France métropolitaine – juin 2006 – enseignement obligatoire
Thèmes : mondialisation, emploi
Type : dissertation appuyée sur un dossier documentaire
Dossier réalisé par Dominique Szczesny
Principalement le commerce mondial s’inscrit dans le cadre des échanges Nord-Nord (ces échanges représentaient 55,8 % du commerce mondial). En revanche, la progression des échanges Sud-Nord est la plus importante de toutes celles constatées entre les différentes régions du monde (+ 9,7 % chaque année sur la période 1995-2002 contre seulement + 3,7 % pour les échanges Nord-Nord ou + 5,5% pour les échanges Nord-Sud. Ceci tendrait à confirmer que les pays du Sud tendent à concurrencer de plus en plus les pays du Nord. De même, le commerce Nord-Sud représentait 17,5 % du commerce mondial alors que le commerce Sud-Nord en représentait 20,2 %.
La concurrence internationale apparaît comme un facteur d’innovation notamment dans le cadre de la diversification des produits. Pour atteindre cet objectif, les entreprises doivent être réactives et notamment en développant la flexibilité. De même, elles devront utiliser de manière importante l’informatique et le numérique et, par conséquent, créer des emplois qualifiés.
En revanche, les secteurs traditionnels sont plus exposés à la concurrence étant donné la plus grande difficulté à appliquer ou à rentabiliser les innovations. Dans ce cas, les stratégies de délocalisation seront plutôt utilisées.
Sur la période 1998-2003, le secteur des services marchands a vu son volume d’emplois progresser de 2,74 % en moyenne chaque année alors que l’industrie a connu une régression annuelle de 0,35 % sur la même période. Le textile enregistre la baisse la plus forte avec - 4,36 %. Ce sont donc les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale qui voient leurs effectifs régresser contrairement aux activités moins exposés.
Le taux de couverture relatif à l’échange de biens et de services s’est dégradé entre 1997 et 2006 : environ 114 % en 1997 contre seulement 95 % en 2006 ce qui traduit le passage d’un solde excédentaire à un solde déficitaire. Cette tendance est encore plus marquée pour le textile qui est fortement exposé à la concurrence internationale et notamment celle des pays à bas salaires. En revanche, le solde des échanges relatif aux postes et télécommunications n’a cessé de progresser passant de 95 % en 1997 à 178 % en 2006. Les secteurs connaissant une dégradation de ce solde seront alors destructeurs d’emplois alors que ceux gagnant des parts de marché à l’étranger seront amenés à créer des emplois.
Les délocalisations permettent aux entreprises de baisser les coûts de production et donc d’offrir des biens à un prix plus bas. De même, les entreprises qui absorbent dans leur processus de production une part croissante d’importations à bas prix réalisent des gains de productivité qui peuvent se matérialiser par des hausses de salaires ou des baisses de prix. Ces différents éléments permettent de mettre en évidence les effets sur la demande qui devra être satisfaite par l’accroissement de la production rendue possible par la création d’emplois. De même les délocalisations et la sous-traitance permettent les créations d’emplois dans les pays du Sud où peut se développer une demande solvable qu’il faudra satisfaire, ceci entraînant alors des débouchés nouveaux pour les productions des pays du Nord et, par conséquent, des créations d’emplois qualifiés.
En revanche, cette dynamique entraîne une sélection des entreprises faisant disparaître les moins efficaces et contribuant à supprimer des emplois non qualifiés.
La principale cause des suppressions d’emplois en Europe est constituée par la restructuration des entreprises (dans 76 % des cas). La recherche de compétitivité peut alors provoquer des suppressions d’emplois. En revanche, la sous-traitance internationale et les délocalisations ne sont responsables que de 7 % des destructions d’emplois relativisant l’impact du commerce mondial en tant que destructeur d’emplois dans les pays développés.
Déjà au XVIIIe siècle des voix s’élevaient pour justifier l’échange entre les nations et mettre l’accent sur ses bienfaits. Ce fut notamment le cas de David Ricardo qui prônait la spécialisation à partir d’avantages comparatifs et développait une argumentation dans le sens d’un commerce bénéfique à l’ensemble des pays échangistes et contribuant ainsi au « bien être universel ».
Qu’en est-il réellement aujourd’hui ? Le développement très important des échanges de biens et de services n’a-t-il généré que des bienfaits, notamment en termes d’emplois et plus particulièrement pour les initiateurs de libre-échange : les pays industrialisés ?
Il s’agira donc de montrer que les effets de l’internationalisation des échanges sur l’emploi sont très divers tant quantitativement que qualitativement. En effet, dans certains cas, elle permet sa création alors que dans d’autres qu’elle entraîne sa destruction. De même, elle génère des transformations sur la nature de ces emplois.
Les échanges favorisent les innovations des entreprises qui leur permettent d’être plus compétitives et de gagner des parts de marché et, par conséquent, de créer des emplois afin de permettre l’accroissement de la production. De même, les exportations permettent de satisfaire des demandes nouvelles (ex : pays émergents) et constituent un facteur de la croissance économique qui, elle même, peut être créatrice d’emplois (documents n°1 et n°5).
La concentration des échanges entre pays du Nord contribue alors elle aussi à la création d’activités en leur sein et, par là même, à des créations d’emplois (document n°1).
C’est le cas de certains secteurs d’activités (ex : le textile) et plus particulièrement celles mobilisant une main d’œuvre importante (ex : documents n°3 et 4). On assiste alors une délocalisation de certaines activités vers les pays à bas coût de main d’œuvre.
Enfin, l’objectif de compétitivité-prix poursuivi par les entreprises des pays du Nord peut aussi contribuer à des suppressions d’emplois dans le sens d’une substitution du capital au travail : c’est le cas pour les restructurations d’entreprises (document n°6).
La recherche de la compétitivité par l’intermédiaire des délocalisations entraîne des destructions d’emplois non qualifiés et provoque une hausse de la part de l’emploi non qualifié dans l’emploi total (document n°5).
De même, la structure des emplois est touchée dans le sens d’un renforcement de la tertiarisation et la perte de vitesse de l’emploi industriel (document n°2 et 3).
Les entreprises, devant faire face à une concurrence accrue du fait de l’internationalisation des échanges, mettent en place des formes d’emplois nouvelles qui s’inscrivent dans le cadre d’une plus grande flexibilité de la main d’œuvre (document n°2).
De même, l’objectif de compétitivité-prix conduit les entreprises à développer la flexibilité externe qui produit une plus grande précarisation de l’emploi.
En revanche, l’innovation qui constitue un autre moyen d’obtenir une plus grande compétitivité produit la création d’emplois de plus en plus qualifiés (document n°2).
L’internationalisation des échanges permet d’enclencher un double processus : le premier s’inscrit dans le cadre d’une dynamique de création ou de destruction des emplois ; le second se rattache aux transformations structurelles et plus particulièrement à une tertiarisation croissante et à de nouveaux modes d’organisation de l’emploi : on observe une plus grande flexibilité mais aussi une précarité accrue.
Il serait alors intéressant de mener une réflexion sur les mesures d’accompagnement de ces transformations, et notamment sur le rôle que peuvent jouer les Etats dans le cadre de la reconversion de la main d’œuvre dans les domaines de la qualification et de la formation professionnelle.