Internationalisation des échanges et mondialisation

4. Spécificités socioculturelles et mondialisation

4.1. Culture locale et mondialisation

Documents associés - Textes de référence

Les stratégies d'acculturation


Berry, John William (2000), Acculturation et identité in Pluralité des cultures et dynamiques identitaires – hommage à Carmel Camilleri, Paris, L'Harmattan, coll. ''Espaces interculturels", p. p. 81-91, extraits


Le concept de stratégies d'acculturation a vu le jour durant mon travail sur les Aborigènes d'Australie dans les années 60. […] Le concept a trait aux préférences de la part des individus de groupes culturels non dominants dans leurs façons de s'identifier à leur propre culture et à celle des autres dans la vie quotidienne. […]

Les études démographiques font ressortir deux questions fondamentales qui se posent aux membres des sociétés  pluriculturelles, à savoir : 1) faut il maintenir sa culture et son identité d'origine ? 2) faut-il avoir des contacts avec les membres de la société environnante et participer à la vie sociale ? […] Les réponses positives ou négatives à ces deux questions nous permettent d'identifier quatre stratégies d'acculturation. Ces stratégies portent des noms différents selon le groupe (dominant ou non dominant) considéré.

Dans le cas des groupes non dominants, quand les individus ne souhaitent pas maintenir leurs identités culturelles et cherchent une interaction soutenue avec les autres cultures, nous avons affaire à une stratégie d'assimilation. Par contre, quand les individus du groupe dominé ou minoritaire cherchent à conserver leur propre culture tout en souhaitant éviter toute interaction avec les membres du groupe dominant, il s'agit d'une stratégie de séparation. Quand on désire maintenir sa culture d'origine tout en frayant journellement avec les autres groupes, on opte pour un stratégie d'intégration, dans ce cas, on maintient un certain niveau d'intégrité culturelle tout en cherchant à participer à l'ensemble du réseau social, à la fois en tant que membre à part entière de ce réseau et en tant que membre d'une communauté culturelle distincte. Enfin, quand il manque la motivation de maintenir sa culture d'origine (souvent parce qu'une telle situation est imposée par le groupe dominant) et qu'il n'y a aucun intérêt à entrer en relation avec les autres (souvent pour des raisons d'exclusion ou de discrimination de la part de la communauté dominante), alors il s'agit d'une stratégie de marginalisation.

Cette représentation repose sur le principe que les groupes non dominants et leurs membres (individus) sont libres de choisir leur mode d'acculturation. Bien évidemment ceci n'est pas toujours le cas. Quand le groupe dominant impose certaines formes d'acculturation  ou limite les choix des groupes  ou individus non dominants, alors il faut avoir recours à d'autres termes. Par exemple, l'intégration peut seulement être choisie librement et assumée avec succès par des groupes non dominants lorsque la majorité dominante est ouverte et tolérante à l'égard de la diversité culturelle. Ainsi, un processus d'accommodation mutuelle est pré requis à l'intégration, impliquant que les groupes dominants et non dominants reconnaissent le droit à tous les groupes d'afficher leurs différences culturelles dans la vie quotidienne. Cette stratégie requiert à la fois que les groupe non dominants adoptent les valeurs fondamentales de la société d'accueil dans son ensemble et que le groupe dominant soit prêt à adapter et/ou transformer les institutions nationales (éducation, santé, emploi) afin de mieux répondre aux besoins de tous les groupes culturels coexistant au sein de la même société. De toute évidence, l'intégration (et la séparation)  peut avoir lieu à condition que les autres membres d'un même groupe ethnoculturel partagent le désir de conserver le patrimoine culturel commun. Dans ce sens il s'agit de deux stratégies "collectives" tandis que l'assimilation est une stratégie de nature plutôt individuelle.