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Géopolitique du développement durable

Cédric Tellenne et Pascal Gauchon
août 2005
PUF
La notion de "développement durable" apparue en 1987 dans le rapport Bruntland, a immédiatement acquis un succès considérable au point qu'elle envahit tous les domaines : les architectes et urbanistes parlent de "ville durable" et de "maison durable", "les nouveaux paysans" d'"agriculture durable", les planificateurs d'"aménagement durable", les patrons d'"entreprise durable", les tour-opérateurs de "tourisme durable". Avec "l'environnement durable", on atteint même un sommet pléonasmique… Pour éviter la dilution, il faut cerner au plus près le concept. C'est ce que propose cet ouvrage qui engage une analyse du développement durable sous tous ses aspects : d'abord l'urgence du problème que soulignent et pondèrent les regards de différentes disciplines (philosophie, biologie, démographie, géographie, sociologie, économie), puis les menaces qui affectent les quatre éléments, air, eau, feu et terre, ensuite les responsabilités de l'Etat, de l'entreprise et de la "société civile", enfin les politiques menées dans les principaux pays. Rédigé par des enseignants en classes préparatoires auxquels se sont associés des spécialistes comme Sylvie Brunel, Michel Drancourt ou Isabelle Lefort et des acteurs comme Henri Proglio, le livre offre donc une étude complète et pédagogique du développement durable. L'association Antheïos rassemble des enseignants de classes préparatoires spécialisés dans les questions de géopolitique. Elle publie tous les ans une étude consacrée à un enjeu géopolitique de première importance, ainsi L'Exception américaine en 2004.

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L'ouvrage

Le développement durable fait partie de ces notions à la mode, dont l'utilisation massive dans les médias et dans les discours publics finit par faire douter de sa pertinence scientifique. Le rapport Anthéios 2005 analyse les aspects politique, économique, sociologique et géographique du développement durable et explore ses ramifications dans les différentes branches des sciences sociales.

A la base de cette notion contemporaine se trouve le double constat de l'épuisement des ressources naturelles et de la dégradation de l'environnement, particulièrement sensible dans nombre de pays en développement. La prise de conscience du réchauffement climatique et de la responsabilité au moins partielle de l'homme dans ce réchauffement a révélé qu'il s'agissait désormais d'un problème systémique qui exigeait des réponses globales et solidaires et que, désormais, il y avait urgence.

L'article de Jacques Voisenet démontre bien les racines anciennes de l'écologie, remontant jusqu'au 19ème siècle et aux écrits du philosophe américain Thoreau. Mais elle fut longtemps cantonnée à certains groupes sociaux animés d'une idéologie de retour à la nature, à la frontière de la marginalité. Le passage de l'écologie au développement durable, notion qui apparaît officiellement en 1987 dans le rapport Brundtland suite au travail de sensibilisation et de lobbying des ONG, traduit la transformation d'une idéologie en démarche politique et scientifique.

Scientifique, tout d'abord, car il a fallu plusieurs décennies pour que les économistes intègrent les facteurs environnementaux dans une théorie générale de la croissance et du développement. Pigou, le premier, a perçu le caractère épuisable des ressources naturelles, théorisé les externalités négatives de la croissance et conclu à la nécessité de taxes environnementales. Ce travail, repris par d'autres économistes, a suscité des débats, certains (comme Coase) préférant recourir au marché, via les permis d'émission, plutôt qu'à l'Etat, via la réglementation, pour réguler ces externalités (cf. l'article de Stéphane Lenglet). Ainsi est introduire la question de la soutenabilité de la croissance économique : écologie et économie ne sont plus des disciplines ennemies, comme le résume très bien Arnaud Mayeur. Les autres contributions économiques explorent les concepts couramment associés au développement durable dans le discours public, comme la décroissance, la fiscalité environnementale ou encore les biens publics mondiaux.

La sociologie apporte pour sa part un regard riche d'enseignements sur la place occupée par le développement durable dans l'espace public (contribution de Philippe Riutort). C'est au tournant des années 70, alors que paraît le rapport du Club de Rome, que le mouvement écologiste gagne de l'ampleur et s'impose dans l'espace public. Le relais des médias est ainsi utilisé pour faire prendre conscience de la justesse de la cause à la population.

Sur le plan politique, la situation est assez similaire. Si quelques précurseurs ont développé des discours environnementaux dès le début des années 60, à l'image de René Dumont, qui fut candidat écologiste à l'élection présidentielle de 1974, il faudra attendre les années 90 pour que des formations écologistes participent, un peu partout en Europe, à des gouvernements. Le développement durable est devenu tardivement incontournable dans les programmes de gouvernement des candidats aux élections.

Au niveau international, le développement durable constitue désormais le pilier principal de l'action des grandes institutions telles que l'ONU ou la Banque mondiale. Il fait également l'objet de négociations diplomatiques souvent difficiles entre les Etats ou ensembles régionaux, qui pour certains, tels les pays du Sud, se concentrent avant tout sur le “développement”, tandis que le Nord, en particulier européen, met l'accent sur le vocable “durable”. Les entreprises elles-mêmes, devenues des actrices incontournables des nouvelles relations internationales, ont intégré la démarche, parfois comme faire-valoir dans une politique de communication, mais de plus en plus, responsabilité sociétable oblige, dans une démarche de long terme, comme le souligne l'exemple de Lafarge, développé par Michel Drancourt, ou encore l'interview d'Henri Proglio, patron de Veolia Environnement (ex-Vivendi Environnement).

L'ouvrage offre également une perspective tout à fait intéressante sur les diverses responsabilités dans la dégradation des facteurs environnementaux et par conséquent sur les leviers à utiliser. Dans sa contribution, Pascal Gauchon souligne très justement qu'on ne saurait rattacher les responsabilités sociales à une seule idéologie ou à l'un seulement des groupes sociaux ou des acteurs économiques. Si le libéralisme ne s'est que tardivement préoccupé des externalités de la croissance économique, le communisme ne semble pas avoir fait mieux, à en juger par l'état de l'environnement en Russie. Gauche et droite, socialistes et libéraux, producteurs et consommateurs partagent une même responsabilité dans la situation actuelle. Les réponses politiques toutefois divergent. Tandis que, comme le démontre judicieusement Thomas Snégaroff, la politique environnementale est l'une des meilleures réussites de la construction européenne, d'autres espaces politiques, comme le Japon, semblent avoir tourné le dos à leur philosophie ancestrale de communion avec la nature au profit d'une croissance intensive. Les Etats-Unis, pour leur part, semblent adopter une démarche intermédiaire, reconnaissant le développement durable comme objectif politique, mais refusant de remettre en cause le mode de vie – à tout le moins le mode de circulation – des Américains, "non négociable" selon les termes employés par le Président George H. Bush au début des années 90. Pourtant, de nombreuses contributions dans le rapport Anthéïos permettent de saisir l'urgence d'une réponse planétaire aux défis du développement durable. Celle-ci nécessitera de repenser l'organisation économique et sociale dans de très nombreux secteurs. Agriculture, énergie, transports, construction, mais aussi eau, commerce international, développement des pays du Sud : peu de politiques peuvent aujourd'hui être conduites sans prendre en considération cette nouvelle approche, qui au fond peut être perçue comme une manifestation spécifique de la solidarité transgénérationnelle.

Bien structuré, l'ouvrage tire sa force de ce qui fait la particularité des rapports Anthéïos, le caractère pluridisciplinaire. Les enseignants en classes préparatoires et parfois à l'Université côtoient quelques acteurs géopolitiques pour brosser un tableau complet et accessible de cette notion qui n'aura pas mis vingt ans à devenir un terme du langage courant.

Les auteurs

Pascal Gauchon est professeur en classes préparatoires à Ipésup-Prépasup. Cédric Télenne est professeur en classes préparatoires à Saint-Jean de Douai.

Table des matières

Introduction Première partie : L'urgence     

1 – L'histoire d'une idée. De l'écologie au développement durable, par Jacques Voisenet  

2 – L'insoutenable responsabilité des hommes. Le regard des philosophes, par Eric Cobast

3 – Le développement durable comme régulation permanente. Le regard du scientifique par Eric Cobast

4 – Décider pour les autres. Le regard du démographe, par Eric Duquesnoy

5 – De l'écologie au développement durable. Le regard du géographe, par Isabelle Lefort

6 – Grandeur et décroissance. Le regard de l'économiste, par Arnaud Mayeur

7 – Métamorphose d'un phénomène public. Le regard du sociologue, par Philippe Riutort

Deuxième partie : Les menaces     

8 – La terre plutôt que les terriens ? Développement du Sud et développement durable, par Sylvie Brunel

9 – L'eau et la terre. Des ressources non renouvelables, par Patrice Touchard

10 – L'air et le feu. Energie et développement durable, par Patrice Touchard

11 – De l'aménagement au ménagement du territoire. Aménagement du territoire et développement durable, par Jean-Luc Ferrandéry

Troisième partie : Les responsables

12 – A qui la faute ? Causes et responsabilités, par Pascal Gauchon    

13 – Le salut par l'Etat ou par le marché ? par Stéphane Lenglet  

14 – Produire plus avec moins. Les entreprises et le développement durable par Michel Drancourt

15 – L'entreprise responsable. Interview d'Henri Proglio

16 – Solidaires, vraiment ? La société civile mondiale et le développement durable par Cédric Tellenne

Quatrième partie : Les politiques

17 – Vers l'écologie de marché. Les Américains et le développement durable par Cédric Tellenne

18 – Des équilibres économiques aux équilibres écologiques, une transition difficile. Les Européens et le développement durable par Thomas Snégaroff

19 – La nature sanctifiée et sacrifiée. Les Japonais et le développement durable par Cédric Tellenne

20 – La grande peur du XXIe siècle. L'Inde et la Chine au défi du développement durable par Cédric Tellenne et Sophie Moreau

21 – Priorité aux hommes ! Le développement durable en Afrique par Sylvie Brunel

Quatrième de couverture

La notion de "développement durable" apparue en 1987 dans le rapport Bruntland, a immédiatement acquis un succès considérable au point qu'elle envahit tous les domaines : les architectes et urbanistes parlent de "ville durable" et de "maison durable", "les nouveaux paysans" d'"agriculture durable", les planificateurs d'"aménagement durable", les patrons d'"entreprise durable", les tour-opérateurs de "tourisme durable". Avec "l'environnement durable", on atteint même un sommet pléonasmique…

Pour éviter la dilution, il faut cerner au plus près le concept. C'est ce que propose cet ouvrage qui engage une analyse du développement durable sous tous ses aspects : d'abord l'urgence du problème que soulignent et pondèrent les regards de différentes disciplines (philosophie, biologie, démographie, géographie, sociologie, économie), puis les menaces qui affectent les quatre éléments, air, eau, feu et terre, ensuite les responsabilités de l'Etat, de l'entreprise et de la "société civile", enfin les politiques menées dans les principaux pays.

Rédigé par des enseignants en classes préparatoires auxquels se sont associés des spécialistes comme Sylvie Brunel, Michel Drancourt ou Isabelle Lefort et des acteurs comme Henri Proglio, le livre offre donc une étude complète et pédagogique du développement durable.

L'association Antheïos rassemble des enseignants de classes préparatoires spécialisés dans les questions de géopolitique. Elle publie tous les ans une étude consacrée à un enjeu géopolitique de première importance, ainsi L'Exception américaine en 2004.