Vernon Lomax Smith est né le 1er janvier 1927 à Wichita, Kansas (États-Unis). Issu d’une famille modeste, il postule à l'âge de 16 ans dans les usines Boeing. En août 1944, il démissionne pour entrer à l'Université.
Le "meilleur collège des États-Unis" lui semble être la Caltech où officie Linus Pauling en chimie, J. Robert Oppenheimer en physique et où Bertrand Russell donne des conférences. Entré dans le département de physique, Vernon L. Smith se spécialise en ingénierie électrique. Son intérêt pour l’économie reste alors limité aux lectures personnelles. Diplômé en génie électrique, il rejoint l'Université du Kansas pour étudier la théorie des prix, l'économie mathématique et la concurrence imparfaite. Après sa maîtrise en économie (1952), il poursuit sa formation à l’Université de Harvard pour soutenir une thèse de doctorat en 1955. La même année, il obtient son premier poste à l'Université Purdue et enseigne les principes de l'économie et la théorie microéconomique. Il innove pédagogiquement en proposant des expériences sur le fonctionnement du marché à ses étudiants.
Après être passé par les Universités de l'Arizona, Purdue, Brown et du Massachusetts, Vernon Smith est nommé en 2001 professeur d’économie et de droit à l’Université Georges-Mason en Virginie (États-Unis).
Membre du comité de rédaction de nombreuses revues économiques (l’American Economic Review, le Journal of Economic Behavior and Organisation, le Journal of Risk and Uncertainty, etc.), le professeur Vernon L. Smith a également été président de la Public Choice Society, de l'Economic Science Association, de l’ « Association des économistes de l'Ouest » ainsi que de l' « Association pour l'éducation à l'entreprise privée ».
Il a reçu de nombreuses distinctions, dont un doctorat honorifique en gestion de l'Université de Purdue. Il est également membre de l'American Economic Association, de la Société d’économétrie, de l'Association américaine pour l'avancement des sciences, de l'Académie américaine des arts et des sciences et de l’Académie nationale des sciences.
En 1995, il est nommé "professeur de l'année" par Andersen Consulting et reçoit le Prix Adam Smith décerné par l'Association pour l'éducation à l'entreprise privée. Professeur reconnu, il est aussi consultant. Il a ainsi participé à des groupes de réflexion sur la privatisation de l'énergie électrique en Nouvelle-Zélande et en Australie et à de nombreux groupes de réflexion sur la déréglementation de l'énergie aux États-Unis. Depuis 1997, il est membre du groupe d'experts du National Electric Reliability Council.
Le 9 octobre 2002, le professeur Vernon L. Smith a reçu le prix de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel. Il partage ce prix avec le professeur Daniel Kahneman.
Le professeur de l’Université George-Mason a été particulièrement distingué "pour avoir fait de l’expérience en laboratoire un instrument d’analyse économique empirique, en particulier dans l’étude de différentes structures de marché".
Pour le jury du Nobel, le professeur Smith a posé les bases de l’économie expérimentale par la mise au point de méthodes expérimentales. Ses travaux servent maintenant de repères, voire de normes, pour toute expérience de laboratoire.
De plus, Vernon Smith a démontré l’importance du choix de l’organisation du marché pour déterminer la solution d’un problème économique. Par exemple, le prix attendu par un vendeur dépend du type d’enchère qui caractérise le marché.
Il est en outre présenté comme un précurseur pour son utilisation du laboratoire comme "wind-tunnel tests" : les règles du jeu des nouveaux marchés sont testées en laboratoire avant d’être appliquées en pratique.
L'économie a généralement été considérée tout au long du XXe siècle comme une science non expérimentale. Alors que de nombreux champs scientifiques fondent les résultats de leurs recherches sur des données de terrain, par l'observation directe de phénomènes interrogés, les sciences économiques se sont enfermées à la fois dans un formalisme et une méthodologie éloignés des expériences concrètes et/ou grandeur nature. Le développement d’expériences contrôlées en laboratoire et l’émergence de nouveaux résultats expérimentaux ont enrichi, et parfois remis en question, certains des postulats de la théorie économique.
Ainsi, la figure de "l’homo œconomicus", dont le comportement est uniquement régi par la recherche de l'intérêt personnel et dont toutes les décisions sont rationnelles a-t-il été interrogé et nuancé.
C’est dans ce contexte de renouvellement méthodologique de la recherche, qui a notamment conduit à tester les modèles économiques, que les économistes expérimentaux comme les professeurs Daniel Kahneman et Vernon Smith se sont distingués. Bien qu’ils n'aient jamais travaillé ensemble ni écrit d'articles communs, ils ont tous deux permis de mieux comprendre la complexité des agents économiques et de leurs relations.
L'économie expérimentale vise, dans le cadre d'expériences contrôlées en laboratoire, à étudier les comportements humains dans des situations d'échanges, d'enchères et d’autres interactions économiques. Si la généralisation des résultats de ces expériences est encore fortement contestée, la démarche s'est cependant imposée notamment dans les investigations microéconomiques.
Dès 1948, Chamberlin avait tenté de tester la théorie néoclassique de la concurrence pure et parfaite par des expériences. Par ailleurs, Reinhard Selten, prix Nobel 1994, a mené avec Sauerman (1959) des études expérimentales pour comprendre la formation des prix sur les marchés oligopolistiques. John Nash, également lauréat en 1994, a, pour sa part, conduit des études sur le pouvoir prédictif de la théorie des jeux dans un cadre expérimental. Mais ça n’est qu’avec le professeur Vernon L. Smith que le programme de recherche de l'économie expérimentale s'affirme.
Son article fondateur dans l'American Economic Review en 1976, "Experimental economics: Induced-value theory" (Economie expérimentale : la théorie de la valeur induite), a fourni un guide pratique et détaillé pour concevoir et définir les lignes directrices des expériences économiques en laboratoire. Il conçoit ses expériences comme des essais répétés afin que les sujets puissent se familiariser et comprendre la situation expérimentale. Pour le professeur Vernon L. Smith, l'économie expérimentale est à la théorie économique ce qu'une soufflerie est à la physique ("laboratory as a wind tunnel"). L'utilisation du laboratoire comme "une soufflerie" permet d'étudier les performances des mécanismes institutionnels proposés pour la déréglementation, la privatisation de secteurs industriels ou de services, l'attribution de créneaux horaires aéroportuaires ou la fourniture de biens publics.
Ainsi, l'économie expérimentale s'est-elle imposée pour observer avec précision, in vitro, les comportements économiques des agents et comprendre les conditions (informations, coûts, etc.) qui déterminent leurs comportements. Concrètement, l'expérimentation se déroule souvent dans l'amphithéâtre d'une Université, dans une salle de cours ou avec des individus connectés sur un réseau informatique. Les réactions et les interactions des participants à l'expérience permettent de confirmer/infirmer des prédictions sur le déroulement de transactions et la formation de prix d'équilibre sur un marché. Ces travaux ont rencontré un écho important chez les analystes des marchés organisés (d’actions, d’obligations, de matières premières, etc.) ou les théoriciens de la déréglementation qui utilisent la distribution des droits de propriété sur les actifs par des méthodes d’enchères.
Si le professeur Vernon L. Smith et ses collègues, notamment le professeur Charles Plott, ont d’abord cherché à tester le cadre de concurrence pure et parfaite, leurs expérimentations ont cependant permis de mettre en évidence le rôle central des institutions dans la recherche de l'efficacité économique sur un marché.
La théorie des enchères s'est imposée dans la microéconomie et la théorie des jeux depuis le début des années 1960. Dans le sillage de l'économiste William Vickrey, le professeur Vernon L. Smith fut l'un des premiers à faire des expériences contrôlées en laboratoire pour tester de nouvelles architectures d'enchères.
Les ventes aux enchères sont traditionnellement classées en quatre catégories.
1. Les enchères anglaises ou enchères ascendantes : les acheteurs annoncent leurs offres dans un ordre croissant, jusqu'à l'offre la plus élevée.
2. Les enchères hollandaises ou enchères décroissantes : le prix initial du vendeur est progressivement abaissé jusqu'à ce qu'un acheteur crie "j'achète", avant la fin du temps imparti.
3. Les enchères au premier prix, avec des offres sous pli fermé attribuées au plus haut soumissionnaire.
4. Les enchères au second prix, avec des offres sous pli fermé attribuées au soumissionnaire de la deuxième meilleure enchère.
La théorie économique standard postule trois résultats :
Les enchères anglaises et les ventes aux enchères au second prix sont équivalentes pour déterminer qui obtiendra le bien et le montant des recettes attendues pour le vendeur.
Les enchères hollandaises et les ventes aux enchères au premier prix sont équivalentes. Ce résultat découle des hypothèses de l'équilibre de Nash.
Les quatre formes d'enchères sont équivalentes car si tous les acheteurs ont une attitude neutre vis-à-vis du risque, ils n’ont pas de préférence entre participer à une loterie équitable (du point de vue actuariel) et obtenir le prix de la loterie avec certitude.
Le professeur Vernon L. Smith et ses équipes ont effectué de nombreuses expériences afin de tester empiriquement ces prédictions théoriques. Il a mis en exergue que les enchères anglaises et les enchères au second prix produisent des résultats expérimentaux conformes à la théorie (premier postulat). Cependant, il démontre que les enchères néerlandaises et les enchères au premier prix ne sont pas équivalentes (contrairement au second postulat 2). Enfin, les expériences menées conduisent à rejeter l'hypothèse d'acheteurs qui auraient des attitudes identiques face au risque (postulat 3).
D'autres expériences ont permis de constater que le prix moyen d'une vente était plus élevé dans des ventes aux enchères à l'anglaise et les enchères au second prix que dans les enchères hollandaises ou celles au premier prix.
Ces résultats ont conduit à supposer que si l'utilité dépend des résultats monétaires, elle est également fonction du "suspense" ou de "l'attente" entraîné par ce système d'attribution de biens et que les soumissionnaires sous-estiment le risque associé à l'attente.
Articles seuls
Smith V.L. (1962), "An experimental study of competitive market behavior", Journal of Political Economy 70, 111-137.
Smith V.L. (1965), "Experimental auction markets and the Walrasian hypothesis", Journal of Political Economy 73, 387-393.
Smith V.L. (1973), "Notes on some literature in experimental economics", Social Sciences working paper No. 21, California Institute of Technology.
Smith V.L. (1976a), "Experimental economics: Induced value theory", American Economic Review, Papers and Proceedings, 274-279.
Smith V.L. (1976b), "Bidding and auctioning institutions: Experimental results", in Y. Amihud (ed.), Bidding and Auctioning for Procurement and Allocation, New York University Press, New York.
Smith V.L. (1979a), "An experimental comparison of three public good decision mechanisms", Scandinavian Journal of Economics 81, 198-215.
Smith V.L. (1979b), "Incentive compatible experimental processes for the provision of public goods", in V.L. Smith (ed.), Research in Experimental Economics, JAI Press. Greenwich, CT.
Smith V.L. (1979c), "Indirect revelation of the demand for public goods: An overview and critique", Scottish Journal of Political Economy 26, 183-189.
Smith V.L. (1980), "Experiments with a decentralized mechanism for public good decisions", American Economic Review 70, 584-599.
Smith V.L. (1982), "Microeconomic systems as an experimental science", American Economic Review 72, 923-955.
Smith V.L. (1991a), "Rational choice – the contrast between economics and psychology", Journal of Political Economy 99, 877-897.
Smith V.L. (1991b), Papers in Experimental Economics, Cambridge University Press, Cambridge.
Smith, V.L. (2000), Bargaining and Market Behavior : Essays in Experimental Economics, Cambridge University Press, Cambridge.
Articles en collaboration
Bulfin R.L., S.J. Rasenti, and V.L. Smith (1982), "A combinatorial auction mechanism for airport time slot allocation", Bell Journal of Economics 13, 402-417.
Coppinger V.M., V.L Smith, and J.A. Titus (1980), "Incentives and behavior in English, Dutch, and sealed-bid auctions", Economic Inquiry 18, 1-22.
Coursey D.L. and V.L. Smith (1984), "Experimental tests of an allocation method for public, private, or externality goods", Scandinavian Journal of Economics 86, 468-484.
Cox J.L., B. Roberson, and V.L Smith (1982), "Theory and behavior of single object auctions", in V.L. Smith (ed.) Research in Experimental Economics, JAI Press, Greenwich CT.
Plott C. and V.L. Smith (1978), "An experimental examination of two exchange institutions", Review of Economic Studies 45, 133-153.
Rasenti S.J., V.L. Smith, and B.J. Wilson (2001), "Controlling market power and price spikes in electricity networks: Demand-side bidding", mimeo, George Mason University.