Peter A. Diamond (1942 – )

Prix Nobel 2010 (États-Unis)

Peter A. Diamond est né à New York (États-Unis) en 1940. Assistant, de 1963 à 1965, puis professeur associé (1965-1966) à l'Université de Californie, Berkeley, il fait l'essentiel de sa carrière au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Entré comme professeur associé (1966-1970), il est nommé professeur (1970-1988), puis professeur à la chaire John et Jennie S. MacDonald (1989-1991) et Paul A. Samuelson (1992-1997).

La personnalité du professeur Peter A. Diamond a marqué le département d'économie du MIT tant par son talent que par son tempérament. Il a encadré les travaux de nombreux économistes devenus par la suite plus célèbres que lui, comme Ben S. Bernanke ou Andrei Shleifer.

Avant sa reconnaissance par le Nobel, il assurait un cours de théorie microéconomique centré sur l'analyse de la théorie de l'équilibre général et de ses implications et limites (théorème d'impossibilité d'Arrow, externalités et biens publics, équilibre intertemporel, théorie de l'assurance, marchés incomplets, etc.) et d'économie publique.

Peter Diamond a collaboré à de nombreuses revues académiques, parmi lesquelles on peut citer le Journal of Economic Theory, l’American Economic Review et le Journal of Public Economics dont il fut éditorialiste associé (1971-1986), co-éditorialiste (1986-1995) et conseiller éditorial depuis 1996.

Il entre à la Société d'économétrie en 1981, en devient vice-président en 1989 et président en 1991. Vice-président puis président de l'American Economic Association (1986- 2004), le professeur Peter A. Diamond est aussi chercheur au National Bureau of Economic Research (NBER) depuis 1991. Enseignant et chercheur reconnu, il a aussi exercé de nombreuses activités de consultant, notamment au Ministère du plan du Kenya (1968-1969) et aux États-Unis, pour la Commission des finances du Sénat et la Commission nationale de la sécurité sociale.

Son intérêt et ses travaux sur les systèmes de sécurité sociale le conduiront à occuper de nombreuses fonctions dont la présidence de la National Academy of Social Insurance (1994-1997) ou la chaire sur le "Panel on Privatization of Social Security, National Academy of Social Insurance" (1996-1998). À la fin des années 2000, il est particulièrement présent dans les cénacles traitant des systèmes de retraite, dont la Commission spéciale pour étudier les systèmes de contributions retraite du Massachusetts (2009). Il étudie aussi les systèmes de protection sociale étrangers, notamment celui de la Chine, et a participé, en 2009, à la rédaction d'un rapport sur la globalisation économique et le système suédois de financement des retraites.

Spécialiste des modèles de recherche d'emploi, le professeur Diamond ne s’est pas uniquement attaché à mettre en évidence l’existence de "frictions" sur le marché du travail. Ainsi, s’agissant par exemple des nominations aux postes importants, les oppositions peuvent-elles être assimilées à des "difficultés d'ajustement". C’est d’ailleurs ce qui s’est produit lorsque le professeur du MIT, qui était l'un des trois candidats proposés par le président Barack Obama pour être membre dirigeant de la Réserve fédérale américaine (la « Fed » - la banque centrale des États-Unis) a vu sa candidature bloquée en août 2010 par l'opposition républicaine à la Commission bancaire du Sénat – les deux autres candidatures, celles de Janet Yellen et de Sarah Bloom Raskin ayant été acceptées.
Si le professeur Peter A. Diamond est reconnu par ses pairs comme un expert dans de nombreux domaines, notamment le marché du travail, la politique fiscale ou la sécurité sociale, il est aussi contesté par certains sénateurs républicains pour son manque de connaissances dans le champ des politiques macroéconomiques. Néanmoins, le prix Nobel devrait élargir le soutien bipartisan dont il bénéficie et, après les élections de novembre, il pourrait être confirmé comme 7ème gouverneur de la Federal Reserve par le Sénat. Le professeur retrouverait alors son ancien élève, Ben S. Bernanke, devenu le patron de Fed.

Le Nobel

Le 10 octobre 2010, le professeur Peter A. Diamond a reçu le prix de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel. Il partage ce prix avec les professeurs Dale T. Mortensen et Christopher A. Pissarides pour "leur analyse des marchés avec des frictions liées à la recherche", notamment sur le marché du travail.
Pour l'Académie suédoise des sciences, les professeurs Date T. Mortensen et Christopher A. Pissarides ont développé les réflexions théoriques impulsées par Peter A. Diamond.

Les trois universitaires ont donc été récompensés pour leurs recherches sur les obstacles à l'ajustement sur les marchés, notamment dans les cas où les acheteurs et les vendeurs ont des difficultés à se joindre. Ils se sont particulièrement intéressés au cas du marché du travail où offres et demandes s'équilibrent difficilement compte tenu des difficultés à se rencontrer.
Pourquoi y a-t-il tant de personnes sans emploi alors qu'au même moment il y a un grand nombre d'emplois vacants ? Comment la politique économique agit-elle sur le chômage ?
Pour le comité Nobel, les trois lauréats ont développé une théorie pertinente qui peut être utilisée pour répondre à ces questions.

Ils ont en effet démontré que les analyses traditionnelles des marchés ne permettaient pas d'expliquer certains phénomènes empiriques comme la coexistence de chômage et d'emplois non pourvus car le prix n'est pas le facteur de régulation instantané entre l’offre et la demande. Comme le précise le jury du Nobel, un ajustement spontané " ne se produit pas dans la vraie vie".

Leurs réflexions théoriques et leurs résultats empiriques peuvent être élargis à d'autres champs de recherche comme les marchés de l’immobilier ou du crédit. Par exemple, "pourquoi le nombre de logements mis en vente, la durée nécessaire pour trouver un acquéreur et le temps pour que les parties trouvent un accord sur le prix varient selon les périodes ?"
La modélisation de "frictions" liées à la recherche peut aussi être mobilisée dans le domaine de la théorie monétaire, l’économie publique ou l’économie de la famille, soit les champs d'investigation dans lesquels les ajustements entre l’offre et la demande forment un processus long et coûteux.

Les théories de la prospection d'emploi

Pour les lauréats du prix Nobel d'économie 2010, la recherche d'un emploi pour un chômeur (ou le passage d'un emploi à un autre) a un coût, tout comme le recrutement d'un salarié pour l'entreprise. Un chômeur peut prolonger sa période de recherche s'il anticipe qu'il trouvera un poste plus conforme à ses prétentions salariales tandis que l'employeur peut rester réticent à embaucher (en raison de l’anticipation de coûts imprévus) alors même qu'il a créé des postes à pourvoir.

Sur le marché du travail, la rencontre de l'offre et de la demande n'est pas automatique. Elle est parfois entravée par la mobilité des actifs et l'information imparfaite. C'est le problème de l'"appariement". L'un des autres apports des professeurs Peter A. Diamond, Dale T. Mortensen et Christopher A. Pissarides, est de souligner que les "frictions" sur le marché du travail expliquent pourquoi il peut y avoir, au même moment, des demandeurs d'emploi qui ne trouvent pas de postes et des offres d'emploi insatisfaites. Ces "frictions" conduisent à un résultat différent de la situation optimale tant pour les candidats à l'emploi que pour les recruteurs. Leur cadre théorique permet ainsi de modéliser la capacité du marché du travail à mettre en relation les travailleurs et les employeurs ("l'appariement") et d'évaluer la coexistence de chômeurs et d'emplois vacants. Ils insistent aussi sur les asymétries dans la relation de travail : il est plus aisé pour les postes vacants d’être pourvus que pour les travailleurs de trouver un poste disponible tandis que le changement d'emploi pour les salariés en poste libère un poste d'accès plus facile pour les demandeurs d'emploi.

Les professeurs Peter A. Diamond, Dale T. Mortensen et Chris A. Pissarides, ont développé des modèles dits de "frictions des marchés", c’est-à-dire des modèles dans lesquels le coût de recherche d'un bien ou d'un service et le temps qui y est consacré par les acteurs économiques sont pris en compte.

Les efforts consacrés par un demandeur d’emploi pour trouver un emploi, par un ménage pour trouver un bien immobilier, ou par la banque qui offre les conditions de financement les moins élevées, sont considérés comme des facteurs de production. Dans le même sens, les dépenses de recrutement ou de prospection d'une entreprise sont intégrées à l'analyse. Bref, tout effort d'un agent économique pour échanger avec un autre agent économique peut être considéré comme un facteur de production qui contribue à l’efficacité collective. Dans ce cadre, les "frictions", les difficultés d'appariement ont un rôle structurant sur les marchés (du travail, de l'immobilier, du crédit, etc.).
Ces modèles remettent donc en cause les modélisations standards du marché du travail qui postulent l'ajustement instantané des offres et des demandes (mobilité parfaite des facteurs de production) et l'information parfaite des participants au marché. Cependant, il reste des modèles basés sur le comportement des acteurs supposés rationnels (hypothèse des anticipations rationnelles) et où le fonctionnement des marchés est au cœur de l'allocation des ressources. Ces modèles sont parfois étiquetés comme néokeynésiens car ils ont pour base l’existence d’un chômage involontaire, lié aux recherches d'emplois infructueuses résultant des "frictions", et l'imperfection du marché du travail, qui peut justifier l'intervention de l'Etat, par exemple pour accompagner les chômeurs ou pour protéger l'emploi. Néanmoins, leurs travaux sur la recherche d'emploi (job search) n'ambitionnent pas de renouveler une école ou un courant de pensée mais de poser de nouvelles questions.
Pour certains économistes, "ils révolutionnent la manière de modéliser le marché du travail et les politiques de l’emploi" car le chômage n'est plus le résultat de la rigidité des salaires sur le marché du travail. De plus, la représentation du phénomène est modifiée : le nombre de chômeurs n'est plus lié au stock d’emplois disponibles.
Le marché du travail est pensé dans sa dynamique : il est un lieu de calculs stratégiques, un espace de flux d’emplois vacants et de demandes d’emploi de la part de personnes sans emploi ou en poste. Nos trois économistes offrent, dans la filiation de l'analyse de J.A. Schumpeter, une représentation en termes de flux, de destructions et de créations d'emplois, plus conforme à la dynamique du capitalisme, américain mais aussi français, comme le rappelle les économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg qui soulignent qu'en France, environ 10 000 emplois sont créés et 10 000 autres sont détruits chaque jour.

Avec ce triple Prix Nobel, l'Académie suédoise des sciences a entendu récompenser des théoriciens dont l’analyse améliore les explications du chômage. Il convient par ailleurs de souligner qu’en plus de leurs apports heuristiques, les modèles proposés par Pissarides, Diamond et Mortensen ont impulsé de nombreux travaux empiriques dans les pays de l'OCDE.

L’effet ambivalent des allocations chômage

Le professeur Diamond a élaboré un modèle qui démontre que plus les allocations chômage versées aux demandeurs d'emploi sont élevées, plus la durée de recherche d'un emploi est longue et le taux de chômage élevé.

Ce résultat théorique appelle deux interprétations :

•    soit les mécanismes d'assurance chômage ont pour conséquence d'allonger la durée de recherche afin de trouver l'emploi qui correspond le plus à la qualification des demandeurs d'emploi et à leurs attentes (rémunérations, localisation, conditions de travail, etc.). Ainsi, plus la solidarité est élevée avec les chômeurs plus elle a des effets désincitatifs, dissuadant les chômeurs d'accepter certains emplois. Dans ce cas, la baisse des allocations fait pression sur les chômeurs qui sont contraints à être moins sélectifs sur les emplois proposés. Les allocations ne facilitent donc pas les ajustements rapides entre les offres et les demandes de travail ;

•    soit les mécanismes d'assurances chômage favorisent l'obtention d'emplois de qualité car ils permettent aux chômeurs de disposer de temps pour choisir les postes qui leurs conviennent. Dans ce dernier cas, ces prestations peuvent améliorer l’efficience économique car elles conduisent à une meilleure allocation des actifs. Un niveau plus élevé d'assurances chômage améliore le fonctionnement du marché du travail puisque ces prestations facilitent les changements d'emplois, donc libère des postes moins valorisés qui sont disponibles pour les chômeurs les moins qualifiés.

Ainsi, selon l'interprétation des théories de la recherche d'emploi, on peut conseiller de réduire les revenus des chômeurs ou, au contraire, de renforcer les droits des demandeurs d’emploi.

Ce nouveau cadre d'interprétation a été utilisé pour penser les politiques publiques de lutte contre le chômage. Il invite à intégrer les effets différenciés de l'indemnisation des chômeurs par les pouvoirs publics, les habitudes salariales dans les différents secteurs d'activité ou encore les modalités des politiques de recrutement des firmes. Ainsi, ces théories sont-elles souvent mobilisées pour modéliser le rôle et les effets des agences pour l’emploi sur le marché du travail.
On soulignera que les dernières réformes des politiques de l'emploi en France, avec la création de Pôle emploi grâce à la fusion de l'ANPE et de l’Unedic, c’est-à-dire le regroupement de l'organisme chargé d'aider les chômeurs à trouver un emploi et de l’organisme chargé de les indemniser, peuvent s'inscrire dans les réflexions théoriques des trois lauréats.

De la théorie du capital à l'économie publique

Les premiers travaux du professeur Peter A. Diamond portaient sur la théorie du capital et les modèles de croissance dynamique. Il a aussi contribué aux théories sur la taxation optimale et, plus largement, sur les politiques de redistribution. Ces travaux ont souvent été élaborés avec le professeur James Mirrlees (lauréat du prix Nobel 1996).

Avec Olivier Blanchard, l'actuel chef économiste du FMI, il a proposé une réflexion originale sur "la courbe de Beveridge", une représentation graphique de la relation entre taux de chômage et taux de postes vacants. Cette corrélation vise à démontrer l'efficacité de l'appariement entre offre et demande de travail. Cette courbe est parfois présentée comme démontrant l’existence du chômage structurel.

Le professeur Peter A. Diamond s'est aussi longuement intéressé, avec Peter Orszag, ancien directeur au Budget du gouvernement américain, au financement des systèmes de protection sociale et à la prise en compte des risques individuels ou sociaux. Il a, par exemple, critiqué la privatisation de la sécurité sociale au Chili en raison de son coût élevé. L'économiste a aussi préconisé de transformer le système social américain par la hausse des impôts, notamment sur les sociétés.
 

 

Principales publications

Articles
Blanchard, O and P Diamond (1990), “The Aggregate Matching Function”, in P
Diamond (ed.), Growth, Productivity, Unemployment, MIT Press.

Diamond, P (1965), National Debt in a Neoclassical Growth Model, American Economic Review 55, 1126—1150.

Diamond, P (1967), “The Role of a Stock Market in a General Equilibrium Model with Technological Uncertainty”, American Economic Review 57, 759—776.

Diamond, P (1971), “A Model of Price Adjustment”, Journal of Economic Theory 3, 156—168.

Diamond, P (1981), “Mobility Costs, Frictional Unemployment, and Efficiency”, Journal of Political Economy 89, 798—813.

Diamond, P (1982a), “Wage Determination and Efficiency in Search Equilibrium”, Review of Economic Studies 49, 217—227.

Diamond, P (1982b), “Aggregate Demand Management in Search Equilibrium”, Journal of Political Economy 90, 881—894.

Diamond, P (1984), “A Search-Equilibrium Approach to the Micro Foundations of Macroeconomics”, MIT Press.

Diamond, P and D Fudenberg (1989), “Rational Expectations Business Cycles in Search Equilibrium”, Journal of Political Economy 97, 606—619.

Diamond, P and E Maskin (1979), “An Equilibrium Analysis of Search and Breach of Contract, I: Steady States”, Bell Journal of Economics 10, 282—316.

Diamond, P and E Maskin (1981), An Equilibrium Analysis of Search and Breach of Contract, II: A Non-Steady State Example, Journal of Economic Theory 25, 165—195.

Diamond, P and J Mirrlees (1971a), “Optimal Taxation and Public Production I: Production Efficiency”, American Economic Review 61, 8—27

Diamond, P and J Mirrlees (1971b), “Optimal Taxation and Public Production II: Tax Rules”, American Economic Review 61, 261—278.

Diamond, P and J Mirrlees (1978), “A Model of Social Insurance with Variable Retirement”, Journal of Public Economics 10, 295—336.