Analyse du sujet
- Mots clefs : croissance, emploi
- Liens entre les notions : il s’agit ici de montrer que le sens est exclusif dans le sens où la croissance économique génère des effets sur l’emploi. Il faut donc exposer les mécanismes par lesquels la création de richesses a un impact sur l’emploi, qu’il s’agisse de son volume ou de ses caractéristiques. En effet, elle peut à la fois contribuer à créer des emplois mais également produire des destructions d’emplois en fonction de la manière dont les différents facteurs de la croissance sont mobilisés. De même, les conséquences entrainées par un volume plus important de biens et des services produits peuvent aussi provoquer des conséquences visibles sur la structure des emplois.
- Hypothèses de travail possibles :
- hypothèse 1 : la croissance économique génère des effets sur le volume des emplois mais entraîne aussi des transformations des caractéristiques de l’emploi
- hypothèse 2 : la croissance économique produit des effets à court terme sur le volume et la nature des emplois, mais engendre également des effets à plus long terme à la fois quantitatifs et qualitatifs
- Choix retenu pour traiter le sujet : hypothèse 1
- Hypothèses ne permettant pas de traiter le sujet :
- hypothèse 3 : après avoir présenté le rôle des différents facteurs contributifs à la croissance, il s’agira de s’intéresser aux conséquences de cette dernière sur l’emploi
- hypothèse 4 : après avoir exposé les différents effets positifs de la croissance économique, il s’agira de préciser les effets pervers qu’elle peut générer
Mobilisation des connaissances de cours pour traiter le sujet
- croissance économique
- emploi
- salaire
- chômage
- compétitivité prix/produit
- précarité
- flexibilité
- innovation de procédé, de produit, organisationnelle
- marchés interne/externe du travail
Mobilisation des savoir-faire pour traiter le sujet
- Savoir retirer des informations dans un texte en relation avec le sujet proposé (document n°1 : le lien croissance emploi se vérifie)
- Comprendre un mécanisme contenu dans un texte (document n°1 : création d’emplois qui résulte de la variation de la production et de la productivité)
- Savoir mettre en relation des informations contenues dans des documents différents d’un dossier (ex : la croissance permet la création d’emplois dans le document n°1 mais cela dépend de la variation de la productivité par rapport au volume à produire dans le document n°2)
- Savoir lire un schéma (document n°3 : maîtriser la répartition des gains de productivité et les effets à court et à moyen termes sur l’emploi)
- Savoir lire les données chiffrées contenues dans un tableau (par ex. document n°4 : variations à l’année en pourcentage)
- Savoir périodiser une série statistique contenue dans un tableau (par ex. accélération de la croissance du milieu des années 1990 à l’année 2000, puis ralentissement de cette croissance)
- Savoir mettre en relation des séries statistiques contenues dans un tableau (document n°4 : comparer l’évolution de la productivité à celle du PIB et de la durée du travail)
- Savoir lire des données chiffrées contenues dans un texte (document n°5)
- Savoir repérer les informations contenues dans un texte qui permettent d’alimenter différentes parties du développement de la dissertation (par ex. document n°5 : progression globale de l’emploi dans la première partie du développement ; emploi qui se tertiarise et progression de la qualification des emplois dans la partie 2)
- Savoir repérer une tendance dans un tableau (par ex. document n°6 : progression de la précarité de l’emploi à partir de la lecture de l’évolution de la part des emplois à durée limitée dans l’emploi total)
Etude du dossier documentaire
>> Voir les documents
Document n°1 – Guy Aznar, Emploi : la grande mutation (extrait)
La croissance économique devrait produire des créations d’emplois dans le sens où elle devrait mobiliser du facteur travail supplémentaire (ex : le cas de la France depuis plus de 25 ans).
Toutefois il faut faire en sorte que la croissance soit réellement génératrice d’emplois (il faut "enrichir le contenu de la croissance en emplois").
De plus, la croissance économique permet de financer des mesures favorables à l’emploi (ex : la stimulation de la création d’entreprises, etc.).
Document n°2 – Insee, Données sociales, 2006 (extrait)
La décennie des années 1990 a été caractérisée par une croissance créatrice d’emplois.
En revanche, les années 2000 sont marquées par une croissance peu créatrice d’emplois étant donné le niveau élevé des gains de productivité comparé à celui de la progression des richesses créées.
Le niveau de croissance doit être supérieur de plus d’un point par rapport à celui enregistré pendant les années 1990 pour que l’on assiste à des créations d’emplois.
Document n°3 – Jean-Marie Albertini, Le chômage est-il une fatalité ? (schéma)
L’augmentation de la productivité peut être génératrice à court terme de suppression d’emplois (si la productivité croit plus rapidement que la production à réaliser).
En revanche, les gains de productivité nécessaires à l’accroissement de la production peuvent provoquer à long terme des créations d’emplois (via le partage des gains de productivité : soit en baissant les prix, soit en distribuant davantage de revenus qu’ils soient primaires ou de transfert).
Document n°4 – Croissance, emploi et gains de productivité en France de 1995 à 2004(tableau)
On remarque que, quand la croissance économique s’accélère, les créations d’emplois sont plus importantes ; a contrario, le ralentissement de l’activité économique se matérialise par des créations d’emplois peu importantes.
Si l’on introduit une troisième variable c'est-à-dire les gains de productivité, l’on remarque que plus l’écart entre ces derniers et le volume produit est important, plus les créations d’emplois sont fortes (par ex. en 1999, la productivité a progressé de 0,8 % alors que le PIB a augmenté 3,2 % et l’on a assisté à une progression de 2,3 % de l’emploi ; cette information est à relier avec celle contenue dans le document n°3).
Enfin, il s’avère que la croissance postérieure à l’année 2000 est moins créatrice d’emplois que celle de la décennie des années 1990 (à relier avec l’analyse proposée dans le document n°2).
Document n°5 – "Les services créent des emplois et l'industrie continue d'en perdre", Insee Première, mars 2006 (extrait)
La croissance économique permet des créations d’emplois plutôt concentrées dans le secteur tertiaire alors que les deux autres secteurs enregistrent des destructions d’emplois plus importantes que les créations.
De même, les emplois créés sont plutôt qualifiés (90 000 emplois de cadres supplémentaires ont été créés en France en 2005) alors que les emplois moins qualifiés sont moins touchés (on enregistre 180 000 disparitions d’emplois).
Il est à noter que le secteur tertiaire est aussi créateur d’emplois moins qualifiés comme les emplois d’employés de services directs aux particuliers (ces emplois ont progressé de 90 000 toujours pour l’année 2005).
Document n°6 – Les évolutions récentes du marché du travail (tableau)
Malgré la progression des richesses crées lors de la période du milieu des années 2000, on assiste à la progression de l’emploi que l’on pourrait qualifier de précaire dans le secteur marchand (+140 000 emplois entre 2000 et 2005).
Dans le secteur non marchand on assiste à un léger reflux (- 4 000 emplois).
De même, on remarque la progression de la part des emplois précaires dans l’ensemble des emplois (progression de 0,4 point de pourcentage car ce type d’emploi représentait 13,2 % de l’ensemble de l’emploi en 2003 alors qu’il en représentait 13,6 % en 2006). En sachant que le nombre total des emplois a globalement progressé entre 2003 et 2006, le nombre des emplois précaires a donc progressé plus rapidement ; la croissance serait alors davantage génératrice d’emplois précaires que d'emplois stables.
Plan détaillé
Introduction
La production de biens et de services nécessite la mobilisation de facteurs de production comme le capital et le travail. Par conséquent, un accroissement de son volume pourrait se matérialiser par une demande de travail plus forte de la part des agents économiques qui ont pour fonction principale de produire.
Cependant, la croissance économique a-t-elle toujours un impact positif sur les créations d’emplois ? De plus, ses effets ne sont-ils que quantitatifs ?
Quand on examine ces relations en détail, on constate que la croissance économique est créatrice d’emplois sous certaines conditions. De plus, elle produit aussi des effets sur la structure et la nature des emplois.
Première partie : la croissance économique permet de créer des emplois mais peut aussi en supprimer si elle est ralentie
A. En principe, la création de richesses stimule l’emploi
- A court terme, la croissance économique permet de mobiliser du facteur travail supplémentaire (document n°1). Cette hypothèse se vérifie pour la France depuis près de 25 ans et surtout lors de la fin de la décennie des années 1990 (document n°2).
- A long terme, elle peut aussi en créer en permettant le financement de mesures ayant un impact sur l’’emploi (document n° 1 ; par ex. créations d’entreprises).
B. Mais elle peut aussi en être faiblement créatrice
- Le contenu en termes d’emplois de la croissance peut être relativement faible (documents n°1 et 2 ; par ex. le niveau de la croissance aujourd’hui doit être supérieur d’un point à celui de la fin du siècle dernier si l’on veut assister à des créations d’emplois).
- Il faut aussi prendre en compte les gains de productivité pour générer de la croissance afin de constater des créations d’emplois effectives. Si ces gains sont plus importants que le volume des richesses à créer, l’impact à court terme sur le volume de l’emploi sera négatif (documents n°3 et 4).
Deuxième partie : elle génère aussi des effets sur la structure et la nature des emplois
A. Elle contribue à tertiariser davantage l’emploi
- La croissance est plutôt créatrice d’emplois dans le tertiaire contrairement aux effets constatés dans les deux autres secteurs d’activités (document n°5).
- A l’intérieur de ce secteur, ce sont les activités marchandes qui seraient plus créatrices d’emplois que celles non marchandes.
B. Mais aussi à développer sa qualification tout en amplifiant sa précarisation
- La croissance économique entraîne une montée des qualifications des emplois (document n° 5).
- Elle peut aussi contribuer à amplifier une tendance à la précarisation des emplois et, en particulier, dans le secteur tertiaire (documents n° 5 et 6).
Conclusion
La croissance économique contribue donc à produire des effets quantitatifs et qualitatifs sur l’emploi. En principe, elle contribue à en créer puisqu’il faut mobiliser davantage de facteur travail pour produire. De même, elle utilise aussi plus de capital et modifie aussi la structure des emplois en mobilisant une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée. Toutefois, si la création de richesses est le fruit de gains de productivité supérieurs à la progression du volume de biens et de services à créer, la quantité d’emplois à mobiliser sera moindre. De même, on assiste depuis quelques années à une montée de la précarité, et notamment dans le secteur tertiaire.
Par conséquent, la croissance doit s’accompagner d’une politique de l’emploi ambitieuse visant à la fois à assurer la reconversion professionnelle des salariés licenciés, à élever le niveau de qualification de chacun ( formation tout au long de la vie), et à faire en sorte que les emploi créés soient de bonne qualité (réduction de la précarité).