Notion

La Banque mondiale

Définition

La Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) a été créée le 1er juillet 1944, lors de la conférence de Bretton Woods, qui a réuni les gouvernements de 44 pays. Elle forme le noyau d une galaxie d'organisations connue sous le nom de Banque mondiale. Son objet était initialement (comme son nom l'indique) de soutenir le processus de reconstruction et de développement d'après-guerre. C'est d ailleurs la France qui a reçu le premier prêt en mai 1947. Comme la plupart des institutions, la Banque mondiale a subtilement réorienté ses missions de façon à survivre à la fin de la reconstruction en Europe. De nos jours, son objet principal est d'« œuvrer pour un monde sans pauvreté ». Pour atteindre ses objectifs, elle accorde aux pays en développement des prêts assortis de faibles taux d'intérêt et des dons. Quelques éléments factuels :

  • Organisations comprises dans le « groupe Banque Mondiale » : la BIRD (la “maison mère”), l'Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (SFI), l'Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).

  • Siège : Washington, et plus de 100 bureaux de représentation dans les pays membres.

  • Nombre de membres actuels : 184 pays.

  • Personnel : environ 9300 employés à Washington et plus de 3000 personnes sur le terrain. C'est quatre fois plus de permanents que le FMI, dont le siège est à moins de 100 mètres.

  • Président : Paul Wolfowitz (depuis le printemps 2005) ; l'économiste en chef est un français, François Bourguignon.

Analyse

La Banque mondiale est une gigantesque administration présente sur tous les continents et impliquée dans de nombreuses actions a priori très différentes (financement d'infrastructures lourdes, lutte contre le sida, aide aux pays sinistrés par un cyclone, appui à la scolarisation dans les campagnes…). Bien que la plupart des commentateurs s'accordent à reconnaître l'utilité intrinsèque de telles actions, nombreux sont ceux qui pointent du doigt le manque d'efficience de l'institution et ses revirements successifs.

Organisation et fonctionnement

La Banque Mondiale est dirigée comme une société dont les pays membres sont les actionnaires. Les Etats-Unis détiennent 16,41 % des « actions » (appelés quotes-parts), le Japon 7,8 %, l'Allemagne 4,49 %, le Royaume-Uni et la France chacun 4,31 % ; comme pour le FMI, cette répartition se fait donc approximativement au prorata des PIB et les Européens pourraient donc aisément dominer s'ils parlaient d'une seule voix. Les gouvernements sont représentés dans le Conseil des gouverneurs. Les gouverneurs (généralement des ministres) décident des politiques de la BM, ils délèguent certains aspects de leur mandat à des administrateurs qui travaillent au siège mais ils gardent la haute main sur les orientations stratégiques. Comme pour le FMI, on ne peut donc pas dire que les technocrates ont pris le pouvoir, même s'ils ont leur mot à dire. La France, l'Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont chacun un administrateur. Les autres pays membres (soit 179 pays) sont répartis dans 19 groupes. Chaque groupe dispose d'un administrateur, qui doit dès lors représenter plusieurs pays en même temps. Le président de la BM est traditionnellement un citoyen des Etats-Unis (moyen de contrebalancer le fait que le directeur du FMI est traditionnellement un Européen). Il est élu pour 5 ans renouvelables. Il assure la présidence des réunions du Conseil des administrateurs et est responsable de la gestion de la BM. Ses pouvoirs sont importants. Paul Wolfowitz est le dixième président. Le plus marquant de tous a été sans conteste Robert Mac Namara, ancien secrétaire américain à la défense, qui a présidé aux destinées de la banque de 1968 à 1981.

Les actions de la Banque Mondiale

" La Banque mondiale cherche à réduire le fossé qui existe entre les pays riches et les pays pauvres en utilisant les ressources des premiers pour assurer la croissance des seconds " (site Internet de la Banque Mondiale).

Souvent, les pays à faible revenu ne peuvent pas emprunter sur les marchés internationaux ou ne peuvent emprunter qu'à des taux d'intérêt élevés. Outre les contributions directes et les prêts des pays développés, ces pays reçoivent des dons, des prêts ne portant pas intérêt et une assistance technique de la Banque mondiale pour leur permettre de fournir des services de base aux populations. Ils disposent de 30 à 40 ans pour rembourser les prêts, avec un délai additionnel de 10 ans ; dans les faits, de nombreux prêts bénéficient d'un moratoire et sont annulés avant d'être complètement remboursés. En 2004, l'IDA a fourni neuf milliards de dollars de financement pour 158 projets dans 62 pays à faible revenu. Des ressources supplémentaires seraient probablement superflues car ce qui manque ce n'est pas tant l'argent que de bons projets c'est-à-dire des projets montés avec professionnalisme, socialement utiles et susceptibles de ne pas être détournés à des fins de corruption. Les pays en développement ayant un revenu plus élevé sont admis à emprunter à la BIRD. Certains d'entre eux peuvent emprunter auprès de banques commerciales, mais généralement à des taux d'intérêt élevés compte tenu du risque politique, de leurs performances passées. De plus, les prêts de la BIRD ont des échéances plus longues que ceux des banques commerciales. Les emprunteurs disposent d'un délai de carence de trois à cinq ans avant de commencer à rembourser sur des périodes allant jusqu'à 15 et 20 ans. Les gouvernements des PVD empruntent au titre de programmes déterminés qui visent théoriquement à améliorer les conditions de vie des populations : réduire la pauvreté, fournir des services sociaux de base comme l'éducation et la santé, protéger l'environnement, construire des infrastructures de transport…. Au cours de l'exercice 2002, la BIRD a consenti des prêts d'un montant total de 11,5 milliards de dollars pour appuyer 96 projets dans 40 pays.

Les autres organisations au sein de la Banque Mondiale

La Société financière internationale (SFI) encourage les investissements du secteur privé en apportant son appui aux secteurs et aux pays présentant des risques importants. L'Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) fournit des garanties contre les risques politiques auxquels sont exposés les investisseurs et les bailleurs de fonds dans les pays en développement. Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) facilite le règlement des différends entre les investisseurs étrangers et le pays d'accueil. Au total, la Banque Mondiale (au sens large) participe à plus de 1 800 projets, couvrant pratiquement tous les secteurs d'activité et tous les pays en développement. Voici quelques exemples récents :

  • Octroi de micro-crédits en Bosnie–Herzégovine

  • Sensibilisation des communautés à la lutte contre le SIDA en Guinée

  • Appui aux programmes de scolarisation des filles au Bangladesh

  • Amélioration de la fourniture des services de santé au Mexique

  • Aide à la reconstruction de Gujarat (Inde) à la suite d'un tremblement de terre.

Eléments d'analyse de l'action de la Banque mondiale

Les principes de la Banque mondiale ont connu une géométrie variable

Il est remarquable que les recommandations de la Banque mondiale en matière de développement ont connu des phases pour le moins contradictoires. Alors que le chemin de la croissance dans les pays développés était passé par l'agriculture, celle-ci a d'abord été délaissée au profit de l'industrialisation. Il a fallu attendre le fameux discours de Nairobi, prononcé en 1974 par Robert S. McNamara pour se souvenir que la majorité de la population vivait dans les campagnes et que la révolution agricole pouvait contribuer au succès de la révolution industrielle autant qu'à la résorption de la pauvreté rurale. Avant d'arriver à cette révolution copernicienne, la Banque avait, en la personne de P. Rosenstein-Rodan, directeur adjoint du Département économique, conditionné les prêts à l'élaboration de plans nationaux de la part des pays en développement demandeurs d'aide internationale. Ce modèle d'industries industrialisante a donné des résultats pour le moins décevants, surtout lorsqu'il a été couplé à des barrières douanières destinées à protéger les “industries naissantes”. Plus tard, après les travaux de Theodore William Schultz (1902-1998), la Banque mondiale est passée de la promotion du capital physique à celle du capital humain. Là encore, il ne fallait pas être un expert en histoire longue pour connaître la causalité entre la scolarisation et le développement dans les pays occidentaux.

Des éléments d'appréciation hésitants…

Ce flottement dans les grands principes du développement se retrouve dans l'analyse de la pauvreté dont on ne sait pas, finalement, si elle s'aggrave ou si elle a commencé à diminuer (cf. l'étude de cas sur la pauvreté dans le monde, disponible sur ce site). Qu'on en juge :

  • The number of people living on less than $1 a day grew from 1.18 billion in 1987 to 1.20 billion in 1998 – an increase of 20 million” (Banque mondiale (2000/2001) World Development Report)

  • “The number of people living on less than $1 a day DID NOT CHANGE between 1987 to and 1998” (Banque mondiale (2001) Globalization, Growth and Poverty)

  • “Over the past 20 years, the number of people living on less than $1 a day has fallen by 200 million, even as the world's population grew by 1.6 billion." (Banque mondiale (2002), The Role and Effectiveness of Development Assistance, mars).

Au total, des auteurs comme Sala i Martin ou Bhalla (cf. l étude de cas sur la pauvreté dans le monde, disponible sur ce site) estiment que les fameux « Objectifs du Millénaire » (ODM), qu'elle a contribué à fixer et dont elle assure le suivi, pourraient être en réalité déjà remplis !

Des échecs cuisants

Les travaux de William Easterly, un ancien de la Banque, en rendent compte. Les programmes sont souvent trop ambitieux ; ils ressemblent à des catalogues de bonnes intentions qui oublient les incitations et ils sont rarement évalués. Les coûts de gestion des bureaux de Washington sont élevés et on observe de nombreux détournements de fonds. Trop souvent, les grands États font pression sur la Banque Mondiale et sur le FMI pour qu'elles continuent de financer des États qui n'ont fait aucune réforme et qui promettent d'en faire. Au total, la Banque mondiale a reconnu que seulement un tiers des projets qu'elle a financé par ses prêts depuis un demi siècle (soit environ 500 milliards de dollars) avait donné des résultats « satisfaisants » ; quand on sait par ailleurs que la barre est placée assez bas…

On peut identifier au moins deux grandes exemples d'échecs.

  1. Les années 1950 et 1960 : la grande période de l'aide à l'Investissement

L'idée initiale de la BM, à l'époque, est que l'absence d'investissements empêche la croissance des PVD. D'où le financement de grands projets industriels (usine d'aluminium au Ghana, usines de chaussures en Tanzanie…). Démesurés, les projets ne s'appuyaient pas sur un marché local fort et le marché extérieur n'était pas assuré (faible qualité des produits…). Souvent, ils ont souvent contribué à dégrader l'environnement et au final ils n'ont laissé que des dettes. L'argument était que l'investissement en capital physique introduirait du progrès technique, mais sans qualification du travail et sans environnement adapté (institutions…) cette transmission ne se fait pas. Selon William Easterly, le modèle Harrod-Domar, ou plus exactement son application aveugle par la BM, a fait beaucoup de mal aux PVD.

  1. Depuis les années 1970: l'importance de l'éducation

Depuis les années 1980, le capital humain est considéré comme un des piliers de la croissance économique chez les macro-économistes (cf. les modèles de croissance endogène). La BM a soutenu cette idée dans les PVD, qui ont investi massivement dans l'éducation depuis 1960. Hélas, le retour sur investissement a été assez décevant : l'amélioration des niveaux de vie par l'éducation a été nul ou faible dans la plupart des PVD, sauf en Asie de l'Est. Les pays aux plus forts taux de croissance dans les dépenses d'éducation ont enregistré des taux de croissance du PIB par tête très faibles. Dans les « bonnes circonstances », l'éducation demeure le meilleur moyen d'élever les niveaux de vie : c'est ce qu'on a constaté en Asie de l'Est ; mais il se trouve justement que ces circonstances ne sont pas bonnes, à la fois politiquement et économiquement, dans nombre de PVD (cf. l'étude sur la pauvreté dans le monde, disponible sur ce site).

Conclusion

Aujourd'hui, la Banque mondiale doit faire face à la concurrence d'autres organisations (FMI à sa droite, PNUD à sa gauche), mais elle a du adapter son discours et ses méthodes, s'ouvrir au dialogue avec les ONG et les communautés sur le terrain. Elle est en première ligne dans le vaste chantier des objectifs de développement du millénaire et dans l'annulation de la dette des pays pauvres très endettés. C'est une institution caméléon qui peut assez facilement faire face à des critiques souvent contradictoires ("la Banque mondiale en fait trop" / "elle n'en fait pas assez"…).

La Banque mondiale vu par Ecodico

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