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Conférence :

Le rôle de l'innovation comme facteur de mobilité sociale

 

Présentation plus détaillée :

Alors que l'analyse néoclassique de la croissance ne parvient pas à rendre compte de celle-ci sur le long terme, Philippe Aghion et Peter Howit ont proposé un modèle de croissance endogène qui repose sur l'innovation, dans la lignée de la pensée de Joseph Schumpeter.

Contrairement aux thèses de la "stagnation séculaire" qui affirment que le potentiel de croissance est épuisé dans les pays développés, Aghion affirme que la révolution de nouvelles technologies de l'information et de la communication est un formidable moteur de croissance. S'il est vrai que le PIB ne progresse plus aujourd'hui aussi vite qu'au cours des Trente glorieuses, cela s'explique par deux facteurs qui n'ont rien à voir avec le progrès technique en tant que tel. Le premier facteur est un problème de mesure parce que les outils statistiques actuels ne parviennent pas bien à mesurer l'accroissement de productivité qui découle de l'utilisation de nouvelles technologies. Le deuxième facteur est le fait que la croissance est entravée par une série de rigidités institutionnelles sur le marché du travail, sur le marché des biens et services, ou encore par une fiscalité inadaptée.

Non seulement l'innovation est bonne pour la croissance, mais elle peut aussi contribuer à réduire les inégalités économiques et sociales. A partir des années 1980, on a assisté à un enrichissement du 1% les plus riches dans les pays développés, puisque plus d'innovation engendre plus de marge sur le marché, et donc plus d'inégalités. Mais conformément à la dynamique schumpetérienne, l'innovation peut être assimilée à un phénomène de "destruction créatrice". De nouveaux talents émergent qui permettent de dépasser les acteurs en place et les rentes de situation, ce qui fait qu'au bout du compte l'innovation est un facteur de mobilité sociale. Par exemple, aux Etats-Unis, le "top 1%" est plus riche en Californie qu'en Alabama, mais en même temps on observe davantage de mobilité sociale en Californie par rapport à l'Alabama. Le processus de destruction créatrice permis par l'innovation accroît la circulation dans l'espace social.

S'il est donc clair qu'il faut encourager l'innovation, il n'en reste pas moins que celle-ci "ne tombe pas du ciel". Elle résulte avant tout de décisions d'entrepreneurs, d'un contexte favorable à l'investissement productif, qui dépend lui-même des politiques de croissance choisies. C'est la raison pour laquelle la puissance publique a un rôle important à jouer dans la modernisation de l'économie. L'Etat doit investir dans l'économie du savoir, stimuler la concurrence sur le marché des biens et services, dynamiser le marché du travail, soutenir les entreprises innovantes par une fiscalité adaptée, organiser une économie de la mobilité, repenser l'organisation de son administration, revoir le fonctionnement du système éducatif et les modalités de recrutement de ses élites. Sans ces réformes de structure, l'innovation ne peut pas produire ses effets d'entraînement sur l'ensemble de la société.

 

Questions :

1. Puisque les outils statistiques actuels sont inadaptés, comment mesurer l'impact des nouvelles technologies sur la productivité ?

2. L'"enrichissement des plus riches" ne s'explique-t-il pas avant tout par des situations de rente ?

3. La situation difficile des jeunes sur le marché du travail s'explique-t-elle avant tout par des rigidités institutionnelles ?

4. Y a-t-il des innovations qui impactent plus la croissance que d'autres ?

5. Quelle politique industrielle faut-il adopter pour encourager l'innovation ?

 

Quelques ressources utiles :

Aghion Philippe, Howitt Peter, Endogenous Growth Theory, MIT Press, 1998.

Aghion Philippe, Roulet Alexandra, Repenser l’Etat, Le Seuil, 2011.

Aghion Philippe, Repenser la croissance économique, Fayard, 2016.

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