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Cours de Terminale ES : 4. Classes, stratification et mobilité sociale

Question 3. Comment rendre compte de la mobilité sociale ?

Découverte

Document 1 - Mobilité géographique, sociale, professionnelle

La mobilité sociale, qui n’implique pas de mobilité physique, se distingue de la mobilité géographique qui ne donne pas nécessairement lieu à un changement de niveau social même si les migrations géographiques, internes ou externes à un même pays, sont très souvent liées à la mobilité sociale…. La mobilité proprement sociale, qui implique un changement de statut social, se distingue aussi de la mobilité seulement professionnelle, qui peut consister à changer d’entreprise ou de type de travail sans impliquer nécessairement une modification du niveau social, même si changer de profession est un moyen de passer à un autre statut social.

Source : Dominique Merllié, La mobilité sociale,  les mutations de la société française, La découverte, 2007.

1) Définir les 3 types de mobilité recensés dans le texte de D Merllié.

2) Montrez à l’aide de trois exemples que la mobilité peut être à la fois sociale, professionnelle, géographique ; qu’elle peut être aussi professionnelle mais pas sociale.

 
 
Document 2 - Proportion de personnes ayant un emploi qui ont changé de groupe socioprofessionnel au cours des cinq années précédentes

Nombe d'emplois occcupés selon la génération

Champ : France métropolitaine, personnes ayant occupé au moins un emploi avant l'âge considéré.
Lecture : à 40 ans, les personnes de la génération née avant 1940 avaient occupé 2,7 emplois en moyenne.
Souce : Daers, Dress, enquête Santé et itinéraire professionel (SIP). 2006

1)  Complétez la phrase suivante : d’après l’INSEE, sur 100 agriculteurs exploitants ayant …………….. entre 1988 et 1993, environ……… ont changé d’emploi entre ces deux dates.

2) De quel type de mobilité s’agit il ?

3) Quelles sont les particularités de la mobilité masculine ? Féminine ?

 

Document 3 - Tables de mobilité

 

 

 

 

 

1 ) les destinées des hommes de 40 à 59 ans en 2003, en France :

a) Combien de fils d’ouvriers, âgés de 40 à 59 ans, recense-t-on en France en 2003 ? Combien de fils d’ouvriers, âgés de 40 à 59 ans, sont devenus eux-mêmes ouvriers en 2003 ?

b) Combien y avait-il de fils de cadres, âgés de 40 à 59 ans, en 2003 ? Combien de fils de cadres, âgés de 40 à 59 ans, sont devenus eux-mêmes cadres en 2003 ?

c) Que deviennent majoritairement les fils d’agriculteurs lorsqu’ils ne deviennent pas agriculteurs ?

2) les recrutements des hommes de 40 à 59 ans en 2003, en France.

d) Combien y avait-il de fils ouvriers, âgés de 40 à 59 ans, en 2003 ? Combien y avait-il de fils ouvriers, âgés de 40 à 59 ans en 2003, dont le père était ouvrier ?

e) Combien y avait-il de fils employés, âgés de 40 à 59 ans en 2003 ? Combien y avait-il de fils, employés, âgés de 40 à 59 ans en 2003, dont le père était ouvrier ?

f) Sachant que la table de mobilité, en termes de destinée, et en termes d’origine se construit (en %) en divisant chaque nombre d’une case par l’ensemble, faites apparaître les pourcentages dans la table ci-dessous, tant en lignes qu’en colonnes.

Champ : hommes actifs ayant un emploi ou anciens actifs ayant eu un emploi, âgés de 40 à 59 ans en 2003

Source : INSEE, Enquête FQP 2003.

g.Quelle est la signification de la diagonale du tableau ?

h.Quelle est la PCS qui se caractérise par la plus forte immobilité en termes de destinée ?

i.Pourquoi peut-on dire que l’on naît agriculteur ?

Document 4 - Mobilité structurelle - mobilité nette

L’analyse de la mobilité sociale entre générations, comme l’étude de son évolution temporelle, ont longtemps reposé sur la distinction conceptuelle entre mobilité structurelle (ou ‘forcée’) et mobilité nette (ou ‘pure’ ou encore d’échange ou de circulation). Elle consistait à envisager la mobilité totale observée dans une société à un instant donné, comme la somme de deux composantes dont l’une, la mobilité structurelle, était vue comme résultant de la seule évolution de la structure sociale au cours du temps (de la génération des pères à celle des fils) et l’autre, la mobilité nette, mesurait le degré de fluidité ou d’ouverture intrinsèque de la société considérée. A partir de cette distinction, une mesure de la mobilité nette était obtenue en défalquant de la quantité de mobilité totale celle due à la seule transformation structurelle : cette dernière était évaluée à partir de la dissemblance entre la distribution socioprofessionnelle des pères et des fils, telle qu’elle apparaît dans les marges de tables de mobilité….Cette distinction conceptuelle et son opérationnalisation, sont, depuis une vingtaine d’années, tombées en désuétude.

Source : Source : Louis-André VALLET. Quarante années de mobilité sociale en France. L'évolution de la fluidité sociale à la lumière de modèles récents, Revue française de sociologie, XL-1, 1999, 5-64.

 

1) Définir mobilité structurelle et mobilité nette. 

2) Quels liens entretiennent-elles avec la mobilité totale ? 

3) Comment repérer la mobilité structurelle ?

Document 5 - Mobilité observée (ou mobilité absolue) - fluidité sociale (ou mobilité relative) - rapports de chances relatives ("odds ratios")

En lui substituant depuis la fin des années 70, la distinction entre mobilité observée (ou taux absolu de mobilité) et fluidité sociale (ou taux de mobilité relative) les sociologues de la stratification ont retenu l’esprit du paradigme précédent en en laissant de côté les écueils… Abandonnant l’idée contestable qu’il existerait deux types de mobilités, la nouvelle distinction consiste à reconnaître que les phénomènes de mobilité sociale peuvent, voire doivent, être étudiés selon deux points de vues, différents et complémentaires. Celui des taux absolus de mobilité, ou de la mobilité observée, consiste à analyser cette dernière telle qu’elle est enserrée et affectée par l’état de la distribution socioprofessionnelle des pères et de celle des fils….D’un autre côté, le point de vue de la fluidité sociale, ou des taux relatifs de mobilité, consiste en l’étude de la structure et de la force du lien entre origine et positions sociales lorsque cette association statistique est envisagée indépendamment de l’état de la structure socioprofessionnelle des pères et des fils. Cette appréhension en profondeur des tableaux de mobilité utilise une mesure d’association qui dispose de cette propriété d’indépendance à l’égard des distributions marginales, les ‘odds ratios’, ou rapport des chances relatives.

Source : Louis-André VALLET. Quarante années de mobilité sociale en France. L'évolution de la fluidité sociale à la lumière de modèles récents, Revue française de sociologie, XL-1, 1999, 5-64.

 

 

1) Définir mobilité observée et fluidité sociale. 

2) En vous servant du tableau de destinée sociale complété dans la première question du document 3, complétez le tableau ci-dessous. 

3) Sachant que l’on calcule la probabilité qu’un fils de cadre devienne cadre, comparativement à celle qu’il devienne ouvrier par le rapport : % de fils de cadre devenu cadre / % de fils de cadre devenu ouvrier, calculez ce rapport de chance ; même question pour connaître la probabilité pour q’un fils d’ouvrier devienne cadre plutôt qu’ouvrier. 

4) Faire une phrase avec chacun des deux chiffres obtenus.

5) Sachant que l’on calcule le ‘rapport des chances relatives’ ou ‘odds ratios’ en faisant le rapport des deux rapports de chances précédent, calculez de combien de fois est supérieure la probabilité qu’un fils de cadre devienne cadre plutôt qu’ouvrier par rapport à la probabilité qu’un fils d’ouvrier devienne cadre plutôt qu’ouvrier. Champ : actifs ayant un emploi, France métropolitaine, contingent exclu.

Document 6 - Répartition de l'emploi par catégorie socioprofessionnelle de 1962 à 2007

 

 

 

 

1) Complétez la phrase suivante : en 1962, alors que sur 100 actifs occupés, environ ……. étaient des agriculteurs exploitants ; leur poids n’est plus que de ……..en 2007. 

2) Quel poids pesaient les indépendants en 1962 ? en 2007 ? A quel processus cela correspond-il ? 

3) Classez dans un tableau les groupes sociaux dont le poids a diminué ou a augmenté.

Document 7 - Signification de la mobilité structurelle

La mobilité dépend en partie de l’évolution de la structure de l’économie. Entre les années soixante-dix et aujourd’hui, l’agriculture a poursuivi son déclin séculaire. L’industrie a marqué le pas avant de décliner à son tour, provoquant une forte diminution du nombre d’ouvriers. Entre 1977 et 2003, la proportion d’ouvriers parmi les actifs est passée de 36 % à 20 %, celle d’agriculteurs de 7 % à 3 %. À l’inverse, la part des cadres et des professions intermédiaires dans la population active est passée de 21 % en 1977 à 38 % en 2003, accompagnant le développement des activités tertiaires. Les classes moyennes et supérieures du salariat sont donc forcément constituées de membres d’origines diverses. Les fils d’ouvriers et d’agriculteurs accèdent aux catégories supérieures du salariat en raison de ce formidable ‘appel d’air’ et non pas d’une réelle évolution de l’égalité des chances.

Source : S. Dupays, « En un quart de siècle, la mobilité sociale a peu évolué », Données sociales 2006.

 

 

 

1) Commentez la phrase soulignée.

2) Montrez de quelles façons des transformations économiques et sociales agissent sur la mobilité sociale en complétant le schéma ci-dessous : transformations économiques, hausse de la productivité, moindre besoin de l’économie en emplois agricoles, déclin des indépendants, moindre besoin de l’économie en emplois ouvriers, demande qui se diversifie, production de services qui augmente, tertiarisation, hausse des besoins de cadres, complexification de l’appareil de production, appel d’air, évolution des mentalités, féminisation, mobilité structurelle, transformations sociales, moins d’emplois dans le secteur secondaire.

Document 8 - La démocratisation scolaire

Dans les années de forte expansion du système éducatif (des années 70 aux années 90), tous les groupes sociaux ont fait faire plus d’études à leurs enfants, sans que les moins favorisés puissent par conséquent combler l’écart qui les séparait des plus favorisés. Cela dit, cette ‘démocratisation uniforme’ est une situation toujours très provisoire : dès lors que les plus favorisés voient leur taux s’approcher de 100%, il y a un effet plafond et les moins favorisés tendent à les rattraper. On assiste alors à une ‘démocratisation égalisatrice’, et les écarts entre groupes sociaux se resserrent. C’est la situation qu’a connue le collège, d’abord au niveau de l’entrée en 6° dans la première moitié des années 60 ; en ce qui concerne l’ensemble de la scolarité au collège, il faudra attendre la seconde moitié des années 80, avec la disparition de l’orientation en fin de 5° et l’accession de quasiment toute une classe d’âge en 3°.

Source : M Duru-Bellat, L’inflation scolaire, le Seuil, 2006

 

 

1) Comment peut-on définir la démocratisation scolaire ? 

2) A quelles caractéristiques le texte renvoie-t-il ?

Document 9 - Obtention du baccalauréat selon la génération et le milieu social

 

Obtention du baccalauréat selon la génération et le milieu social

 

1) Faites une phrase donnant du sens aux statistiques correspondant à l’année de naissance 1929/1938.

2) Illustrez, à l’aide de données chiffrées, les deux caractéristiques de la démocratisation scolaire observée dans le document précédent. Document n°10 : Diplômes des jeunes âgés de 20 à 24 ans en fonction du milieu social, en 1999 et en 2009

Document 10 - Diplômes des jeunes âgés de 20 à 24 ans en fonction du milieu social, en 1999 et en 2009

Diplôme des jeunes sortants en fonctio du milieu social (sortants en 2002 - 2003 -2004 et 20012-20013- 2004)

 

 

1) Répondre par Vrai ou Faux aux affirmations suivantes :

a) En 2009, sur 100 fils d’ouvriers/d’employés, environ 38 faisaient des études supérieures.

b) En 2009, environ 33% des jeunes de 20/24 ans avaient un niveau d’études inférieur ou égal au CAP/ BEP.

c) En 2009, sur 100 diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 20/24 ans, 70 avaient un père cadre, indépendant, enseignant ou appartenant aux professions intermédiaires.

d) Le niveau d’études n’est pas du tout lié à l’origine sociale.

2) Mettez en évidence à partir de ce document une facette de la démocratisation scolaire. Justifiez votre réponse par des chiffres judicieusement choisis.

 
 
Document 11 - Le diplôme, l'arme des plus faibles

Reconnaissant que la prolongation des études est un choix rationnel pour chacun, les tenants des théories de l'inflation des diplômes estiment en revanche que la généralisation de ce comportement entraîne le déclassement de tous dès lors que «les places de cadres sont rares». A quoi bon décrocher le bac si c'est pour se retrouver ensuite au chômage, intérimaire, caissière ou vendeur ? Mais même en se limitant à la rentabilité professionnelle des diplômes qu'ils visent, les enfants des classes populaires n'ont-ils pas de bonnes raisons de prolonger leurs études ? Si la progression des situations de déclassement est bien sûr en elle-même assez préoccupante, il faut toutefois rappeler que, trois ans après la fin de leurs études, les deux tiers des jeunes sortis de l'enseignement supérieur en 2001 avec un diplôme de premier cycle, tout comme les quatre cinquièmes des diplômés d'un second cycle, occupent des positions de cadres ou de professions intermédiaires, tandis que la quasi-totalité des diplômés d'un troisième cycle sont cadres, d'après les données du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Cereq). A l'inverse, les possibilités d'accéder à ce salariat intermédiaire se raréfient pour les jeunes n'ayant pas continué leurs études au-delà du bac : les CAP et les BEP, mais aussi les bacs professionnels et technologiques, destinent de plus en plus massivement aux emplois d'exécution en début de carrière. Les diplômes les plus élevés constituent ainsi la meilleure protection contre le déclassement. De moins en moins suffisants pour obtenir un emploi, ils restent toutefois de plus en plus nécessaires. Ils permettent en outre d'atténuer certaines inégalités et discriminations subies par les jeunes en arrivant sur le marché du travail. On sait le rôle que joue le milieu d'origine dans l'accès aux différents emplois. Quels que soient leurs diplômes, les enfants d'ouvriers deviennent ainsi toujours plus souvent ouvriers ou employés que les enfants de cadres, notamment parce qu'ils ne trouvent pas dans leurs familles les ressources et les relations qui permettent de décrocher les emplois les plus prisés. Quels autres atouts peuvent-ils dès lors faire valoir sur le marché du travail, si ce n'est leur formation scolaire ?

Source : Tristan Poullaouec, Sociologue, Libération, 6 mars 2006.

 

 

1) Qu’appelle-t-on le déclassement ? 

2) A quelle remise en cause correspond-il ? 

3) Complétez le schéma ci-dessus avec les termes suivants : déclassement, hausse de la durée des études, inflation scolaire, baisse de la valeur marchande des diplômes, démocratisation quantitative.

4) Pourquoi la poursuite des études est-elle rationnelle, notamment pour "les plus faibles " ?

Document 12 - Proportion de mères qui s'estiment dépassées en 2002/2003 selon leur ....

Champ : ménages composés de la mère seule ou des deux parents, dont l’un des enfants est scolarisé en élémentaire, au collège, ou au lycée général ou technologique, en 2002/2003.
Source : Enquête PCV Education et famille, Octobre 2003, INSEE

 

1) Complétez le titre du document. 

2) Complétez la phrase : plus le niveau d'études des enfants augmente, et plus les mères… pour suivre la scolarité de leurs enfants. 

3) Quelle est la proportion de mères qui n'ont que le certificat d'études primaires qui s'estiment dépassées pour suivre la scolarité de leurs enfants au lycée ? Même question pour les femmes diplômées de l'enseignement supérieur. 

4) En quoi cette différence peut-elle expliquer la plus grande réussite scolaire des enfants de cadres ?

 

Document 13 - Répartition de l'ensemble des couples selon le niveau d'étude de l'homme et de la femme

Enquête étude de l’histoire familiale, INSEE 99

 

1) Faire une lecture donnant du sens aux chiffres en caractère gras. 

2) Quel est l’intérêt de la diagonale formée par les chiffres en caractère rouges ? Qu’en concluez-vous ?

Approfondissement

Approfondissement

Dans les sociétés d’ordres, de castes, les groupes sociaux se reproduisent de génération en génération. Le vieil adage « tel père, tel fils » est alors la règle et la mobilité l’exception ; en revanche, dans les sociétés modernes, le statut social n’est plus transmis mais acquis : la mobilité sociale, c'est-à-dire la possibilité pour un individu de s’affranchir de sa situation sociale d’origine, est alors possible. Pour A Sauvy, « La façon dont un homme peut s’élever dans la hiérarchie sociale et parvenir à la gloire, à la fortune, au pouvoir est un des sujets les plus troublants pour le sociologue et des plus attirants pour le public » . Quels sont les différents types de mobilités ? Quels sont les déterminants qui expliquent l’intensité de la mobilité sociale ?

Les différents types de mobilité

Il existe différents types de mobilités fortement liés les unes aux autres. La mobilité professionnelle, issue d’un changement de profession, et la mobilité géographique (d’une ville à une autre ou d’un pays à un autre), issue d’un changement de résidence et/ou d’emploi, sont étroitement liées dans l’ensemble des pays occidentaux. Un changement de poste au sein d’une même entreprise ou dans une structure nouvelle peut exiger une mobilité géographique du salarié. Ces mobilités peuvent être liées à la mobilité sociale qui correspond au passage d’un groupe social à un autre, considéré comme supérieur (mobilité sociale ascendante) ou inférieur (mobilité sociale descendante). La mobilité sociale intergénérationnelle désigne le changement de position sociale d’une génération, celle du père, à une autre, celle du fils. Elle peut aussi être horizontale et s’assimile alors à la mobilité professionnelle. La mobilité intragénérationnelle, qui désigne le changement de position sociale d’un individu au cours de sa vie active, présente les mêmes caractéristiques.

La mobilité structurelle ou contrainte ou subie est due à l’évolution de la structure de l’appareil productif. La mobilité totale observée (ou brute) est la somme de la mobilité nette (ou de circulation) et de la mobilité structurelle (contrainte).

La mobilité relative, qui mesure la fluidité sociale, caractérise une société ou des individus issus de PCS différentes ont des probabilités identiques d’accéder à un meilleur statut social…ou pas ! La notion de viscosité s’oppose à celle de fluidité sociale.

Caractéristiques de la mobilité sociale

La mobilité sociale en France est étudiée à partir des enquêtes « Formation, qualification professionnelle » mises en place par l’INSEE. Les études portent sur les hommes actifs âgés de 40 à 59 ans et sur la profession qu’exerçaient leurs pères ; la prise en compte de cette tranche d’âge par le statisticien permet d’étudier la mobilité intergénérationnelle sur des populations stabilisées (c'est-à-dire ayant quasiment achevé leur perspective d’ascension sociale) ; on dispose donc d’informations sur l’origine sociale des fils et sur leur destinée à travers les tables de mobilité qui sont l’instrument privilégié de l’étude de la mobilité sociale intergénérationnelle…ou de la rigidité sociale. Comment lire une table de mobilité ?

D’une part, il faut discerner la destinée des fils selon la P.C.S. de leur père en répondant à la question :à quoi se destinent les fils  (Où vont-ils ?). Sur la colonne se répartissent dans les professions des fils issus d’une même P.C.S Si le 100 % est dans la dernière colonne, on est en présence d’une table de destinée.

D’autre part, il faut discerner l’origine sociale des fils en répondant à la question : De quel milieu social sont issus les fils ? (D’où viennent-ils ?). Sur la ligne se répartissent les fils occupant une même profession selon l’origine sociale de leur père. Si le 100 % est sur la dernière ligne, on est en présence d’une table de recrutement ou d’origine sociale.

La dernière colonne (ensemble) indique la structure de la population active des fils. La dernière ligne (ensemble) représente la structure de la population active des pères. Les tables de mobilité révèlent que la mobilité sociale s’effectue à travers des ‘trajets courts’ entre deux générations : nous parlerons alors de mobilité de ‘proximité’ lorsque par exemple l’essentiel des fils d’employés deviennent professions intermédiaires (mobilité sociale ascendante) ou ouvriers (mobilité sociale descendante), ou que les fils de cadres deviennent professions intermédiaires. La lecture de la table de destinée montre une tendance à l’immobilité sociale assez marquée pour les cadres et ouvriers. La mobilité y est plus forte pour les catégories intermédiaires de salariés tels qu’employés (catégorie ‘sas’) et professions intermédiaires, ainsi que pour les agriculteurs. La table de recrutement montre une forte mobilité sociale pour les agriculteurs et pour les cadres (et les professions intermédiaires et employés) ! Les travaux de Louis André Vallet démontrent également que la fluidité sociale a progressé depuis 1953, à un rythme moyen de 0,5%... par an ! La progression est tout de même assez lente.

Les Causes de la mobilité sociale.

La mobilité observée est notamment structurelle. Elle résulte de transformations économiques.Ainsi l’augmentation de la productivité agricole, supérieure au rythme d’augmentation de la demande agricole, a provoqué une véritable hémorragie d’agriculteurs (salariés et exploitants agricoles). Parallèlement, l’extension du secteur tertiaire, caractéristique d’une société qui se développe, a drainé de nombreuses PCS vers les emplois de services, notamment les employés, les cadres et les professions intermédiaires. Avec les « 30 glorieuses » il a fallu recruter les cadres (par exemple), certes parmi les « héritiers », mais aussi parmi les fils des autres groupes sociaux…les « héritiers » étant insuffisamment nombreux ! Cet « appel d’air » a donc bénéficié aux fils issus des catégories populaires. Selon L. Chauvel, pour les générations d’enfants nés dans les années 40, l’ascenseur social a connu une prodigieuse accélération. Mais pour les suivantes, il s’est arrêté, voire inversé. C’est cette panne qu’ont connus dans les années 80 les jeunes nés entre 1955 et 1965. La descente sociale est possible chez les enfants de cadres et de plus en plus de jeunes sont en situation plus difficile que celle de leurs parents.

Le rôle de l’école dans la mobilité sociale est controversé. En effet, depuis 1945, l’enseignement s’est démocratisé sous l’impact de la demande croissante de scolarité des parents et de l’offre croissante et diversifiée de scolarité par les pouvoirs publics. L’école a donc accompagné la mobilité nette et la mobilité structurelle ; les catégories moyennes et populaires ont profité de cette démocratisation scolaire dans un contexte de modernisation des structures économiques lors de l’après seconde guerre mondiale. Les variations de lafluidité sociale apparaissent cependant faibles au regard de cette explosion scolaire. La démocratisation ‘ égalisatrice’, selon laquelle les moins favorisés rattrapent les taux de scolarisation des plus favorisés, cache une démocratisation ‘ ségrégative’ : les inégalités d’accès aux diplômes sont en fait déplacées mais n’ont pas disparu. De plus, la valeur marchande des diplôme baisse : en effet, le nombre de diplômés du bac progressant beaucoup plus vite que celui des cadres, des phénomènes de déclassement apparaissent. On dénote même un paradoxe, formulé par Anderson, selon lequel les enfants issus de milieux populaires accédant à des niveaux scolaires plus élevés que ceux de leurs parents n’en obtiennent pas pour autant des positions sociales plus élevées. Pour le sociologue T. Poullaouec, ce déclassement n’est que provisoire et ne doit pas ‘désinciter’ les enfants de catégories populaires à déserter les études longues…qui restent l’arme des plus faibles. PourP. Bourdieu, l’école légitime les inégalités en les rendant acceptables puisque le degré de réussite scolaire traduit des mérites scolaires différents et non des inégalités sociales initiales. De plus elle les reproduit en traitant tous les enfants également, indépendamment de leur origine sociale. Or, la distribution de ressources économiques, culturelles, sociales n’est pas la même pour tous et influence positivement la réussite scolaire pour les catégories dominantes qui en sont les plus dotées et qui ont les plus grandes aptitudes à les mobiliser.

Le rôle de la famille est déterminant dans la réussite scolaire, via le prisme de l’attitude et des stratégies des familles : celles-ci, rationnelles, effectuent un calcul coût/avantage à propos de la poursuite (ou non) d’études supérieures. Ainsi, une famille de catégorie populaire peut « se contenter » de souhaiter pour ses enfants des études à bac+2 dans la mesure où le diplôme obtenu, supérieur à celui obtenu par les parents, permettra à l’enfant de monter dans l’échelle sociale, sans que les sacrifices financiers (investissement en capital humain) faits pour la poursuite des études ne soient trop lourds pour la famille. A l’autre bout de la chaîne, les parents des classes aisées vont mener une stratégie censée mener leurs enfants le plus loin possible dans les cursus les plus sélectifs, ces parents sachant bien que tous les diplômes de haut niveau ne permettent pas d’accéder aux meilleurs emplois et qu’il faut donc encore bien choisir la filière et le type de formation. Ces stratégies, différentes selon les familles parce que les intérêts ne sont pas les mêmes, débouchent sur des résultats scolaires différents. Le choix du conjoint (homogamie sociale), la taille de la famille sont aussi des facteurs de mobilité sociale.

À lire

Sites :

INSSE
Observatoire des inégalités
L’état de l’école

Films : 

Le goût des autres,
Intouchables , E Toledano et O Nakache, 2011
Ressources humaines , L Cantet, 1999
Le plafond de verre , Y Benguigui, 2006
Match point , WAllen, 2005
Cendrillon , Walt disney

Livres et articles :

La place , A Ernaux
Pays de malheur , S Beaud et Y Amrani, 2004
Le niveau monte , C Baudelot et R Establet
Le gône du Chaâba , A Begag,
A Jaoui, 1999

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