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Quels sont les effets de l’internationalisation des échanges sur l’emploi des pays industrialisés ?

  
France métropolitaine – juin 2006 – enseignement obligatoire

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Thèmes : mondialisation, emploi
Type : dissertation appuyée sur un dossier documentaire

Dossier réalisé par Dominique Szczesny

Analyse du sujet

  • Mots clefs : internationalisation des échanges, emploi, pays industrialisés
  • Liens entre les notions : il s’agit de mener une réflexion sur l’impact du développement des échanges sur l’emploi des pays développés ; les conséquences porteront à la fois sur le volume des emplois ainsi que sur leur nature.
  • Hypothèses de travail possibles : 
    • hypothèse 1 : l’internationalisation des échanges peut générer à la fois des créations et des destructions d’emplois. De même, elle peut aussi produire des effets sur la nature et la structure des emplois
    • hypothèse 2 : l’internationalisation constitue un facteur de transformation qualitative et quantitative des emplois à court terme, mais peut aussi produire des mutations à plus long terme
  • Choix retenu pour traiter le sujet : hypothèse 1
  • Hypothèses ne permettant pas de traiter le sujet :
    • hypothèse 3 : après avoir présenté l’internationalisation des échanges, il s’agira d’étudier les effets de cette dernière sur l’emploi dans les pays industrialisés
    • hypothèse 4 : l’internationalisation des échanges modifie le volume et la nature des emplois dans les pays développés mais produit aussi des effets sur l’appareil productif

Mobilisation des connaissances de cours pour traiter le sujet

  • internationalisation des échanges
  • mondialisation
  • emploi
  • précarité
  • flexibilité
  • chômage
  • marché du travail
  • qualification
  • firmes transnationales
  • compétitivité-prix/produit
  • IDE
  • délocalisations
  • commerce intra-firme
  • croissance
  • développement
  • avantages comparatifs

Mobilisation des savoir-faire pour traiter le sujet

  • Savoir lire un pourcentage (document n°1 : en 2002, les exportations des pays du Nord à destination des pays du Sud représentaient 17,5 % du commerce mondial)
  • Savoir lire un taux de croissance annuel moyen (document n°1 : les exportations des pays du Nord à destination des pays du Sud ont augmenté en moyenne par an en volume de 5,5 % entre 1995 et 2002)
  • Savoir établir des liens entre des notions (document n°2 : internationalisation des échanges – innovation – nature des emplois)
  • Savoir dégager des tendances dans un tableau statistique (document n°3 : diminution du volume d’emplois dans le secteur secondaire et progression du nombre d’emplois dans le secteur tertiaire)
  • Savoir mesurer des évolutions dans un graphique (document n°4 : progression de 95 points de pourcentage du taux de couverture pour les postes et télécommunications)
  • Savoir comparer une évolution par rapport à d’autres (document n°4 : dégradation du solde des biens et des services marchands alors que le solde est de plus en plus positif quant aux postes et télécommunications)
  • Repérer les arguments dans un document pouvant étayer les hypothèses de travail contenues dans les deux grandes parties du devoir (document n°5 : « les délocalisations et  la sous-traitance favorisent l'émergence d'une demande solvable dans le pays émergent accueillant ces usines : les exportations françaises à  destination de ce pays, notamment les exportations de produits à plus fort contenu en  main d'œuvre qualifiée, bénéficient ainsi d'un effet d'entraînement » ; cet argument alimentera la deuxième partie du développement alors que celui  relatif  aux fermetures d’usines moins productives et donc des emplois qui y sont rattachés sera mobilisé dans la première partie du développement)
  • Savoir lire les données chiffrées contenues dans un graphique circulaire (document n°6 : selon une étude menée par European Monitoring Monitor (EMCC) et reprise dans Cahiers Français n°325, La Documentation française, 2005,  sur 100 emplois détruits en Europe en 2002, environ 7 sont liés à la restructuration interne des entreprises contre seulement 5 découlant de délocalisations)

Etude du dossier documentaire

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Document n°1 – Répartition du commerce mondial (tableau)

Principalement le commerce mondial s’inscrit dans le cadre des échanges Nord-Nord (ces échanges représentaient 55,8 % du commerce mondial). En revanche, la progression des échanges Sud-Nord est la plus importante de toutes celles constatées entre les différentes régions du monde (+ 9,7 % chaque année sur la période 1995-2002 contre seulement + 3,7 % pour les échanges Nord-Nord ou + 5,5% pour les échanges Nord-Sud. Ceci tendrait à confirmer que les pays du Sud tendent à concurrencer de plus en plus les pays du Nord. De même, le commerce Nord-Sud représentait 17,5 % du commerce mondial alors que le commerce Sud-Nord en représentait 20,2 %.

Document n°2 – J-M. Cardebat et E. Maurin, « Mondialisation, innovation et emploi » (extrait)

La concurrence internationale apparaît comme un facteur d’innovation notamment dans le cadre de la diversification des produits. Pour atteindre cet objectif, les entreprises doivent être réactives et notamment en développant la flexibilité. De même, elles devront utiliser de manière importante l’informatique et le numérique et, par conséquent, créer des emplois qualifiés.
En revanche, les secteurs traditionnels sont plus exposés à la concurrence étant donné la plus grande difficulté à appliquer ou à rentabiliser les innovations. Dans ce cas, les stratégies de délocalisation seront plutôt utilisées.

Document n°3 – Emploi total par branche – France (tableau)

Sur la période 1998-2003, le secteur des services marchands a vu son volume d’emplois progresser de 2,74 % en moyenne chaque année alors que l’industrie a connu une régression annuelle de 0,35 %  sur la même période. Le textile enregistre la baisse la plus forte avec - 4,36 %.  Ce sont donc les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale qui voient leurs effectifs régresser contrairement aux activités moins exposés.

Document n°4 – Evolution du taux de couverture – France (graphique)

Le taux de couverture relatif à l’échange de biens et de services s’est dégradé entre 1997 et 2006 : environ 114 % en 1997 contre seulement 95 % en 2006 ce qui traduit le passage d’un solde excédentaire à un solde déficitaire. Cette tendance est encore plus marquée pour le textile qui est fortement exposé à la concurrence internationale et notamment celle des pays à bas salaires. En revanche, le solde des échanges relatif aux postes et télécommunications n’a cessé de progresser passant de 95 % en 1997 à 178 % en 2006. Les secteurs connaissant une dégradation de ce solde seront alors destructeurs d’emplois alors que ceux gagnant des parts de marché à l’étranger seront amenés à créer des emplois.

Document n°5 – L. Fontagné et J-H. Lorenzi, Désindustrialisation, délocalisations (extrait)

Les délocalisations permettent aux entreprises de baisser les coûts de production et donc d’offrir des biens à un prix plus bas. De même, les entreprises qui absorbent dans leur processus de production une part croissante d’importations à bas prix réalisent des gains de productivité qui peuvent se matérialiser par des hausses de  salaires ou des baisses de prix. Ces différents éléments permettent de mettre en évidence les effets sur la demande qui devra être satisfaite par l’accroissement de la production rendue possible par la création d’emplois. De même les délocalisations et la sous-traitance permettent les créations d’emplois dans les pays du Sud où peut se développer une demande solvable qu’il faudra satisfaire, ceci entraînant alors des débouchés nouveaux pour les productions des pays du Nord et, par conséquent, des créations d’emplois qualifiés.
En revanche, cette dynamique entraîne une sélection des entreprises faisant disparaître les moins efficaces et contribuant à supprimer des emplois non qualifiés.

Document n°6 – Répartition des emplois détruits en Europe, par type d'opération (graphique)

La principale cause des suppressions d’emplois en Europe est constituée par la restructuration des entreprises (dans 76 % des cas). La recherche de compétitivité peut alors provoquer des suppressions d’emplois.  En revanche, la sous-traitance internationale et les délocalisations ne sont responsables que de 7 % des destructions d’emplois relativisant l’impact du commerce mondial en tant que destructeur d’emplois dans les pays développés.

Plan détaillé

Introduction

Déjà au XVIIIe siècle des voix s’élevaient pour justifier l’échange entre les nations et mettre l’accent sur ses bienfaits. Ce fut notamment le cas de David Ricardo qui prônait la spécialisation à partir d’avantages comparatifs et développait une argumentation dans le sens d’un commerce bénéfique à l’ensemble des pays échangistes et contribuant ainsi au « bien être universel ».
Qu’en est-il réellement aujourd’hui ? Le développement très important des échanges de biens et de services n’a-t-il généré que des bienfaits, notamment en termes d’emplois et plus particulièrement pour les initiateurs de libre-échange : les pays industrialisés ?
Il s’agira donc de montrer que les effets de l’internationalisation des échanges sur l’emploi sont très divers tant quantitativement que qualitativement. En effet, dans certains cas, elle permet sa  création alors que dans d’autres qu’elle entraîne sa destruction.  De même, elle génère des transformations sur la nature de ces emplois.

Première partie : l’internationalisation des échanges produit des effets sur le niveau de l’emploi dans les pays industrialisés

A. Les échanges peuvent contribuer à des créations d’emplois

Les échanges favorisent les innovations des entreprises qui leur permettent d’être plus compétitives et de gagner des parts de marché et, par conséquent, de créer des emplois afin de permettre l’accroissement de la production. De même, les exportations permettent de satisfaire des demandes nouvelles (ex : pays émergents) et constituent un facteur de la croissance économique qui, elle même, peut être créatrice d’emplois (documents n°1 et n°5).
La concentration des échanges entre pays du Nord contribue alors elle aussi à la création d’activités en leur sein et, par là même, à des créations d’emplois (document n°1).

B. Néanmoins, elle peut aussi générer des destructions d’emplois

C’est le cas de certains secteurs d’activités (ex : le textile) et plus particulièrement celles mobilisant une main d’œuvre importante (ex : documents n°3 et 4). On assiste alors  une délocalisation de certaines activités vers les pays à bas coût de main d’œuvre.
Enfin, l’objectif de compétitivité-prix poursuivi par les entreprises des pays du Nord peut aussi contribuer à des suppressions d’emplois  dans le sens d’une substitution du capital au travail : c’est le cas pour  les restructurations d’entreprises  (document n°6).

Deuxième partie : l’internationalisation des échanges peut aussi produire des mutations quant à la nature des emplois

A. Elle produit des effets sur la structure des emplois

La recherche de la compétitivité par l’intermédiaire des délocalisations entraîne des destructions d’emplois non qualifiés et provoque une hausse de la part de l’emploi non qualifié dans l’emploi total (document n°5).
De même, la structure des emplois est touchée dans le sens d’un renforcement de la tertiarisation et la perte de vitesse de l’emploi industriel (document n°2 et 3).

B. Elle génère aussi des effets sur les caractéristiques des emplois

Les entreprises, devant faire face à une concurrence accrue du fait de l’internationalisation des échanges, mettent en place des formes d’emplois nouvelles qui s’inscrivent dans le cadre d’une plus grande flexibilité de la main d’œuvre (document n°2).
De même, l’objectif de compétitivité-prix conduit les entreprises à développer la flexibilité externe qui produit une plus grande précarisation de l’emploi.
En revanche, l’innovation qui constitue un autre moyen d’obtenir une plus grande compétitivité produit la création d’emplois de plus en plus qualifiés (document n°2).

Conclusion

L’internationalisation des échanges permet d’enclencher un double processus : le premier s’inscrit dans le cadre d’une dynamique de création ou de destruction des emplois ;  le second se rattache aux transformations structurelles et plus particulièrement à une tertiarisation croissante et à de nouveaux modes d’organisation de l’emploi : on observe une plus grande flexibilité mais aussi une précarité accrue.
Il serait alors intéressant de mener une réflexion sur les mesures d’accompagnement de ces transformations, et notamment sur le rôle que peuvent jouer les Etats dans le cadre de la reconversion de la main d’œuvre dans les domaines de la qualification et  de la formation professionnelle.

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