Cours

Cours de Première ES : 1. Les grandes questions que se posent les économistes

Question 2. Pourquoi acheter à d’autres ce que l’on pourrait faire soi même ?

Découverte

Document 1- Structure du commerce extérieur de la France avec l’Asie en 2010

(FAB, hors matériel militaire // importations CAF, hors matériel militaire)

(en milliers d’euros)

exportations

importations

Aéronefs et engins spatiaux

  9 977 891

   489 998

Préparations pharmaceutiques

  2 672 422

   580 517

Vêtements en cuir

       12 865

   144 701

Ordinateurs et équipements périphériques

     306 591

5 804 175

Jeux et jouets

         2 252

   996 575

TOTAL

43 013 077

70 536 471

Source : Les chiffres du commerce extérieur, www.douanes.gouv.fr .

  1. Comment peut-on justifier que les échanges illustrés ci-dessus sont des échanges marchands ?
  2. Calculez les différents soldes des échanges de biens entre la France et l’Asie en 2010.
  3. Déduisez-en les produits pour lesquels la France dispose d’avantages ou de désavantages.
  4. Comment interprétez-vous les lignes « aéronefs et engins spéciaux »  et « jeux et jouets » ?
Document 2

Trente ans après avoir lancé sa politique d'ouverture, la Chine est devenue en 2009 le premier exportateur mondial devant l'Allemagne. Cette formidable ascension commerciale a été portée par une rapide diversification des exportations. Initialement positionnée sur le marché mondial des produits à faible intensité technologique (textiles, jouets), la Chine a effectué une percée foudroyante sur le marché mondial des produits électroniques et informatiques au début des années 1990.

Source : La lettre du CEPPI, 21 avril 2010, n°298.

VRAI ou FAUX ?

a-    La Chine est  devenue la première puissance commerciale du monde.

b-    La place commerciale de la Chine est toujours due aux exportations de produits à faible degré de sophistication.

c-    L’avantage commercial la Chine a évolué au cours des vingt dernières années.

Document 3

-    Ce qui donne naissance à une cité, repris-je, c'est, je crois, l'impuissance où se trouve chaque individu de se suffire à lui-même et le besoin qu'il éprouve d'une foule de choses ; ou bien penses-tu qu'il y ait quelque autre cause à l'origine d'une cité.

-    Aucune, répondit-il.

-    Ainsi donc, un homme prend avec lui un autre homme pour tel emploi, un autre encore pour tel autre emploi, et la multiplicité des besoins assemble en une même résidence un grand nombre d'associés et d'auxiliaires. A cet établissement commun nous avons donné le nom de cité, n'est-ce pas?

-    Parfaitement.

-    Mais quand un homme donne et reçoit, il agit dans la pensée que l'échange se fait à son avantage.

-    Sans doute.

-    Et bien donc ! Repris-je, jetons par la pensée les fondements d'une cité, ces fondements seront, apparemment, nos besoins.

-    Sans contredit.

-    Le premier et le plus important de tous est celui de la nourriture, d'où dépend la conservation de notre être et notre vie. Le second est celui du logement. Le troisième celui du vêtement et de tout ce qui s'y rapporte.

-    C'est cela.

-    Mais voyons! Dis-je, comment une cité suffira-t-elle à fournir tant de choses ? Ne faudra-t-il pas que l'un soit agriculteur, l'autre maçon, l'autre tisserand ? Ajoutons-nous encore un cordonnier ou quelque autre artisan pour les besoins du corps?

-    Certainement.

Source : Platon, La République, II, trad. Chambry, G.F., p. 117-118.

Complétez le texte.

Pour Platon, déjà, c’est parce qu’il existe un …. entre les …. des hommes et leur …. à  les satisfaire que va naître la ….. . Chacun a besoin du concours de tous pour qu’elle fonctionne.  La coopération mutuelle fait donc naître la cité. Celle-ci va  être un lieu de division du …. Désormais, l’…. marchand devient indispensable et une nécessité vitale dans la cité.

Document 4

Alexis et Eliot sont deux fervents adeptes de jeux vidéos. Alexis souhaite se débarrasser de l’un d’entre eux qu’Eliot souhaiterait acquérir. Tous deux vont participer au ‘vide grenier’ organisé tous les ans, fin août, dans leur  village. Alexis est prêt à céder son jeu pour une valeur de 30 € tandis qu’Eliot dispose d’un budget de 40 € pour se l’approprier. Finalement, la transaction entre les deux adolescents, sur ce marché local, se réalise pour un prix de 35 €. Alexis et Eliot sont tous les deux satisfaits et gagnants dans cet échange ! Alexis a gagné 5 € : c’est son surplus ; Eliot réalise un surplus de 5 € également en évitant de dépenser plus que ce qu’il avait prévu. Cet échange, pour un prix de 35 €, est à l’origine d’un gain de 10 €.

  1. VRAI ou FAUX ?

a-    Dans cet exemple, l’échange est un jeu à somme positive.

b-    Dans cet exemple, l’échange est un jeu à somme négative.

c-    Dans cet exemple, l’échange est un jeu à somme nulle.

  1. Comment se mesure le gain à l’échange pour Alexis et pour Eliot ?
Document 5

Dans presque toutes les espèces d'animaux, chaque individu, quand il est parvenu à la pleine croissance, est tout à fait indépendant, et, tant qu'il reste dans son état naturel, il peut se passer de l'aide de toute autre créature vivante. Mais l'homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c'est en vain qu'il l'attendrait de leur seule bienveillance. Il sera bien plus sûr de réussir, s'il s'adresse à leur intérêt personnel et s'il les persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu'il souhaite d'eux. C'est ce que fait celui qui propose à un autre un marché quelconque ; le sens de sa proposition est ceci : donnez-moi ce dont j'ai besoin, et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-mêmes ; et la plus grande partie de ces bons offices qui nous sont si nécessaires, s'obtient de cette façon. Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage.

Chaque animal est toujours obligé de s'entretenir et de se défendre lui-même à part et indépendamment des autres, et il ne peut retirer la moindre utilité de cette variété d'aptitudes que la nature a réparties entre ses pareils. Parmi les hommes, au contraire, les talents les plus disparates sont utiles les uns aux autres ; les différents produits de leur industrie respective, au moyen de ce penchant universel à troquer et à commercer, se trouvent mis, pour ainsi dire, en une masse commune où chaque homme peut aller acheter, suivant ses besoins, une portion quelconque du produit de l'industrie des autres.

Source : Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations, extraits livre I, chapitre 2, 1776.

  1. Quel point commun peut-on dégager entre la thèse de Platon (ci-dessus doc 3) et celle de Smith ?
  2. Comment l’homme se distingue-t-il de l’animal ?
  3. Que cherche à satisfaire l’homme ?
  4. Quel est le lien qui se construit ?
  5. Quelle organisation du travail cet échange nécessite-t-il ?
Document 6

La  maxime de tout chef de famille prudent est de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui lui coûtera moins à acheter qu’à faire. Le tailleur ne cherche pas à faire ses souliers, mais il les achète au cordonnier. […] Ce qui est prudence dans la conduite de chaque famille en particulier, ne peut guère être folie dans celle d’un grand empire. Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de l’établir nous-mêmes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du produit de notre propre industrie, employée dans le genre dans lequel nous avons quelque avantage.

Source : Adam Smith,  Recherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations, extraits livre IV, chapitre 2, 1776.

  1. Que doit légitimement faire un père de famille ?
  2. Quelle en est la conséquence ?
  3. Comment Smith envisage-t-il d’étendre sa position sur le plan de la Nation tout entière ?
  4. VRAI ou FAUX ?

a-    Selon Smith, on se spécialisera dans les productions où la productivité est absolument la plus élevée et on les exportera.

b-    On abandonnera les productions pour lesquelles la productivité est plus faible et on les importera.

c-    Selon Smith, on peut produire un peu de tout et exporter un peu de tout.

Document 7

Supposons qu’un brillant avocat envisage de recruter une secrétaire pour dactylographier rapports, courriers et autres documents qu’il doit produire à longueur de journée. Il auditionne dix secrétaires dans la journée, chacune subissant un test de dactylographie. A son grand dam, il réalise que celles-ci sont moins performantes dans ce domaine que lui-même ... Samuelson dit très justement que même si l’avocat est incomparablement plus performant qu’une dactylo sur le plan du droit, relativement à son écart de performance en matière de dactylo, il reste de leur intérêt commun que l’avocat embauche n’importe laquelle des secrétaires si cela lui permet de se consacrer à son domaine d’excellence, en l’occurrence, le droit.

  1. Quelle est la particularité de l’avocat par rapport à la meilleure de secrétaires choisie ?
  2. Illustrez votre propos.
  3. Dans une analyse se situant dans la perspective d’A. Smith, le cabinet d’avocat…

a-    ferait à la fois les travaux de plaidoiries et ceux de dactylographie.

b-    ferait les travaux de plaidoiries uniquement, confiant ceux de dactylographie à des secrétaires.

  1. Comment Samuelson envisage-t- il l’organisation du travail ?
Document 8

Cette grande augmentation dans la quantité d'ouvrage qu'un même nombre de bras est en état de fournir, en conséquence de la division du travail, est due à trois circonstances différentes.

Premièrement, l'accroissement de l'habileté dans l'ouvrier augmente la quantité d'ouvrage qu'il peut accomplir, et la division du travail, en réduisant la tâche de chaque homme à quelque opération très simple et en faisant de cette opération la seule occupation de sa vie, lui fait acquérir nécessairement une très grande dextérité.

En second lieu, l'avantage qu'on gagne à épargner le temps qui se perd communément en passant d'une sorte d'ouvrage à une autre, est beaucoup plus grand que nous ne pourrions le penser au premier coup d’oeil. Il est impossible de passer très vite d'une espèce de travail à une autre qui exige un changement de place et des outils différents.

En troisième et dernier lieu, tout le monde sent combien l'emploi de machines propres à un ouvrage abrège et facilite le travail. Il est inutile d'en chercher des exemples. Je ferai remarquer seulement qu'il semble que c'est à la division du travail qu'est originairement due l'invention de toutes ces machines propres à abréger et à faciliter le travail. Quand l'attention d'un homme est toute dirigée vers un objet, il est bien plus propre à découvrir les méthodes les plus promptes et les plus aisées pour l'atteindre, que lorsque cette attention embrasse une grande variété de choses.

Cette grande multiplication dans les produits de tous les différents arts et métiers, résultant de la division du travail, est ce qui, dans une société bien gouvernée, donne lieu à cette opulence générale qui se répand jusque dans les dernières classes du peuple. Chaque ouvrier se trouve avoir une grande quantité de son travail dont il peut disposer, outre ce qu'il en applique à ses propres besoins et comme les autres ouvriers sont aussi dans le même cas, il est à même d'échanger une grande quantité des marchandises fabriquées par lui contre une grande quantité des leurs, ou, ce qui est la même chose, contre le prix de ces marchandises. Il peut fournir abondamment ces autres ouvriers de ce dont ils ont besoin, et il trouve également à s'accommoder auprès d'eux, en sorte qu'il se répand, parmi les différentes classes de la société, une abondance universelle.

Source : Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, extraits livre I, chapitre 2, 1776.

Question : Complétez le schéma ci-dessous avec les mots suivants :

division du travail / abondance universelle / réduction des temps morts / tendance à l’innovation / augmentation de la dextérité / augmentation du surplus de production dégagé par chaque individu spécialisé.

Document 9

Puisque c'est la faculté d'échanger qui donne lieu à la division du travail, l'accroissement de cette division doit, par conséquent, toujours être limité par l'étendue de la faculté d'échanger, ou, en d'autres termes, par l'étendue du marché. Si le marché est très petit, personne ne sera encouragé à s'adonner entièrement à une seule occupation, faute de pouvoir trouver à échanger tout le surplus du produit de son travail qui excédera sa propre consommation, contre un pareil surplus du produit du travail d'autrui qu'il voudrait se procurer.

Source : Adam Smith (1776), Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, extraits livre I, chapitre 3, 1776.

Quel lien peut-on établir entre dimension du marché et division du travail ?

Document 10

La situation peut être telle en Angleterre que la production de drap exige le travail de 100 hommes pendant un an. Mais, que ce pays tente de produire son vin, cela pourrait nécessiter le travail de 120 hommes pendant le même temps. L'Angleterre jugerait donc qu'elle a intérêt à importer son vin, et à le payer par ses exportations de drap.

Au Portugal, la production de vin pourrait n'exiger que le travail annuel de 80 hommes, et la production de drap le travail de 90 hommes pendant la même période. Il s'avérerait donc avantageux pour ce pays d'exporter du vin en échange de drap. Cet échange pourrait survenir quand bien même la marchandise importée par le Portugal pourrait être produite dans ce pays avec moins de travail qu'en Angleterre. Bien que le Portugal  pût fabriquer le drap en employant 90 hommes, il l'importerait d'un pays où cette production requiert le travail de 100 hommes, parce qu'il serait plus avantageux pour lui d'employer son capital à produire du vin contre lequel il obtiendrait davantage de drap anglais, que de fabriquer du drap en détournant une part de son capital de la culture des vignes pour le placer dans la manufacture du drap.

Ainsi, l'Angleterre offrirait le produit du travail de 100 hommes contre le produit du travail de 80. Un tel échange ne pourrait se faire entre individus d'un même pays. Le travail de 100 Anglais ne peut être échangé contre le travail de 80 Anglais ; par contre, le produit du travail de 100 Anglais peut être échangé contre le produit du travail de 80 Portugais, de 60 Russes ou de 120 habitants des Indes orientales.

Source : David Ricardo, Principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817.

  1. D’après le texte ci-dessus, complétez le titre du tableau ci-dessous : les niveaux de …. en Angleterre et au Portugal.
  2. Complétez le tableau ci dessous.
Quantité de travail (heures) pour produire 1 unité de… Angleterre Portugal
…drap 100 90
…vin 120 80
  1. Quelle est la particularité du Portugal ?
  2. Complétez le texte suivant.

En autarcie, il faut respectivement …. et …. heures de travail pour fabriquer une unité de drap et de vin en Angleterre. En revanche, il n’en faut que …. et …. au Portugal. En Angleterre, on obtient 1,2 unité de drap contre 1 unité de vin, alors qu’au Portugal, on obtient …. de drap contre 1 unité de vin. Dès lors, il vaut mieux que le viticulteur portugais échange son unité de vin, en Angleterre, contre 1,2 unité de drap : il y aura gagné …. unité de drap.

  1. Quel est donc finalement l’intérêt de l’Angleterre ? du Portugal ?
  2. Que vont devenir les actifs anglais qui produisaient du vin et les actifs portugais qui produisaient du drap ?
  3. Dès lors que chaque pays s’est spécialisé, montrez que la productivité globale augmente globalement en complétant le tableau.
Quantité de travail (heures) pour produire 1 unité de… Angleterre Portugal Total
drap 220   220
vin   170 170
Total 220 170 390
Document 11
  PIB / hab en 1990 (en $) Croissance annuelle du PIB / hab entre 1990 / 2000
Pays « fermés » 2 138 0,6
Pays « s’ouvrant sur la période » 3 214 1,1
Pays « ouverts » 4 062 1,4

Pays ouverts + pays s’ouvrant dont :

  • pays à bas revenus
  • pays à revenus moyens

3 699

1 830

5 567

----

0,7

1,9

Source : Bensidoun et Chevallier repris par Cahiers français, avril 2005, n°325

  1. Quelle signification peut-on donner au PIB / habitant ?
  2. Quelle corrélation montrent les trois premières lignes du tableau ?
  3. Comment la dernière ligne du tableau peut-elle la remettre en cause ?
Document 12

Lorsque l’Angleterre se décide à abandonner son agriculture et à se spécialiser dans la production industrielle, elle doit trouver les pays qui fassent le trajet inverse et acceptent de se « désindustrialiser ». Quels sont les candidats à une telle opération ?  Pas les autres pays européens qui entendent bien rattraper l’industrialisation anglaise et ferment en conséquence leurs frontières aux produits anglais. Le commerce ne peut se faire, en pratique, qu’avec les pays colonisés, ou du moins ceux qui sont sous tutelle britannique. Premier « candidat » parmi ces pays : l’Inde, où les produits anglais s’engouffrent sans retenue. Résultat : l’Inde qui était exportateur net de produits textiles au début du XIXème siècle (les « indiennes » étaient des soieries très recherchées, et l’artisanat local très développé) voit sa base industrielle totalement détruite. A la fin du siècle, les ¾ de la consommation textile indienne seront importés d’Angleterre. Le tragique ne s’arrête pourtant pas là ! Quels sont les produits pour lesquels l’Inde jouit elle-même du meilleur avantage comparatif ? Non pas le blé ou les autres cultures vivrières dont dépend pourtant son alimentation locale…mais le coton, la jute, l’indigo. Nouveau résultat du commerce : L’Inde qui était le grenier de l’Asie au début du XIXème siècle se spécialise dans la culture de produits qui ne garantissent plus son alimentation, et doit par conséquent importer son alimentation de base. Il ne faut pas attendre longtemps pour que les famines viennent sanctionner cette spécialisation : à chaque fois, en effet, que la conjoncture mondiale sera défavorable, l’Inde ne pourra plus payer ses importations de produits alimentaires, et la famine s’en suivra.

Source : Daniel Cohen, Richesse du monde, pauvreté des nations, Flammarion, février 1997, p 52-53.

Question : Comment ce texte s’inscrit-il par rapport à la théorie ricardienne ?

Approfondissement

Qu’est-ce que l’échange ?

Un échange est un don mutuel entre deux parties et des échanges désignent des relations entre des personnes, des organisations, des États. L’échange peut être de différentes natures : économique, social, symbolique. Dans un échange de nature économique, chaque participant à l’échange reçoit un bien ou un service et fournit, en contrepartie, un autre bien ou service. Cet échange économique est de nature monétaire lorsqu’il se fait à l’aide de… monnaie ! Le prix du produit est alors un indicateur de la valeur de la quantité de monnaie à fournir pour obtenir le bien. Il provient d’une évaluation et d’une négociation pour que deux parties contractantes tombent d’accord sur les quantités à échanger.

Echange-intérêt personnel et collectif

Pour échanger, il faut y trouver un intérêt. Pour E. Phelps (Economie politique, Fayard) l’échange est ce qui constitue l'objet central de l'économie : « Ce qui cimente une société, ce sont les avantages réciproques que trouvent ses membres à procéder entre eux à des échanges, à collaborer ensemble à la production et à échanger des produits. L'économie d'une société est le terrain de rencontre en vue de tels échanges ». Les membres de la société participent à l'échange car ils pensent qu'ils vivront mieux qu'en étant isolés. Sans échange, les individus devraient produire l’intégralité de ce qu’ils consomment. Grâce à l’échange, l’individu poursuit son intérêt individuel. Chacun cherche à obtenir le niveau de satisfaction optimal et contribue donc, sans le vouloir (pour A. Smith), à l’intérêt du plus grand nombre : l’homme économique (homo oeconomicus) est né ! Cette recherche de l’intérêt individuel est un principe de conduite ou une règle morale : elle doit être suivie tant par le père de famille, que par la Nation tout entière. L’échange impliquera que, préalablement,  chacun se soit spécialisé dans la production où il est, pour A.Smith, absolument, le plus productif pour échanger son surplus de production contre celle qu’il ne réalise pas du tout ; le gain à l’échange se mesurera par la différence entre le prix auquel le demandeur ou l’offreur était prêt à effectuer la transaction et le prix auquel la transaction s’est réellement effectuée. La spécialisation crée donc un lien marchand, une complémentarité entre les individus… et participe à l’« abondance universelle ».

Echange et croissance économique

Dans l’optique exprimée par A. Smith, si un pays est, de façon absolue, plus productif que les autres dans toutes les productions, l’échange n’aura pas lieu. La thèse de Ricardo semble plus ambitieuse : en effet, même si un pays est absolument moins productif qu’un autre dans toutes les productions, il peut exister des domaines où son handicap est moindre. Il peut donc s’y spécialiser et échanger le fruit de son travail contre celui des autres. Cette spécialisation consiste à abandonner les productions pour lesquelles sa productivité n’est pas la meilleure, en termes absolus (A. Smith) ou relatifs (D. Ricardo), pour allouer ses ressources (capital / travail / ressources naturelles) vers les productions ou l’on est le meilleur ou le moins improductif.  Ainsi, un avocat aura tout intérêt à  concentrer ses ressources sur les plaidoiries et éviter le travail de dactylographe (confiée à une dactylographe) même s’il est absolument plus productif  qu’elle dans ce domaine. Un échange marchand naîtra entre eux, source de plus grande richesse. D. Ricardo, économiste classique contemporain d’A. Smith, a montré comment l’échange pouvait se légitimer à travers ce principe des avantages comparatifs car il permet de redynamiser la croissance économique et de sortir du risque de « l’état stationnaire ». Ricardo montre en effet que la répartition des richesses se faisant de moins en moins en faveur des industriels, l’investissement insuffisant risquait d’obérer la compétitivité de l’industrie anglaise. Le commerce international devient donc la porte de sortie de ce risque de croissance nulle.

L’échange économique, un jeu à somme positive pour tout le monde ?

Pour la théorie classique ricardienne, l’échange est globalement un jeu à somme positive.  Le cas des Nouveaux Pays Industriels d’Asie dans les années 1970 (NPI) et des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) dans les années 80 montre que l’insertion dans les échanges internationaux est positive pour l’augmentation des richesses si la main-d’œuvre est bon marché, relativement qualifiée, conférant ainsi au pays une certaine compétitivité prix. Mais dans la réalité certains gagnent plus que d’autres, les gains des uns font, parfois,  plus que compenser les pertes des autres. Les pays fortement tributaires de leurs exportations de produits primaires supporteront difficilement un effondrement de leurs cours sur les marchés mondiaux. Cela diminuera leurs recettes d’exportation qu’il faudra compenser en travaillant plus : c’est la thèse de la « croissance appauvrissante » développée de J Bhagwati. De plus, la liaison entre intensification des échanges et hausse du niveau de vie n’est pas aussi systématique que la théorie semble l’indiquer : certains « pays ouverts » sont plus pauvres que d’autres « fermés ».