Entre confiance et règles : le cas des marchés financiers

Worldcom: un analyste discrédité part avec 32 millions de dollars

Dépêche Afp du 19 août 2002

Jack Grubman, analyste vedette de la banque d'affaires Salomon Smith Barney qui a été éclaboussé par la faillite de WorldCom et a démissionné le jeudi 15 août, va toucher au total 32 millions de dollars de sa firme, selon plusieurs quotidiens. Citigroup, la maison-mère de la banque d'affaires Salomon Smith Barney, n'était pas immédiatement joignable pour commenter ces informations.

Outre les indemnités de départ à proprement parler (1,2 million de dollars sur 18 mois), Salomon Smith Barney a accepté d'effacer un prêt de 19 millions de dollars, intérêts compris, accordé à l'analyste en 1998. Il va également toucher 12 millions de dollars sous forme d'action et de stock options, indiquent le Financial Times et le New York Post. Qui plus est, Salomon Smith Barney a accepté de laisser à la star déchue son bonus de 15 millions de dollars touché en 1998 au moment de la signature d'un contrat de travail de 4 ans. Ce contrat stipulait le remboursement de cette somme si Jack Grubman était forcé de quitter l'entreprise en raison d'un problème légal, affirme pour sa part le Wall Street Journal.

Dans sa lettre de démission, dont l'AFP a obtenu copie, Jack Grubman se défend d'avoir mal fait son travail d'analyste spécialisé dans le secteur des télécommunications. M. Grubman, qui ne cite pas une seule fois WorldCom dans sa missive, s'est retrouvé sur la sellette depuis les révélations sur les malversations comptables du géant des télécoms qui ont mené à la plus grande faillite de l'histoire des Etats-Unis. La porte-parole de Citigroup n'a pas voulu commenter les raisons qui ont poussé M. Grubman à donner sa démission. "J'ai toujours écrit ce que je pensais et basé mes opinions sur un modèle d'investissement sincère et (appliqué) de longue date", a-t-il écrit. "Néanmoins, le climat de critiques constantes a rendu impossible l'exercice de mon métier selon les critères de qualité que méritent les clients de Salomon Smith Barney", ajoute t-il. Il estime avoir servi de bouc émissaire et juge que le barrage de critiques, notamment dans la presse, "ont rendu les choses très difficiles pour moi sur un plan personnel, pour faire mon métier, et ont causé beaucoup de chagrin à ma famille".

"Bien que je regrette d'avoir, comme bien d'autres, manqué de prévoir l'effondrement du secteur des télécoms et que je comprenne la déception et la colère ressentie par les investisseurs à cause de cet effondrement, je suis néanmoins fier de mon travail et de celui des analystes qui ont travaillé avec moi", ajoute t-il. Il ne manque pas de rappeler que les même investisseurs qui le vouent aujourd'hui aux gémonies "ont engrangé des bénéfices significatifs" grâce à ses recommandations quand la bourse flambait à la fin des années 90.

L'analyste a avoué devant le Congrès, le 8 juillet, avoir participé à plusieurs réunions du conseil d'administration de Worldcom mais affirme qu'il ne savait rien des pratiques comptables du groupe. Il prétend également que le fait d'avoir participé à ces réunions n'a en rien influencé la qualité et l'indépendance de son appréciation des performances de Worldcom. Le Congrès veut aussi en savoir plus sur l'origine des primes touchées par M. Grubman --jusqu'à 20 millions de dollars par an – au zénith de la bulle financière.

Haut de page Haut de page