence globale, et que les anti-libéraux du PNUD, qui ne parlent que de divergence, s'appuient sur un indicateur, l'IDH, qui montre clairement que les écarts se réduisent !

Conclusion

Comme la démocratie et les changes flottants, le PIB est la pire des choses… à l'exclusion de toutes les autres. Les indicateurs "alternatifs" n'ont jusqu'ici pas beaucoup séduits au-delà des cercles des économistes "alternatifs" et d'une partie des économistes du développement. L'IDH a quelques mérites, mais il finit par poser plus de problèmes qu'il n'en résout. Pour prendre un dernier exemple sur la composante "savoir", n'est-il pas un peu arbitraire ou naïf de présupposer que les taux de scolarisation en France, à Cuba, au Japon et en Corée du Nord sont comparables ? Ne devrait-on pas introduire une dimension qualitative pour prendre en compte la question (décisive d'un point de vu économique) du contenu des enseignements ? Mais si l'on s'engage dans cette voie, jusqu'où va-t-on aller ? et les Etats membres du PNUD accepteront-ils de jouer le jeu ?

Annexes

Exemple d'inconvénient de l'IDH : L'évolution de l'indicateur aux Etats-Unis de 1850 à 1997

 

Lecture : On identifie immédiatement un des nombreux problèmes de l'IDH : il pénalise les pays en avance (comme les Etats-Unis), qui ont une bien faible marge de progression pour les indicateurs liés au savoir, par rapport aux pays en rattrapage.

Un exemple de l'avantage de l'IDH : la malédiction du pétrole en Afrique

 

Source : Coface, d'après PNUD, FMI, calculs Ndade DJIMASBEYE

Lecture : On observe clairement que, en Afrique, les ressources pétrolières n'ont pas d'influence automatique sur le bien-être des populations telle que l'IDH le mesure

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