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Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre

Louise Bereni, Sébastien Chouvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard
Editions De Boeck, Bruxelles
Ce manuel se propose tout d'abord de clarifier le concept de genre pour montrer ensuite qu'il ne constitue pas un champ d'étude à part, qui ne concernerait que celles et ceux qui travaillent sur les femmes, mais qu'il a une portée générale pour toutes les disciplines dont il questionne un certain nombre de catégories fondamentales. Par rapport à d'autres ouvrages accessibles sur le genre, cette publication présente l'intérêt de rendre compte d'un certain nombre d'aspects théoriques peu disponibles pour le public français, notamment parce-que la littérature sur le sujet est essentiellement anglophone. Ces théories ont en général pour point commun d'approfondir la démarche déconstructionniste propre aux études de genre, à savoir de mettre à jour les fondements sociaux des clivages vus au premier abord comme étant naturels.

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L'ouvrage

L'institutionnalisation du champ d'études sur le genre

L'approche consistant à contester le déterminisme  biologique et à analyser les rapports de pouvoir entre les sexes a connu son essor dans le prolongement des mouvements  féministe dits de la deuxième vague, mouvements qui émergent dans les pays occidentaux au cours des années 1960 et 1970, et qui pointent la dimension "politique" de questions jusque là privées comme la contraception, l'avortement, le mariage, etc. Ces mouvements s'inscrivent dans la continuité de ceux dits de la première vague (dont on trouve les premières traces au cours du XIXe siècle), centrés sur l'égalité juridique entre les sexes. Après une période "militante", ces études sont entrées dans une phase d'institutionnalisation, c'est-à-dire de recherche et d'enseignement à l'intérieur de l'université, selon des temporalités et des degrés qui varient en fonction des contextes nationaux. Ce processus a été plus précoce et plus abouti aux Etats-Unis que dans la plupart des pays européens, et notamment en France. Initialement, on ne parlait pas d'études sur le genre mais d'études féministes  ( feminist studies ) ou d'études sur les femmes  ( women's studies ). Ce n'est qu'à partir des années 1980 aux Etats-Unis que le terme de  gender studies s'est diffusé pour désigner ces recherches dans le contexte de leur institutionnalisation universitaire. Toutefois, cette expression ne s'est pas totalement substituée aux autres appellations car on lui reproche parfois de diluer la dimension critique de recherches qui étaient initialement liées à la démarche contestataire des mouvements féministes. C'est pourquoi aujourd'hui plusieurs appellations coexistent, notamment dans les pays francophones : on parle ainsi d'études sur le "genre", sur "les rapports sociaux de sexe", d'études "féministes" ou encore "sur les femmes". En France, l'institutionnalisation des études féministes a été un processus difficile : il faut attendre la seconde moitié des années 1990 pour voir ces études connaître un réel essor, avec la création de revues scientifiques reconnues par les classements internationaux. Dans la décennie 2000, on a vu apparaître une nouvelle génération de chercheurs / chercheuses qui se rallient désormais au terme du "genre" pour désigner leurs travaux, et qui aspirent à intégrer l'université au titre de cette spécialité.

L'apport des études sur le genre

Les études sur le genre permettent d'abord d'apporter des connaissances sur les inégalités entre les hommes et les femmes, et de montrer aussi le rôle que les femmes ont pu jouer dans l'histoire. Par exemple, si on considère la Révolution Française, on peut établir, d'une part que celle-ci, si elle a été une période de démocratisation, a aussi réalisé une exclusion des femmes de la gestion des affaires de la cité  (privées du droit de suffrage et d'éligibilité) et, d'autre part, qu'en dépit de cette exclusion, les modalités et les formes de participation des femmes à la Révolution ont été tout à fait importantes  (lors des soulèvements populaires, dans les clubs révolutionnaires, etc.). Le genre permet aussi d'interroger la périodisation dominante de l'accès à la démocratie, à partir du constat de l'accès tardif des femmes au suffrage. De même, en philosophie politique, la perspective du genre débouche sur la remise en cause de la séparation entre la sphère privée et la sphère publique, séparation qui est pourtant généralement présentée comme un des piliers de la démocratie moderne ; en fait, cette séparation, loin d'être neutre, s'adosse à une hiérarchisation des activités féminines  (le foyer, et la prise en charge plus générale des tâches domestiques) et des activités masculines  (la gestion de l'extérieur, notamment sous la forme de travail). En sociologie, les approches en termes de genre remettent en cause la conception traditionnelle du travail  (comme travail salarié) à partir de la mise  en relief du "travail domestique".

Genre et sexe

La distinction entre sexe et genre se trouve au fondement des études développées depuis les années 1970 sur la question du genre. Dans un premier temps, le genre a été distingué du sexe pour désigner les différences sociales entre hommes et femmes qui n'étaient pas réductibles à la biologie. Progressivement cependant, les chercheurs ont mis en évidence que l'originalité du genre n'est pas la prise en compte du social, mais le fait qu'il permet d'appréhender le social comme un domaine autonome doté d'une causalité irréductible à des lois biologiques. Au terme de cette opération analytique et critique, le genre devient ainsi un concept autorisant la dénaturalisation de la subordination sociale, économique et politique des femmes. En effet, si les inégalités entre hommes et femmes ne relèvent plus de différences anatomiques ou de la capacité des femmes à enfanter, mais sont plutôt le produit de  l'"histoire", il devient alors clair que ces inégalités deviennent arbitraires aux yeux de ceux qui les subissent, et que la reconnaissance de cet arbitraire facilite leur remise en cause. Dans un premier temps associé à la notion de "sexe social" (dès les années 1930, l'anthropologue américaine Margaret Mead avait été la première à parler de "rôles sexuels" dans  Moeurs et Sexualité en Océanie ), le genre a été ensuite défini comme un rapport social hiérarchique divisant l'humanité en deux moitiés sensiblement égales. Si on adopte cette idée, le genre définit alors le sexe, que l'on ne saurait considérer comme une réalité physique indépendante des pratiques sociales. C'est ainsi que l'on peut montrer que la sexualité n'a pas toujours été un domaine autonome par rapport au genre (et que, dans beaucoup de périodes historiques, la distinction entre les deux n'apparaît même pas comme pertinente) ou que la socialisation primaire repose sur un traitement sexué des enfants qui contribue à la sexuation de ceux-ci. Les études sur le genre permettent aussi de renouveler la réflexion sur le travail en montrant comment les organisations productives ne se contentent pas de refléter des inégalités qui  trouveraient leur source ailleurs mais, qu'au contraire, ces organisations participent à la production de ces inégalités ; elle sont aussi fécondes en science politique où elles établissent que l'univers politique s'est historiquement construit en s'adossant à une division sexuée des rôles masculins et féminins, et en étudiant les mécanismes de reproduction des inégalités au sein de cet espace politique.

Les auteurs

Laure Bereni, auteur d'une thèse de doctorat en science politique sur la parité, est post-doctorate à l'Intitut des Sciences Sociales du Politique  (ISP-CNRS).
Sébastien Chauvin , docteur de l'EHESS et maître de conférences en sociologie à l'Université d'Amsterdam, a enseigné de 2003 à 2006 les études sur le genre à l'Université de Chicago.
Alexandre Jaunait , docteur en science politique de Sciences Po et maître de conférences à la faculté de droit et des sciences sociales de l'Université de Poitiers, enseigne les études sur le genre au premier cycle de Sciences Po.
Anne Revillard , auteur d'une thèse de doctorat sur les politiques de promotion du statut des femmes (ENS Cachan) est maître de conférences en sociologie à l'Université Paris XIII-Villetaneuse.

Table des matières

Introduction Chapitre 1 : Sexe et genre

  1. Construction et usages du concept de genre
  2. La question du biologique : tracer la frontière des sexes
  3. Défaire le genre ? Les mouvements politiques critiques du genre

Chapitre 2 : Genre, sexualité et vie conjugale

  1. La distinction entre "genre" et  "sexualité", un produit de l'histoire
  2. Une sexualité contemporaine toujours empreinte de genre
  3. Violences de genre et violences sexuelles
  4. Le genre dans les sexualités non mixtes

Chapitre 3 : Genre et socialisation

  1. Les différentes dimensions de la socialisation de genre
  2. La socialisation de genre dans la famille
  3. La socialisation de genre à l'école
  4. Le genre dans les productions artistiques et culturelles

Chapitre 4 : Genre et travail

  1. Comment le genre redéfinit le travail : la "découverte" du travail domestique
  2. Un accès inégal à l'emploi
  3. Un marché du travail qui reste segmenté

Chapitre 5 : Genre et politique

  1. Genre et citoyenneté politique
  2. Genre et mobilisations collectives
  3. Genre et représentation politique
  4. L'Etat au prisme du genre

Chapitre 6 : Intersections

  1. Le modèle analogique  race/classe/genre
  2. Intersections sociologiques
  3. Intersections politiques et stratégiques

Bibliographie générale sélective

Quatrième de couverture

Pourquoi offre-t-on des poupées aux filles et des voitures aux garçons ? Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? Comment expliquer qu'elles effectuent les deux tiers du travail domestique ? Pourquoi est-ce si mal vu pour un homme d'être efféminé ? Le pouvoir est-il intrinsèquement masculin ? Il s'agit là de quelques-uns des nombreuses questions auxquelles s'intéressent les études sur le genre, devenues depuis une trentaine d'années, non seulement un champ de connaissances, mais aussi un outil d'analyse incontournable en sciences humaines et sociales.
Au-delà de la variété des phénomènes étudiés, l'ouvrage souligne plusieurs partis pris essentiels des études sur le genre : les différences entre hommes et femmes sont le résultat d'une construction sociale et non pas le produit d'un déterminisme biologique : l'analyse ne doit pas se limiter à l'étude "d'un" sexe mais porter sur leurs relations ; le genre est un rapport de domination des hommes sur les femmes, dont les modalités et l'intensité sont sans cesse reconfigurées.
Ce manuel propose un panorama clair et synthétique des notions et références essentielles des études sur le genre, en les illustrant par de nombreux exemples concrets.

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