Dans son récent rapport annuel, la FAO constate une dégradation de la situation alimentaire mondiale en 2008 et s'inquiète des perspectives pour les pays les plus pauvres. Au-delà des explications conjoncturelles de cette évolution, elle met l'accent sur l'insuffisance de l'investissement agricole et sur les effets négatifs de l'essor des agro-carburants.
* FAO : Food and Agriculture Organization (Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture)
Ces chiffres globaux cachent en réalité de fortes distorsions : la croissance de la production céréalière est en effet exceptionnelle dans les pays développés (+ 10,3 %) alors qu'elle "plafonne" dans les pays en développement (+ 0,9 %) en particulier en raison de performances décevantes en Asie.
La fin de l'année 2007 et le début de l'année 2008 ont été marqués par de violentes "émeutes de la faim" en Haïti, en Indonésie, aux Philippines, en Egypte, au Maroc au Burkina-Faso, etc. Ces mouvements de révolte populaire, dont certains ont eu des conséquences politiques, ont été déclenchés par la flambée du coût de la nourriture, liée à la hausse vertigineuse, depuis 2006, des cours des grandes matières premières agricoles, en particulier du blé et du riz. La tonne de riz est ainsi passée de 300 $ en avril 2007 à 700 $ en mars 2008.
Mais depuis le pic du mois de mars 2008, les cours de la plupart des produits agricoles se sont effondrés, avec des chutes comprises entre 30 et 50 %.
Cette instabilité des cours a évidemment des répercussions sur les comportements des agriculteurs, notamment dans les pays pauvres, (incitation ou désincitation à la mise en culture de telle ou telle production), mais, loin de conduire à une régulation du marché, elle a plutôt tendance à accentuer les fluctuations.
Si les aléas climatiques ont leur part de responsabilité dans ces mouvements erratiques, certains facteurs nouveaux contribuent à la relative désorganisation des marchés agricoles mondiaux.
On pourrait envisager d'accroître l'investissement agricole dans les pays déficitaires, notamment sur la maîtrise de l'eau, dans les projets de grande taille mais aussi dans les microprojets de collecte locale de l'eau. Une aide internationale redynamisée et ciblée sur les cultures vivrières pourrait également s'avérer efficace. (Cette aide publique agricole est aujourd'hui de l'ordre de 3,5 milliards de $, elle atteignait 7,5 milliards dans les années 1980).
L'objectif d'éradication de la malnutrition peut paraître hors d'atteinte à court terme, tant le nombre de ceux qu'elle touche semble démesuré. Pourtant, les évaluations de la FAO et des ONG spécialisées convergent : une contribution de l'ordre de 25 milliards d'euros par an en direction des pays concernés permettrait de régler durablement le problème, les 2/3 de cette somme allant à l'amélioration de la productivité agricole, le reste étant destiné à faire face à l'urgence par une aide alimentaire directe.