Politique agricole

3. L'agriculture face à la mondialisation

3.2. Le rôle des organismes internationaux dans l'ouverture des marchés

Documents associés - Textes de référence

Libre-échange et retour à la croissance


MOUNIER, Alain (1992), les théories de la croissance agricole, Paris, Economica, p. 370,371


Les discours politiques et la littérature scientifique sur le libre-échange acquièrent la puissance que confèrent le nombre et le volume. Ceci n'aurait rien de nouveau si ce n'était qu'aujourd'hui cette marée montante des forces libre-échangistes atteint les échanges internationaux des produits agricoles. L'inscription des produits agricoles et alimentaires aux négociations du GATT, qui est le fait nouveau à l'origine de la multiplication des analyses, peut apparaître comme une suite logique des désarmements douaniers industriels obtenus dans les trois rounds du GATT d'après guerre. Par un effet mécanique, la déprotection des inputs industriels du secteur agricole accroît la protection effective agricole (à protection nominale constante). Le désarmement des frontières agricoles serait ainsi impliqué par le parti pris sectoriel des rounds antérieurs du GATT. Il serait aussi et surtout justifié, aux dires des analyses des effets économiques négatifs des protectionnismes agricoles, par des prix agricoles mondiaux bas et instables. Le retour aux équilibres des offres et demandes agricoles et la contribution de l'agriculture à la croissance des PNB et à la réduction des déséquilibres sur les marchés de l'emploi, des capitaux, ou des déficits budgétaires et des balances des paiements, présupposent des prix agricoles plus propices à une répartition des revenu, qui améliore le bien-être, à une allocation des ressources nationale plus efficace, et à une répartition de la richesse mondiale plus équitable. Bien-être, efficacité dans la gestion des ressources rares, et conformité aux règles de la division internationale du travail, seraient donc entièrement conditionnés par des prix d'équilibre, ceux que déterminent en général des marchés concurrentiels d'où sont exclues les interventions intempestives des politiques publiques. Cette conviction de la capacité des marchés concurrentiels à canaliser, à travers l'indication de prix non distortionnés, le retour à la croissance économique de l'ensemble des nations est partagée par la plupart des institutions internationales, - Banque Mondiale, FMI, OCDE, certaines agences de l'ONU -, des gouvernements et de leurs inspirateur telles que les universités ou la Commission Trilatérale [1]. Certaines analyses tirent les ultimes conséquences de leur position libre-échangiste dans la mesure où les politiques protectionnistes proviennent de rigidités issues de la politique agricole (ou des instabilités provoquées par les macro-politiques), le libre-échange implique non seulement la levée des obstacles aux échanges extérieurs mais encore l'abandon de toute politique économique, ou en tout cas leur discrétion par rapport aux "forces du marché". Mais le retrait des Etats de la scène économique ne peut être unilatéral. Parce qu'elles sont interdépendantes, les nations du monde ont intérêt à s'entendre pour rendre possible le laisser-faire, et doivent comprendre que l'entente mutuelle est de loin préférable pour tous à des conflits économiques coûteux et sans issue. Le message nous est délivré notamment par la commission trilatérale dont la philosophie est de substituer aux affrontements la négociation, aux rapports de force le partenariat. Cette philosophie est largement adoptée par les nations dominantes parce qu'elle sert le redéploiement de leur hégémonie au plan mondial. Les théories libre-échangistes sont donc aussi des doctrines du laisser-faire. La supériorité des forces du marché sur l'Etat pour améliorer le bien-être des populations est de l'ordre du dogme, à l'instar de celui qu'il fustige. La mode, dans le champ de la pensée économique, politique et sociale, est au libéralisme.

(1) La Commission Trilatérale a été fondée en 1973 à l'instigation notamment de David Rockfeller, Zbigniew Brezinsky ou encore Henry Kissinger, avec pour objet de favoriser une coopération plus étroite entre les grandes zones industrialisées et démocratiques du monde. Les trois piliers en sont l'Amérique du Nord, l'Europe communautaire et le Japon. (NDLR)