Notre société, contrairement à ce qui se passait jusqu'en 1973, est caractérisée par les deux phénomènes des inégalités et de l'exclusion.
Face à cette double constatation, deux thèses se développent. Tout d'abord celle qui analyse l'exclusion comme une forme extrême de l'inégalité, défendue diversement par Robert Castel et Etienne Balibar.
Robert Castel voit un continuum entre ceux qui sont intégrés, ceux qui sont précarisés et ceux qui sont "désaffiliés". Dans une telle perspective, on valorisera logiquement un traitement dynamique de l'exclusion. Il ne portera pas seulement sur les exclus mais sur ce qui se passe en amont lorsque la précarité bascule dans l'exclusion. L'accent sera mis sur la prévention de l'exclusion. Sensible à cette approche, le Plan a créé un groupe de travail qui réfléchit sur cette question, et plus précisément aux moyens d'intervenir sur les processus d'exclusion eux-mêmes.
Dans le même ordre d'idée, Etienne Balibar pour qui "le mot inégalité n'en dit pas assez et exclusion en dit trop" observe qu'on ne peut pas être exclu du marché puisqu'il n'y a rien d'autre que le marché."On ne peut être qu'aux franges du marché". Les exclus ne forment certes pas une classe mais "une masse" et sont dans une situation d'antagonisme vis-à-vis de la société. Privés de cette forme de structuration et de représentation qu'était la classe sociale, qui facilitait l'action militante, peuvent-ils reprendre la parole ? Comment leur donner des moyens d'expression ? Questions posées, mais non résolues. Tout comme la suggestion de Jean-Michel Belorgey de trouver des formes adaptées de partenariat avec les personnes en situation d'exclusion.
A cette approche s'oppose celle d'Alain Touraine, selon lequel les deux problèmes n'ont rien à voir car l'inégalité et l'exclusion répondent à deux logiques de société différentes, même si elles sont superposées.
La problématique inégalitaire vaut dans ce que Touraine appelle la société de production, marquée par la rationalisation, la modernité, et la bonne conjonction entre l'acteur et le système.
La problématique de l'exclusion est liée à l'essor de la société de marché, caractérisée par le changement, la stratégie, la modernisation (et non plus la modernité) ; dans cette situation, un divorce croissant apparaît entre les demandes sociales et l'organisation, ou encore entre l'acteur et le système. Il y a exclusion non pas, comme le disait Michel Foucault, parce que la société est punitive mais au contraire parce qu'elle est permissive. Elle autorise tout le monde à gagner. Mais si tout le monde est obligé de courir le marathon de New York, il y aura nécessairement des éclopés. Contradiction temporaire selon Alain Touraine dans l'attente de l'émergence d'une société postindustrielle, qui reste à définir ; pour l'instant, dans cette phase de transition, force est de poser le problème non plus en termes d'égalité mais en termes de justice. Des mécanismes doivent être mis en place, qui assurent un minimum de justice et de règles du jeu.