Pour déterminer l'effet produit par le budget, il faut tout d'abord estimer ce qui se serait produit si aucun changement n'était intervenu dans le budget, c'est-à-dire si toutes les dépenses et toutes les recettes étaient restées constantes d'une période à l'autre. La différence entre cette estimation et les faits peut être attribuée aux changements budgétaires. Lorsqu'il y a des modifications dans les dépenses ou les recettes gouvernementales, leurs effets se manifestent en plusieurs étapes. Tout d'abord, il y a l'impact direct de l'accroissement ou de la réduction des dépenses occasionné par le changement budgétaire initial. Celui-ci induit, en second lieu, une série d'effets multiplicateurs indirects. L'ensemble des effets directs et indirects, c'est-à-dire la totalité des effets produits par les changements budgétaires, se répartissent d'ordinaire en deux catégories : les stabilisateurs discrétionnaires et les stabilisateurs endogènes automatiques. Cette distinction est nécessaire pour pouvoir discuter des politiques budgétaires intelligentes, car elle sépare les effets qui sont dus à de nouvelles mesures gouvernementales précises, de ceux qui sont produits par les lois et la réglementation existantes ; cependant, la distinction entre les deux groupes n'est pas dépourvue d'ambiguïté.
Lorsque les variations dans les dépenses ou dans les recettes budgétaires sont clairement imputables à des mesures délibérées et explicites, sans lien avec la législation ni avec des ouvertures budgétaires antérieures, il est incontestablement légitime de les classer dans le groupe des effets discrétionnaires. Par exemple, l'effet amortisseur provoqué par l'accroissement des recettes consécutif à une nouvelle loi sur les impôts, ou bien par la part de cet accroissement imputable à un changement du taux d'imposition, peut être appelé discrétionnaire. Bien que la Comptabilité nationale ne fasse pas la distinction entre les recettes fiscales discrétionnaires et automatiques, les deux catégories peuvent être évaluées séparément. […]
Bon nombre de catégories de dépenses ne sont pas susceptibles de beaucoup varier et ne nécessitent pas de nouvelles ouvertures de crédits. Les dépenses d'éducation, par exemple, sont souvent liées à l'effectif et à la composition d'une population croissante, facteur endogène fixant un maximum d'augmentation annuelle, et le paiement de subventions dans l'agriculture n'est pas toujours soumis à de nouvelles affectations annuelles. Même les lois changeant les taux d'imposition n'entrent parfois en vigueur qu'un certain temps après leur promulgation ; aussi il est difficile de savoir si l'effet qu'elles produisent est discrétionnaire ou automatique.
Il est convenu d'appeler stabilisateurs endogènes les changements automatiques intervenant sous des lois déjà existantes dans les recettes et dans les dépenses fiscales. En l'absence de nouveaux impôts ou de nouveaux taux d'imposition, tous les changements dans les rentrées fiscales sont automatiques et sont dus à des variations des revenus et des dépenses privés. Les changements automatiques les plus importants dans les dépenses se produisent dans les budgets de la Sécurité sociale relatifs à la santé, aux retraites, et aux allocations de chômage. [Néanmoins, des modifications dans les taux des prestations et des cotisations sont des changements discrétionnaires.]