Le problème macroéconomique, pour les entrepreneurs pris dans leur ensemble, est de fixer le montant global de l'investissement profitable. Leur calcul de rentabilité intègre la demande anticipée, à travers l'évaluation de l'efficacité marginale du capital, et le taux de l'intérêt.
L'efficacité marginale du capital renvoie à une estimation par l'entrepreneur du rendement financier de l'investissement et apparaît comme un taux d'actualisation formellement proche du taux de rendement interne. Elle fonde la relation I = I(r), où le montant I de l'investissement dépend du taux de l'intérêt r, qui est ici donné.
• Soit un investissement coûtant, au prix du marché, une somme V, d'une durée de vie de n années et générant des profits annuels Bt, avec t =1, 2, ... n.
Le TRI de cet investissement est le taux d'actualisation qui rend la valeur actuelle nette de la série des bénéfices futurs égale au coût initial.
Si leTRI est positif, l'investissement est économiquement rentable. Néanmoins, l'entrepreneur n'est incité à réaliser cet investissement que si le TRI est supérieur au taux de l'intérêt courant : dans ce cas, en effet, soit l'entrepreneur dispose de fonds et il est financièrement plus rentable pour lui de les utiliser pour faire cet investissement que de les placer ou a fortiori de les garder oisifs, soit il n'en dispose pas mais il peut les emprunter, cela lui coûtant moins que ne lui rendra l'investissement.
• On peut souhaiter, sans que cela ne change le principe, que le TRI excède le taux de l'intérêt d'une certaine marge (justifiée par exemple par un risque de l'investissement supposé plus élevé que celui du placement).
Ce TRI minimum est alors le taux de rejet
La différence positive - r, que les entrepreneurs peuvent souhaiter plus ou moins substantielle, est un indicateur de la profitabilité requise.
(…)
Remarque : le TRI est le taux d'actualisation qui annule la valeur actualisée nette (VAN) de l'investissement considéré, puisque on la définit comme la différence entre la valeur actuelle des rendements futurs (nets des coûts de fonctionnement) et le coût initial.
Par définition, la VAN évaluée au taux d'actualisation τ est :
Par conséquent, il est équivalent, pour faire un investissement, d'exiger un TRI supérieur au taux de l'intérêt ou d'exiger une VAN positive évaluée en actualisant les bénéfices avec le taux de l'intérêt courant. Néanmoins, cela n'empêche pas que l'investissement dont le TRI est le plus élevé peut ne pas avoir, pour des taux d'actualisation faibles, la VAN la plus forte.
• L'EMC diffère du TRI en ce qu'elle est de l'ordre des anticipations. D'abord, elle se situe dans un monde radicalement incertain, où l'évaluation des rendements futurs dépend de la confiance que l'entrepreneur a en l'avenir. Ensuite, elle rapporte ces espoirs, non au prix de marché de l'équipement, mais à son prix d'offre (somme des coûts de facteurs et d'usage et du profit souhaité), reliant ainsi les anticipations de court terme de la demande effective à la vision plus longue des débouchés.
• Le TRI apparaît comme l'EMC en monde certain, où toutes les caractéristiques du projet d'investissement sont parfaitement connues. En conséquence, tant qu'on ne prend pas en compte les variations de l'état de la prévision à long terme, c'est-à-dire la manière dont les entrepreneurs modifient leur perception de la situation économique et y réagissent, on peut confondre TRI et EMC.
• La courbe de l'EMC (ou courbe du TRI) associe à chaque niveau possible du taux de l'intérêt le montant de l'investissement que ce taux incite à réaliser. Sous l'hypothèse habituelle que la productivité marginale du capital décroît quand le capital croît, les entrepreneurs ne peuvent envisager d'investir (et ainsi d'accroître le capital) que si le taux de l'intérêt est assez bas. En conséquence, le montant de l'investissement est d'autant plus élevé que le taux de l'intérêt est plus bas.
On suppose donc, en fin de compte, une liaison inverse entre le taux de l'intérêt et le montant de l'investissement : la courbe de l'EMC est décroissante.
• Il est des situations où les entrepreneurs préfèrent se déterminer en regard de la vitesse de récupération des fonds avancés plutôt qu'en regard du TRI. Pour savoir quel investissement assure le plus rapidement le retour des fonds avancés, ils calculent le DRC, délai au bout duquel la somme des bénéfices actualisés est égale au débours initial.
S'agissant du montant global de l'investissement, les investissements pertinents sont alors ceux dont le DRC est inférieur à un délai donné.
• Le DRC est alors l'horizon économique des entrepreneurs. En effet, étant une projection dans le futur, l'évaluation de l'EMC est relative à la limite de visibilité au delà laquelle les entrepreneurs ne pensent pas pouvoir raisonnablement évaluer leurs actions. En réglant leur conduite sur le DRC, les entrepreneurs limitent l'immobilisation de leurs fonds et préservent ainsi leurs marges de manœuvre pour un futur imprévisible.
• Cette volonté de privilégier la courte durée et donc la rentabilité à court terme peut faire apparaître le DRC comme un TRI renforcé. En effet, il résulte de la définition même du TRI que le DRC calculé en actualisant les bénéfices avec le TRI est égal à la durée de vie de l'équipement.
Dès lors, en se rappelant que le TRI est le taux d'actualisation qui annule la VAN, on peut énoncer que le DRC est inférieur (supérieur) à la durée de vie de l'équipement si le taux d'actualisation utilisé donne une VAN positive (négative) sur cette durée, c'est-à-dire si le TRI est supérieur (inférieur) à ce taux d'actualisation.
Ainsi, pour un taux d'actualisation donné, le DRC est d'autant plus court que le TRI est élevé, tandis que exiger un DRC donné c'est exiger que le TRI calculé sur cette période soit supérieur au taux d'actualisation retenu.