Sources et limites de la croissance

4. Les facteurs quantitatifs de la croissance

4.1. Les ressources naturelles et la croissance économique

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Un scénario énergique alternatif pour la France

Pour les promoteurs du scénario négaWatt, il ne s'agit pas de diminuer le bien-être ou la mobilité géographique mais de l'assumer dans une perspective de développement durable. Les solutions techniques existent, il suffit de les rendre économiques. Cela suppose une politique de sensibilisation accrue qui a déjà montré son efficacité. On notera néanmoins que les extraits proposés portent sur la demande. On se reportera au document complet pour connaître les propositions de l'association en matière d'offre énergétique. Au total, les résultats sont d'une ampleur saisissante.

Maîtriser la demande d'énergie primaire à échéance 2050


Association négaWatt, (2005), "Scénario négaWatt 2006. Pour un avenir énergétique sobre, efficace et renouvelable", Document de synthèse


disponible sur  www.negawatt.org

Il existe une alternative crédible à l'augmentation infinie de nos consommations d'énergie, laquelle est de toute façon impossible ! Fondée à la fois sur une approche différente et sur des techniques prouvées et sans risque, nous l'appelons "démarche négaWatt". Elle nous invite à poser un regard différent sur l'énergie, en nous interrogeant d'abord sur nos propres besoins, réels ou supposés, puis en cherchant à y répondre le plus efficacement possible et en faisant enfin appel aux sources d'énergie les moins problématiques.

La sobriété énergétique consiste à réduire les gaspillages par des comportements rationnels et par des choix individuels et sociétaux. Par exemple, profiter au maximum de la lumière naturelle pour s'éclairer, bien régler la température de consigne du chauffage privilégier les aliments de saison et produits localement, organiser intelligemment l'espace. Cette sobriété est en quelque sorte l'opposé de notre ébriété énergétique actuelle !

L'efficacité énergétique vise à réduire les pertes lors du fonctionnement et à l'exploitation. Le potentiel d'amélioration de nos bâtiments, de nos moyens de transport et des appareils que nous utilisons est considérable : il est possible de réduire d'un facteur 2 à 5 nos consommations d'énergie et de matières premières, à l'aide de techniques déjà largement éprouvées, avec un "temps de retour" économique souvent très raisonnable.

De façon complémentaire à ces deux actions sur la demande d'énergie, les énergies renouvelables, par définition inépuisables, bien réparties et décentralisées, ont un faible impact sur notre environnement ; elles sont les seules qui permettent de répondre durablement à nos besoins en énergie sans épuiser notre planète.

Ces trois éléments sont complémentaires et indissociables : promouvoir l'un sans se soucier des autres n'a pas de sens.
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L'électricité


Le scénario tendanciel (atteint) 848 TWh (térawattheure ou milliard de kilowattheures) en 2050 (hors exportation), en croissance quasi-linéaire. Le scénario négaWatt se fonde tout d'abord sur la réduction de la demande d'électricité par différentes actions de sobriété et de réduction des gaspillages telles que la multiplication d'actions incitatives de conseils et de proximité ou des mesures réglementaires (comme, par exemple, la réduction des éclairages inutiles ou les détecteurs de présence).

Au total, ces mesures peuvent, par rapport au tendanciel de référence, générer une diminution de la consommation de 0,2 à 0,4% par an selon le type et les secteurs concernés. L'économie ainsi réalisée est de 48 TWh dès 2020 et 79 TWh en 2030.

En matière d'efficacité le scénario négaWatt suppose une renouvellement des équipements actuels les plus énergivores. Les économies potentielles en fonctionnement et en veille ont été évaluées à partir de campagnes de mesures de consommation effectuées à grande échelle sur les appareillages (froid, éclairage, électroménagers) et la bureautique. Le potentiel est considérable : 76 TWh dès 2020 et 118 TWh en 2030.

Enfin le chauffage électrique des locaux et de l'eau chaude sanitaire (par effet Joule direct) est progressivement remplacé par d'autres sources de chaleur dont l'efficacité est nettement supérieure (le rendement de ce type de système ne dépasse pas 30% sur l'énergie primaire avec le mix actuel de production).
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La mobilité


En 2050, la France du scénario négaWatt n'estpas immobile : en termes de demande sociale (milliards de passagers-kms), le scénario négaWatt assure une mobilité supérieure de 15% par rapport à aujourd'hui, mais un doublement de la part des transports de voyageurs par bus ou rail.

La sobriété énergétique consiste à agir sur les besoins de mobilité : urbanisme (mesure effective sur le long terme), télé-travail et surtout co-voiturage. Le taux d'occupation des véhicules particuliers, actuellement (de 1,3), remonte à 1,75 passager-véhicule par une série de mesures en direction des entreprises et des usagers.

S'y ajoutent un recours accru aux transports collectifs, beaucoup moins énergivores que les véhicules particuliers et un développement des modes de transport doux, le vélo et la marche. Le scénario 2006 a particulièrement analysé la possibilité, en transport urbain, de substituer les petits trajets par des déplacements à pied ou à vélo, passant de 9% à 16% des kilométrages parcourus en milieu urbain. De telles actions évitent également à un certain nombre de ménages de s'équiper en deuxième voiture, limitant le nombre de véhicules à 33 millions en 2050 contre 39,5 millions dans le scénario tendanciel. Ce nombre reste cependant plus élevé qu'aujourd'hui (27,7 millions).

La consommation unitaire moyenne du parc existant de voitures était de 7,61 l en 2000. Dans le scénario "tendanciel" de référence, elle est estimée à 5,8 l/100 km en 2050, soit - 0,5% par an, à comparer à -1% par an sur la période 1988-2000 : l'amélioration des rendements est contrebalancée en partie par l'augmentation de la puissance et de la masse des véhicules.
 
Sur le plan de l'efficacité le scénario négaWatt vise une consommation moyenne du parc de voitures particulières de 3,3 l/100 km en 2050 pour les moteurs à combustion interne, soit - 1,13% par an.
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Des actions sont entreprises pour le transport des marchandises, selon les mêmes principes : sobriété, rationalité (report du trafic vers les solutions les plus performantes : rail, voies fluviales, cabotage), efficacité (amélioration des rendements, véhicules utilitaires électriques ou hybrides…).

Un effort significatif est fait sur le transport aérien, pour limiter la consommation tendancielle (160 TWh en 2050) à un niveau identique à celui du niveau actuel : report vers les transports ferroviaires pour les trajets moyenne distance, taxation des trajets "low cost", amélioration de l'efficacité (rendement des turbines).

Par rapport au scénario "tendanciel", les actions de sobriété dans la mobilité permettent de gagner 270 TWh, celles d'efficacité énergétique 341 TWh : le gain par rapport au scénario "tendanciel" (853 TWh en 2050) est de 611 TWh. La démarche négaWatt permet ainsi de diviser cette consommation par 3,5, pour aboutir à une consommation finale totale de 242 TWh.
La fourniture de carburants est assurée à 75% par des énergies fossiles (181 TWh de produits pétroliers), et à 25% par des renouvelables (biocarburants pour 61 TWh).
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La chaleur


En 2050 la France du scénario négaWatt non seulement se chauffe correctement mais bénéficie d'un service final supérieur à aujourd'hui en terme de surface chauffée et de confort, avec une efficacité globale (kWh par m²) triplée pour le chauffage des locaux, et améliorée d'un tiers dans l'industrie.

L'augmentation tendancielle des surfaces construites conduirait à une augmentation de 52% en 2050. Dans le scénario négaWatt, cette augmentation est réduite à 24% d'ici 2050, de manière à suivre d'une part l'augmentation prévue de la population, et d'autre part à offrir une surface par personne accrue de 16%.

Sur les bâtiments neufs la hausse des consommations, qui correspond à de nouveaux usages de confort "chaleur", est limitée en appliquant des principes de sobriété et d'efficacité, dès la conception des équipements et des bâtiments. La sobriété consiste, en particulier, à inverser la tendance à construire des logements de plus en plus grands, avec une réduction annuelle de la surface moyenne des logements neufs de 1% par an, qui passe ainsi de 117 m² à 75 m² en 2050. Malgré cela, et compte tenu de la décohabitation des familles, la surface moyenne disponible par personne passe de 38 m²/pers en 2005 à 45 pour le scénario négaWatt (contre 49 m²/pers pour le tendanciel), et le nombre de logements dépasse 31 millions en 2050, contre 25 en 2005.

Un vaste programme de réhabilitation des logements existants est engagé à partir de 2010 pour ceux construits avant 1975, permettant d'en réhabiliter à terme 90%. De même, à partir de 2015, ce sont les logements construits après 1975 qui commencent à être réhabilités.

Sur le plan de l'efficacité, les logements neufs sont construits en appliquant les réglementations thermiques successives, permettant d'abaisser la consommation unitaire moyenne jusqu'à 29 kWh/m² au lieu d'une centaine actuellement. La consommation moyenne unitaire pour le chauffage est actuellement de l'ordre de 180 kWh/m2 dans le résidentiel, et de 140 kWh/m² dans le tertiaire. La réhabilitation des bâtiments peut permettre de diviser cette consommation d'un facteur 3 à 4, voire plus pour les logements dont l'assainissement énergétique est une priorité.
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Dans le scénario négaWatt, la sobriété consiste également, par la généralisation d'équipements simples (réducteur de pression, douchettes à turbulence), à diminuer la consommation moyenne d'eau chaude sanitaire de 1% par an à partir de 2005, ce qui la ramène à 30 l/jour par personne en 2050 au lieu d'environ 50 aujourd'hui Parallèlement, le rendement des équipements de production de l'eau chaude sanitaire progresse de 63 à 77%.
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Un paysage énergétique profondément renouvelé


Le principal enseignement de cette actualisation est une confirmation : les "gisements de négaWatts" sont de loin notre premier gisement d'énergie, et représentent 64% de la consommation tendancielle d'énergie primaire !

 

Evolution des ressources en énergies primaires entre le scénario tendanciel et le scénario négaWatt (en TWh ou milliards de kilowattheures)