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Cours de Terminale ES : 7. La participation politique

Question 2. Quels sont les répertoires de l'action politique aujourd'hui ?

Découverte

Document 1

Marquant ainsi une inflexion remarquable dans les formes de la compétition politique, les nominations électives vont progressivement se transformer en élections libres et concurrentielles à la fin du XIXème siècle. A travers une série de luttes contre les pratiques restrictives du droit de suffrage et à la faveur de l’intérêt croissant de nouveaux groupes sociaux pour les « affaires politiques », s’affirme une définition vertueuse de l’élection « séparée des ressorts collectifs de la vie sociale »1. L’élection est ainsi progressivement associée à une conception individuelle du vote, lui-même perçu comme l’expression d’une opinion et d’un choix qui doivent, pour pouvoir s’exprimer librement, être mis à l’abri de toutes formes de pression. Parce qu’ils reposent sur le principe majoritaire, les verdicts électoraux ne s’imposent que si le respect de la liberté des électeurs et de la libre concurrence entre les candidats apparaît garanti.

Nouveau manuel de Science politique, Edition La Découverte, 2010.

1 Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les français sont devenus électeurs, 1992.

 

 

1) Quelles « formes de pression » peuvent influencer le choix lors de l’élection ?

2) Expliquez la dernière phrase du texte.

 
 
Document 2 - Extrait des articles 3, 4 et 5 de la loi du 29 juillet 1913 "ayant pour objet d'assurer le secret et la liberté du vote ainsi que la sincérité des opérations électorales".

Article 3.

Dans toutes les élections, le vote a lieu sous enveloppe. Ces enveloppes sont fournies par l’administration préfectorale. Elles sont opaques, non gommées, frappées du timbre à date des préfectures ou des sous-préfectures, et de type uniforme pour chaque collège électoral.

Article 4.

A son entrée dans la salle du scrutin, l’électeur […] prend lui-même une enveloppe. Sans quitter la salle du scrutin, il doit se rendre isolément dans la partie de la salle aménagée pour le soustraire aux regards pendant qu’il met son bulletin dans l’enveloppe ; il fait ensuite constater au président qu’il n’est porteur que d’une seule enveloppe : le président le constate sans toucher l’enveloppe que l’électeur introduit lui-même dans l’urne. Dans chaque section de vote, il y aura un isoloir par trois cents électeurs inscrits ou par fraction. Les isoloirs ne devront pas être placés de façon à dissimuler au public les opérations électorales.

Article 5.

L'urne électorale est transparente. Cette urne n'ayant qu'une ouverture destinée à laisser passer l'enveloppe contenant le bulletin de vote doit, avant le commencement du scrutin, avoir été fermée à deux serrures dissemblables, dont les clefs restent, l'une entre les mains du président, l'autre entre les mains d'un assesseur tiré au sort parmi l'ensemble des assesseurs.

Si, au moment de la clôture du scrutin, le président n'a pas les deux clefs à sa disposition, il prend toutes les mesures nécessaires pour procéder immédiatement à l'ouverture de l'urne.

 

1) Montrez que cette loi vise à privatiser l’opinion des citoyens. 

2) Comment essaie-t-elle de lutter contre la fraude électorale ? 

Document 3 - Evolution du taux d'abstention en France

 

1) Faites une phrase donnant la signification de la donnée entourée. 

2) La participation politique conventionnelle est-elle remise en cause aujourd’hui ?

Document 4

L’adhésion aux partis politiques a toujours été faible en France. […] A la Libération, courte période de fort engagement partisan, le total des adhésions devait se situer entre 1,3 et 1,5 million d’individus (soit environ 4 à 5 % de la population adulte). La chute est brutale et très rapide sous la IVe République : les partis ne comptent plus qu’environ 450 000 membres en 1958, au début de la Ve République, soit un peu plus de 1 % des Français. Les nombres augmentent lentement pendant les premières décennies de la nouvelle République, passent par un maximum d’environ 900 000 membres au tout début des années 80 (un peu plus de 2 %) mais redescendent ensuite : on peut estimer aujourd’hui à environ 500 000 le nombre des adhérents. On est donc revenu à un taux d’un peu plus de 1 % (comme en 1958), alors que l’image des partis, qui n’a jamais été bonne, s’est encore dégradée ces dernières années.

Cf. YSMAL Colette. « Transformations du militantisme et déclin des partis », dans PERRINEAU Pascal (direction) L’engagement politique. Déclin ou mutation ? Presses de la FNSP, repris dans : Etude rétrospective et prospective des évolutions de la société française (1950-2030).

 

1) L’adhésion à un parti politique correspond-elle à une participation politique conventionnelle ou à une participation politique non-conventionnelle ?

2) Comment expliquer la faible adhésion des Français aux partis politiques ?

 

 

Document 5 - Actions politiques protestataires pratiquées par les 18 - 30 ans (en %).

 

1) Faites une phrase avec les données soulignées. 

2) Comment a évolué la participation protestataire chez les jeunes depuis les années 80 ?

Document 6

Ce Mouvement des « Indignés » est né d’une vague de révolte pacifiste populaire en réaction à la crise […] et aux plans de rigueur et d’austérité. Le nom des indignés a été inspiré par le titre du manifeste « Indignez-vous ! », publié en 2010 et écrit par Stéphane Hessel, ancien diplomate et résistant français. En 2008, la crise s’est étendue à de nombreux pays, déclenchant des manifestations dans les rues, des rassemblements facilités par l’usage d’Internet et des réseaux sociaux : en Islande la population refuse le sauvetage de certaines banques, […] en Espagne, au début de 2011, des dizaines de petits groupes protestataires ou revendicatifs dénoncent les mécanismes de la crise, le renoncement de la classe politique à défendre les idéaux des droits de l’homme, la passivité des électeurs ; Ils appellent à la mobilisation et se rassemblent sous la bannière des Indignados le 15 mai sur la place Puerta del Sol. De tels mouvements populaires, spontanés et cependant bien organisés, en général pacifistes, se forment également au Portugal, en Belgique, aux Etats-Unis ([Le mouvement] « Occupy Wall Street »), en France, en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni, …

Les médias ont présenté le mouvement comme n’ayant pas de programme, ou ne portant pas de revendications claires. Or, le mouvement présente dès le départ des demandes, plus larges que des revendications visant à une amélioration ponctuelle de la situation sociale, souvent inspiré par le mouvement altermondialiste.

Marie-Anne Kraft, Site de Mediapart, 24 octobre 2012.

 

1) Comment peut-on expliquer l’émergence de ce mouvement au niveau international ? 

2) En quoi le mouvement des Indignés s’oppose-t-il aux formes conventionnelles de la participation politique ?

Document 7

A l'échelle individuelle, le passage à l'acte reste cependant assez énigmatique. Dans La logique de l'action collective (1965), Mancur Olson avance que celui-ci constitue un véritable paradoxe. S'inscrivant dans le cadre des théories du choix rationnel, il remarque que tout acteur a intérêt à se comporter en "passager clandestin", c'est-à-dire à profiter des retombées d'une mobilisation sans s'y investir lui-même, pour éviter les coûts que celle-ci occasionne (temps, argent ou risque de représailles). Mais si tous raisonnaient ainsi, aucune mobilisation n'aurait lieu ! La solution réside alors, selon Olson, dans la mise en œuvre par les organisations d'incitations sélectives. […]

Toutefois, contre cette limitation à leur dimension matérielle, plusieurs auteurs ont proposé une conception élargie des motivations militantes, incluant gratifications symboliques (reconnaissance et estime de soi) et affectives, qui incitent les individus non seulement à entrer, mais à rester dans l'organisation. Ces travaux réfutent également l'idée d'un engagement désintéressé qui peut servir à masquer certains profits ; ils nuancent aussi la distinction classique entre bénéficiaires immédiats de l'action et "membres par conscience". Au final, il s'agit d'être attentif à la trajectoire biographique des militants pour comprendre leur engagement et son évolution : si une rupture ou une disponibilité à un moment donné peuvent expliquer son démarrage, ces dernières n'ont pas un caractère automatique et les motifs d'un engagement personnel restent très délicats à démêler. Le militantisme gagne ainsi à s'analyser comme une carrière faite d'étapes successives au gré desquelles l'identité individuelle se transforme.

Igo Martinache dans Alternatives Economiques n° 294 - septembre 2010

 

1) Expliquez le paradoxe d’Olson. 

2) Cherchez 3 exemples d' « incitations sélectives » qui conduiront un individu à aller voter ?

Approfondissement

Approfondissement

La diversité des formes d’action politique

On désigne par action politique tout acte volontaire visant à influencer des élections ou des prises de décisions politiques. Tout individu a, à sa disposition, un « répertoire d’actions politiques », c’est-à-dire différents moyens utilisés individuellement ou collectivement afin de s’exprimer politiquement. Ces modes d’action peuvent prendre des formes diverses : pétition, manifestation, militantisme politique ou syndical, vote, grève de la faim. Ce sont donc autant des actions collectives qu’individuelles, dont le but est de soutenir ou de protester.

Pour étudier ces répertoires d’actions politiques et leurs évolutions, il faut d’abord distinguer la participation politique conventionnelle de la participation politique non-conventionnelle.

Les formes conventionnelles de la participation politique

Lorsque les comportements politiques sont encadrés par des règles précises et par la tradition, on parle alors de participation politique conventionnelle. Il peut s’agir de l’adhésion à un parti politique, à un groupe d’intérêt (syndicat) ou toute participation dans le cadre de la démocratie délibérative. On peut ainsi classer les individus selon leur degré de participation conventionnelle : les apathiques sont ceux qui sont hors de la vie politique et n’effectuent aucune démarche pour s’inscrire sur les listes électorales. Les minimalistes sont ceux qui sont inscrits sur les listes électorales mais ne participent pas toujours à l’élection. Les civiques correspondent aux individus ayant un vote régulier voire systématique. Enfin, les actifs sont des votants systématiques et qui ont un engagement militant.

Aujourd’hui, c’est la participation électorale qui reste la forme la plus utilisée.

Voter n’est pas un acte anodin. L’histoire du vote retrace le lent processus d’élargissement de ce droit et la constitution du rituel électoral.

En France, le suffrage censitaire a laissé la place au suffrage universel masculin en 1848 (bien avant le droit de vote des femmes en 1944) qui s’est accompagné d’une éducation au vote. Il fallait non seulement montrer l’importance du geste mais aussi faire en sorte que l’élargissement du droit de vote ne conduise pas à l’anarchie. Pour cela ont été pour un temps établis les « votes en cortèges » (décrits par Alexis de Tocqueville dans Souvenirs, 1893), des déplacements collectifs de citoyens jusqu’aux bureaux de vote pendant lequel les « Notables » avaient le temps de convaincre. Plus tard, on remettait le bulletin sans que celui-ci soit caché dans une enveloppe. Le contrôle social pouvait alors encore s’exercer.

Progressivement, l’idée d’individualiser le vote afin de privatiser l’opinion s’est développée. Il faut désormais que le citoyen se détache de la pression qu’exercent les groupes auxquels il appartient. En 1913 est donc institué un ensemble de règles et d’instruments devant garantir le secret du vote : à la mise en place de l’isoloir qui a suscité de vifs débats (Les secrets de l’isoloir, Alain Garrigou, Edition Au bord de l’eau, 2012) s’ajoutent l’instauration d’enveloppes et d’urnes dont les caractéristiques sont strictement réglementées. Ces instruments font partie de ce que l’on appelle le rituel électoral qui confère au vote un caractère sacré : l’acte électoral ressemble à une cérémonie extrêmement codifiée avec un rite gestuel (passage par l’isoloir après avoir pris l’ensemble des bulletins et l’enveloppe) et verbal (« a voté ») que l’on retrouve dans le langage journalistique (« profession de foi » des candidats, « le sacre de l’élection »,…).

Le vote n’est pas seulement l’expression d’une opinion politique et un moyen de désignation des représentants, c’est un acte chargé de sens et de symboles : Il rappelle aux élus et aux électeurs qu’ils appartiennent à une communauté, à un groupe avec des valeurs communes. En ce sens, il renforce le sentiment national. Cette fonction du vote explique pourquoi l’abstention est la plus forte dans les catégories les moins bien intégrées. Enfin, il est un symbole de conquête de droits et de liberté.

Pour autant, on assiste à la montée de l’abstention, signe d’un déclin de cette forme de participation politique. Entre 1959 et 2010, le taux de participation électorale aux élections municipales a chuté de 8 points. Le taux d’abstention au 1er tour des élections législatives est, quant à lui, passé de 22,8 % en 1958 à 42,7 % en 2012. Les autres formes de participation politique conventionnelle sont, elles aussi, en recul. Depuis les années 80, on assiste à une crise du syndicalisme et à la baisse du militantisme dans les partis politiques.

On peut tenter d’expliquer ces évolutions par l’attitude de « passager clandestin » décrit par Mancur Olson dans La logique de l'action collective (1965). Tout individu rationnel adopte un comportement qui maximise son utilité et limite le coût à supporter. Si les individus sont effectivement rationnels, ils ne doivent pas participer au vote car le coût (déplacement, temps « perdu », efforts d’information,…) est toujours supérieur à l’avantage (l’effet d’une voix sur les résultats d’une élection étant très limité,…). Dans la mesure où les avantages, lorsqu’ils sont obtenus, sont le plus souvent un bien collectif, alors un individu rationnel devrait adopter une attitude de « passager clandestin » et s’abstenir de voter.

Le développement des formes de participation politique non-conventionnelles

Boycott, sit-in, séquestration de cadres dirigeants, mouvements altermondialistes, Femen,… l’action politique peut passer par des voies moins conventionnelles que le vote ou l’engagement dans un parti. Ces formes de participation politique se définissent comme des actions collectives qui mobilisent des groupes de citoyens plus ou moins nombreux dans le but de défendre des intérêts communs et d’influencer les décisions politiques sans que cela passe par le vote. On retient donc plusieurs caractéristiques :

- Il s’agit d’actions revendicatives en confrontation directe avec le pouvoir en place, c’est-à-dire que le mouvement ne passe pas par des intermédiaires comme le seraient des représentants élus par exemple,

- d’actions autonomes et spontanées qui traduisent l’absence de cadre juridique pré-établi, - d’actions publiques souvent fortement médiatisées, la visibilité de l’action étant le mot d’ordre pour qu’elle soit efficace,

- d’actions le plus souvent contestataires. Ces formes de participation peuvent parfois être illégales (par exemple lorsqu’il s’agit d’une désobéissance civile ou d’une grève sauvage) voire violentes (attentats, séquestrations,…). Les modalités de l’action politique évoluent suivant les transformations sociales. Charles Tilly avait déjà montré dans son ouvrage La France conteste, de 1600 à nos jours (Fayard, 1986), comment les répertoires d’action collective s’étaient adaptés à la construction de l’Etat et au développement du capitalisme. Pour lui, à chaque époque correspond un répertoire d’actions collectives possibles.

Nouveau manuel de Science politique, Edition La Découverte, 2010.

La révolution industrielle a transformé le répertoire d’action politique : le mouvement ouvrier par exemple a donné aux conflits une dimension plus nationale, comme aujourd’hui, la mondialisation donne à l’action politique une dimension internationale, illustrée par les mouvements des Indignés ou des altermondialistes.

L’action politique s’adapte aussi aux innovations technologiques. Internet est devenu à la fois un moyen d’organiser les mouvements et de coordonner les actions (comme dans le cadre des révolutions du Printemps Arabe), de les rendre visibles et peut même être le support des actions, qu’elles soient légales (de plus en plus de pétitions sont réalisées sur les réseaux sociaux) ou non (comme dans le cas d’Anonymous).

La montée de l’individualisme peut aussi expliquer le développement de ces nouvelles formes d’action politique : plus flexibles que les participations politiques conventionnelles parce que non encadrées par des règles strictes, plus spontanées, elles permettent à l’individu de s’intégrer dans le débat public lorsqu’il estime que ses intérêts doivent être défendus, sans pour autant le contraindre à un investissement sur le long terme comme c’est le cas par exemple pour une adhésion à un parti politique. L’engagement est donc plus distancié (Jacques Ion, La fin des militants ?, Paris, Éditions de l'Atelier, 1997). D’ailleurs, les actions qui sont les moins coûteuses en temps sont celles qui sont les plus utilisées. En 2008, les 2/3 des sondés ont répondu avoir déjà signé une pétition.

Pour autant, il ne faut pas nécessairement opposer participation politique conventionnelle et participation politique non-conventionnelle. Les évolutions contrastées de ces modes d’action ne signifient pas que le développement de l’un se fasse au détriment de l’autre. Les acteurs des actions politiques non-conventionnelles ont souvent un intérêt important pour la politique et utilisent également leur bulletin de vote pour exprimer leur opinion.

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