Thomas Schelling (1921 – )

Prix Nobel 2005 (Etats-Unis)

Thomas Crombie Schelling est né le 14 avril 1921 à Oakland en Californie (Etats-Unis). Il est le deuxième fils de John M. Schelling, capitaine de vaisseau de la marine américaine et de Zelda Ayres. Thomas Schelling aura quatre fils d'un premier mariage.

En 1944, il est diplômé d'économie de l'Université  de Berkeley (Californie). En 1951, il soutient une thèse d'économie à l'Université d'Harvard  (Massachusetts). Pendant ces périodes de formation universitaire, il collabore avec diverses administrations, notamment l'administration fédérale en charge du budget de 1945 à 1946, puis l'administration du Plan Marshall de 1948 à 1950. Cette fonction lui permet de découvrir l'Europe (Danemark, France) au moment où s'amorce la "guerre froide" et de rencontrer l'ambassadeur Averell Harriman. Il sera conseiller à la Maison-Blanche (1951-1953), lorsque ce dernier sera nommé Ministre du commerce du président H. Truman.

De 1953 à 1958 Thomas Schelling est professeur associé à l'Université de Yale. En 1958, il occupe des fonctions de recherche en stratégie militaire au sein de la RAND Corporation. Dans ce cadre, il rencontre Robert Aumann. Comme lui, Thomas Schelling sera fortement influencé par l'ouvrage de Howard Raiffa et Duncan R. Luce, "Games and Decisions", publié en 1957. Il partage son temps entre la RAND Corporation (Californie) et l'Université de Yale (Connecticut) puis d'Harvard (Massachusetts) en orientant ses travaux vers l'étude de la négociation, notamment dans le cadre des stratégies de dissuasion nucléaire.

En 1958, il est nommé professeur d'économie à Harvard. Il passera 31 ans au sein de l'Université de Cambridge, d'abord dans le département d'économie dans le Centre pour les affaires internationales puis, à partir de 1969, dans le cadre de la John F. Kennedy School of Government où il occupera la chaire d'économie politique Lucius N. Littauer. De plus, entre 1984 et 1990, il sera directeur de l'Institute for the Study of Smoking Behavior and Policy au sein de cette Université.

Son expérience administrative et politique lui a permis de participer à de nombreuses négociations. Il fit partie des négociateurs de l'Union Européenne de Paiements en 1950 et participa aux réflexions américaines préparatoires sur la Convention de Genève et sur la création de l'OTAN. Ces expériences de négociateur lui offriront à la fois un fondement et des illustrations à ses travaux sur la théorie des jeux. Dans les années 1970, avec des collègues du Massachusetts Institute of Technology (MIT), il fonde le Centre pour le contrôle de l'armement. Les discussions menées dans ce cadre universitaire conduiront à la rédaction de "Strategy and Arms Control" (1961), écrit avec Morton H. Halperin, et à une collaboration avec l'administration Kennedy.

Économiste de formation, le professeur Schelling sera surtout un enseignant de politique étrangère et de stratégie nucléaire. En 1990, il quitte l'Université d'Harvard pour être nommé professeur émérite à la School of Public Policy de l'Université du Maryland où il continue ses réflexions sur les comportements stratégiques des individus, des entreprises ou des gouvernements. Les champs de réflexion du professeur Schelling sont donc nombreux. Néanmoins, de la stratégie miliaire au commerce international en passant par les politiques environnementales et la ségrégation raciale, c'est l'analyse des comportements supposés rationnels des individus, des entreprises ou des gouvernements en situation de négociation qui est au cœur de ses travaux.

Le nobel

Le 10 octobre 2005, le professeur Thomas Schelling a reçu le prix de la Banque de Suède en l'honneur d'Alfred Nobel, avec Robert Aumann, pour "avoir amélioré notre compréhension des mécanismes de conflit et de coopération. Ils ont réalisé cela en élargissant et en appliquant la théorie des jeux, une méthode utilisée pour analyser les interactions stratégiques entre les différents agents."

En dépit de leur différence de parcours et d'intérêt, le jury du Nobel a tenu à associer ces deux économistes puisque, tant Robert Aumann que Thomas Schelling, se sont intéressés à des aspects auparavant négligés de la théorie économique et ont développé de nouveaux concepts et outils d'analyse. Grâce à leurs travaux, le concept de rationalité a pris une nouvelle dimension. Il est à la fois susceptible d'approfondissement et d'élargissement comme l'illustre le fait que des comportements autrefois classés comme "irrationnels" sont maintenant compréhensibles dans le cadre des hypothèses de la rationalité. Pour le Comité du Nobel, Robert Aumann et Thomas Schelling ont renforcé notre compréhension des "conflits économiques tels que la guerre des prix et les guerres commerciales, et pourquoi certaines communautés réussissent mieux que d'autres dans la gestion de ressources communes". De surcroît, leurs travaux ont permis relier des domaines auparavant séparés dans la recherche universitaire : l'économie et les sciences sociales.

Le professeur Aumann, à partir des mathématiques, et le professeur Schelling, avec l'économie, ont tous les deux perçu que la théorie des jeux avait la potentialité de renouveler l'analyse des comportements humains. Aumann démontra que les interactions sur le long terme peuvent être analysées en utilisant le cadre conceptuel des jeux non coopératifs et Schelling montra que des interactions quotidiennes peuvent être perçues comme des jeux non coopératifs qui impliquent des intérêts communs, mais aussi des conflits d'intérêt. Le jury du Nobel souligne particulièrement l'importance de l'ouvrage de Thomas Schelling "The Strategy of Conflict" (1960) pour avoir exposé une vision de la théorie des jeux comme un champ unifié pour les sciences sociales.

Avant ce prix qui consacre sa carrière, le professeur Schelling a obtenu de nombreuses récompenses académiques tant en économie qu'en sciences politiques. Il a été président de l'Association Economique Américaine en 1991 ; il est membre de nombreuses Académies américaines et Professeur émérite de l'Université d'Harvard et de l'Université du Maryland. En Europe, il est Doctor Honoris Causa de l'Université Erasmus de Rotterdam.

Le conflit est négociation

Le Comité Nobel a d'abord souligné l'importance des travaux de Thomas Schelling pour "comprendre la coopération et le conflit". En effet, les premières recherches conduites à l'Université de Yale, notamment "Essay on Bargaining" (1956) et "Bargaining, Communication, and Limited War" (1957), n'utilisent pas encore la théorie des jeux mais s'intéressent aux stratégie des négociations. C'est en 1958 qu'il propose une "réorientation de la théorie des jeux" vers l'étude des activités stratégiques, c'est-à-dire l'étude des promesses et des menaces dans les processus de négociations ou de dissuasion. Il veut, grâce à ce nouvel outil, formaliser les stratégies qui conduisent les individus, les firmes ou les Etats à formuler des engagements crédibles.

Les réflexions du professeur Schelling sont marquées par le contexte de la guerre froide. Ainsi, sa réflexion s'opère souvent dans le cadre d'un duopole, d'un "jeu" de deux acteurs : les Etats-Unis et l'URSS. Il appliquera donc les méthodes de la théorie des jeux dans un nouveau champ d'analyse, celui des politiques de défense et de la course aux armements. Il s'interroge sur les moyens par lesquels les parties, les négociations peuvent être affectées par différents facteurs comme les alternatives initiales à leur disposition, la capacité d'influencer l'autre partie, ou ses alternatives pendant le processus de négociation. Dans ce cadre, à l'encontre d'un jugement a priori, il analyse pourquoi il peut être avantageux de limiter ses propres possibilités voire de réduire ses propres options. Il s'intéresse aussi au processus d'établissement d'un climat de confiance, notamment au moyen de coopération de long terme. Il étudie les gains de long terme qu'une des parties peut réaliser en faisant des concessions à court terme à l'autre partie. Ces pistes de réflexion et ces résultats sont consignés dans "La stratégie du conflit" qui influencera autant les chercheurs en sciences sociales que les hauts fonctionnaires civils et militaires et inaugurera une approche de la théorie des jeux comme champ unifié des sciences sociales. Ce livre sera traduit en français en 1986 dans la collection "Perspectives internationales" des PUF.

Thomas Schelling modifie l'approche analytique de la guerre et, d'une manière générale, des conflits. Ceux-ci ne sont que rarement des "conflits purs" conceptualisables dans des jeux dits "à somme nulle" ou "à somme constante". Le conflit (la guerre, la grève, la guerre des prix, etc.) implique une dépendance mutuelle, nécessite un cadre commun : il est toujours négociation. Il peut être abordé comme une forme de négociation dont l'utilisation de la force est une ressource. Il doit donc être conceptualisé avec des jeux "à somme non nulle" ou "à somme variable". Pour le dire autrement : le conflit n'est pas un jeu à somme nulle, comme les échecs, dans lesquels les joueurs ont des intérêts diamétralement opposés ; c'est une négociation impliquant des parties (personnes, entreprises, Etats) qui ont des  intérêts conflictuels mais aussi des intérêt communs, d'où sa proposition d'une "théorie de la décision interdépendante".


Dans "La Tyrannie des petites décisions" ("Micromotives and Macrobehavior") il développe la notion de "point focal" (devenu "Schelling point"). Une solution à laquelle les participants à un jeu qui ne peuvent pas communiquer entre eux auront tendance à se rallier, parce qu'elle leur semble présenter une caractéristique qui la fera choisir aussi par l'autre. Ce concept avait été esquissé au sein de sa collaboration avec la RAND Corporation, sous le nom de "menace probable" ("probabilistic threat") dans le cadre d'une réflexion sur l'utilisation des armes nucléaires par les Etats. Le professeur Schelling a su élargir sa réflexion aux capacités des individus à coordonner leurs comportements dans les situations sans important conflit d'intérêt, mais dans lesquelles le manque de coordination entraîne des coûts élevés pour les parties. Dans ses recherches, qui incluent aussi des expériences avec ses étudiants, il démontre que les solutions coopératives sont fréquentes. Il donne parfois l'exemple de deux personnes qui se séparent en ayant oublié de se donner rendez-vous. Où ont-elles le plus de chances de se retrouver ? (chacune connaissant ses propres préoccupations et celles de l'autre). À l'époque où il a inventé la notion, le "point focal" des étudiants était la gare principale ; et celui des non étudiants, la poste centrale. Les théoriciens se sont empressés d'imaginer des situations plus formalisées, comme le jeu où on présente à deux des participants séparés deux panneaux identiques portant chacun quatre cases, en leur annonçant que si les deux choisissent la même, ils recevront chacun une récompense. Si l'une des cases a une caractéristique distincte des autres (une couleur différente, une taille plus grande, etc.), il apparaît rationnel pour les joueurs qui veulent gagner de la choisir.

Pourquoi y a t-il de la ségrégation ?

La ségrégation est associée avec l'idée d'oppression. Ce qu'elle est parfois. Mais la ségrégation peut être aussi analysée comme une donnée des sociétés démocratiques, un invariant des sociétés modernes dans lesquels des efforts sont faits, contrairement aux sociétés traditionnelles, pour la réduire. Constatant la stabilité des phénomènes discriminatoires, le professeur Schelling a proposé un modèle d'analyse simple. Première hypothèse : tous les individus sont tolérants, c'est-à-dire qu'ils acceptent de vivre à proximité de personnes ayant une culture, une religion ou une couleur de peau différente. Deuxième hypothèse : les individus veulent avoir au moins quelques voisins partageant leurs propres caractéristiques (culturelle, religieuse ou raciale), sinon ils déménagent dans un environnement où ils peuvent trouver le plus de personnes comme eux. Ainsi, au niveau micro-social, une légère préférence pour vivre à proximité de gens ayant les mêmes caractéristiques sociales va engendrer, au niveau macro-social, une ségrégation. Bref, une faible préférence individuelle conduit à un problème social, une forte ségrégation spatiale. Ces explications offrent une explication de la transformation des quartiers avec une forte mixité, sociale ou raciale, en ghetto (de riches ou de pauvres, de noirs ou de blancs, etc.) dans le cas où cette situation finale n'est pas désirée par ses habitants.

En plus du "modèle de dynamique de ségrégation spatiale", l'ouvrage permet de mettre à jour la méthode privilégiée par Schelling : le recours à des petits modèles utilisant les outils de la théorie des jeux et basés sur des hypothèses simples. Son approche est souvent utilisée pour comprendre les phénomènes communautaires, l'évolution des groupes mixtes, et est étendue à toutes sortes de traits personnels comme l'âge, le sexe, la langue, l'orientation sexuelle, de la religion, etc.

Un "économiste errant"

Les premières contributions remarquées du professeur Schelling furent ses analyses des comportements stratégiques dans les situations de négociations bilatérales. Alors que les approches normatives de la coopération s'interrogeaient sur ce que doit être une "bonne négociation" ou "un juste accord", il innove en analysant les possibilités tactiques pour les joueurs. L'originalité de sa réflexion est donc triple.

Tout d'abord, pour Thomas Schelling, la négociation entraîne toujours des conflits d'intérêts, chaque partie recherchant toujours l'accord qui lui est le plus favorable. Ensuite, il défend une conception large de la négociation. Elle inclut les négociations explicites, notamment entre deux pays ou entre vendeurs et acheteurs sur un marché, mais aussi les négociations implicites, sans échanges verbaux. Enfin, le professeur Schelling postule qu'un accord est toujours plus favorable pour les deux parties qu'aucun accord.

Ainsi, les processus de négociation peuvent s'appréhender comme des échanges, explicites ou implicites, pour la recherche par chacun des joueurs de la plus grande "part du gâteau" sous réserve d'un accord.

Ce cadre heuristique simple s'est avéré riche car il par permis de questionner de nombreuses situations tactiques et stratégiques et de faire des propositions souvent contre-intuitives. A titre d'exemples :

•    dans une négociation, il peut être avantageux de détériorer une de ses options, ou un de ses avantages, afin d'obtenir des concessions de ses opposants. Une conséquence pratique dans la sphère économique est qu'une firme peut nommer un dirigeant avec des pouvoirs limités pour limiter les concessions dans les négociations ;

•    des engagements qui fonctionnent sur l'irréversibilité, ou sur des coûts importants de rétractation, sont plus crédibles et efficaces que les engagements qui sont faciles, ou peu coûteux, à remettre en cause. Ils permettent d'obtenir d'importantes concessions. Cependant, si les deux parties font des concessions irréversibles et incompatibles, une déception importante et coûteuse suivra.

Alors que Robert Aumann est un théoricien des jeux, Robert Schelling utilise la théorie des jeux comme un outil, quand cela lui apparaît utile. La théorie des jeux permet la théorisation des comportements stratégiques quels qu'ils soient, celui des entreprises dans les négociations commerciales ou des Etats dans les conflits internationaux. Elle facilite la compréhension des dynamiques de coopération et/ou de conflit en décrivant de manière logique les conditions nécessaires à une décision pour être rationnelle. Elle permet de conceptualiser les interactions, les arrangements institutionnels, les engagements crédibles, les comportements de dissuasion, etc. C'est "un cadre d'analyse" simple, un outil de représentation des phénomènes sociaux aux vertus heuristiques fortes puisqu'il mène à des résultats sont contre-intuitifs. Toutefois, pour Thomas Schelling, la théorie des jeux est utile, mais seulement à un "niveau élémentaire", à partir de l'usage de quelques concepts de base du genre "stratégies dominées", "équilibres multiples", etc.

Les recherches du professeur Schelling se sont aussi concentrées sur l'étude des comportements de dépendance. Dans "Choice and Consequence" (1984) et "Strategies of Commitment" (2006), il analyse comment les personnes avec une dépendance (alcool, drogue) ou les délinquants essaient souvent, parfois avec succès, d'agir avec eux-mêmes comme s'ils avaient affaire à quelqu'un d'autre. Ils "s'engagent" ("commit") afin d'éviter des mauvais comportements ou de s'obliger à suivre une cure. L'importance des "engagements crédibles" a été alors généralisée aux individus mécontents de leur conduite, parce qu'ils fument ou boivent trop, n'épargnent pas assez, etc.

Les travaux du professeur Schelling ont influencé de nombreux économistes. L'analyse de Schelling des "engagements crédibles" inspirera Selten pour démontrer que certains équilibres de Nash sont plus plausibles que d'autres. Avinash Dixit utilisera ses travaux pour aborder les stratégies d'investissement dans le cadre de situations oligopolistiques. Les recherches sur le cadre institutionnel de la politique monétaire (cf. le choix d'une banque centrale indépendante) utiliseront largement les notions d'engagement ("commitment") comme l'illustre le prix Nobel 2004, attribué à Finn Kydland et Edward Prescott.

Les travaux du professeur Schelling ont aussi été utilisés dans d'autres champs disciplinaires. En sciences naturelles, le biologiste John M. Smith a ainsi décrit les comportements animaliers de reproduction (coraux, poissons) en utilisant les concepts de coopération. En philosophie, David Lewis mobilise les réflexions de Schelling sur la négociation et la nécessité d'un cadre de référence commun dans ses travaux sur le langage comme une convention. Il a par ailleurs développé le concept de langage comme moyen de coordination qui sera à l'origine de concept de "connaissance commune" utilisé par Robert Auman.

Cet héritage n'est pas exhaustif puisque Schelling a publié des centaines d'articles sur la stratégie militaire, le contrôle des armements, la prolifération nucléaire, les politiques environnementales, les politiques énergétiques, le terrorisme, le crime organisé, le commerce international, l'aide, les conflits, les théories de la négociation, la ségrégation raciale, l'intégration, les politiques de santé, etc. Schelling se prénommait lui-même un "économiste errant" ("errant economist") ; mais dans ses pérégrinations, il a souvent été un précurseur.

Le conseiller : bombardements et environnement

Bien que le Comité du prix Nobel n'ai pas évoqué tous ses engagements, notamment auprès de centres de réflexion américains, le professeur Schelling est aussi connu, mais aussi discuté voire contesté, pour ses conseils de stratège militaire ou environnemental.

La possibilité d'une parité nucléaire entre les États-Unis et l'URSS remet en cause la stratégie américaine des "représailles nucléaires massives" en cas d'invasion de l'Europe par les troupes du Pacte de Varsovie. Thomas Schelling et ses proches à Harvard défendent auprès des think-tanks et de l'administration du Président Eisenhower une stratégie de "riposte graduée" afin de renforcer la crédibilité de la menace américaine. Cette stratégie soulève de nombreux débats et oppositions en ce qu'elle s'appuie, entre autres, sur les souffrances et pressions des victimes civiles (des grandes villes ciblées par la "riposte graduée") pour faire plier l'adversaire. De surcroît, les conclusions de ses travaux sur la dissuasion nucléaire le conduisent à souligner que la prévention nécessite une force invulnérable (silos de protection des missiles), puisque l'équilibre de la terreur est maintenu aussi longtemps que la réplique est crédible, plutôt que des politiques de protection des populations civiles …

Dans le cadre de la guerre au Vietnam, il sera doublement critiqué. Par les militaires d'abord, notamment au sein de l'US Air Force, qui tiennent pour responsable de l'échec au Vietnam le pouvoir politique et leurs conseillers sur la stratégie de "riposte graduée". L'approche graduelle, en partie inspirée des travaux de Thomas Schelling sur le "marchandage stratégique", repose sur la crédibilité d'une menace de dommages plus important à venir. Les premières campagnes bombardements de 1965 ("Rolling Thunder") devaient ainsi amener le Việt Cộng à la table des négociations ... Les opposants à la guerre voient en lui l'un des responsables de "l'escalade" engagée par l'administration du Président Johnson. Ainsi, bien qu'il ait, dans un premier temps, déclaré son opposition à l'invasion du Cambodge par les Etats-Unis, le professeur Schelling est devenu, un des symboles de l'échec d'une génération dont l'emblème est la reconversion du ministre du Ministre la Défense Robert McNamara, dont il fut un des conseillers, à la présidence de la Banque mondiale.

En 1980, le Président Jimmy Carter demande à l'Académie des Sciences de conseiller l'administration sur le "problème du dioxyde de carbone". Le professeur Schelling fait partie du "Carbon Dioxide Assessment Committee" et, dans ce cadre, rédige un chapitre du rapport ("Policy and welfare implications of climate change"). Il fait alors le parallèle entre les défis du réchauffement climatique pour le XXIe siècle et celui du contrôle des armes nucléaires pour le XXe siècle ; bref, le défi de la coopération parmi les divergences d'intérêts. Le professeur Thomas Schelling est alors devenu un des acteurs du débat sur le "réchauffement climatique". En mai 2002, dans un article dans la revue Foreign Affairs ("What Makes Greenhouse Sense ?"), il justifie le refus du président George W. Bush, qui a "au moins évité l'hypocrisie" de ratifier le Protocole de Kyoto. Selon lui, l'incertitude entre les liens entre l'émission de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique reste forte et aucun État n'envisagerait sérieusement de faire des efforts coûteux pour le réduire. Surtout, le mécanisme du Protocole de Kyoto est basé sur l'adhésion à des principes et non sur un système d'engagements réciproques. Ce réalisme en politique étrangère le conduit même à développer qu'un "accord juste" ("fair deal") doit inclure les principaux pays en développement (la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Brésil ou le Nigeria), d'autant que ces pays sont davantage concernés par le changement climatique compte tenu  de l'importance de leur dépendance agricole et de leur retard technologique. Enfin, il soutient que les nations ne vont pas faire des sacrifices au nom d'objectifs globaux à moins qu'elles soient liées entre elles par un système qui impose des pénalités à ceux qui ne respectent pas l'accord. Bref, tout engagement multinational réussi (comme le Plan Marshall, l'OTAN et l'Organisation Mondiale du Commerce) suppose des règles, qui dans les exemples pris par Schelling, ont été fixées par … les Etats-Unis.

En 2004, il participe au Consensus de Copenhague, projet lancé par Bjorn Lomborg, avec le gouvernement danois et le magazine The Economist. Quelles seraient les meilleures manières d'améliorer le bien-être global, et particulièrement le bien-être des pays en développement, en supposant que 50 milliards de dollars de ressources supplémentaires soient à la disposition des gouvernements ? Un panel d'experts (Jagdish Bhagwati, Robert Fogel, Bruno Frey, Justin Yifu Lin, Douglass North, Thomas Schelling, Vernon L. Smith) armé des outils de la théorie de l'économie du bien-être doit dégager une liste de priorités d'action. Sur les projets examinés, 17 sont classés par ordre décroissant de préférence, en fonction de leur coût et de leur efficacité. Les "très bons projets" concernent la lutte contre le HIV, la lutte contre la malnutrition (distribution de micronutriments) et la libéralisation du commerce, et les "mauvais projets" concernent le climat (taxe sur le carbone, le protocole de Kyoto).

Principales publications

Livres
(1951) National Income Behavior, McGraw-Hill Publishing Co.
(1958) International Economics, Allyn and Bacon
(1960) The Strategy of Conflict, Harvard University Press, Cambridge, MA.
(1961) Strategy and Arms Control avec M.H. Halperin, Twentieth Century Fund, New York.
(1966) Arms and Influence, Yale University Press, New Haven.
(1978) Micromotives and Macrobehavior, Harvard University Press, Cambridge MA.
(1979) Thinking Through the Energy Problem, Committee for Economic Development
(1984) Choice and Consequence, Harvard University Press, Cambridge MA.

Articles
(1956) An essay on bargaining, American Economic Review 46, 281-306.
(1967) What is game theory? in J.C. Charlesworth (ed.), Contemporary Political Analysis, Free Press, New York. (Reprinted as Chapter 10 of Schelling, 1984.)
(1971) Dynamic models of segregation, Journal of Mathematical Sociology 1, 143-186.
(1980) The intimate contest for self-command, The Public Interest 60, 94-118.
(1983) Ethics, law, and the exercise of self-command, in S.M. McMurrin (ed.): The Tanner Lectures on Human Values IV, 43-79, University of Utah Press, Salt Lake City.
(1984) Self-command in practice, in policy, and in a theory of rational choice, American Economic Review, Papers and Proceedings 74, 1-11.
(1992) Addictive drugs: The cigarette experience, Science 255, 430-434.