Politique monétaire

7. Les défis de la politique monétaire de demain

7.3. A plus long terme : politique monétaire et monnaie électronique

Documents associés - Textes de référence

Monnaie électronique et politique monétaire : un nouveau défi pour les banques centrales


Mesonnier, Jean-Stéphane (2001), Monnaie électronique et politique monétaire, coll. ''Bulletin de la Banque de France, Etudes, n° 91, juillet"


Prenant éventuellement appui sur les expériences de monnaies privées observées dans le monde anglo-saxon ou sur les perspectives ouvertes par le développement du commerce électronique entre entreprises (Business to Business, places de marché électroniques), certains auteurs extrapolent les tendances décelées dans l'émergence de nouvelles monnaies électroniques pour dessiner un futur dans lequel la banque centrale n'est plus qu'un émetteur de moyens de paiement parmi d'autres et perd le contrôle du taux (des taux) d'intérêt pertinent(s) pour l'économie, par exemple parce qu'elle a perdu son rôle privilégié d'agent de système de règlement central.

L'expérience anglo-saxonne des monnaies privées

Dans le cadre américain, les spéculations sur la diffusion de monnaies électroniques et de systèmes de compensation privés retiennent d'autant plus l'intérêt qu'elles peuvent mobiliser les leçons d'expériences historiques ou contemporaines [cf. Williamson (1999)].

Comme le souligne B. Good (1998), les États-Unis ont connu depuis l'époque coloniale de nombreux systèmes de monnaies privées, c'est-à-dire de monnaies qui ne sont ni émises ni garanties par une institution publique. Au-delà du nécessaire rappel de la période dite de la banque libre (Free banking era, 1837-1863) ou de l'étude de systèmes originaux de règlement-compensation de billets de banque privés comme celui qui a fonctionné en Nouvelle-Angleterre à la même époque [le Suffolk Banking system, cf. Smith-Weber (1999)], on peut noter que la législation américaine autorise toujours, dans certaines limites, l'émission de billets de banque privés. Des systèmes monétaires locaux, comme celui des Hours de la ville d'Ithaca dans l'État de New York, fonctionnaient ainsi en 1998 dans plus de 30 localités américaines.

Par ailleurs, de nombreuses communautés électroniques locales utilisent dans le monde anglo-saxon des formes limitées de quasi-monnaies de réseau. Appelées LETS (Local Electronic Trading Systems), ces systèmes, reposant sur la confiance mutuelle des adhérents et leur sens des responsabilités, sont à la fois un système d'information sur les biens proposés à l'échange, une chambre de compensation et un système de comptabilité centralisé des transactions effectuées. Les participants, qui entrent dans une relation de troc, s'accordent bilatéralement sur la valeur des biens, exprimée en unités électroniques du LETS, et transmettent l'information à l'administrateur du réseau. Les unités du LETS, indexées par commodité sur la monnaie nationale ou le taux de salaire ouvrier horaire, remplissent une fonction d'unité de compte et de réserve de valeur (les comptes individuels pouvant être temporairement créditeurs ou débiteurs) mais non d'intermédiaire des échanges. Une totale transparence sur les transactions effectuées et sur le solde des différents comptes garantit la pérennité du système en limitant les risques "d'insolvabilité" d'un participant. En 1998, on dénombrait quelque 200 LETS en Australie, 90 en Nouvelle-Zélande, 170 au Royaume-Uni. Le phénomène restait plus limité en Amérique du Nord (une vingtaine de réseaux).