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Atelier 3 29 août :

« Les luddistes » d'hier à aujourd'hui : quels sont les effets des innovations sur l'emploi ?

 

Présentation plus détaillée :

La révolution technologique associée aux technologies de l’information et de la communication (TIC) a des conséquences sur l’emploi aussi bien quantitatives que qualitatives.

Sur le plan quantitatif, l’idée selon laquelle le progrès technique actuel va réduire la quantité de travail disponible du fait des gains de productivité qui lui sont associés est probablement une idée fausse. Comme l’a bien montré Alfred Sauvy en son temps, le progrès technique détruit certes des emplois à court terme, mais permet la création d’emplois à plus long terme avec un mécanisme de « déversement » des secteurs anciens de l’économie vers les secteurs nouveaux. La question fondamentale devient dès lors celle de la transition, c’est-à-dire de la capacité à donner de nouvelles qualifications aux actifs concernés par le « reversement » des emplois menacés vers les emplois en expansion, ce qui suppose l’accompagnement de la mutation par la mobilisation d’un système de formation professionnelle dynamique.

Sur le plan qualitatif, le progrès technique soulève deux interrogations : la première porte sur la qualification des emplois, et la seconde sur le statut de ceux-ci.

Au niveau de la qualification des emplois, on pense généralement que le progrès technique se traduit par un processus de surqualification-déqualification. La troisième révolution industrielle n’échapperait pas à ce phénomène de polarisation des emplois, concrétisé par une baisse de l’emploi intermédiaire dans l’emploi total et une augmentation corrélative des emplois soit peu qualifiés et peu rémunérés, soit fortement qualifiés et bien rémunérés. Dans les faits, si cette polarisation s’observe sur les salaires dans de nombreux pays développés, on ne la retrouve pas sur les niveaux de diplôme, puisque la part relative des diplômes les plus bas est en régression constante.

Au niveau du statut des emplois, l’uberisation fait craindre la substitution du travail indépendant au travail salarié, les « nouveaux » travailleurs étant mis en relation avec leur clientèle par l’intermédiaire de plateformes numériques. La transformation du travail pourrait s’accompagner d’une remise en cause de la protection sociale, construite avant tout à son départ dans une logique de l’emploi salarié, et tout particulièrement dans les pays de tradition « bismarckienne ». Face à cette inquiétude grandissante, il convient d’abord de faire remarquer que l’accroissement du travail non-salarié n’est pas un phénomène général : pour ne considérer que le cas de la France, la pat de l’emploi non-salarié dans l’emploi total augmente légèrement depuis 2008 (création du statut d’autoentrepreneur), mais demeure quand même très en-deçà des niveaux atteints avant l’année 2000 ; par ailleurs, cet emploi non-salarié se concentre sur certains secteurs, comme les secteurs de conseil et d’assistance technique aux entreprises et aux ménages, dans lesquels les travailleurs sont en moyenne plus qualifiés que dans l’ensemble de l’économie. Cela dit, l’évolution vers le travail indépendant est un mouvement significatif dans la plupart des pays développés, et cela d’autant plus que la diffusion des TIC réduit aussi les différences entre les modes de vie des salariés et des non-salariés. Aujourd’hui, de nombreux salariés bénéficient d’une autonomie comparable à celle des indépendants également très qualifiés. C’est la raison pour laquelle le droit du travail doit évoluer dans le sens d’un droit regroupant tous les travailleurs, dans lequel ce n’est pas la subordination juridique du contrat de travail (qui s’applique au statut de salarié) qui est la source de la protection des travailleurs, mais plutôt le degré de dépendance économique défini et reconnu au cours d’un processus de négociation collective.

 

Questions :

1. Comment peut-on améliorer la formation professionnelle aujourd’hui en France ?

2. Pour faire face à l’augmentation future d’emplois qualifiés, ne faut-il pas mettre davantage l’accent sur la formation continue que sur la formation initiale ?

3. Peut-on concilier protection des travailleurs et efficacité économique ?

4. L’uberisation concerne-t-elle tous les secteurs d’activité ?

5. Comment peut-on appréhender concrètement le degré de dépendance économique d’un travailleur ?

 

Quelques ressources utiles :

Barthélémy Jacques, Cette Gilbert, Travailler au XXIème siècle, L’Uberisation de l’économie, Odile Jacob, janvier 2017.

Daniel Jean-Marc, Trois controverses sur la pensée économique. Travail, dette, capital, Odile Jacob, septembre 2016.

Sauvy Alfred, La machine et le chômage, Dunod, 1980.

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