Stratification sociale et inégalités

2. Les inégalités dans la vie quotidienne

2.1. Les formes non monétaires d'inégalités

Documents associés - Textes de référence

Types de risques auxquels sont exposés les pauvres dans les pays en développement


(2000), Rapport sur le développement dans le monde, Paris, Banque mondiale, p. 161


Maladie et accidents


Pour un ménage, la maladie et les accidents ont à la fois des coûts directs (prévention, soins et traitements) et des coûts d'opportunité (perte de revenu ou interruption de la scolarité pendant la maladie. Le moment où les maladies surviennent, leur durée et leur fréquence influent également sur leurs effets. Il ressort d'une étude effectuée dans le sud de l'Inde que les ménages peuvent absorber le choc lorsque la maladie survient pendant la morte saison agricole ; mais, en pleine saison, elle entraîne de lourdes pertes de revenu, en particulier pour les petits exploitants, qui doivent alors emprunter à des taux usuraires.

La vieillesse


La vieillesse comporte de nombreux risques : la maladie, la solitude, l'impossibilité de continuer à travailler et l'incertitude du lendemain : plus ou moins atténuée par les transferts. L'incidence de la pauvreté est très variable parmi les personnes âgées. Dans la plupart des pays d'Amérique latine, la proportion des personnes âgées qui vivent dans la pauvreté est plus faible que celle de la population générale. Dans de nombreux pays de l'ex-Union soviétique, au contraire, l'incidence de la pauvreté parmi les personnes âgées est supérieure à la moyenne nationale, en particulier à compter de 75 ans. Les femmes, dont l'espérance de vie est plus longue que celle des hommes, sont en majorité et elles sont plus souvent pauvres que les hommes durant la vieillesse. La rapidité de la transition démographique va se traduire dans les décennies à venir par une augmentation sensible du nombre des personnes âgées dans les pays en développement.
Au cours des entretiens, les pauvres déclarent que la sécurité du revenu est leur premier souci. Viennent ensuite les problèmes d'accès aux services de santé, le logement et la qualité de la vie de famille et de la vie de la communauté. L'isolement, la solitude et la peur sont trop souvent le quotidien des vieilles gens. Comme le disait une Ukrainienne âgée, «Si je mourais, ça n'aurait aucune importance parce que personne n'a besoin de moi. Le sentiment d'être inutile et sans protection, pour moi, il n'y a rien de pire».

La criminalité et la violence domestique


La criminalité et la violence domestique réduisent les revenus et s'ajoutent aux obstacles que doivent surmonter les pauvres pour échapper à la pauvreté. Les riches peuvent engager des gardes privés pour se défendre et renforcer la sécurité de leur domicile, mais les pauvres n'ont guère les moyens de se protéger contre les agressions. En 1992, la fréquence des homicides parmi les adolescents de sexe masculin des quartiers défavorisés à São Paulo (Brésil) était 11 fois plus élevée que dans les quartiers aisés. Les pauvres confient souvent leur crainte de la violence et le sentiment d'impuissance qui en résulte : «Entre la police et les gangsters, je ne sais pas à qui me fier».
La criminalité pénalise aussi les pauvres de façon indirecte. Les résultats scolaires des enfants exposés à la violence peuvent se dégrader. Une étude portant sur des communautés urbaines d'Équateur, de Hongrie, des Philippines et de Zambie indique que les difficultés économiques entraînent une destruction du capital associatif, car les gens cessent de participer aux activités des organisations de proximité, les liens informels entre les gens se désagrègent et le gangstérisme, le vandalisme et la criminalité augmentent. La violence et la criminalité peuvent donc priver les pauvres de deux des principaux moyens dont ils disposent pour remédier à la précarité : le capital humain et le capital associatif.

La violence domestique est un fléau pour les femmes riches ou pauvres, mais celles des milieux défavorisés sont plus touchées. À Santiago (Chili), 46% des femmes pauvres et 29% des femmes aisées subissent des violences domestiques. À Managua (Nicaragua), ces pourcentages sont respectivement de 54 et de 45%.

Le chômage et les autres risques liés au marché du travail


Les risques présentés par le marché du travail sont le chômage, la baisse des salaires et l'obligation d'accepter un emploi précaire et rebutant dans le secteur informel lorsque des crises macroéconomiques ou des réformes bouleversent la donne. Les premiers à être licenciés en cas de compression des effectifs dans le secteur public sont généralement les travailleurs peu qualifiés, qui vont dès lors grossir les rangs des citadins pauvres, ainsi qu'on a pu l'observer en Afrique et en Amérique latine à la suite de l'ajustement structurel des années 80 et du début des années 90. La crise est-asiatique, qui s'est soldée par une baisse des salaires réels et de l'emploi non agricole dans tous les pays touchés, a aussi eu un impact marqué sur les marchés du travail. Lorsque les entreprises publiques ont été privatisées en Europe de l'Est et dans les pays de l'ex-Union soviétique, la pauvreté a augmenté parmi les ouvriers en surnombre, qui avaient un faible niveau d'instruction et des compétences obsolètes et étaient peu qualifiés pour trouver un emploi dans les industries émergentes. En Russie, les retards de paiement sur les salaires n'ont fait qu'aggraver la situation.