Cours

Cours de Terminale ES : 1.Croissance, fluctuations et crises

Question 2. Comment expliquer l'instabilité de la croissance ?

Découverte

Document 1 - Le cycle économique

Tout le monde connait ces phénomènes physiques très courants que sont les cycles. Le passage quotidien du jour à la nuit et de la nuit au jour, le va-et-vient de la balle de tennis sur le court, les hauts et les bas de la balançoire ;à laquelle l’enfant donne une impulsion en sont autant d’exemples familiers. Dans les trois cas, il y a fluctuation, c’est-à-dire alternance de mouvements en sens contraire. Bien qu’aucune de ces trois comparaisons ne soit parfaite, chacun de ces phénomènes cycliques comporte un aspect qui nous aide à comprendre ce que sont les cycles économiques. Comme les cycles jour-nuit, ils peuvent se reproduire indéfiniment. Comme la balle de tennis, l’économie reçoit des impulsions qui la propulsent dans une direction ou l’autre. Enfin, comme pour la balançoire, une impulsion lui imprime un mouvement dont l’intensité diminue peu à peu jusqu’à ce qu’une nouvelle impulsion la relance. On appelle cycle économique la fluctuation périodique mais irrégulière de l’activité économique. Le cycle économique comporte deux phases, une d’expansion et une de récession, et deux points de retournement, un sommet (le plus fort niveau d’activité économique atteint durant le cycle). Le niveau d’activité économique se mesure principalement par le niveau du PIB réel par habitant et de l’emploi. La phase d’expansion du cycle débute à un creux et prend fin à un sommet ; elle se caractérise par une accélération soutenue de l’activité économique, laquelle se traduit par une augmentation du PIB réel par habitant et de l’emploi. Toute phase d’expansion commence par une période de reprise, qui part du creux et dure jusqu’à ce que l’activité économique soit revenue au niveau du sommet précédent. La phase de récession se caractérise par un ralentissement soutenu de l’activité économique, lequel se traduit par la diminution du PIB réel par habitant et de l’emploi ; elle débute à un sommet et prend fin à un creux. La durée des phases d’expansion et de récession varie d’un cycle à l’autre, de même que leur ampleur, c’est-à-dire l’importance des variations de la production par habitant et de l’emploi.

Robin Bade, Michael Parkin, Brian Lyons, Raymond Bienvenu, Initiation à l’économie, ERPI, 2008.

 

  1. Récapitulez les différentes phases du cycle économique.

Document 2 - Les étapes du cycle économique

Comme nous l’avons dit plus haut, l’économie connait des hauts et des bas, c’est-à-dire des fluctuations (…) Certaines années, la production augmente de façon soutenue. Comme les produits se vendent bien les entreprises se mettent à embaucher : le chômage diminue, et le revenu global des ménages augmente. Du coup, les produits se vendent encore mieux. De leur côté, les entreprises voient leurs profits grimper. Non seulement elles ont de bonnes raisons d’investir (pour accroître leur capacité de production), mais elles en ont les moyens. On est en pleine expansion. L’optimisme et la prospérité se renforcent mutuellement. Après quelques années de croissance, il se peut que les entreprises commencent à manquer de certains biens essentiels à la production : matières premières, pièces détachées et équipements. La situation de l’emploi s’est améliorée, et c’est tant mieux, mais à la longue, l’expansion peut provoquer une pénurie de main d’oeuvre dans certains domaines. Les coûts de production et les prix se mettent alors à monter ; l’expansion tourne à la surchauffe. Pendant la phase d’expansion rapide de l’économie, les ménages et les entreprises n’ont pas hésité à dépenser, quitte à s’endetter plus que d’habitude. Une fois bien équipés, ces agents économiques ralentissent leurs achats, d’autant plus que leur endettement réduit leur marge de man?uvre. La croissance ralentit. Certaines entreprises font des mises à pied ; d’autres ferment. Le chômage augmente, le revenu global des ménages diminue, les dépenses de consommation ralentissent de plus belle. La récession s’installe et s’amplifie d’elle-même (…) Le vocabulaire qui décrit les hauts et les bas de l’économie est particulièrement varié. Comme nous l’avons noté, le cycle économique est la succession de deux phases : l’expansion et la récession. Lorsque la croissance est au plus bas, on parle de creux. La période où s’amorce la remontée est la reprise. Puis on s’approche du sommet, qui est suivi d’un retournement de tendance. Parfois cette redescente se termine par un atterrissage en douceur. D’autres fois, le ralentissement économique est plus violent. Selon certains économistes, il faut que le PIB diminue pendant au moins deux trimestres consécutifs pour qu’on puisse techniquement parler de récession. Toutefois, nous avons constaté que les critères varient d’un pays à l’autre. C’est pourquoi d’autres économistes définissent la récession comme un « ralentissement sensible, prolongé et généralisé de la production ».

Renaud Bouret, Alain Dumas, Economie globale à l’heure de la mondialisation, ERPI, 2009.

 

  1. Expliquez le passage souligné dans le texte

  2. En quoi les anticipations (optimistes ou pessimistes) des agents économiques jouent-elles un rôle important ?

Document 3 - La croissance français (2006-2010)

 

Contributions à l'évolution du PIB en volume en 2010

 

  1. Faire une phrase pour expliquer l'information apportée par le chiffre concernant le PIB en 2009

Document 4 - L'explication des fluctuations conjoncturelles

Partons d’une situation de très forte dépression. Le chômage est très important et les entreprises n’utilisent qu’une faible partie de leur capacité de production ; les revenus distribués étant bas, la demande de biens de consommation est très faible ; les commerçants et les usines n’ayant pas l’espoir de voir leurs ventes se développer, vivent sur leurs stocks de marchandises et de matières premières. Le plus souvent ce sont les dépenses de l’Etat qui sont à l’origine de la reprise. Peu importe qu’elles résultent d’une politique de relance, la conséquence d’une préparation à la guerre ou des évolutions sociales et techniques. Les mécanismes du renversement de tendance sont les mêmes. L’augmentation des dépenses permet à des entreprises de produire plus. Les revenus de leurs salariés et de leurs entrepreneurs augmentent. Ils consomment plus et le multiplicateur jouant la croissance de la production sera un multiple de la dépense initiale (…) Les entrepreneurs redeviennent optimistes et reconstituent leurs stocks non seulement en fonction de la demande existante, mais aussi de celle que leur laisse prévoir la tendance actuelle. L’accroissement de l’investissement en stocks a pour effet de propager le mouvement d’expansion à tous les secteurs de l’économie. Les usines se remettent à utiliser leurs pleines capacités de production, le chômage diminue, la masse des salaires et des profits s’élève. Ainsi, la demande de biens de consommation va-t-elle connaître un nouvel essor. L’effet de multiplication de l’investissement public initial est amplifié par celui des stocks. Cet essor va à son tour entraîner un besoin d’investissement. Il y aura à nouveau une distribution supplémentaire de revenus. Les revenus augmentant, l’épargne s’accroît plus vite que la consommation. Vient un moment où les investissements sont achevés et augmentent considérablement la production des biens de consommation. Les dépenses effectuées sur le marché des biens de consommation sont bien inférieures à celles que les entrepreneurs avaient prévues lorsqu’ils décidaient d’investir pour augmenter leur capacité de production. Les industriels commencent à douter de l’expansion et ralentissent la réalisation de leurs investissements. De vastes secteurs de l’économie sont touchés, le chômage se propage, la crise éclate. Ce renversement peut être encore plus rapide si des pénuries apparaissent, provoquent un dérapage inflationniste et contre lequel le gouvernement lutte en restreignant le crédit et ses dépenses. Dans tous les cas, la baisse des investissements risque d’être rapide et profonde. Devant les ventes qui ne cessent de décroître, les commerçants et les industriels ont le sentiment que leurs stocks sont trop importants et ils ne les renouvellent plus, ce qui bien entendu, aggrave le marasme. Nous assistons ainsi à un mouvement cumulatif de récession. La chute de l’investissement entraîne celle de la demande qui provoque une nouvelle chute des investissements. Cette baisse de l’investissement déprime encore plus la demande, et les entrepreneurs sont de moins en moins optimistes. Ce mouvement cumulatif de récession peut être amplifié par les faillites et le comportement des consommateurs qui, devant l’incertitude des lendemains, ont tendance à arrêter leurs achats et augmenter leur épargne de précaution. Durant la dépression, le pessimisme des entrepreneurs amène une dégradation considérable des stocks. On ne s’approvisionne pas en matières premières et en marchandises lorsque l’on est pas sûr de vendre.

Jean-Marie Albertini, Les nouveaux rouages de l’économie, Editions de l’Atelier, 2008.

 

  1. Expliquez pourquoi l’économie navigue entre l’écueil de la dépression et celui de l’inflation.

Document 5 - De la crise financière de 2007 à la "grande récession"

A la crise financière de 2008 a succédé un ralentissement de l’économie s’accompagnant selon les estimations d’une chute de 2,1% du PIB mondial en 2009, la première contraction de l’économie mondiale depuis 1945. Mais il est encore plus frappant qu’elle ait touché tant d’économies. Si l’ampleur du ralentissement a varié selon les économies, la plupart ont essuyé des revers d’un ordre ou d’un autre. Cette crise est réellement une crise mondiale, et c’est sans doute la première du genre. Dès 2007, l’économie mondiale donnait des signes d’essoufflement. Tout ralentissement est un sujet de préoccupation, sans nécessairement être alarmant. Les récessions n’ont rien de nouveau, même si leurs causes sont très diverses. Certaines résultent d’un choc touchant tout le système économique, comme la crise pétrolière du début des années 1970. D’autres s’inscrivent dans ce qu’on appelle le « cycle conjoncturel » et peuvent constituer un ralentissement marqué mais normal d’une économie en surchauffe. Un ralentissement causé par une crise du système bancaire est une toute autre affaire, et bien plus inquiétante. Durant un ralentissement de ce type, le recul de la production est en général de deux à trois fois supérieur à ce qu’il est dans une phase normale de repli, tandis qu’une reprise pleine et entière peut prendre deux fois plus de temps. Il y a plusieurs raisons à cela. Par exemple, les problèmes des banques les rendent moins aptes ou moins disposées à accorder des prêts. Emprunter devient alors plus coûteux, ce qui peut amener les entreprises à différer leur expansion et les consommateurs à reporter leurs achats importants. En général, les crises bancaires sont également associées à un recul de la richesse, car la valeur des propriétés et des actions détenues par les entreprises et les consommateurs s’effondre. Examinons comment cette récession s’est propagée dans l’économie mondiale, dans les pays développés, tout d’abord, puis dans les économies émergentes et en développement. La chute des prix de l’immobilier : dans un premier temps, la baisse du prix de l’immobilier a contribué au déclenchement de la crise financière. A mesure que la crise raffermissait son emprise, le marché des prêts immobiliers s’est resserré : ces prêts devenant plus chers et plus difficiles à obtenir, la baisse initiale des prix s’est accentuée. Le prix de l’immobilier a continué de chuter dans de nombreux pays de l’OCDE, entraînant un recul de l’investissement dans les nouveaux projets immobiliers et donc une baisse de l’activité économique en général. La nervosité des banques : les banques ont cessé de s’accorder des prêts et ont par conséquence eu de plus en plus de mal à faire face aux problèmes de trésorerie à court terme ; cela a constitué un des éléments-clés aux premiers stades de la crise (…) S’il était difficile d’emprunter pour les banques, cela l’était également pour les entreprises et les consommateurs ; eux aussi ont été frappés par un « resserrement du crédit » qui a raréfié et renchéri les prêts. Mais l’impact sur les consommateurs ne se résume pas à la chute du prix de l’immobilier. Lorsque l’économie se détériore, les gens s’inquiètent davantage de leurs finances et réduisent leurs achats, notamment en produits coûteux comme les automobiles et les téléviseurs. Le ralentissement des entreprises : les entreprises ont durement ressenti le resserrement du crédit, en particulier les plus petites entreprises et les moyennes, ce qui en a amené un grand nombre à faire preuve d’une prudence accrue et à retarder ou annuler leurs investissements. Elles ont également coupé dans leurs dépenses de fonctionnement ; certaines ont réduit les salaires (parfois en échange d’une garantie d’emploi), d’où une diminution du pouvoir d’achat des travailleurs, et, chaque fois qu’elles le pouvaient, elles ont reporté leurs remboursements, forçant ainsi leurs fournisseurs à se retourner vers les banques pour obtenir des prêts à court terme coûteux. L’augmentation du chômage : bien sûr, les effets de la récession touchent non seulement l’économie mais aussi la société. Le chômage traduit sans conteste le ralentissement de l’activité économique, mais il en constitue aussi une cause : il réduit le pouvoir d’achat et oblige les gouvernements à accroître leurs dépenses sociales. Au-delà des statistiques brutes, le chômage a un coût humain-dans les cas extrêmes certains foyers tombent sous le seuil de pauvreté (…) Ce sont les groupes de travailleurs les plus désavantagés –jeunes, personnes peu qualifiées, immigrants et travailleurs temporaires- qui subissent le plus gros des pertes d’emplois. En général leur accès à l’aide sociale est relativement limité, et ils ont souvent de grandes difficultés à retrouver un emploi, ce qui les expose à rejoindre les rangs des chômeurs de longue durée.

Brian Keeley, Patrick Love, De la Crise à la reprise, Publications de l’OCDE, 2011.

 

  1. Synthétisez les enchaînements qui ont conduit à la récession en 2009.
Document 6 - Les chocs de demande

On peut utiliser la représentation graphique de la loi de l’offre et de la demande pour illustrer les effets d’un recul de la demande globale, en raisonnant, au lieu d’un marché d’un bien particulier sur l’offre et la demande globales, et le niveau général des prix d’autre part. L’offre et la demande globale indiquent la quantité totale qui est offerte ou demandée pour l’ensemble des biens et services produits à l’intérieur du pays. La demande globale est supposée décroissante en fonction des prix. En ce qui concerne l’offre globale, l’offre est une fonction croissante du niveau général des prix. Sur le schéma, on part du point A où l’équilibre entre l’offre et la demande globale détermine un niveau général des prix P1. Si un choc affecte l’économie (baisse de la demande extérieure, hausse de l’épargne, baisse de la demande anticipée par les entrepreneurs, crise financière qui appauvrit les ménages), la demande globale recule de D1 en D2. Ainsi, quels que soient les prix, la quantité de produits demandée est plus faible. On constate que pour une offre inchangée, on atteint un nouvel équilibre au point B, où le PIB et les prix ont baissé. En effet, les difficultés rencontrées par les entreprises afin d’écouler leur production les conduisent à baisser les prix de vente de leurs produits. Pour un niveau inchangé des salaires, la baisse des prix augmente le coût réel de la production : on paie aux travailleurs un salaire inchangé alors que la production se vend moins cher sur les marchés. Les profits anticipés baissent et les entreprises sont incitées à diminuer leur production. La baisse de la production entraîne alors la baisse de l’emploi et la hausse du chômage. Selon certains économistes, il faut laisser les mécanismes du marché produire un retour automatique à l’équilibre : le recul de la demande ne peut qu’être transitoire car la hausse du chômage entraîne une baisse du taux de salaire réel, et donc des coûts de production des entreprises qui reviennent à leur niveau initial, et incitent les entreprises à accroître à nouveau leur production et l’emploi. Sur le graphique, le point B est une situation temporaire et l’offre globale se déplace à nouveau vers la droite (vers O2). La hausse de l’offre globale entraîne une baisse des prix qui stimule la demande et permet d’écouler la production et de diminuer le chômage, jusqu’à un nouvel équilibre, le point C. D’autres économistes préconisent une intervention de l’Etat pour soutenir la demande : en effet, les prix ne s’ajustent pas automatiquement sur les marchés et les entreprises ajustent d’abord leur production (la quantité baisse en PIB3, et non en PIB2), tandis que les travailleurs défendent leurs salaires nominaux qui ne baissent pas. Ainsi la variable d’ajustement n’est plus les prix mais les quantités et les entreprises réduisent le volume de l’emploi. Le chômage augmente et la baisse des revenus distribués dans l’économie aggrave la crise et freine encore la demande globale, ce qui peut inciter les entreprises à encore réduire leur production et le volume de l’emploi. Le retour à l’équilibre ne se produit pas et la crise s’aggrave : la politique économique est donc nécessaire pour ramener l’économie vers l’équilibre initial et le plein emploi. La politique de relance peut stimuler la consommation et l’investissement peut alors déplacer la demande globale vers la droite (t ramener l’économie au point A). 

 

Document 7 - Les chocs d'offre

 

Une crise peut survenir en raison du recul de l’offre globale, en raison d’une hausse brutale des coûts de production (hausse du prix des matières premières comme le pétrole, hausse de la fiscalité sur les entreprises, des salaires, etc.) Pour un prix constant, une hausse des coûts de production réduit alors les profits. Pour chaque niveau de prix, les entreprises baissent alors leur production et l’offre globale est plus faible (l’offre globale passe d’O1 vers O2). Comme la demande globale reste inchangée mais que les biens offerts sur les marchés sont plus rares, les prix augmentent (en passant de P1 en P2). On atteint alors un nouvel équilibre (au point B) qui se caractérise à la fois par une chute de l’activité économique (le PIB baisse en PIB2) et par une accélération de l’inflation. Pour certains économistes, si la baisse de la production réduit l’utilisation du facteur travail et élève le chômage, la pression à la baisse sur les salaires est plus forte, et la baisse des coûts de production qui en résulte incite à nouveau les entreprises à produire. Après avoir reculé en O2, l’offre globale se déplace à nouveau vers la droite, vers O1. Cette augmentation de l’offre amène une baisse progressive des prix qui retournent vers P1. Le mécanisme doit opérer jusqu’à ce que l’offre globale et le niveau général des prix soient revenus à leur niveau initial, celui qui assurait le plein emploi du travail. Mais d’autres économistes font valoir que la baisse des salaires, censée permettre de restaurer le niveau de l’offre globale en diminuant les coûts de production, présente un risque majeur : les salaires ne sont pas seulement un coût mais également un revenu et une composante importante de la demande globale. La baisse des salaires entraîne donc une baisse du pouvoir d’achat des travailleurs. Il faut alors compenser le recul de l’offre globale par une relance de la demande globale quand l’économie passe du point A au point B, une politique de relance peut déplacer la demande globale vers la droite (on passe sur le graphique de D1 en D2) pour revenir au point C, en maintenant le niveau de la production et de l’emploi, même si cette stratégie se paie d’une accélération de l’inflation. Confrontés à la détérioration de leur pouvoir d’achat, les travailleurs revendiquent alors des hausses de salaires pour compenser : les négociations doivent alors permettre de partager le coût de la crise, entre les entrepreneurs et les travailleurs. 

 

Document 8 - Le rôle du crédit et l'instabilité financière dans l'économie contemporaine

Les phases de boom s’accompagnent inévitablement d’une montée de l’endettement. L’économiste américain Hyman Minsky y voit l’expression d’un « paradoxe de la tranquillité ». C’est en effet pendant la phase de boom que l’instabilité financière trouve sa source (…) L’instabilité financière vient des économies capitalistes elles-mêmes. En effet, adoptant souvent un comportement prudent au début du boom économique, les entreprises proportionnent d’abord leur demande de crédit aux anticipations de profit qui permettent de rembourser le capital emprunté et les intérêts. Puis, poussées par leur confiance dans l’expansion, elles acceptent un plus fort taux d’endettement en misant sur un crédit facile et sur le fait qu’elles n’auront à rembourser que les intérêts, les prêts se renouvelant facilement. Cette fragilisation croissante est favorisée par le comportement des acteurs du système financier : au fur et à mesure de l’éloignement de la crise boursière précédente, les banques tendent à relâcher leur vigilance dans l’octroi des prêts et à pêcher par excès d’optimisme dans les garanties demandées aux emprunteurs (…) Les économistes évoquent aujourd’hui, en synthétisant les mécanismes précédents, l’existence d’un accélérateur financier - à l’instar de l’effet d’accélération repéré dans les réactions amplifiées de l’investissement aux variations de la demande - pour suggérer que le développement de la sphère financière amplifierait les différentes phases du cycle économique. L’OCDE décrit cet accélérateur comme le processus par lequel l’anticipation, par les ménages et les entreprises, d’une hausse de leur revenu pendant la phase ascendante du cycle de crédit provoque à la fois une hausse des cours et un crédit plus facile : la hausse des cours améliore les garanties données par les emprunteurs (titres, biens immobiliers) qui, à son tour, stimule l’expansion du crédit. Cet endettement additionnel alimente en retour la hausse des cours. En conséquence, il y a une tendance pour le prix des actifs et le crédit à s’entretenir mutuellement, dans un mouvement de spirale, au cours de la phase haussière du cycle (et vice versa quand la tendance se retourne). L’accélérateur financier est renforcé par le fait que les risques sont en général sous-estimés par les intermédiaires financiers dans les phases de booms et surestimés dans les phases de récession.

Jean-Pierre Biasutti, Laurent Braquet, Comprendre le système financier, Bréal, 2010.

 

  1. Synthétisez les éléments permettant d'expliquer les enchaînements du cycle de crédit

Document 9 - La mesure de la croissance potentielle

Pour mesurer la croissance d’un pays, on utilise le concept de croissance potentielle, qui peut être assimilé, malgré les redoutables problèmes techniques que cela pose, à la croissance tendancielle, qui est un simple lissage sur une longue période de la croissance économique. Au cours de la première décennie du XXIème siècle (2001-2010), la croissance moyenne de l’économie française a ainsi été de 1,25%, ce qui est remarquablement faible. Des chiffres voisins peuvent être observés pour la plupart des pays européens. A quoi tient ce faible taux ? Grâce à l’utilisation d’une fonction de production et à la notion de croissance potentielle, on peut déterminer les effets respectifs de la productivité du travail et du capital, et du progrès technique. On notera la baisse continue du taux de croissance poptentielle au long de la décennie, avec une relative stabilité de la productivité du travail et du capital, et du progrès technique. Ces calculs constituent avant tout, des ordres de grandeur indicatifs, utiles pour la conduite de la politique économique. Une croissance potentielle inférieure à 1% ne signifie pas que la zone euro ne peut croître plus vite, mais signale seulement que l’économie de la zone peut simplement rapidement buter sur des limites physiques, qui risquent de dégénérer en inflation si l’on cherche à relancer l’économie par la demande, c’est-à-dire en utilisant les leviers budgétaire et monétaire. Seule une politique de l’offre –la mise en ?uvre de plus de facteurs de production, ou le renforcement de l’efficacité de ces facteurs ou de leur combinaison, ce qui passe par des mesures de libération de la croissance, permettrait d’améliorer la situation. Ce concept permet aussi de rappeler que l’objectif d’une politique économique de long terme est non pas de maximiser la croissance à tout prix, mais de permettre à une économie de mobiliser de la façon la plus efficace ses ressources. Il y a ici deux enjeux dont il faut tenir compte. D’une part la croissance est indispensable pour absorber la croissance annuelle de la population (il faut donc que les autres facteurs accompagnent le travail : plus d’investissements, plus de R&D, donc plus d’éducation, permettent de développer l’emploi). D’autre part, la croissance dégrade l’environnement et il faut arbitrer entre chômage et pollution. Pour autant, une croissance de long terme aussi faible que celle observée en Europe (et en particulier en France) a aussi des conséquences : elle implique de faibles rémunérations pour les facteurs de production (gains de pouvoir d’achat très réduits) et de faibles ressources pour les services publics (impossibilité de financer un système de protection sociale très généreux). Pourquoi la croissance potentielle européenne est-elle donc si faible et comment la relever ?

Jean-Luc Biacabe, Jean-Marc Daniel, Gérard Duchêne, Patrick Lenain, Introduction à l’économie, Pearson, 2011.

 

  1. Définir ce qu’est la croissance « potentielle ».

  2. Distinguez une politique d’offre d’une politique de demande. 

Document 10 - La baisse de la croissance potentielle française

A long terme, la croissance dépend donc du rythme d’augmentation du volume de travail, du rythme d’augmentation du stock de capital et du degré d’innovation de l’économie. Ces éléments déterminent la production potentielle, celle qui résulte d’une utilisation optimale des facteurs de production. A court terme, la croissance observée ne peut pas être durablement supérieure à la croissance potentielle, sauf à générer des tensions « insupportables » sur l’appareil de production et donc à entraîner une accélération de l’inflation. La politique conjoncturelle (monétaire, budgétaire) vise à réaliser cette production potentielle. L’importance de l’écart entre la production réalisée et la production potentielle (écart de PIB ou « output gap ») donne donc des indications sur l’efficacité des politiques conjoncturelles. La production observée peut être ponctuellement supérieure à la production potentielle, ce qui traduit une situation de surchauffe économique. Le plus souvent, par simplification ou pour la quantifier, on considère la croissance potentielle comme la somme de deux tendances : celle de la population en âge de travailler, corrigée de l’évolution des taux d’activité et de la durée du travail, et celle des gains de productivité horaire du travail. Ces derniers dépendent de la productivité globale des facteurs (l’efficacité économique) et de l’intensité des techniques de production (la substitution travail/capital donc l’intensité en capital). En France, la baisse de la productivité expliquerait la faible croissance du PIB par habitant français: si le taux de croissance du PIB, partant d’un niveau bas, baisse durant la décennie 2000, c‘est certes du fait de la moindre utilisation des ressources en main-d’?uvre (liée à la baisse du nombre d’heures travaillées, compensée par l’augmentation du taux d’emploi), et la –très légère- moindre augmentation de l’intensité capitalistique, mais surtout du fait de la baisse de la croissance de la productivité globale des facteurs.

La croissance potentielle française est estimée autour de 2%. C’est en quelque sorte le plafond de l’économie. Un tel niveau de croissance potentielle présente plusieurs inconvénients :

- Elle creuse l’écart de revenu avec les pays ou régions en croissance plus rapide, d’où un risque d’exode des cerveaux, de délocalisation des entreprises à la recherche de marchés porteurs ;

- Elle n’aide pas à la réduction des déficits publics, donc on ne rend pas de marges de manoeuvre à la politique budgétaire ;

- Elle peut être source de conflits entre les acteurs de l’économie. Dans un monde où les revenus financiers doivent croître de 10% par an et où le vieillissement des populations dans les pays industrialisés induit une croissance des dépenses de santé et des pensions (en masse) de 3 à 6% environ, une croissance potentielle de 2% par exemple condamne le pouvoir d’achat des salariés à n’augmenter que de 1% en moyenne, comme elle condamne l’investissement des entreprises à stagner. Ceci est source de paupérisation des salariés, et d’incertitude pour l’avenir.

Pascal Monier, Economie générale, Gualino lextenso editions, 2009.

 

 

  1. Qu’appelle-t-on " l’écart de production" ?

  2. Dans quelle mesure une récession prolongée peut-elle affecter la croissance potentielle ?

Document 11 - L'évolution de l'inflation

Variation de l'indice des prix à la consommation

  1. Faire une phrase avec le chiffre de l'année 2010.

  2. D'écrire l'évolution de lindice des prix à la consommation depuis les années 1970. 

Document 12 - Le danger de la déflation

La controverse sur les priorités de la politique économique –faut-il lutter vigoureusement contre la déflation (la baisse du niveau général des prix) ou (déjà) contre le retour de l’inflation ?- avait quelque chose de surréaliste au moment où la plupart des pays développés étaient pris dans les filets d’une récession-déflation en pente douce et que la crainte de voir cette situation s’installer durablement n’était pas encore tout à fait dissipée. Même si peut penser que les prévisions de « décroissance » du Fonds monétaire international (FMI) pour 2009 (-2,7% pour les Etats-Unis, -4,2% en zone euro, -5,4% au Japon, -2,4% pour la France) sont « plombées » par l’effet d’un très mauvais premier trimestre, ses prévisions 2010 sont loin d’être éblouissantes (+1,5% pour les Etats-Unis, +0,3% pour la zone euro, +1,7% pour le Japon, +0,9% pour la France), avec la poursuite annoncée de défaillances d’entreprises en raison de la dégradation de leur situation financière, notamment en Europe, et de l’augmentation du chômage. Dans un tel scénario, l’inflation n’est pas encore au coin de la rue. C’est le moins que l’on puisse dire. Au début de l’été, la dérive mondiale des prix était tombée aux alentours de 1%. Du jamais vu depuis 1945. Et dans une bonne quinzaine de pays représentant quelque 60% du PIB mondial, l’évolution des prix sur un an était même négative. Le FMI ne la voit pas dépasser +1,3% en 2010 dans les pays avancés, +5,1% dans les pays émergents et en développement. La controverse semble surréaliste, mais est-elle pour autant pertinente ? Autrement dit, les prophètes d’un retour dévastateur de l’inflation provoqué par le laxisme des politiques monétaires et budgétaires (un grand classique des sorties de crise) ont-ils raison de voir là le principal danger qui menace l’économie mondiale dans les années qui viennent ? (…) Il est impossible d’ignorer totalement l’hypothèse de l’installation d’un « équilibre déflationniste » où la croissance de l’offre de monnaie serait compensée par une hausse de la demande de monnaie (les agents économiques préférant alors conserver des liquidités par crainte de l’avenir).

Patrick Artus, Marie-Paule Virard, La liquidité incontrôlable, Pearson, 2010.

 

  1. Pourquoi la crainte d’un retour de l’inflation peut-elle paraître «surréaliste» ?

  2. Pourquoi la récession économique et la hausse du chômage peuvent-elle amplifier les tendances à la déflation ?

Document 13 - La remontée du taux de chômage

 

 

 

  1. Rappelez comment on calcule le taux de chômage

  2. Faire une phrase avec le taux de chômage en France pour l'année 2011

Document 14 - La politique monétaire contribue à soutenir l’activité dans une économie d’endettement.

Lorsque l’économie ralentit, les Banques centrales essaient généralement d’abaisser les taux d’intérêt (le coût du capital emprunté). Si les taux sont faibles, les entreprises et les consommateurs seront plus susceptibles d’emprunter et par conséquent, de dépenser ou d’investir cet argent, ce qui génèrera de l’activité économique. A l’inverse, augmenter les taux d’intérêt accroît le coût de l’emprunt ce qui peut aider à tempérer une économie en surchauffe. Les banques centrales ne fixent pas directement les taux auxquels la plupart d’entre nous empruntent aux banques. Elles déterminent en fait le taux à court terme –au jour le jour- auquel elles prêtent aux autres banques, ce qui influe sur les taux fixés par les autres institutions bancaires (…) L’acuité du ralentissement économique a conduit à des réductions sans précédent des taux directeurs dans la zone de l’OCDE : début 2010, ils se situaient entre 0% et 0,25% aux Etats-Unis, au Japon et au Royaume-Uni, contre 1% dans la zone euro, ce qui est historiquement extrêmement faible. Fixer les taux d’intérêt constitue une arme-clé de l’arsenal économique, mais elle a des limites évidentes : une fois qu’ils ont atteint 0%, on ne peut plus vraiment les abaisser. C’est pourquoi certaines banques centrales utilisent d’autres moyens pour soutenir le système financier et lui donner un coup de fouet, en recourant à des mesures de politique monétaire aussi peu conventionnelles que l’injection de liquidités et l’achat d’actifs financiers. En termes simples, l’achat d’actifs financiers signifie qu’une banque centrale achète aux banques des obligations d’Etat, ce qui accroît les liquidités des banques et leur permet ainsi d’accorder davantage de prêts aux entreprises et aux consommateurs, stimulant ainsi l’activité économique. Les banques centrales ayant injecté davantage de liquidités dans le système financier, certains observateurs ont mis en garde contre le risque que cela alimente l’inflation. Ces craintes sont probablement surestimées : le chômage élevé et ce que les économistes appellent le « taux d’utilisation des capacités de production » -travailleurs au chômage, usines fermées ou ne fonctionnant pas à pleine capacité- devraient limiter les tendances inflationnistes. A plus long terme, cependant, à mesure que les économies se rétabliront, il sera nécessaire de resserrer les politiques monétaires pour contenir l’inflation.

B. Keeley, P. Love, De la Crise à la reprise, Publications de l’OCDE, 2011.

 

  1. Synthétisez par un schéma les mécanismes par lesquels une baisse des taux d’intérêt affecte l’économie.
  2. A quelle limite se heurte la baisse des taux d’intérêt directeur selon le texte ? Que peuvent faire les banques centrales lorsque cette limite est atteinte ?
Document 15 - La politique budgétaire de relance pour sortir de la récession

Durant une récession, les gouvernements peuvent également décider de prendre des mesures spéciales –ou «discrétionnaires», ce qu’ont fait quasiment tous les pays de l’OCDE, même si l’importance et la portée de ces mesures ont beaucoup varié. Aux Etats-Unis par exemple, le train de mesures budgétaires équivalait à 5,5% du PIB de 2008, tandis qu’il atteignait au moins 4% en Australie, au Canada, en Corée, et en Nouvelle Zélande. A l’inverse, dans quelques pays (en particulier en Hongrie, en Islande et en Irlande), le mauvais état des finances publiques a contraint le gouvernement à resserrer la politique budgétaire, notamment en réduisant les dépenses publiques et en augmentant les impôts. Qu’ont fait les gouvernements? La réduction des impôts a constitué une part importante de l’équation, en particulier la baisse de l’impôt sur le revenu. La raison est simple : on peut modifier le code des impôts et appliquer ces changements pratiquement du jour au lendemain, alors qu’il faut du temps pour concevoir et mettre en ?uvre des dépenses d’infrastructures telles que la construction de nouvelles routes (il est très long d’établir les plans, de les faire approuver et de passer des contrats de travaux publics). Cela étant, les investissements publics ont également augmenté : les gouvernements ont davantage investi dans l’éducation et les infrastructures, notamment, et apporté un soutien spécial à des industries comme l’automobile. Ils ont également cherché à stimuler la consommation grâce à des programmes tel que la « prime à la casse » -« cash for clunkers » aux Etats-Unis (« de l’argent comptant pour des tacots ») –qui permet aux automobilistes d’obtenir en moyenne 1500 à 2000 dollars pour la reprise de leur ancien véhicule. A cause de ce qu’on appelle l’effet multiplicateur, ces trains de mesures peuvent avoir un impact important que suggèrent les chiffres qui font la une des journaux. En quoi ce phénomène consiste-t-il ? En termes simples, chaque dollar dépensé par les gouvernements peut avoir un impact économique total dépassant 1 dollar. Par exemple, si le gouvernement injecte davantage d’argent dans les soins de santé, cela peut accroître les revenus des médecins, des infirmières et des fournisseurs de soins, revenus supplémentaires qu’ils peuvent dépenser pour améliorer leur logement, d’où des revenus supplémentaires pour les entrepreneurs, et ainsi de suite (sans compter les bénéfices sociaux de ces dépenses en soins de santé). Si un tel processus peut en théorie se poursuivre à l’infini, ce n’est pas le cas dans la pratique.

Une partie de l’argent sera en effet consacrée à l’achat de biens importés, ce dont profiteront les économies concernées. De plus, l’augmentation des dépenses publiques peut inciter les agents à épargner davantage et à dépenser moins en prévision des hausses d’impôt qui serviront à l’avenir à payer toutes ces dépenses.

Brian Keeley, Patrick Love, De la Crise à la reprise, Publications de l’OCDE, 2011.

 

  1. Pourquoi les gouvernements ont-ils eu souvent recours aux réductions d’impôt ?

  2. Pourquoi la relance budgétaire exerce-t-elle un effet multiplicateur sur l’activité ?

Approfondissement

Faisons le point

La croissance, un phénomène irrégulier

La croissance économique n’est pas un processus stable et continu mais elle s’accompagne de crises ; durant lesquelles il y a alors un ralentissement de la production et une montée du chômage.

À l’inverse, si la croissance économique est trop forte, l’inflation s’accélère et le déficit de la balance commerciale se creuse.

La crise correspond au retournement brutal de la conjoncture économique qui marque la fin d’une période d’expansion au cours d’un cycle économique : il s’agit d’une phase de contraction durable et de dépression de l’activité économique.

Les fluctuations économiques sont l’ensemble des mouvements de baisse ou de hausse de l’activité économique.

Ces fluctuations économiques peuvent être mesurées à l’aide de différents indicateurs, comme le niveau de la production ou le niveau général des prix.

- Lorsque ces fluctuations ont une certaine régularité, on parle de cycle économique, soit une période plus ou moins longue, caractérisée par une succession de phases de hausse et de baisse de la production.

Les fluctuations économiques comportent une phase d’expansion, une phase de crise, et une phase de dépression.

On décompose généralement l’évolution de l’activité économique en une tendance de long terme (appelée « trend »), fondée sur le niveau de la croissance potentielle ; et une composante cyclique liée à l’écart existant entre le niveau du PIB effectif et le PIB potentiel (déterminé par les capacités de production maximales de l’économie).

Comment expliquer l'irrégularité de la croissance ? 

L’irrégularité de la croissance s’explique en particulier par les variations de la demande globale: lorsqu’une des composantes de la demande globale (consommation, investissement) adressée aux producteurs varie, les économistes parlent de « choc de demande ».

L’activité économique peut également être affectée par des « chocs d’offre » en raison des modifications de certaines variables importantes comme la productivité ou les prix des facteurs de production (hausse du coût de certaines matières premières, hausses de salaires supérieures aux gains de productivité, hausse de la fiscalité ou bien au contraire introduction du progrès technique qui élève la productivité et réduit les coûts unitaires de production).

Dans les économies contemporaines où le crédit bancaire joue un rôle important, les phases de boom économique s’accompagnent inévitablement d’une montée de l’endettement. L’économiste américain Hyman Minsky y voit l’expression d’un « paradoxe de la tranquillité ». C’est en effet pendant la phase d’optimisme que l’instabilité financière s’accroît.

Comment apparait un  "cycle de crédit" ? 

En adoptant souvent un comportement prudent au début du boom, les entreprises proportionnent d’abord leur demande de crédit aux anticipations de profit qui permettent de rembourser le capital emprunté et les intérêts. Puis, poussées par leur confiance dans l’expansion, elles acceptent un plus fort taux d’endettement en misant sur un crédit facile et sur le fait qu’elles n’auront à rembourser que les intérêts, les prêts se renouvelant facilement. Cette fragilisation financière croissante et ce « cycle du crédit » sont favorisés par le comportement des acteurs du système financier : au fur et à mesure de l’éloignement de la crise boursière précédente, les banques tendent à relâcher leur vigilance dans l’octroi des prêts et à pêcher par excès d’optimisme dans les garanties demandées aux emprunteurs.

Destruction créatrice et cycle économique

De manière générale, cet écart à la croissance potentielle est alors un indicateur de la phase du cycle dans laquelle l’économie se trouve.

Selon l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, les fluctuations économiques sont inhérentes à la dynamique du capitalisme : le processus d’apparition du progrès technique et des innovations est irrégulier dans le temps, ce qui explique les fluctuations de l’activité économique (car il est source de croissance).
Les innovations, portées par les entrepreneurs, apparaissent en grappes et se généralisent dans le système économique : les entreprises innovantes, en position de monopole, dégagent temporairement un surprofit, tandis que les secteurs de l’économie liés à ces entreprises sont incités à développer à leur tour de nouveaux produits, de nouveaux procédés, de nouvelles formes d’organisation des entreprises, à conquérir de nouveaux marchés ou de nouvelles sources de matières premières (phase d’expansion).

Cependant, la généralisation des innovations et l’imitation de celles-ci par d’autres entrepreneurs réduisent les profits, ce qui conduit à l’essoufflement de l’activité économique et à la phase de dépression.

La délicate régulation des fluctuations conjoncturelles

La politique macroéconomique est constituée par l’ensemble des décisions prises par les pouvoirs publics afin d’atteindre, grâce à l’utilisation de divers instruments, des objectifs concernant la situation économique d’un territoire donné (région, nation, union monétaire).

Les politiques économiques conjoncturelles visent à atteindre des objectifs de court terme (les effets se sont sentir de quelques mois à une ou deux années) et sont liées à la fonction de stabilisation de l’Etat. Les politiques conjoncturelles visent soit à accroître la demande globale par la hausse des dépenses publiques, la redistribution des revenus, ou la baisse des taux d’intérêt directeurs afin de stimuler la production et l’emploi (on parle alors de politique de relance), soit à freiner la demande globale par une baisse des dépenses publiques, une hausse des impôts, des mesures de limitation de la progression des salaires, pour lutter contre l’inflation qui détériore le pouvoir d’achat des ménages et réduit la compétitivité-prix des entreprises (on parle alors de politique de rigueur). Dans une économie mondialisée, les politiques conjoncturelles de relance se heurtent à deux types de contraintes : la contrainte commerciale, puisque la stimulation des revenus des ménages peut se traduire par un accroissement des importations de biens étrangers et limiter l’impact positif sur la production nationale ; et la contrainte financière puisque les Etats empruntent des capitaux sur les marchés financiers qui surveillent les politiques conjoncturelles mises en ?uvre, ainsi que les capacités de remboursement des Etats et les risques de défaut de paiement qui pourraient survenir. Si les politiques conjoncturelles ont été massivement utilisées à partir de 2008-2009 afin d’empêcher l’amplification de la récession économique (création monétaire et baisse des taux d’intérêt par les banques centrales, plans de relance budgétaire aux Etats-Unis, en Europe et en Chine) et lutter contre le chômage de masse, elles se heurtent désormais à la contrainte de la maîtrise de l’endettement public et posent désormais la question de futures politiques de rigueur. La crise apparaît particulièrement aiguë dans la zone euro où la politique monétaire est unique mais où les Etats ont conservé l’autonomie de leur politique budgétaire (même si celle-ci est encadrée par des textes limitant les déficits publics).

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