Cours

Cours de Première ES : 6. Les Processus de socialisation et de la construction des identités sociales

Question 5. Comment les réseaux sociaux fonctionnent-ils ?

Découverte

Document 1 - Quels liens entre les individus ?

Une relation de face à face : un entretien d'embauche

Crédit photo : Pôle emploi

 

 

1) Qu'est-ce qu'une relation ?

2) Pourquoi distingue-t-on des relations formelles et informelles ?

3) Quelle est la nature des relations (ou liaisons) entre les personnes ? 

4) Ces personnes en contact forment-elles un réseau de relations ?Crédit photo : Union européenne

Document 2 - Quels liens entre les individus ?

Plusieurs organes, agences et institutions de l'UE ont crée des comptes officiels sur des réseaux sociaux et d'autres sites de partage de contenu

Crédit photo : Union européenne

 

1) Quelle est la nature des relations évoquées ici ? 

2) Quel est le but du réseau créé ? 

3) Les personnes en contact forment-elles un réseau de relations ?

Document 3 - Réseaux et ressources

"Les migrants roumains arrivés à Rome ou dans un village proche n’y viennent pas par hasard. Le plus souvent, ils ont été appelés par un proche, et envisagent eux-mêmes une fois installés d’appeler un autre proche. Une chaîne migratoire résulte de la reproduction de chaque maillon de ce processus où les liens familiaux indirects sont prédominants et déterminants. Sont impliqués les beaux-frères, les cousins, les neveux ou oncles, les parrains de mariages ou de baptêmes, les voisins.

La notion de "réseau migrant" est très opérationnelle pour l’étude du fonctionnement des migrations et de l’insertion sociale des migrants dans une société autochtone, mais le terme même prête à confusion. En général, un réseau migrant correspond aux liens existant entre un individu et des partenaires qui ont participé à sa migration. Implicitement, nous avons tendance à considérer qu’il contient des servitudes d’entraide, de solidarité en migration, de renforcement des convictions d’appartenance, tout simplement pour assurer la sécurité d’un ensemble de personnes. Celles-ci ont en commun d’avoir émigré du même endroit et d’être arrivées au même point. Elles se retrouvent dans un monde où les certitudes et la survie individuelle sont menacées par la difficulté de se frayer un chemin dans la société d’accueil.

Il y a donc vraisemblablement une petite confusion qui s’installe entre réseau migrant, communauté de migrants et chaîne migratoire. La chaîne migratoire est un mécanisme qui n’existe que lorsqu’elle est en marche, c’est-à-dire quand d’anciens migrants aident les nouveaux à venir, qui à leur tour en aideront d’autres, et ainsi de suite. Si en revanche nous nous intéressons au panorama instantané des liens dont dispose un migrant arrivé à une destination, nous ne pouvons plus parler simplement de chaîne migratoire mais d’un réseau social constitué tant des liens créés en cours de route que des plus anciens non activés dans la migration, ou encore des liens nouveaux tissés sur place et "hors chaîne". Le terme "carte des liens" paraît rendre compte de ce paysage de liens à disposition d’un individu. (…)

En d’autres termes, les cartes de liens sont définies par la parenté, articulée par des liens dont la force, la fréquence et l’intensité sont inversement proportionnelles à l’extension et à la densité du réseau. La majorité des acteurs habitent dans un périmètre de faible distance – même quartier périphérique dans l’agglomération romaine, ou même commune en dehors –, et la totalité d’entre eux habite la même région, le Latium."

Source : Serge Weber, De la chaîne migratoire à la migration individuelle des Roumains à Rome, Hommes & Migrations, N° 1250 - Juillet-août 2004

 

1) Comment appelle-t-on un réseau formé de trois personnes ?

2) Tracer graphiquement un réseau avec un migrant ayant trois sœurs et deux frères mariés à des personnes ayant chacun un frère et une sœur.

3) Distinguez : réseau de migrants, chaîne migratoire et communauté de migrants.

4) Illustrez les notions de "force", "fréquence" et "intensité" des liens. Vous pouvez-vous donnez les exemples de réseaux migratoires du texte ou en France.

5) En vous appuyant sur le texte et les graphiques, indiquez dans quelle mesure le réseau social est une ressource pour les individus ?

Document 4 - Le capital social, selon Robert D.Putnam

L’Observateur de l’OCDE : Qu’est-ce exactement que le capital social ?

R. Putnam : Comme tout concept nouveau qui se répand très largement en peu de temps, ce vocable est utilisé de différentes manières. Mais je voudrais insister sur une définition a minima : le capital social fait référence aux réseaux sociaux et aux normes connexes de réciprocité.

L’idée centrale est très simple : les réseaux sociaux ont une valeur. Ils en ont une pour les individus internes aux réseaux – par exemple, on peut tout à fait soutenir que l’utilisation de réseaux constitue une bonne stratégie de carrière –, mais ils ont également des «externalités», c’est-à-dire des répercussions sur ceux qui leur sont externes. Ainsi, les réseaux sociaux denses d’un quartier – barbecues, dîners ou autres – peuvent faire reculer la criminalité, et même profiter aux habitants qui ne se rendent pas à ces barbecues.

Toutes les externalités ne sont pas positives. Certains réseaux ont été utilisés pour lever des fonds à des fins terroristes. (…) Il en va de même pour le capital social.

(…) De la même manière, il nous faut faire la différence entre différents types de capital social, et par exemple entre le capital social « fermé » (il s’agit alors de liens entre des gens qui présentent des similitudes d’origine ethnique, d’âge, de classe sociale ou autres) et le capital social « ouvert » qui désigne des liens transversaux par rapport aux différentes directions des clivages sociaux.

Ce qu’il faut retenir, c’est que les réseaux sociaux peuvent représenter un actif puissant tant pour les individus que pour les communautés d’individus.

L’Observateur de l’OCDE : L’idée de capital social ne fait pas l’unanimité. Quelles sont d’après vous ses forces et ses faiblesses spécifiques ?

R. Putnam : Naturellement, toutes les théories peuvent être remises en question (…). Les trois grandes critiques que j’ai entendues à propos du capital social sont les suivantes : premièrement, il est bâclé sur le plan théorique ; deuxièmement, son orientation causale est mal démontrée ; troisièmement, il n’a pas de leviers d’action.

Comme je l’ai dit tout à l’heure, il est exact de dire qu’aux premiers jours de l’idée de capital social, certains enthousiastes ont pu manifester une relative « exubérance irrationnelle », de sorte que tout ce qui était bien était qualifié de « capital social » ; mais au cours de la décennie écoulée, des chercheurs sérieux ont élaboré un concept élémentaire rigoureux. Les thèses centrales selon lesquelles les réseaux sociaux ont des effets sur le flux d’information et selon lesquelles les interactions répétées des réseaux peuvent contribuer à résoudre les dilemmes de l’action collective sont entièrement en phase avec la théorie économique classique. Même l’idée que les réseaux peuvent affecter l’« identité » – si j’interagis plus souvent avec un groupe, j’ai plus de chances de prendre ses intérêts en compte – correspond à certains travaux récents sur les « préférences endogènes » de la théorie économique.

Les tenants du « capital social » ont signalé de nombreuses corrélations avérées entre des réseaux sociaux animés et des résultats tels que de meilleures performances scolaires, des taux de criminalité plus bas, une meilleure santé publique, un recul de la corruption, une amélioration des performances des marchés, etc. (…)

Mais ceci n’établit pas la causalité. Une telle démonstration sera difficile à apporter, parce qu’il n’est pas facile d’imaginer une expérience dans laquelle on impose à certains individus d’avoir des amis ou d’aller à l’église, et à d’autres de faire l’inverse.

© L’Observateur de l’OCDE, N°242, Mars 2004

Pour Robert D. Putnam, professeur d’administration publique à la JFK School of Government de Harvard et auteur de « Bowling Alone ».

 

1) Qu'est-ce que la « réciprocité » ?

2) Pourquoi, selon Robert Putnam, les « réseaux sociaux ont une valeur » ? 3) Les personnes en contact forment-elles un réseau de relations ?

4) Qu'est-ce qu'une externalité ? Pourquoi Robert Putnam mobilise-t-il ici le concept d’externalité ?

5) Pourquoi les réseaux sociaux forment-ils un « actif puissant » ? 

6) Quelles sont les différentes qualités attribuées au capital social par Robert Putnam ? 

7) Quelles différences faites-vous entre corrélation et causalité ? Pourquoi la différence est ici importante ?

Document 5 - Sociabilité, réseaux sociaux et proximité

"À la proximité affective qui caractérise la sociabilité téléphonique, s’ajoute une très grande proximité géographique du réseau d’interlocuteurs. En effet, bien que médiatisé et affranchi des contraintes de distance physique, le lien téléphonique ne favorise pas l’entretien de contacts lointains. À l’inverse, il permet de faire le constat de la permanence de l’ancrage des communautés personnelles dans un périmètre géographique étroitement délimité.

Plus des trois quarts des interlocuteurs téléphoniques des Français vivent à moins de 50 km de leur lieu de résidence (83 %), dont plus de la moitié dans leur espace de vie quotidienne (53 %), défini ici comme un périmètre de 10 km autour de leur localité. En ce sens, les contacts téléphoniques ne montrent pas l’existence d’un réseau de relations fortement dispersées dans l’espace favorisant et privilégiant les relations à distance.

Seul le réseau de parenté renvoie à une dispersion plus importante. Cette dernière reste toutefois relative puisque l’éloignement géographique le plus important (à plus de 50 km au moins) ne concerne que 25 % des interlocuteurs familiaux. Le réseau amical comme celui des autres relations personnelles se caractérisent, en revanche, par une très forte proximité géographique (60 % vivent à moins de 10 km). (…)

Les interlocuteurs téléphoniques sont donc, dans la majorité des cas, des personnes que l’on rencontre souvent. Ce recouvrement important des deux réseaux de sociabilité (téléphonique et face à face) montre le rapport étroit de ces deux modes de sociabilité. Il est particulièrement perceptible au travers des relations amicales, mais également des relations de travail et de voisinage : deux tiers de celles qui sont jointes par téléphone sont aussi celles qui sont vues au moins une fois par semaine (respectivement 65 % et 62 %)."

Source : Carole-Anne Rivière, Le téléphone : un facteur d’intégration sociale, Économie et Statistique, N° 345, 2001

 

1) Qu'est-ce que la sociabilité ? Et la sociabilité téléphonique ?

2) Quel est le paradoxe soulevé ici ?

3) Pensez-vous que la pratique des réseaux sociaux numériques ait changé la sociabilité ?

 

Document 6 - L’utilisation du revenu disponible en France

" La définition suivante prend en compte la plupart des idées que l'on trouve dans la notion de "force" d'un lien interpersonnel : la force d'un lien est une combinaison de la quantité de temps, de l'intensité émotionnelle, de l'intimité (confiance mutuelle) et des services réciproques qui caractérisent ce lien. (…) [et] qualifier un lien de fort, de faible ou d'absent. Par "absent", nous entendons non seulement l'absence de toute relation, mais également des liens qui ne sont pas très importants, comme les "vagues" connaissances entre les gens vivant dans la même rue ou le "lien" que l'on a avec son marchand de journaux à qui l'on achète son quotidien. Il y a "absence de lien" entre deux individus, tant que leur interaction reste négligeable et, ce, même s'ils se connaissent par leur nom."

Source : Mark Granovetter, Le marché autrement, Éditions Desclée de Brouwer, 2000

 

1) Qu'est-ce qu'un lien interpersonnel ? Quels peuvent être les autres types de liens ?

2) Quels sont les quatre facteurs qui renforcent un lien interpersonnel selon Mark Granovetter ?

3) Comment peut-on qualifier les liens qui unissent les individus ?

4) Donner un exemple de "lien fort".

Document 7 - La force des liens faibles : un réseau d'entrepreneurs

"Cap Digital, Silicon Sentier, pariSoma et Ubifrance unissent leurs forces pour organiser une mission dénommée Bridge proposant aux Start-up et PME de participer à la découverte de la Silicon Valley et de SXSW 2011. (…)."

Le Bridge souhaite aussi vous aider à faire de nombreuses rencontres professionnelles de façon spontanée pour compléter votre programme de rencontres personnalisées. La culture du "Meetup" est un élément important de la Silicon Valley. Networking et collaboration sont les objectifs de ces rendez-vous moins formels. (…)

South by South West Interactive (SXSW) est le festival technologique réunissant tous les grands acteurs de l’innovation des Etats-Unis dans une atmosphère unique. Cette manifestation se trouve à Austin et a construit sa réputation de Mecque de l’innovation en lançant de nombreux projets devenus des succès planétaires tels que Twitter, ou Foursquare. L’année dernière une délégation française FXSW "French by South West", a été organisé par des jeunes entreprises innovantes (Bearstech, AF83, Axessio, dismoioù, faberNovel, Stupeflix), des cellules de veille et départements R&D d’entreprises internationales (Orange Labs, L’Atelier) des associations et réseaux (Silicon Sentier, Incub 104, La Cantine), rendant compte de ces trois jours d’inspiration et de rencontres exceptionnelles

Source : Cap-digital

 

1) Cherchez sur Internet ce que font Cap Digital, Silicon Sentier, parisoma et Ubifrance.

2) Pourquoi des chefs d'entreprises français font des voyages d'études aux Etat-Unis ?

3) Quels types de liens les participants au voyage vont tisser ?

4) Résumez le but de ce voyage ?

Document 8 - http://www.polytechniciens .com

L'AX (Société amicale des anciens élèves de l'École polytechnique) est heureuse de vous accueillir sur le site qu'elle a mis en place sur le Web.

L'AX est une association régie par la Loi de 1901. Fondée en 1865, elle a été reconnue d'utilité publique par décret du 22 septembre 1867. Elle regroupe 13400 adhérents sur un total de 17800 anciens élèves diplômés vivants.

Ses buts sont définis par ses statuts :

· assurer la liaison entre les anciens élèves de toutes les promotions, et donc de tous les âges, développer entre eux l'amitié et la solidarité, venir en aide aux élèves et anciens élèves dans le besoin, ainsi qu'à leurs familles ;

· représenter à l'extérieur la communauté polytechnicienne, notamment auprès des instances politiques et administratives, des médias, etc.

· aider l'École à atteindre ses objectifs en matière de haut enseignement scientifique et, depuis quelques années, de développement vers l'international.

A qui s'adresse ce site ?

A tout le monde, sans aucun filtre d'accès :

· pour fournir des informations sur l'association, les groupes qui la composent, les organismes associés, etc. ;

· pour savoir si une personne désignée est bien ancien de l'École polytechnique ;

· pour communiquer avec l'AX

Aux X, avec un filtre d'accès (mot de passe), avec les mêmes fonctions et en plus :

· l'accès à un annuaire détaillé des X ;

· la possibilité de modifier des données individuelles dans l'annuaire ;

· des facilités pour communiquer par Internet avec un autre X.

Bonne navigation sur notre site !

 

1) De quelle nature est l'aide apportée par l'association AX ?

2) Le réseau est-il ouvert ou fermé ?

3) Tous les étudiants bénéficient-ils d'un même réseau ? Pourquoi ?

Document 9 - La faiblesse du réseau

"Parmi les différents modes de recherche possibles, les chômeurs au RMI (1) ou récemment sortis du dispositif utilisent en priorité les agences pour l’emploi : 76,6 % des chômeurs actifs dans leur recherche d’emploi ont eu recours à l'ANPE (2), à l’Apec ou aux missions locales. Viennent ensuite les démarches directes auprès des employeurs, la mobilisation du réseau de relations et les petites annonces.

La comparaison avec les autres chômeurs (hors du dispositif RMI) est révélatrice : ces derniers privilégient en effet la mobilisation de leur réseau de relations, avant le recours aux agences publiques pour l’emploi.

Comment comprendre ce moindre rôle des relations familiales, amicales ou professionnelles dans les démarches des chômeurs au RMI ? Les allocataires du RMI sont principalement des jeunes qui n’ont pas encore droit aux allocations chômage en raison d’une expérience professionnelle trop courte ou des chômeurs de longue durée qui ont épuisé leurs droits. Ils ne peuvent donc pas faire appel à des relations professionnelles qu’ils n’ont pas encore ou qu’ils ont perdues de vue. De surcroît, leurs relations familiales ou amicales sont, elles aussi, souvent plus éloignées du monde du travail que celles des autres chômeurs.

Pour compenser ce réseau insuffisant de relations professionnelles, amicales et familiales, ils recourent alors plus souvent aux services de l'ANPE."

(1) Revenu Minimum d'Insertion devenu RSA (Revenu de Solidarité Active) depuis le 1 er   juin 2009 (2) Devenu Pôle emploi en 2008 avec la fusion entre l’ANPE et les Assédic.

Source : Laurence Rioux, Recherche d’emploi et insertion professionnelle des allocataires du RMI, Économie et Statistique , n° 346-347, 2001

 

1) Quelles sont les solutions utilisées par les titulaires de minima sociaux pour retrouver un emploi ? 

2) Pourquoi certains individus ne mobilisent-ils pas leurs réseaux sociaux ? 

3) Le texte remet-il en cause "la force de liens faibles" dans l'obtention d'un emploi ? Pourquoi ?

Document 10 – La multiplication des liens

"À la manière des poupées russes, les utilisateurs du web social composent donc le périmètre de leur public par extensions successives. Différemment selon les plateformes, ils articulent liens forts (famille amis, proches), ex-liens forts (amis et amours retrouvés sur les réseaux sociaux), liens contextuels (collègues, amis du club sportif ou de la chorale), liens d'opportunité (connaissances vagues ou connaissances de connaissances) et liens virtuels (personnes rencontrées sur le net qui partage avec eux quelque intérêt commun). Bien que tous soient loin d'y céder, une pression continue s'exerce sur les utilisateurs afin qu'ils étendent leurs connexions en mêlant aux "vrais" amis, des amis "intéressants", des amis "utiles", des amis "spécialisés" ou des amis "ressources"."

Source : Dominique Cardon, La démocratie Internet. Promesses et limites . Éditions du Seuil et La République des Idées, 2010

 

1) Quels sont les différents liens présentés ici ?

2) La distinction entre "liens forts" et liens "faibles" est-elle pertinente pour classer les différents types de liens ?

Document 11

"Jusque-là j'ai insisté sur deux points même : la sphère privée a été reconfigurée par l'arrivée des micro-ordinateurs dans les années 1980 ; la sphère publique a été bouleversée par le Web ces dernières années. (…)

La remise en question de la séparation entre privé et public avec le Net est surtout le résultat du changement des modalités de contact interpersonnel. Les communications un-à-un sont de moins en moins le trait distinctif de la sphère privée, tandis que le public n'est plus l'espace consacré aux communications un-à-plusieurs. Les ordinateurs des bibliothèques de la mairie peuvent à présent servir pour envoyer des mails personnels, et, (…) chacun peut tranquillement signer une pétition électronique sans sortir de son lit. Le Web a fait en sorte que les caractéristiques spatio-temporelles de la sphère privée soient transposées dans la sphère publique – et vice versa. L'instantanéité, "l'ici et maintenant" des échanges sans intermédiations, que l'on réservait auparavant à son cercle familial, est maintenant une caractéristique des collectivités en ligne. Et l'exposition publique (…) gouverne aussi nos conduites les plus intimes en ligne. Le psychanalyste Serge Tisseron propose d'inscrire l'époque actuelle sous le signe de l'"extimité", le fait de déplacer certains éléments strictement personnels dans le domaine public avec le souhait qu'il en résulte à la fois une intimité plus riche et des liens nouveaux."

Source : Antonio A. Casilli, Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ? Éditions du Seuil, 2010

 

1) Comment ont évolué les contacts interpersonnels ?

2) Quelles informations donne-t-on généralement pour créer un profil sur un réseau social numérique ? Donnez-vous ces informations à tout le monde ?

3) Donnez un exemple pour illustrer le phénomène "d'extimité" en utilisant votre propre pratique des réseaux sociaux numériques.

Document 12 – Réseaux et révolution

Contrôler le Web

Le site officiel du gouvernement, la totalité des sites web des ministères, mais aussi le site de la banque Zitouna : depuis lundi 3 janvier, de nombreux portails officiels sont indisponibles.

D'autres sites ont été "défacés", c'est à dire que leur page d'accueil a été remplacée par un message du collectif Anonymous, qui s'est notamment fait connaître par son "opération Riposte", contre les opposants à WikiLeaks.

Dans une lettre ouverte, le groupe informel assure désormais mener une "opération Tunisie". "Le gouvernement tunisien, dirigé par le président Ben Ali, a montré un niveau de censure outrageant, bloquant non seulement des sites de blogeurs dissidents, mais aussi des sites comme Flickr, ou toute source d'information mentionnant WikiLeaks", fait valoir Anonymous. Les pannes perdurent mercredi, mais Tunisie Numérique assure que "les sites ont été mis hors ligne par le gouvernement depuis hier matin afin de rétablir leurs contenus".

Depuis le début de l'année, les escarmouches se multiplient entre les cyber-dissidents et ce qu'ils surnomment "Ammar", l'appareil de censure tunisien. L'histoire de Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur de fruits et légumes qui s'est immolé le 17 décembre à Sidi Bouzid, ville du centre-ouest de la Tunisie, a suscité l'indignation de la blogosphère et des internautes. Ce diplômé au chômage s'était aspergé d'essence devant la préfecture, après s'être fait confisquer la marchandise qu'il vendait dans la rue par la police municipale parce qu'il n'avait pas les autorisations nécessaires. Il est mort de ses blessures mardi 4 janvier.

En protestation contre le sort de ce chômeur, des marches et manifestations – non autorisées – ont eu lieu à partir de fin décembre dans plusieurs villes du pays. Des banques et des bâtiments publics ont été incendiés, et un jeune homme a été tué par un tir de la police à Menzel Bouzaïene, le 22 décembre. Ces manifestations s'organisent principalement via le réseau social Facebook, sur lequel les appels à manifester sont transmis par messages privés ou en utilisant des messages codés, afin d'échapper à la surveillance de la police. (…)

Le Monde le 5 janvier 2011

Ni "e-revolution" ni "révolution du jasmin"

D'aucuns qualifient déjà la chute du régime de Ben Ali de premier exemple de "e-Revolution" et tentent de la baptiser du nom de "révolution du jasmin". Y croire serait penser qu'il suffit d'un ordinateur et d'une connexion à Internet pour faire chuter un dictateur. Y croire serait oublier de manière tout à fait indécente les morts tombés à Sidi Bouzid, Kasserine, Regueb, Douz et ailleurs. Y croire serait faire fi du combat de longue haleine mené par une poignée d'hommes et de femmes dignes et courageux qui bravent depuis des années cette dictature dont les tentacules sont largement ancrés dans la société tunisienne. Y croire serait oublier les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons de Ben Ali. Y croire serait oublier le soulèvement du bassin minier de Gafsa, fin 2008, où les syndicalistes appelaient déjà à une répartition plus équitable des quelques richesses de la Tunisie. Y croire serait oublier l'action des syndicalistes et des véritables partis politiques d'opposition qui malgré leurs moyens dérisoires, n'ont jamais faibli. Non, la "révolution" ne s'est pas faite sur Twitter, ni sur Facebook. Non la "révolution" ne s'est pas faite en un mois. Non, tous les Tunisiens n'ont pas connu la douceur de vivre au "pays du jasmin".

par Samia M., courrier des lecteurs sur Internet, Le Monde 17 janvier 2011

 

1) Pourquoi a-t-on utilisé le terme de "e-révolution" ?

2) Dans un tableau, recensez les arguments qui soulignent l’importance des réseaux sociaux et les autres facteurs.

3) Quel est, selon vous, alors l’apport de ces nouvelles technologies de communication dans les mobilisations sociales ?

 
 
Document 13 - Les nouveaux usages des réseaux sociaux

Les usages des réseaux sociaux : les artistes

Installation Twitter

Walker Point @ centre pour les arts (2 juin-5 Juillet 2009)

Description par l'artiste « 

J'ai créé le nom d'utilisateur "installation1" sur Twitter.

Je ne m'adresse qu'aux personnes qui choisissent de suivre le nom d'utilisateur "installation1".

Je rassemble tous les tweets de toutes les personnes que j'ai suivies et je les imprime sur papier translucide (sur des bandes de 1x5 in.). J'apporte les tweets imprimés sur le papier à la galerie chaque jour et les dépose au même endroit sur le sol tous les jours.

Le tas de tweets grandira chaque jour, sans limite, sa taille sera fonction du nombre de personnes qui adhèreront à ce projet. Je mettrai à jour l'image d'"installation1" sur Twitter avec une photo à partir du même point de vue. À la fin de l'installation les tweets seront collés ensemble dans une sphère.

Lieu : Point Walker, Centre pour les arts, 911, avenue W. Nationale. Milwaukee, WI 53204

1) Pourquoi Twitter est un réseau social numérique ?

2) En quoi les réseaux sociaux constituent une nouvelle forme de création, de coordination et/ou de sociabilité ?

 

 Les usages des réseaux sociaux : les hommes politiques

La première campagne présidentielle de Barack Obama

L'utilisation des sites Web fait partie d'une stratégie que Barack Obama a annoncé dans une vidéo en ligne, en février 2007, avant même qu'il ait officiellement lancé sa campagne présidentielle. Il a demandé à son auditoire en ligne "d'utiliser ce site comme un outil permettant d'organiser vos amis, vos voisins et vos réseaux."

(…)

L'un des outils les plus importantes dans la compagne de M. Obama fut le réseau social my.BarackObama.com. Depuis son lancement il y a un peu plus d'un an, plus de 500.000 comptes ont été créés et près de 30 000 événements pour soutenir la campagne ont été enregistrés sur le site. Chris Hughes, co-fondateur Facebook a travaillé avec les organisateurs de la campagne.

Selon le site de surveillance du trafic internet Compete, près de 1,7 million de personnes ont visité le site de campagne Barackobama.com en janvier 2008. (…)

Beaucoup de volontaires dans les Etats de l'Ohio et du Texas ont noté que la technologie des réseaux sociaux leur a aussi permis, et donc la campagne, de couvrir les deux États (…)

Beech, une femme de 42 ans, mère de trois enfants, et médecin à temps partiel a passé les deux derniers mois à construire son réseau local de soutien à la candidature d'Obama à l'aide d'un carnet d'adresses mail. Elle a créé sur le site my.BarackObama.com un groupe de soutien appelé "Bexley , Yes We Can!". Le groupe a entre 40 et 50 membres. Beech gère séparément un carnet d'adresses électroniques comprenant 150 noms d'amis, de membres de la famille et de connaissances. Son fils Jacob, 16 ans, travaille pour faire connaître les derniers événements de la campagne en utilisant Facebook.

Beech utilise donc les outils de mise en réseaux de la campagne d'Obama pour faire connaître et organiser des événements. Elle a ainsi organisé une conférence publique dans l'auditorium de l'école primaire locale pour dimanche. L'auditorium a une capacité de 350 places mais elle s'attend à ce qu'il n'y ait pas assez de places assise après avoir publié l'invitation sur10 d'autres groupes locaux enregistré sur my.BarackObama.com.

(…)

"Cette technologie favorise l'organisation même hors ligne, et c'est un moyen pour les membres de la communauté de se rencontrer, et d'organiser tout différemment de l'organisation à l'ancienne que nous n'aurions jamais pu avoir autrement le temps ou les ressources à gérer", dit Ian Davis, un autre supporter d'Obama et organisateur communautaire à Austin.

Source : http://www.wired.com

1) Pourquoi Facebook est-il un réseau social numérique ?

2) Comment l’utilisation de Facebook peut-elle faciliter la mobilisation de l’électorat ?

3) Peut-on toujours opposer communauté virtuelle et communauté réelle ?

4) En quoi les réseaux sociaux constituent-ils une nouvelle forme de coordination et/ou de sociabilité ?

 

 

 

Approfondissement

RÉSEAUX SOCIAUX ET SOCIABILITÉ

Combien d'amis avons-nous dans le lycée ?

Combien « d’amis » avez-vous sur Facebook ? Ou de suiveurs sur Twitter ?

Vos parents ont-ils ouvert un compte Viadeo ou Linkedind ?

A combien de personnes, vous ou vos parents, peuvent-ils téléphoner pour trouver un job d’été ?

Quelle est la nature des liens que nous entretenons avec notre famille, nos voisins, nos professeurs, etc. ?

Un réseau social est "un ensemble de relations entre un ensemble d’acteurs" (Michel Forsé). Pour le sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918), la société est "constituée d’êtres qui souhaitent établir exclusivement entre eux des actions réciproques". Ces liens "soudent" les individus entre eux.

Ainsi, les individus ne se caractérisent pas seulement par leurs appartenances à des groupes sociaux (sexe, âge, statut, groupe socioprofessionnel, lieux de résidence, nationalité, etc.) mais aussi par des relations. Le concept de "réseau social" permet donc de décrire et d'expliquer ces interactions sociales ou actions réciproques entre les individus et leurs régularités.

D'une manière générale, la sociabilité est définie comme une aptitude à engager des relations sociales avec autrui. Pour le sociologue, c'est l’ensemble des relations qu’un individu (ou un groupe) entretient avec d’autres.

La sociabilité est l’expression élémentaire du lien social. Les relations de sociabilité deviennent alors des mesures de l'intégration sociale.

Dans la filiation du sociologue Pierre Bourdieu, on peut analyser les pratiques de sociabilité pour mettre à jour le phénomène que les relations sociales (ou "le capital social") renforcent les inégalités d’ordre économiques et culturelles.

D'autres sociologues privilégient l'analyse empirique des pratiques de sociabilité, notamment celles donnant lieu à des conversations. Les enquêtes permettent de mesurer le temps et le nombre de contacts liés aux différentes formes de sociabilité (visites familiales, fréquentation des cafés, pratique d'une activité associative, communication téléphonique, etc.). Ces études distinguent souvent six ensembles de relations concrètes entre les individus : la parenté, les amis, les voisins, les relations de travail, les relations de services et enfin l’ensemble des autres relations (vie associative, pratiques religieuses, rencontres d'inconnus).

On peut distinguer différentes formes de sociabilité :

  • la sociabilité formelle est le résultat d’une organisation préalable ;
  • la sociabilité informelle émerge plus spontanément des interactions.

Les relations professionnelles et les pratiques associatives relèvent de la sociabilité formelle ; les rencontres et discussions entre d'amis correspondent à la sociabilité informelle.

On peut aussi mettre l'accent sur le caractère collectif ou individuel de la sociabilité. Mark Granovetter propose de différencier les relations de sociabilité par la force du lien, c’est-à-dire de l’intensité ou de la qualité des relations interpersonnelles.

On peut encore opposer des relations de proximité (géographique, sociales, ethniques, affinitaires) ou d’éloignement.

La sociabilité peut être "contrainte" ou obligatoire et/ou affinitaire ou élective.

La représentation graphique des relations (ou graphes) est un outil qui permet de mettre en exergue des structures sociales et les configurations. Les graphiques proposés sont formés de la combinaison de deux éléments : les sommets et les arcs. La dyade désigne la relation entre deux unités. C’est la figure la plus simple de l’interaction. La triade est l'unité pertinente de l’analyse des réseaux. Cette forme permet de comprendre que le réseau sépare et relie à la fois.

Le concept de réseau est donc pertinent pour comprendre les appartenances multiples des individus aux groupes sociaux et évaluer l’ensemble des relations qu'ils entretiennent. L’analyse de réseau permet de souligner que la sociabilité est un phénomène explicatif de certains comportements sociaux.

CAPITAL SOCIAL

 

 

 

 

La mobilisation de connaissances (parents, amis, collègues de travail, voisins, etc.) est souvent nécessaire pour obtenir un emploi stable, voire pour un emploi saisonnier, pour bénéficier d'une priorité (invitation à une soirée), contourner une règle bureaucratique (obtenir un appartement dans HLM "bien situé", une place en crèche, ne pas payer une amende, etc.) ou simplement bénéficier d'un soutien affectif ou partager une bonne nouvelle (permis de conduire, baccalauréat, naissance d'un enfant).

Les réseaux offrent des ressources à leurs membres. Les réseaux familiaux sont des sources d'entraide (dons, caution, prêts, garde d'enfants), les réseaux migratoires permettent aux étrangers de s'intégrer plus rapidement dans la société d'accueil par l'aide au logement ou à l'emploi, les réseaux d'anciens élèves des grandes écoles (Polytechnique, ENA, HEC, etc.) ou les réseaux professionnels offrent à la fois des soutiens matériels mais aussi des opportunités d'emplois, un "carnet d'adresses" nécessaire pour mener une carrière prestigieuse, occuper des postes bien rémunérés.

La constitution de réseaux informels peut être déterminante pour la compétitivité des entreprises, notamment lorsque les réseaux professionnels offrent des ressources (personnels qualifiés, confiance, partenariat, capitaux) qui sont nécessaires au développement de l'activité.

Le capital social est l'ensemble des ressources que mobilisent les individus grâce aux réseaux de relations dont il dispose.

Le politologue américain Robert Putnam souligne l'importance des contacts réguliers entre les personnes, notamment dans le cadre associatif pour mesurer le capital social. La participation à des groupes a des effets bénéfiques pour les individus et pour la collectivité. Le capital social apparaît comme une externalité positive. A l'inverse, la baisse de la participation associative témoignerait d'un déclin du capital social. Cependant, ce constat ne fait pas l'objet d'un consensus et la mesure du capital social est controversée.

TROUVER UN EMPLOI OU NOUER DES RELATIONS D’AFFAIRE : LA FORCE DES "LIENS FAIBLES"

Les individus ont, ou n'ont pas, de liens entre eux. Lorsqu'ils entretiennent des liens interpersonnels, ceux-ci peuvent être "forts" ou "faibles". Le lien est d'autant plus fort que les personnes ont passé du temps ensemble, ont de l'affection l'un pour l'autre, se font mutuellement confiance et se rendent des services réciproques.

Le sociologue préféra donc parler de liens sociaux (plutôt que de lien social, au singulier) pour souligner l'existence de "liens forts" qui sont généralement les relations avec les membres notre famille, nos amis proches, nos collègues de travail et tous ceux que nous rencontrons régulièrement, et de liens faibles, qui sont les relations avec les personnes que nous rencontrons occasionnellement.

Le travail du sociologue américain Mark Granovetter sur le processus d’embauche de cadres dans la région de Boston (États-Unis) permet de souligner l’importance des contacts personnels dans les flux d’information. Il démontre alors "la force des liens faibles" pour obtenir un emploi. Les relations peu intenses et peu fréquentes (ou "liens faibles") peuvent être plus efficaces, dans certains milieux sociaux, que les "liens forts", pour obtenir un poste.

Pour les personnes qui recherchent un emploi, les "liens faibles", qui permettent de rencontrer des personnes à l'extérieur du groupe de fréquentation habituel, sont plus efficaces que les "liens forts" puisqu’ils permettent d’avoir accès à des informations nouvelles.

Ainsi, pour Mark Granovetter, la compréhension du marché du travail ne doit pas se limiter à une analyse en termes d’offre et de demande. Les offreurs (candidats) et les demandeurs (employeurs) ne prospectent au hasard. Avant la signature du contrat de travail, il y a l'ensemble des relations qui ont permis de devenir salarié : conseils de proches (parents ou non), connaissances ou reconnaissances entre pairs, recommandations d’amis ou "d'amis d'amis", etc. Il invite donc à intégrer dans l'analyse du marché du travail les réseaux sociaux mobilisés avant l'embauche. Mais surtout, il précise que l'efficacité des acteurs, et donc leur insertion dans l'entreprise, ne repose pas seulement sur leur seule productivité mais aussi sur la qualité et la diversité de leur réseau, sur "la force des liens faibles".

Cette analyse a été nuancée dans le cas de la France. En effet, dans les milieux populaires (employés, ouvriers), il semble que se sont plutôt les "liens forts" (conjoints ou parents) qui sont souvent les plus efficaces pour trouver un emploi que les relations indirectes.

LES RÉSEAUX SOCIAUX CONSTITUENT DE NOUVELLES FORME DES COORDINATION ET DE SOCIABILITÉ

Les individus appartiennent à des réseaux sociaux mais aussi à des réseaux techniques(téléphone, accès à Internet). Selon l'Arcep, plus du tiers de la population française (de plus de 12 ans) est inscrit sur un réseau social numérique en 2010, soit 7 millions de nouveaux utilisateurs par rapport à 2009. La rapide diffusion des réseaux sociaux numériques (ou réseaux sociaux en ligne) modifie les relations entre les individus, les relations de sociabilité et les pratiques sociales.

Copains d’avant, Cyworld, Facebook, FriendFeeder, Hi5, Linked In, 6nergies, Myspace, Netlog, Open BC, Orkut, Tuenti, Trombi, Viadeo, … ces sites Internet ont des particularités différentes mais partagent tous la même finalité : mettre leurs membres en relation.

Ces services de réseautage social invitent repenser le sens des mots "amis" ou "contacts" et, plus largement, les relations sociales lorsque les liens sont augmentent de façon exponentielle.

Viadéo, par exemple, indique à ses membres ses contacts directs et ses contacts indirects. Une personne ayant 20 contacts directs peut avoir 300 contacts de second niveau et 10000 contacts de 3ème niveau … Ces "amis d'amis" sont-ils une ressource ? Peuvent-ils être mobilisés ? De même, faut-il toujours opposer les "liens faibles" et "les liens forts" quand sur les réseaux sociaux numériques les "amis" sont aussi des proches (camarades de classe, voisins) et des membres de la famille ? Ces nouvelles technologies ont-elles des effets désocialisants ou, au contraire, renforcent-elles les liens sociaux ? Les normes et les valeurs véhiculées renouvellent-ils les relations entre les individus ?

La généralisation des nouvelles formes de relations sociales invite le sociologue à prendre en compte la "force des liens numériques" (Antonio A. Casilli) pour mieux appréhender les processus d'intégration à la société. Ils modifient les oppositions traditionnelles entresociabilité privée (intime, familiale et amicale) et sociabilité publique (tournée vers l'extérieur).

Ces réseaux invitent aussi à repenser les potentialités (artistiques, politiques, etc.) de ces relations numériques (blogosphère, les forums d'échanges, site de campagnes des candidats, etc.).

Ainsi, de nouvelles pratiques (cyberactivisme, cybercitoyenneté, cybermobilisation, cyberprotestation) renouvellent le répertoire d'actions dans tous les régimes politiques et de nouveaux espaces de délibération émergent. Les réseaux numériques sont mobilisés pour véhiculer les messages électoraux, soulever des fonds, mobiliser le jour du vote, étayant les utopies d’une « cyberdémocratie » ou d’une « e-democracy ».Ils ont été très actifs pendant la campagne présidentielle française de 2007 et américaine de 2008. Ils ont été au cœur des révolutions dans le monde arabe en 2011.