Le taux directeur de la BCE (taux Repo) s'écarte-t-il sensiblement des taux qui seraient adaptés à la situation des pays membres ?
Lecture : l'auteur part de l'estimation d'une règle de Taylor concernant le comportement de la BCE pour l'ensemble de la zone euro (données mensuelles, 1999 à septembre 2002). Il obtient :
Taux repo € = - 28,9 + 0,61 inflation + 0,38 (TUC zone euro),
où le TUC désigne le taux d'utilisation des capacités de production. Le R2 ou coefficient de corrélation de cette équation est de 0,90, ce qui est important et semble valider la démarche.
Le graphique montre l'ajustement de cette équation et suggère que le comportement passé de la BCE conduirait à un taux repo au milieu de l'année 2002 de 3% (le taux repo ajusté) et non de 3 ¼% (le repo observé). La BCE est donc plutôt restrictive à cette date pour l'ensemble de la zone, mais qu'en est-il des pays pris individuellement ? On utilise cette même équation (avec les mêmes coefficients) pour regarder ce que ferait la BCE si elle ne regardait que l'inflation et le taux d'utilisation des capacités de l'Allemagne ou de l'Italie. Dans le cas de l'Allemagne, un écart apparaît à partir du début de 2000, un écart qui devient très important en 2002 ; aucun écart visible n'apparaît dans le cas de l'Italie. Manifestement, la politique monétaire de la BCE est inadaptée à la situation allemande, elle est trop restrictive (d'environ 75 points de base en 2002) au regard des conditions internes de ce pays. Si les calculs avaient été faits pour l'Irlande, on trouverait au contraire un grand laxisme monétaire.
Qu'aurait fait la Bundesbank ? presque la même chose que la BCE !
Lecture : Le graphique précédent est incomplet car il ne répond pas à la question : qu'auraient fait la Bundesbank ? Pour répondre à cette question, l'auteur part du comportement observé de la BUBA de 1990 à décembre 1998. Il obtient :
Taux repo DM = - 2,93 + 1,13 Inflation + 0,06 TUC (avec un R2 de 0,81).
Le banquier central allemand mettait donc un poids beaucoup plus important sur l'inflation et moins important sur l'utilisation des capacités que la BCE. On utilise ensuite cette équation pour regarder ce qu'aurait été le comportement de fixation du taux court de la Bundesbank de 1999 à 2002 si elle avait continué à déterminer la politique monétaire de l'Allemagne ; en ne suivant bien sûr que la situation économique de ce pays. Le graphique montre que la Bundesbank aurait, jusqu'au début de 2002, pratiqué des taux d'intérêt plus élevés de 1 point environ que la BCE. Au premier semestre 2002, la Bundesbank aurait choisi un taux d'intérêt très proche de celui fixé par la BCE. Conclusion : oui, la BCE n'aide pas l'Allemagne par une action contra-cyclique à cette date, mais la Bundesbank n'aurait guère fait mieux pour son propre pays.