Intégration et solidarité

3. Exclusion et entraide

3.2. Portée et limite des mesures de lutte contre l'exclusion

Documents associés - Textes de référence

Une réponse possible : les stratégies de développement local


Wuhl, Simon (1992), Chômage d’exclusion et politiques d’insertion, Lille, coll. ''Presses universitaires du Septentrion", p. 173-175


Plus que tout autre problème, la lutte réelle contre l'exclusion débouche sur des solutions où la logique du marché est partiellement bousculée. De telles initiatives, en effet, substituent l'intérêt collectif sur longue période à celui à court terme de chaque entreprise.

Effectuant des comparaisons internationales, Jacques Delors oppose deux démarches de développement local :

  •     La première, qui se produit aux Etats-Unis, en Italie, en Allemagne et au Danemark, se veut "tête chercheuse" pour une organisation industrielle post-taylorienne. Elle ne s'oppose pas, au contraire, au monde de l'entreprise marchande et à sa contrainte de compétitivité. Souvent initiée par les entreprises les plus dynamiques, elle aspire à devenir un multiplicateur d'emploi en tablant sur la "créativité". Ici, la mobilisation cohérente de ressources financières et intellectuelles au plan local réunit entrepreneurs, banquiers et universitaires, et est au service de méthodes innovantes tant sur le plan de la production (technologies nouvelles et changements dans les organisations du travail) que dans le domaine de la commercialisation ("personnalisation" des produits). Selon cette conception, les exclus peuvent bénéficier des retombées engrangées par ces dynamiques, mais leur insertion professionnelle n'est pas l'objectif prioritaire.

  •     La seconde, largement présente en France, mais également au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Autriche par exemple, là où la tradition associative est forte, part de la volonté d'insertion professionnelle ou, plus largement, d'insertion dans la communauté nationale de populations qui ont été refoulées par la logique dominante de l'emploi. Le refus de l'exclusion, la lutte contre la marginalisation sont plus encore que la création d'emplois, les ressorts initiaux, même si les deux objectifs demeurent très liés. En se donnant pour mission de rendre "actifs" les assistés, de réutiliser les services des préretraités et de répondre aux besoins sociaux non satisfaits par le fonctionnement du marché, les solutions proposées ne cadrent pas avec la logique marchande habituelle (même si celle-ci n'est pas fondamentalement remise en cause).